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LE CHATEAU DE MONS

garnie pour la circonstance de vins et de victuailles, une bande de joyeux convives.

La cuisine est ici d'ailleurs du domaine exclusif de la femme, qui s'entend mieux peut-être qu'autre part à organiser un grand festin, et toute l'année, en vue de ces agapes mémorables dont il est de bon ton qu'on parle dans la ville, moissonne des recettes, collectionne des menus et se prépare à la confection d'ingénieuses et subtiles gourmandises. Le mari, lui, a le département des vins ; il faut voir l'abondance et la richesse des caves montoises pour comprendre le prix que, dans une maison bien conduite, on attache à cet élément indispensable

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d'un bon dîner. Tel épargne sur ses plaisirs de café pour aller lui-même en Bourgogne, à l'époque des vacances, s'entendre avec les propriétaires de vignobles et s'acheter une ou deux pièces d'un cru dont au préalable il a longuement dégusté les produits. Personne ne raisonne plus pertinemment sur les vertus d'un clos ni ne connaît mieux les multiples précautions de l'encavement. D'un claquement de langue contre le palais, l'amateur montois vous dira la marque et l'année d'un vin avec une aussi incomparable sûreté qu'un bibliophile se prononçant sur les éditions d'un livre. Et le rapprochement n'est point banal : c'est la coutume à Mons d'apparier h une bibliothèque une cave un peu nombreuse. « Ma bibliothèque », dit en parlant de ses vins l'hôte qui vous accueille à un festoiement; et, vous guidant avec un flambeau, il vous fera descendre dans ses souterrains, divisés en petites allées au fond desquelles, alignées sur des rayons ensablés, s'empilent dans une nuit poudreuse, toute tapissée de vénérables réseaux par les araignées, d'innombrables rangées de bouteilles précieuse- ■ ment étiquetées et achevant de mûrir parmi les grasses humidités d'une atmosphère pleine de fermentations. Les rayons au surplus ne se désemplissent jamais sensiblement, car les brèches sont réparées à mesure qu'elles se produisent, en sorte que la consommation, au lieu d'épuiser ces richesses du sous-sol, semble au contraire leur fournir un sujet constant de renouvellement.

A Mons commence véritablement ce luxe des caves « à bourgogne », qui, de la Trouille aux rives de la Sambre et de la Meuse, concentre le trésor des lointains vignobles dans des cavernes où, sous la paroi des fioles, flambent, à l'égal des escarboucles et des améthystes des légendes arabes, les pourpres et les violettes des grands crus. Mais comme une installation de ce genre exige des soins à part, il n'est pas rare que les plus entendus parmi ces lins connaisseurs fassent construire, en dessous du niveau même de la rivière ou du fleuve, dont les infiltrations maintiennent cà l'intérieur la température désirable, des caves que les eaux inondent par intervalles et, en se retirant, englaisent d'un limon propice ;i la maturescence du vin.

lui imités de la vie — Les vieilles rues — Les nouveaux quartiers. — Les loits de .Mons. — Le Beffroi. — L'Hôtel

de ville. — Sainte-Waudru,

Il fut un temps, où resserrée entre ses remparts, la petite cité qui servait de relais aux diligences filant sur Paris, ressemblait à une grosse bourgade juchée sur une bosse.

La bosse existe toujours, avec son amas de vieux toits rouges échelonnés sur les pentes, et tout en l'air son Beffroi planté comme un chandelier, — une sorte de « ville haute » au pied de laquelle, depuis, s'est formée une ville nouvelle, régulière, symétrique, étalant des styles ambitieux. Des collèges et des hospices, y ont une allure disproportionnée de palais et suscitent la pensée d'une grande fortune publique se prodiguant en de dispendieuses installations. Pourtant la circulation et l'activité semblent hésiter à gagner les quartiers nouveaux et continuent à refluer vers les petites rues tortueuses du centre, débouchant de partout sur la Grand'Place, comme au cœur sensible où se garde la chaleur de la vie. Quelques-unes ont gardé d'originales dénominations correspondant à des particularités locales ou à leurs destinations primitives, telles la rue de la Tour-Auberon, la rue de la Terre-du- Prince, la rue des Sœurs-Grises, la rue des Clercs, la rue du Chapitre, la rue de la Grande-

Triperie, la rue des Gadcs, la rue Casse-ma-Brune, la rue des Cinq-Visages, et maintes autres dont le nom s'accorde bien avec une topographie accidentée de vieux quartiers populaires.

Tandis que le pittoresque de plus en plus se relire des alignements de la voirie contemporaine, monotones comme les parallèles d'un plan géométrique, le dégringolement de ces ruelles étroites, cassées à angles brusques et bordées de façades étranglées, avec leurs cabossements de pavés aigus, qui semblent faits pour des mulets et des chèvres, amuse

l'hôtel de ville de mons.

l'œil par l'imprévu et la fantaisie de leurs lignes. Des terrasses du Château on voit se dérouler une poussée de toits tortus, détraqués, quadrillés de « pannes » bossuées, où le dragon-sang, le rouge laque, le lie de vin, le zinzolin plaquent des taches chaloyées d'aquarelle, et qui, en tous sens dégringolant les rampes ou s'échelonnant le long des montées, décorent joyeusement le noir paysage de leurs masses bigarrées et penchantes.

Ce Château, ou plutôt, comme on l'appelle dans le pays, celte Cour du Château, qui,

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