L0LYAIN, TABERNACLE DE SAINT-PIERRE
et son cavalier grands comme nature; puis encore, dans le transept, les autels des sculpteurs Collin et Fayd'herbe, et, au centre de l'église, l'incomparable jubé à trois arcades tout enchevêtre de feuillages et peuplé de statuettes, que l'artiste du quinzième siècle a semé des prodigalités de son caprice.
Saint-Michel, Sainte-Gertrude, l'église du Grand-Béguinage, l'église des Dominicains, Saint-Jacques même, malgré ses reliquaires, son tabernacle et sa célèbre balustrade en cuivre fondu, ne peuvent soutenir la comparaison avec cette richesse; seule la façade de l'Hôtel de Ville, fouillée comme la plus arabesquée de ses stalles, ciselée comme le plus orfévré de ses ostensoires, historiée comme le plus étoffé de ses tableaux, espèce de gigantesque châsse où les métaux et les gemmes sont imités par la pierre, rivalise avec les somptuosités religieuses de son sévère vis-à-vis.
En ce temps-là, Philippe le Bon régnant, Mathieu de Layens fut requis pour dresser les plans de la « Curia publica » ; ceux qu'il présenta émerveillèrent les magistrats de Louvain qui, toutefois, se défiant d'euxmêmes, soumirent le projet à maître Pauwels, architecte de monseigneur le duc de Bourgogne, lequel trouva l'invention de Mathieu fort de son goût. On se mit donc à l'œuvre, et d'un travail incessant sortit à la fin le bijou glorieux dont la possession enorgueillit à bon droit les descendants des puissants drapiers du quinzième siècle.
On imaginerait difficilement le miraculcux guillochis de cette grande dentelle lapidaire; les surfaces se compliquent en tous sens d'une végétation de sculptures; l'entour des fenêtres se festonne d'ourlets taillés; les angles disparaissent sous un amoncellement de pinacles et de dais; c'est, dans toute la hauteur, une broderie dont les entrelacs s'emmêlent dans un fouillis de formes et de motifs décoratifs. Toute la Bible défile en ces parois fleuries ; vous y pourrez suivre, de niche en niche, les épisodes principaux de l'Ancien Testament ; le naïf imagier,
LE BRADANT.
pour les rendre plus compréhensibles, a donné à ses personnages l'aspect tics hommes cl des femmes de son temps. Les graves visages des patriarches se surchargent de cascades de mentons flamands ; les matrones juives ont des cliaiis lourdes de bourgeoises surnourries ; les vierges laissent crouler à leurs pieds les cassures des grandes robes dont s'habillaient les patriciennes. Partout on se délecte les yeux du tableau de la rue au quinzième siècle ; et les statues ressemblent à des passants entre -croisant dans un décor d'architecture leurs allées et venues. Les sujets malicieux ne manquent pas ; l'édifice ressemble à une vaste chronique joyeuse où maint contemporain put se voir sculpté tout vif; et la gailé à tout
Dassin de Victor Uytterschaut.