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ÉGLISE SAINT-I'I

INTÉRIEUR ET JUBÉ DE l'éGLISK SAINT-PIERRE DE L0UVA1N,

LE BRABANT. 111

l'enseignement universitaire. La Somme s'inscrit ici dans le jaillissement des colonnes, l'élancement aigu des fenêtres, l'évidement des trèfles, le découpage merveilleux du jubé, la structure imposante des porches; et l'immense vaisseau se rattache par une ancre idéale au port où s'apprend la conjuration de l'esprit séculier.

Une première église Saint-Pierre avait été bâtie par Lambert le Barbu, et, sous son successeur, s'accrut d'un chapitre de sept chanoines, augmenté successivement jusqu'à dix-huit ; mais les flammes anéantirent par deux fois le temple, et ce ne fut qu'au quinzième siècle que Sulpice van Vorst, originaire de Diest, jeta les fondements de la construction définitive, secondé dans la partie sculpturale de son œuvre par son fils et l'imagier Eustache. L'artiste n'eut pas la joie d'assister à l'achèvement de l'édifice : soixante-treize ans seulement après le début des travaux, on posa la première pierre du porche s'ouvrant sur la Grand'Place et demeuré incomplet. Encore l'ensemble de l'église différa notablement de la conception première : d'après le plan du maçon que son talent avait élevé au rang de maître et le modèle en relief qui, l'un et l'autre, sont gardés à l'Hôtel de Ville, la voûte devait être surmontée de cinq flèches, dont la plus grande aurait eu une élévation de cinq cent trente -cinq pieds. Mais les fondements furent jugés insuffisamment solides pour ce faix énorme, et les tours s'arrêtèrent à la hauteur du toit. Telle que nous l'ont transmise les siècles, la Collégiale se prolonge entre ses vingt-huit faisceaux de colonnettes, avec une majestueuse ampleur, rendue plus saisissante encore par le bel accord des proportions et la simplicité du style. Des chapelles en grand nombre garnissent les bas côtés, avec une profusion d'œuvres d'art qui préparent aux étalages fastueux des églises d'Anvers : c'est dans une de ces chapelles, celle de la confrérie Sainte-Anne, (pie, plus d'une fois, les yeux éblouis par la lumière diffuse des verrières, je me suis absorbé dans la contemplation du triptyque de Quinten Matsys, ce chef-d'œuvre d'émotion familiale que possède actuellement le musée de Bruxelles et qui ouvrait sur le mur une si large trouée lumineuse.

Ce n'était qu'un des nombreux trésors de l'église; la « Descendance apostolique de la Vierge » partie, il lui est resté la fourmillante ornementation de ses autels ; dans la chapelle des Fripiers, un beau tableau à la manière de Gonzalès Coques ; dans celle des Brasseurs, l'admirable « Cène <> de Thierry Bouts, longtemps attribuée à Memling ; dans celle des Chirurgiens, le « Supplice de saint Erasme » du môme peintre, une horreur superbe où ce maitre-torsionnaire se livre à de prodigieuses cruautés d'invention et fait voir le patient tranquillement en contemplation de son ventre béant, duquel dégorgent les entrailles, à mesure enroulées autour d'un rouet; puis, ailleurs, répandus dans les sacristies, le chœur, les oratoires et toute l'étendue du sanctuaire, des peintures de Roger van der Wcyden, de Craycr, de Gérard Zéghers, des fonds baptismaux en cuivre forgé, œuvre de Matsys, un lustre en fer étonnamment travaillé, un tabernacle en pierre de taille haut de trente-cinq pieds et ajouré comme une dentelle, un banc de communion en marbre à rinceaux de Papenhoven, que n'aurait pas répudié Duquesnoi, une quantité d'édicules, d'ex-voto, de pierres tombales, de grands monuments funéraires, une chaire en bois compliquée et touffue, avec un cheval

BIBLIOTHÈQUE DE 1.0UVAIN.

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