‹ La BelgiqueChapitre 173 sur 187 · LA SEMOIS ENTRE CHINY ET LA CUISINE · texte numérisé non relu

LA SEMOIS ENTRE CHINY ET LA CUISINE

dans les cailloux du lit et d'une poussée dirigent l'esquif parmi les éboulements qui en tous sens barrent le courant. Quelquefois l'eau est insuffisante pour le maniement de cet aviron : l'un tire alors à la chaîne, du côté de la proue, tandis que l'autre, au moyen d'un levier, imprime des secousses à la poupe pour la faire glisser sur les pierres; et tous deux marchent dans les écumes et les remous, baignant jusqu'à la ceinture. Encore n'est-ce pas sans peine qu'ils se frayent un chemin à travers ce labyrinthe de blocs, tellement pressés qu'on n'en peut sortir qu'en louvoyant et en cherchant les passes où le tirant d'eau est plus fort. A droite, à gauche, en amont, en aval, les roches s'étagent, s'escarpent, dressent de prodigieux escaliers, le rocher du Négé, Je rocher de la Goffe Louis, le rocher de la Goffette, le rocher Pircot, les grands rochers du Hat, plus loin le Rehat et le Rocher fendu, énormes masses en surplomb, à pic, de guingois, dont les profils écornés et grimaçants évoquent

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l'horreur des animalités fabuleuses et qui se lustrent de merveilleuses chasubles d'or, de pourpre et de vermillon sous les mousses, les camomilles, les eupatoires, les digitales et les mille-pertuis moutonnant à l'infini comme une toison. À la fonte des neiges, des quartiers de schiste et de quartz, ceux-là rouilleux et sombres, ceux-ci veinés et polis comme des marbres, se détachent des crêtes et, dégringolant de degré en degré, rebondissent jusqu'au milieu de la rivière, où, parmi tout cet entassement, leur forme tourmentée leur donne des airs d'hippopotames et de cachalots échoués. Partout, l'illusion ici multiplie ses prestiges; des îlots neigneux de reines-des-prés semblent voguer comme des corbeilles fleuries; l'eau, pailletée d'un fourmillement lumineux, creuse des cavernes éblouissantes où s'écaille d'argent, comme une épaule de naïade, le ventre scintillant des poissons; et tout en haut, à la cime des rocs, les bois ondulent comme un grand sourcil irrité. Sur les rives, derrière les roseaux

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