L'ÉGLISE S.-». DES RÉCOLLETS A VERVIERS
et ces poussières. Elle carde, elle tisse, elle graisse ses machines et ne se tourmente point d'autre chose.
Cependant la solitude et la mort vident un peu plus chaque jour, au profit de cette sangsue gorgée, le nid d'aigles et de vautours, la vieille capitale qui commandait à tout un duché, s'étendait par la vallée de Dolhain, guerroyait contre les Brabançons, les Hollandais, les Espagnols et les Français, et taisait ses dévotions dans une cathédrale et six églises. L'une d'elles, un vaisseau de l'ogival primaire, est demeurée accrochée au roc et plonge à pic sur le trou par où a coulé la vie d'en haut pour former le train d'en bas, tout isolée, sombre et triste parmi l'écroulement du reste, regardant par ses hautes fenêtres, comme par des orbites de pierre, se hausser à son pied l'orgueil de la cité de bruit et de fumée, oublieuse de la cité de ténèbres et de silence. Des arbres ont mis leur ombre sur cette ombre; et ailleurs l'herbe, l'herbe grasse des cimetières, recouvre la pierre des remparts, pour que la destruction soit plus complète et que rien ne subsiste du passé, pas même la mémoire. Du pont de Dolhain on aperçoit une promenade bouquetée d'arbres; elle s'étage sur le flanc de la montagne; au-dessus se dresse une butte que dentellent des toits; l'endroit s'appelle toujours l'Esplanade, comme si des hommes d'armes allaient y paraître; et une ironie rend plus sensible encore la tristesse de ce lieu qui mena son tapage par le monde, celle d'une grande maison à tourelles plus haute que la ruine et la mort et l'église. Avec trois assises de tours encore visibles au-dessus des cailloux de la rivière, débris d'une enceinte fortifiée, c'est tout ce qui, de la ville, de son château fort et de ses gloires, a passé à travers le tamis des siècles et ne s'est pas émietté en poudre.
Dès le premier pas dans Dolhain, le passant devient la proie d'une meute de voituriers; une concurrence pour le prix et la qualité des attelages les rend harcelants et tenaces. Nous étions quatre, à une traversée récente, qui, pour échapper à leurs obsessions, acceptâmes d'être menés au barrage par l'un d'eux ; mais ce cocher extraordinaire ne voulut nous quitter qu'au bout de deux jours; et peut-être voyagerions-nous encore dans sa calezine, sans les arguments que nous fîmes valoir pour le convaincre de la nécessité d'une séparation. Cependant un affreux bancroche, entre les jambes excurvées duquel un caniche eût très bien fait la parade, nous insinuai! d'une voix melliflue que la bête osseuse attelée aux limons de cette barque roulante nous culbuterait inévitablement dans la première ornière; il n'en fut rien, Dieu merci ! et nous fîmes une des plus délicieuses excursions dont tous les quatre nous ayons gardé le souvenir.
Le temps de nous accorder avec l'automédon, et nous enjambons le marchepied. Bientôt Dolhain, sa rue en dos d'âne, son pâté de vieilles maisons portées en avant-corps sur des modillons, ses fabriques ronflantes du toupillement des navettes décroissent au tournant du chemin.
Tandis que la Vesdre file là-bas, reflétant dans son flot érugineux de frustes parois rocheuses, un ruisselet tout à coup se met à couler à notre droite, entre des rives bordées d'arbustes. Une échancrure de gorge se dessine ensuite; nous nous engageons sur des rampes qui, d'étage en étage, acheminent à l'énorme nappe suspendue de la Gileppe; et petit à petit le site s'ensauvage, le filet d'eau bouillonne parmi des blocs de pierre sous des frondaisons plus touffues, nous apercevons à travers les feuilles un haut mur gris, sur lequel se détache la silhouette d'un gigantesque lion assis, la face tournée vers le défilé où nos ressorts cahotent et gémissent.
Puis la côte s'escarpe en obliquant, on dépasse une première auberge, le bourdonnement
d'une chute d'eau roule et se répercute de roc en roc. Maintenant le formidable môle se voit tout entier, barrant de sa crêle rectiligne l'espace compris entre les pentes du ravin et croulant à pic d'une hauteur de quarante-sept mètres jusqu'aux appareils d'alimentation et de distribution établis à sa base. Aux extrémités, deux déversoirs, taillés dans la montagne, ont l'air de grands escaliers, avec des gradins qui défient l'escalade et sur lesquels, à l'époque des échappements, les cataractes rebondissent en mugissant. Avant même qu'on ait atteint la jetée, d'où la vue embrasse dans son ensemble le prodige de ce travail humain, une émotion indéfinissable prend à la gorge, dans l'attente et l'anxiété de la lutte qui va s'engager là-haut entre la science et les puissances de la nature.
Lentement le coche gravit la dernière montée ; à droite, de rugueux pans de roche suspendent leurs profils écorchés par le passage de la route ; et brusquement une ligne
LIMBOUKG.
scintillante s'allonge parallèlement à la digue ; les yeux s'emplissent de l'étendue d'une mer dormante ; on est sur la chaussée, large de sept mètres, avec accotements et voie carrossable, qui couronne le barrage.
Alors l'esprit demeure confondu tout à la fois par la magnificence du spectacle, la pensée de la vierge et primordiale genèse si audacieusement transgressée, le souffle profond des solitudes qui, dans L'air pacifié, a fini par succéder au tumulte des batailles entre l'homme et la terre. On est ici en présence du miracle des ea'ix soumises et tenues captives entre les limites d'un immense bassin artificiel. Douze millions de mètres cubes pèsent de leur poussée continue contre le môle jeté en travers des montagnes, comme la démarcation entre les éléments rebelles et la volonté souveraine des hommes. Dieu disait autrefois à la création : « Tu n'iras pas plus loin; » et les montagnes, les torrents, les cratères défendaient les accès du redoutable mystère où se dérobait son impénétrabilité. Aujourd'hui la science a interverti les rôles : c'est elle qui, après avoir abattu les portes des noires enceintes
derrière lesquelles se retranchait le secret des éternités, fait entendre le grand commandement ; et elle déplace les monts, entrave les fleuves et les rivières, à son tour délimite l'orbe où tourne la nature enchaînée.
Notre pressentiment ne nous a pas trompé : nous sommes réellement devant un de ces grands labeurs qui, à travers les siècles, honorent ceux qui en sont venus à bout. Le lac de la Gileppe s'étend sur une superficie de huit cent mille mètres carrés : son barrage n'a de comparable en Europe que les puissantes digues du Furens, dans le département de la Loire, et du Tibi, près d'Àlicante ; encore les dépasse-t-il par l'énormité de ses proportions ; et cette cuve prodigieuse sert à alimenter l'industrie verviétoise, pour laquelle elle a été créée. Verviers, presque toujours à sec pendant les étés sans pluie, malgré la Vesdre et la Mangombroux, laissait chômer ses machines ; à la période des grands soleils, un seau se vendait jusqu'à six centimes, dépense ruineuse quand on considère que, pour la manipulation d'un mètre de laine, il faut environ un mètre cube d'eau. En outre, l'avare filet de la Vesdre, à sa descente d'Eupen, n'arrivait que chargé des impuretés de celte ville d'usines, et le lavage des laines, la teinture, le rinçage exigeaient un filtrage constant.
Alors naquit l'idée hardie d'un réservoir dans la montagne ; on mit dix ans à l'étudier, et dix années ensuite furent employées à la réaliser. Dans un temps où les questions économiques ont remplacé pour les villes les dissensions intestines et les démêlés avec les voisins, les luttes de toute nature pour vaincre les résistances qui d'abord entravèrent les travaux demeureront une des pages mémorables de l'industrieuse petite cité. Le grand lion de pierre symbolise donc avec raison la force triomphante et reposée, en même temps que l'orgueil de la tâche accomplie. Mais le décor et les apparences sensibles, cette fruste et massive architecture du barrage, l'immense plaine liquide accumulée et contenue entre les rives, n'offrent que la beauté extérieure de cette œuvre incomparable.
Tout un colossal appareil hydraulique fonctionne dessous, comme le système artériel, le poumon et l'âme de cet organisme, avec puits, galeries, conduites d'eau, vannes, soupapes, tuyaux de décharge, chambres de raccordements, cuves d'alimentation et de distribution, déversoirs, bassins ; et l'aqueduc qui charrie les eaux à la ville, d'une hauteur de deux mètres cinquante sur deux mètres de largeur, n'a pas moins de deux lieues de longueur.
Du milieu de la chaussée, on est bien placé pour contempler les sévères splendeurs de ce grand tableau dont les bois et les rochers ont fourni l'ordonnance, mais qui porte partout la griffe victorieuse de l'homme.
Entre les parois curvilignes, le lac s'allonge, uni, métallique, à peine ridé de légers frissons, terrifiant à force de silence et d'immobilité ; sa nappe rigide n'a point les transparences des eaux vives et à distance se plombe même de teintes foncées, comme les espaces liquides suspendus sur des gouffres ; on croirait voir en cette grande paix morte la sournoise rancune des torrents domptés, rongeant leur peine et complotant des cataclysmes. Çà et là des criques échancrent la rive qui recule jusque dans la montagne ; un plan général du lac, dans un café voisin, dessine vaguement la silhouette d'un monstrueux saurien, la tête
formée par le barrage et les prises d'eau, la queue se fourchant en deux tronçons inégaux, le corps allongé et sinueux ; et, pour compléter la ressemblance, les petits golfes entaillés dans le roc simulent à la partie antérieure la projection des membres.
La vaste étendue va, s'étend, creuse au loin l'horizon des bois, dont les coupes se superposent en un amphithéâtre de dômes et finalement se perdent dans les fuites bleues de l'Hertogenwald. Le même silence qui règne sur les eaux s'appesantit à travers l'air ; on n'entend au-dessous de soi que l'éternel roulement étouffé de la chute qui, selon le vent, expire dans la profondeur de la vallée ou s'élève comme une plainte ; et celle muette douceur épandue par l'espace rend plus pénétrante l'impression des solitudes.
Notre voiturier s'impatiente : il fatigue l'écho d'une pétarade nourrie de coups de fouet ; nous reprenons place dans le véhicule.
Le chemin qu'enfile l'attelage monte à présent à la droite du lac ; l'escalade est rude ; devant nous l'empierrement s'allonge, toujours plus haut, et semble se perdre dans le ciel ; nous sommes dans l'Hertogenwald. Là-bas, à perte de vue, moutonne l'énorme et mystérieuse forêt, avec ses masses dorées par le soleil de l'après-midi, ses taillis impénétrables et qu'aucune laie ne sillonne, ses chênes, ses sapins et ses hêtres qui, pareils à des colonnes, soutiennent le poids de la voûte verte. Après le turbulement fiévreux des villes, le grondement des industries, l'âpre et anhélant effort des machines, après Seraing, Liège et Verviers, évanouis dans la reculée des horizons, la nature enfin va nous reprendre et nous bercer en son giron. Le vent, qui souffle du large et remue les espaces comme d'une palpitation visible, sera, pendant des lieues, la seule voix dont le chuchotement descendra dans nos oreilles.
A mesure que nous nous élevons, en ce pays des altitudes, il augmente comme la sourde rumeur des halliers dévastés par les hordes vagabondes, et comme l'haleine même de la ténébreuse forêt. Un instant encore, nos regards embrassent le déroulement des eaux du lac; le barrage a l'air d'une borne que les rochers, ces autres bornes plus hautes, dominent et diminuent; maintenant la grandeur de l'œuvre des hommes décroît dans l'immensité du cadre où elle finit par s'engloutir. Et toujours les horizons s'approfondissent : derrière les croupes de bois, d'autres croupes émergent, touffues, massives, comme les vagues figées d'une mer. Une dernière côte, puis nous roulons sur un plateau qui met un arrêt momentané dans les interminables rampes au bout desquelles s'érige la Baraque Michel.
Graduellement, l'épais rideau forestier s'est reculé ; des cultures, des zones de trèfle, de betterave et de blé losangent la lande ; et ces défrichements qui, dans la rude terre où s'emmêlaient les broussailles, ont fait passer le tranchant du soc, révèlent l'existence d'un village prochain. A notre droite, en effet, dans le vaste pays de Suryster qui rejoint les fagnes spadoises, des maisons pointent leur pignon, mais disséminées, comme perdues à travers ces étendues de plaines ondulées.
L'agglomération est un peu plus loin, à Jalhay, que notre route traverse et dont les fermes, au tournant, tout à coup nous apparaissent, échelonnées sur des bosses. Une épaisse toison de lierres et de clématites les défend presque toutes, du côté de l'ouest, contre les vents et les pluies; quelquefois ce revêtement, juxtaposé au mur en briques, a une profondeur de plus d'un mètre ; et les ramicules et les vrilles ont fini par s'accrocher au glui des toits et s'enrouler autour des cheminées. Gomme nous passons, des chaumiers rempaillent les vieux faîtes défeutrés, lissant et ratissant les torsades de chaume avec leurs pignes. Bien qu'on touche à peine aux grandes chaleurs de l'été, l'habitant de ce nid des plateaux, toujours exposé aux coups d'aquilon, se prémunit déjà contre les rafales qui s'abattent là, terribles, dès octobre, en tourbillons descendus des hautes fagnes et qui menacent de tout entraîner : il se hâte de profiter de la saison clémente pour défendre son logis contre le
PROVINCE DE LIÈGE
retour des intempéries ; demain il ne serait peut-être plus temps. Et, malgré les ardeurs d'un soleil encore jeune, on pense aux àpretés de l'hiver qui tout à l'heure recommenceront, fouettant la petite bourgade de leurs lanières blanches, bouchant les avenues avec des montagnes de neige, ensevelissant les toits dans le froid et la solitude d'une Sibérie.
Maintenant, dans le poudroiement vermeil, les pauvres bicoques ont presque un air riant; des femmes, le barada sur la tête, vaste chapeau de paille oblong, à galerie d'étoffe flottant dans le cou, la plupart sèches, couleur de chanvre roux, la gorge plate et les tibias écharnés, achèvent la fenaison; toutes les portes sont ouvertes, celles des maisons et celles des étables ; et les vaches une à une s'en viennent boire à la grande auge de pierre qu'une pompe alimente d'une eau rare. Nous dépassons la mairie, qui sert aussi d'école communale et où
JALHAY.
nous nous figurons un bon vieux maître chenu, le même depuis un demi-siècle, enseignant la lecture et l'arithmétique à une ribambelle de petits morveux en sabots, tout noirs de la poudre des chemins, avec des joues mangées de baie et des yeux de jeunes loups sous rébouriflèment des tignasses. Cet homme simple ne sait rien de nos agitations; en septembre il récolte lui-même ses pommes de terre après les avoir binées et mises en sillons; peut-être n'est-il descendu dans les villes que deux ou trois fois, avec l'étonnement de celle vie fiévreuse qu'on ne connaît pas dans la montagne et qui ne rend pas plus heureux.
Puis les toits en chaume se clairsèment ; la côte grimpe entre des friches incultes et des étendues de bruyères ; une grosse ferme, que le caprice de son propriétaire a nantie de créneaux et de tourelles, singulière ambition à ces approches du grand désert, se masse à demi derrière une palissade d'arbres, entaillée de baies qui correspondent à l'ouverture des fenêtres. En décembre, quand se lamentent les trombes et que les volées de flocons empêchent d'ouvrir les portes, la fermière peut surveiller par ces échancrures de l'épaisse courtine la noire silhouette des loups rodant à la lisière des bois. Un peu au delà, des
femmes entament à coups de hache des troncs ahattus ; leurs mouvements sont saccadés et furieux ; celles-là travaillent comme des hommes, virilisées par leur dur labeur journalier ; mais, dans l'immense paysage, leur forme grêle semble se dissoudre, toute petite et lointaine.
Jalhay n'est plus qu'un point derrière nous, sous le planement immobile des fumées montées des âtres ça et là ; la vie va s'arrêter à cette limite, passé laquelle l'infinie mélancolie des solitudes ne s'interrompra pas ; une maison de cantonnier, au bord de la route, et plus loin, à l'embranchement de la chaussée d'Eupen, l'habitation d'un sabotier, seules nous diront que, même aux extrémités de la vie, dans la mort et la désolation de tout, la vaillance humaine peut encore se créer un toit.
Maintenant la Fagne, — la Fange comme ils disent de cette terre pourrie et spongieuse — nous entoure en tous sens, prolongée à travers les horizons. Aux deux côtés de la voie, des tiges de sorbiers, minces comme des baliveaux, essayent vainement de pousser. La fureur du vent les casse à mesure qu'on les plante ; il faut sans cesse les remplacer ; et ils ont l'air triste et résigné d'un cordon de sentinelles montant une consigne sous les boulets. Ce sont, en effet, les sentinelles de l'énorme lande ; autrefois, quand le chemin n'était pas tracé, le voyageur qui s'égarait risquait de périr dans les fondrières ; ils jalonnent la route, et par les hautes neiges, alors que la plaine et la chaussée elle-même ont sombré sous les vagues blanches, leur mince dentelure qui dépasse l'universel niveau sert à guider le passager de ces mornes régions.
La chaussée monte, monte toujours. Aussi loin que va le regard, il n'aperçoit que le moutonnement d'une herbe courte et drue, une terre mangée d'immenses plaques de mousses et de touffes de bruyère crêpelée qui, même sous le soleil, demeurent sombres. Un deuil s'appesantit visiblement sur cette contrée que les floraisons joyeuses n'émaillent pas et qui, l'hiver comme l'été, toujours noire, hirsute, sévère, avec ses eaux croupissantes, ses marais qui ne cessent un moment que pour se reformer plus loin, les rouilleuses cavités de ses tourbières, absorbe la lumière au lieu de la réfracter.
La mer et le désert, cette autre mer, sont les seules images qui viennent à la pensée, devant cette monotonie et cette grandeur. Aucun oiseau, hormis la bécassine, la gelinotte, le courlis et la poule d'eau, ne fait entendre ici son coup d'ailes ; l'air et la terre sont muets ; l'éternelle plainte du vent, aigre et sifflante, rompt uniquement l'accablement sourd du silence. Ce qui tantôt n'était qu'une brise souffle à présent sur nous des haleines glacées ; les soirées de novembre ont à peine cette frigidité dans les villes ; et, sous les brusques rafales, les herbes et les petits arbres de la route se tordent, entrechoqués. Cependant, à l'extrême horizon, sur notre gauche, l'Hertogenwald se déploie toujours avec l'ondulement de ses immobiles masses noires, pareilles à l'entablement de la vaste coupole aérienne ; comme une borne gigantesque, la forêt semble là-bas indiquer le déferlement de la fagne ; et, toute vide, barrée seulement par la grande route d'Eupen, avec les six à huit maisons d'Estreux perdues dans la mêlée de ses frondaisons, l'imagination la peuple de monstres chimériques, comme cette forêt des Ardennes où Shakespacre mettait des lions et des palmiers.
Enfin nous touchons au point culminant de cette suite de plateaux qui nous ont élevé à six cent quatre-vingts mètres au-dessus du niveau de la mer; la montée faiblit; devant nous un bouquet d'arbres laisse passer la pointe d'une flèche.
Il y a quelque quatre-vingts ans, un tailleur de Herbiesler, du nom de Michel Schmidt, égaré parmi les marécages et les tourbières, promit au ciel de bâtir une hutte pour servir d'asile aux voyageurs, s'il échappait à la mort et retrouvait son chemin. Sa prière fut entendue ; il se construisit un abri surmonté d'un petit clocher; et le reste de sa vie, de moment
PROVINCE DE LIÈGE
en moment, il agitait une cloche dont les sons se prolongeaient à travers les dangereuses solitudes. Surtout les nuits de tourmente, il ne cessait de sonner, et souvent des voix appelaient, gémissantes, de pauvres diables s'en venaient frapper au seuil de sa cabane, guidés par le bêlement de la cloche secourablc. Celte louchante et miséricordieuse pensée d'un brave homme a fini par donner naissance à la petite station de Fischbach, que, par un pieux hommage à la mémoire du vieux tailleur, on conlinue à appeler la Baraque Michel.
Le hameau ne se compose en réalité que d'une seule maison, une pauvre maison basse et trapue, que trois chambres enfumées divisent au rez-de-chaussée; en face, de l'autre côté de la route, s'alignent un hangar et une écurie où relayent les chevaux de la malle-poste d'Eupen à Malmédy; un peu sur la droite du corps de logis, une chapelle, dédiée à la Vierge et construite par un Henri Fischbach de Slavelot, chevalier, — d'où le nom réel du hameau — érige cette flèche que nous apercevions il y a un instant; enfin, à quelques pas plus loin, le Dépôt de la Guerre a fait construire une chambre pour la triangulation du sol belge.
LA BARAQUE MICHKL.
Toute la vie de cet humble endroit se concentre là; autrefois un fanal s'allumait, dès le crépuscule, dans le petit clocher; mais ni la campane du bon Michel ni le fanal n'existent plus; le buron hospitalier est lui-même devenu une modeste auberge où, en attendant que notre limonier achève de broyer son picotin, nous avalons des beurrées fourrées de tranches de jambon. Le froid nous a pénétré; nous nous chauffons à un maigre feu de tourbe que la maîtresse de la maison, une figure triste, pâle, la tête enveloppée d'une capeline, vient de recharger pour nous; et l'homme, petit, rude, tanné, la mine sérieuse et lasse, avec un flot de barbe fauve sur la poitrine, nous parle des Fagnes, de l'hiver qui les sépare du reste du monde, d'un pauvre couple de fiancés naguère ensevelis dans les neiges, de bien d'autres demeurés là, perdus et engloutis, pour s'être aventurés dans l'obscurité ou n'avoir pas suivi les sentes frayées, si vagues elles-mêmes, bientôt effacées. Il n'est pas rare qu'en juin l'eau gèle dans les seaux de la maison ; les arbres se dentellent alors de congélations ; et une couche de givre suspend à travers la plaine une fine guipure blanche, dont on ne voit pas la fin.
Notre repas terminé, nous risquons une course le long des fondrières d'une lisière
TOi LA BELGIQUE.
exploitée pour l'extraction de la tourbe. A tout instant le sol se dérobe sous nos pieds; nous enfonçons jusqu'à la cheville dans des bourbiers noirs; l'eau, aux endroits les moins spongieux, rejaillit en éclaboussures et en fusées sous nos semelles. Mais une vue merveilleuse nous paye de nos courtes peines : là-bas, dans la reculée, quinze lieues de pays, visibles par les midis secs, se déroulent en vagues vertes et bleues. Toujours derrière la ligne des bois, d'autres croupes se massent et ondoient, par zones interminables qui dessinent au bas du ciel comme des degrés géants et vont se perdre ensuite dans les lacs gris perle, azurés et roses des vapeurs suspendues par l'air. Et quand nous ramenons nos regards autour de nous, les Fagnes, tristes, solennelles, incultes, sans un crécellement d'insecte ni un battement d'ailes, nous paraissent plus désolées encore, après cette lumière des espaces. En tous sens elles s'étendent trouées d'excavations noires, hérissées de petits tas de tourbes séchant au soleil et barrées par les grands miroirs sombres des eaux mortes.
Nous saluons d'un mélancolique adieu la baraque et nous remontons en voiture. Une borne de pierre se dresse à notre gauche; elle enchâsse une plaque de fer rouillée sur laquelle un aigle à demi effacé profile son rostre ; et l'héraldique roi des accipitres nous ouvre le seuil de la Prusse.
Tout de suite l'aspect de la contrée change. Ce sont les Fagnes encore, mais transformées déjà par les plantations de sapins : alors que la Belgique se résigne à ne rien tenter pour combattre la stérilité de cette région perdue, le gouvernement prussien défriche et amende graduellement la grande terre revêche; et les sombres lisières de bois entre lesquelles commence à se dérouler la route qui descend vers Malmédy sont comme la prise de possession définitive d'un sol qui semblait fermé pour l'agriculture. Au bout d'une demi-heure, les premières cultures apparaissent, tigrant de carrés verts et jaunes les houles noires de la bruyère; un troupeau de vaches paît une herbe encore rare, mais qui se multiplie de proche en proche; et la musique des clarines qu'elles balancent à leur cou nous suit à travers le bourdonnement des roues. Puis une métairie hourdée en torchis se quadrille de lambourdes; d'autres maisons, d'un aspect terreux, sortent des massifs d'arbres qui les ombragent; une bande d'oiseaux piaille dans un buisson; et la roule dévale plus rapide, décrivant des lacets repliés autour d'un ravin profond, dont les végélalions touffues s'échevellent sous nous, éclaboussées d'une pluie de clartés.
La procession rabougrie des pauvres sorbiers qui depuis Jalhay n'a pas cessé de défiler au bord du chemin, maintenant s'égaye de feuillages nourris; à notre droite, le sol s'accidente de masses rocheuses que la tranchée a entaillées; en même temps le vent se lénifie, et tout à coup, au bas de l'entonnoir, Malmédy groupe ses tanneries, ses usines et ses maisons dans le crépuscule qui tombe, allumé par les cuivres du couchant. Pendant qu'à l'auberge, une vieille et appétissante hôtellerie de province, on nous prépare la truite et la côtelette que nous arroserons d'une fiole de Moselle, nous vaguons un instant par les rues; un ruisselet les longe et par endroits les coupe diagonalement, sous des planches aboulées qui permettent la circulation du roulage; le bruissement de l'eau, le cornement des bœufs qui rentrent du pâturage, les commérages traînant de porte en porte font une sourdine assoupie au silence de la petite ville engourdie par les approches du sommeil; et un personnage ragot, bedonnant, barbu comme un fleuve, en uniforme bleu turquin à boutons d'argent, nous croise, une ligne sur l'épaule, soutenant du bras droit une grande femme sèche et portant à l'autre bras un corbillon. Ce digne gendarme prussien, car c'en est un, regagne pacifiquement sa caserne, après une partie de pêche dont il fera grésiller tout à l'heure le produit à la poêle.
Malmédy ne nous écarte pas sensiblement de la Belgique ; autrefois elle faisait partie du
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pays de SlaveloL ; et le jargon tudesque n'y a pas tué le dialecte wallon. Tout en dépeçant les chairs savoureuses de notre truite, nous nous réjouissons d'entendre sonner à nos oreilles les rudes consonances du parler ardennais ; et c'est l'esprit satisfait, l'estomac apaisé, que nous reprenons notre berlingot et que, dans la nuit tiède, parfumée par les fragrances aromatiques des bois et des prés, nous roulons vers la frontière où, au hou t d'une couple d'heures, les gabelous brusquement surgissent de l'ombre, le mousquet en bandoulière ; mais rien ne trahit dans notre extérieur la maraude et le dol ; un mutuel bonsoir s'envole dans le claquement du fouet, et nous gravissons paisiblement la dernière eôle, au bout de laquelle l'hôtellerie met en travers de la ruelle son panonceau peinturluré.
La diane des bœufs. — Slavclot. — Hier et aujourd'hui. — L'Amblève. — La Gleize. — Stoumont. — Targnon. — Le Fond de Quarreux. — Sauvageries. — Montjardin. — Remouchamps. — Aiwaylle. - Un château des quatre lils Aymon. — Amblève. — ■ Arrivée :i Comblain-au-Pont.
Le meuglement des bœufs sonne pour nous la diane ; nous nous éveillons à Slavclot, dans une chambrette tendue de papier à bouquets roses ; une lumière déjà haute, vannée par des rideaux de mousseline, glisse sur les courtines miraculeusement blanches de notre chevet ; des armoires entre-bàillées s'exhale une senteur vague de pommes mûres.
L'échappée qui s'encadre dans nos fenêtres, un bout de rue cabossée et flanquée d'amusants profils de maisons, avec de grands toits en auvent et des façades faisant ventre par-dessus l'ourlet mince des trottoirs, nous donne l'envie de déambuler par la ville. Une' venelle que nous enfilons d'abord nous conduit à une petite place en pente, décorée d'une fontaine dont l'entablement s'ornemente de frustes silhouettes de loups, par allusion sans doute aux origines de Stavelot (Stabulum), bâtie dans un lieu sauvage hanté par les bardes errantes. Puis nous tombons sur une file de petites figures furtives et pressées, en qui nous devinons des dévotes matinales, et qui nous acheminent à leur suite vers une affreuse église rose, l'église paroissiale. Nous n'ignorons pas que le trésor de ce sanctuaire possède deux admirables reliquaires ; le [sacristain, que nous allons dénicher au fond d'une chandellerie, nous exibe successivement la châsse de saint Remacle, une merveille de l'orfèvrerie du quatorzième siècle, et le buste en argent de saint Poppo, à mi-corps, posé sur un socle historisé de curieuses et délicates ciselures.
Ces pieux édicules nous reportent au temps oii Stavelot, siège de l'antique abbaye fondée par saint Remacle, avec ses gouverneurs abbés, princes du Saint-Empire et comtes de Logne, ses vingt lieues de tour, ses trente mille habitants et sa « postellerie » de iMalmédy, formait la capitale d'un petit État. Plus rien n'évoque cette lointaine grandeur : le palais des abbés a disparu dans les reconstructions de l'abbaye, au siècle dernier, et celle-ci s'est commuée en un hospice ; la puissante tour carrée de la vieille église abbatiale, avec son écusson constellé par les saxifrages, elle-même a fini par servir de magasin d'écorces.
Mais, dépossédée de ses gloires, la cité des fastueux prélats s'est recomposé, avec les calmes activités de son industrie, une physionomie originale ; la montagne lui fournit en abondance les écorces dont elle a besoin pour ses tanneries ; et jusqu'au cœur de la ville se déroulent les grandes cours feurtrées et fauves, entourées de séchoirs aux claires-voies desquels d'innombrables peaux de bêle conservent la forme animale. De bosse en bosse, par des rampes cailloutées de caboches, le réseau des étroites et torves rues dégringole les
pentes et va déboucher à I'Amblève, qui dans ses eaux brunes réfléchit des plans superposés de maisons, des pignons hors d'équerre, le joli fouillis des façades et des toits élagés sur le versant, parmi les touffes fleuries des vieux jardins.
Nous musons dans ces tortilles d'impasses et de ruelles, quelquefois nous effaçant pour livrer passage à une file de vaches conduites par un petit pâtre et tendant leurs naseaux à l'odeur des pâturages voisins, d'autres fois admirant le caprice des architectures en relrai-
ou en saillie, bossuées, déjetées, tassées, caput chonnées de toits à lucarnes et la plupart abritées contre le vent et l'averse par des revêtements d'ardoises ou des lamelles de bois juxtaposées.
En roule! en roule! L'étape est longue d'ici à Banaux où nous coucherons ce soir ; mais la rivière nous tiendra compagnie, tout au moins jusqu'à Comblain-au-Pont, nous faisant trouver brèves les heures.
C'est elle en effet, c'est I'Amblève, tour à tour riante ou morose, qui va nous servir de guide dans cette excursion nouvelle et dont les capricieuses sinuosités nous révéleront des paysages imprévus. D'abord elle serpente dans des fonds, se perd en des crochets, miroite" à travers des déniés dont les crêles festonnent )e ciel, à notre gauche : puis la roule s'abaisse : nous longeons la berge ; les pentes boisées que nous dominions naguère, maintenant s'élagent au-dessus de nous ; et des prés, de larges nappes étoilées de marguerites déclinent jusqu'aux galets découverts par l'abaissement des eaux. En automne, après les grandes pluies qu'amènent les vents d'ouest, le flot, sans cesse grossi par les alluvions de la montagne, bouillonne avec impétuosité à travers ce large couloir, barrant de ses écumes tout l'espace compris entre les deux rives et souvent escaladant les prairies ourlées par la route. Mais, pour le moment, les urnes du ciel semblent taries ; l'air sec brûle et poudroie par-dessus les ondes claires et moirées qui ne parviennent pas à gagner les bords.
Bientôt de nouvelles collines évasent leurs cols ; la Salin glougloute au goulot d'un ravin et vient s'unir à I'Amblève; comme des paliers qui feraient se rejoindre les roches, des ponts ouvrent leurs arches grises dans l'ensauvagement du site, donnant à la gorge sa dénomination de Trois-Ponls. Celle Salm est, avec l'Aivc et le Héblon, une des grandes rivières à truites du pays ; une chasse sans trêve traque le frétillant poisson à travers les cailloux frôlés par son ventre argenté ; on le pêche à la mouche ou avec des filets dont les mailles ont l'espacement réglementaire d'un pouce.
Puis le tableau change ; par moments la rivière se dérobe ; des taillis profonds en interceptent la vue ; on la voit luisarner derrière les rideaux de chèvrefeuilles, les hautes fougeraics, les chênes et les bouquets de cytises qui garnissent la rive. Tout à l'heure elle va prendre son élan pour franchir le saut de celte cascade de Coo, créée par les
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moines de Stavelot, et qui demeure toujours une des célébrités de la contrée. Un pont l'enjambe en cet endroit, du haut duquel les féroces ripuaires lançaient autrefois dans les écumes de malheureux chiens qui souvent allaient se fracasser sur les roches du fond et qu'on regardait tournoyer à travers le cabrement des eaux. Pour avoir été entaillée dans la montagne par la main des hommes, la chute, surtout après un de ces fréquents orages qui font rouler les avalanches le long des pentes, n'en reste pas moins un saisissant
LE IU DONNEUX.
spectacle. La vaste nappe s'écroule d'une bailleur de vingt mètres, brisée en deux tronçons par la pile qui soutient la double arche du pont ; mais, tandis que l'un de ces tronçons se rue comme une trombe, avec un grondement de tonnerre, l'autre ne forme plus qu'une cascatelle qui divise la force du courant ; puis tous deux se rejoignent dans les bouillons de la cuve creusée par l'éternelle retombée de la gerbe principale.
Nous traversons la Gleize, groupé sur un mamelon autour d'une antique et minuscule
église dont le clocher, nii-décoiffé par le vent, se penche sur les lloraisons d'un de ces humbles et touchants cimetières de campagne, tout noyés d'ombre, avec des croix mangées de mousses et des tertres engloutis sous les lierres.
Maintenant l'Amblève coule là-bas, entre des monts verts dont les coupes bossellent l'horizon ; une côte s'escarpe à travers bois, puis décroit sous le couvert d'une allée ; et jusqu'à Stoumont les talus s'enfleurissent des casques pourprés de la digitale.
Tandis que la voiture continue seule par la grande route et va nous attendre à une demi-lieue de là, nous arpentons les ruelles du joli village, gravissant et dégringolant les bosses sur lesquelles s'espacent ses petites bordes, squamées de larges dalles de schiste. L'industrie locale a donné ici aux habitations une physionomie particulière : presque toutes appuient leurs toitures sur des piliers en bois, chantournés à la base, avec la maison en retrait entre deux avant-corps qui servent pour l'établc et pour la grange ; et les murs,
faits de bardeaux recouverts de bousillage, avec une couche de plâtre par-dessus, entrecroisent extérieurement leurs palançons, comme les pièces d'une armature. Dans un fond, par delà un vieux moulin dont la roue sème dans l'air l'éclaboussement d'une pluie de pierreries, les huttes en torchis de Targnon, un pauvre hameau du bord de l'eau, tout délabré et moisi de vétusté et de misère, semblent faire de leurs toits défoncés un rempart à la chapelle chétive qui a poussé là son clocher de travers, comme un chapeau de pierrot ivre, si basse d'ailleurs qu'on voit s'encadrer, à travers ses vitres poudreuses et tapissées de toiles d'araignée, l'argile éraflée et croulante des maisons rangées à l'entour.
A peine a-t-on quitté les solitaires chaumines, qu'une trépidation secoue le sol; le slridement d'un sifflet déchire l'air ; un train passe en soufflant ses flocons de vapeur ; et la première station d'un embranchement de ligne (de Sloumond à Rivage) découpe sa silhouette rouge sur les vertes perspectives de la vallée. Un remblai prolonge à présent sa crête rectiligne, parallèlement à la route, à travers le pittoresque diminué du paysage, dont naguère encore les ressauts et les ondulations accompagnaient si délicieusement la sauvagerie de cette partie de l'Amblève. C'est le commencement de la dévastation qui guette ces nobles et beaux paysages, promis à l'utilisation industrielle et que bientôt plus rien ne pourra conjurer. Cependant l'autre rive dresse toujours son grand versant boisé, aux parois duquel s'emmêlent des taillis si touffus que leurs végétations ne laissent point apercevoir l'ossature du roc, et que la montagne a l'air de balancer par-dessus les miroirs de l'eau les profonds roulis d'une forêt suspendue. Plus bas, le Fond de Quarreux, un amoncellement de blocs éboulés, comme des margelles de puits, des tables de menhirs ou des chapiteaux de colonnes qu'un cataclysme aurait confondus, obstrue la rivière d'une miniature de chaos, parmi les écumes et le bouillonnement du flot ; l'hiver surtout, au bas des roches dépouillées, sous l'aigre clarté des cieux lourds, l'endroit se dramatise parmi les inquiétants profils des énormes pierres qui, dans les batailles du jour et de l'ombre, prennent de chimériques apparences; et, un peu plus loin, cette rudesse de nature brusquement recommence dans les bouleversements d'un lit de torrent, le ru Donneux, grossi par le ruissellement d'une
l'amulève a aiwaille.
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quantité de petits affluents et qui descend des hauteurs de Vert-Boulion. Les quartiers de rocs partout entassent des barrages entre ses bords ; mais, à mesure qu'on se rapproche de la « chaudière » creusée par les eaux à l'endroit ou elles s'écroulent de la montagne, leurs masses finissent par se superposer comme des embâcles. Cette chaudière, ainsi baptisée par l'imagination populaire, forme une vasque profonde, au bas d'une écorchure entaillée par le cours constant
Dessin de Xavier Melltry.