ENCEINTE DU CHATEAU DANTOING
macrobites, si la gaîté d'un peuple n'avait le merveilleux secret de ressusciter ses idoles. Sept ans s'étaient à peine écoulés depuis la farouche immolation, que, comme le phénix renaissant de ses cendres, Samson, Goliath et sa gigante reparurent un matin de fête dans la rue, tout éclatants de peinture neuve et promenant sur la foule leur bonasserie souriante de colosse. Samson, il est vrai, avait mis à profit le temps passé dans le séjour des ombres pour méditer sur la nécessité des compromis et devenir un profond politique : le chapeau à cornes sur le chef, des torsades de laine rouge aux épaules et le cadogan lui battant le dos, l'antique ennemi des Philistins portait l'uniforme des grenadiers de cette République qui l'avait voué aux flammes éternelles.
Les industries.
sud d'Atli l'industrie
La grande zone calcaire qui commence au delà de Tournai et continue au vers Maffle, pour de là se diriger vers Lessines, Soignies et Écaussines, ouvre à du Hainaut une source de richesses naturelles qui s'ajoutent à toutes celles qui font de cette province la grande usine où s'élabore l'or du pays entier. Sous l'effort sans trêve des carriers, le sol s'est crevassé de profonds ravins qui renouvellentici, mais avec d'autres aspects, la physionomie tourmentée de la contrée charbonnière.
Tandis qu'au Borinage la suie ruisselle en bistreuses pluies sous lesquelles le ciel et la terre s'assombrissent comme d'un grand crêpe tendu par l'espace, là-bas d'impalpables nuées grises poudroient au-dessus des immenses trous béants des carrières, pareils à de prodigieux entonnoirs taillés par des marteaux de cyclopes dans les parois bleues de la roche. Quand de la crête on plonge les yeux dans ces gouffres au tlanc desquels serpentent de minces sentiers presque à pic, créés, semble-t-il, plutôt pour des capripèdes que pour des hommes, on voit s'agiter au fond un peuple d'ouvriers qui, à cette distance , ressemblent à des gnomes fouissant le giron même de la terre.
La bataille qui, au Borinage et au pays de Charleroi, se livre dans les ténèbres contre le charbon, se consomme ici au grand jour contre le granit qu'il faut rompre avec la
dynamite avant de le desceller avec le pic et de le concasser avec le maillet. Le labeur est terrible de part et d'autre : si le froid d'une nuit éternelle met par avance aux épaules du charbonnier, dans son puits combugé d'eaux noires et glacées, le frisson du trépas, le carrier, lui, dans son arène que les flammes des canicules transforment en fournaise, sent se calciner ses os sous la morsure douloureuse du soleil, réverbéré de roc en roc comme une coulée de plomb fondu. Quand le fléau solaire enfin cesse de le harceler, un autre non moins redoutable, le gel hivernal, sévit, changeant les brûlures de l'été en cinglements de lanières qui auraient des nœuds de glaçons. Comptez encore les incessantes conjonctures de mort où vit cette âpre population, toujours à un doigt d'être engloutie sous un éboulement, broyée sous une pluie de quartiers de rocs ou lancée au ciel avec les éclats de la mine. A tout instant l'air est déchiré par des détonations d'artillerie réfractées de proche en
LA TOL'H Bl'KBANT.
proche jusqu'aux lointains horizons. En même temps une colonne de débris, violemment détachés du roc qui lui-même vole en morceaux, s'élance au plus haut des airs, comme l'éruption d'un volcan ; et vraiment la carrière, en ce moment, a bien l'air d'une bouche volcanique vomissant parmi les tourbillons de fumée et de poudre sa fermentation intérieure. Malheur à qui ne s'est pas garé à temps ! Et cependant telle est pour ces hommes l'habitude