LA GROTTE DU SABBAT A ROCHEFORT
sans fin pour lâcher de remonter au jour? Ou bien, engendré d'un peuple de troglodytes, dont la bleue clarté des étoiles n'a jamais caressé la prunelle, promène-t-il, sous un soleil jailli en flammes noires à travers de noirs espaces, un visage aussi noir que la désespérance? Le jour du dehors et les étincelantes étendues où tournoie le rouge soleil de la postérité d'Adam ne sont-ils point un leurre? Ou si c'est l'impénétrable plafond de nuées à formes pétrifiées que jamais ne constelle la moindre lueur? Il doute : la notion des choses l'abandonne au seuil de ce royaume de la chimère et de l'énigme.
A droite, à gauche, de monstrueuses architectures épuisent la série des configurations géométriques, comme si une volonté cachée avait fait de ces cavernes le réservoir des intransgressibles formes auxquelles est astreinte l'expression de la pensée humaine. Echafaudé en bastion, découpé en minaret, projeté en pilier, élancé en tour, suspendu en dôme, taillé en ogive, déchiqueté en dents de scie, festonné en feuillages, ciselé en filigranes, échancré en porche, le roc est là comme une intarissable matrice d'où l'imagination fait sortir des basiliques, des mosquées, des escurials, des palais thébains, des temples d'Assyrie, des pagodes de Bouddha cl toute l'illimitée floraison de la pierre glorifiant les dieux d'en haut et les dieux d'en bas. Toute chose, en cette énorme nuit de sabbat où planent les sortilèges, aveuglant les yeux et confondant la raison, commence par la réalité, et quelle réalité ! celle de la