‹ La BelgiqueChapitre 40 sur 187 · ÉGLISE SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-GERMAIN

LE BRABANT

voie s'élargit : on a devant les yeux une superbe église du treizième sièele dont quelques

parties, notamment la galerie découpée en arceaux trilobés

autour du chœur, se rattachent à la période dos transition. $à

Dès le seuil, une émotion vous prend : dans la première chapelle à gauche, un retable à volets laisse voir les merveilleuses complications d'une suite de scènes empruntées à la vie du Christ; la première chapelle de droite vous en montre un autre, plus admirable encore, vrai fouillis de personnages et de rinceaux. Du haut en bas, une dentelle de bois se prolonge, entrelacée de feuillages et de figures, avec des dais, des lancettes, une ramification inouïe de motifs sculptés : à la partie supérieure, la Vierge tenant l'Enfant sur ses genoux; sur les panneaux, la Visitation et Marthe embrassant Marie; le long des montants qui séparent les compartiments, des silhouettes et des groupes d'anges ; partout des dames en atours, des chevaliers armés de rapières, des prêtres aux longues dalmatiques, tout un coin du Nouveau Testament restitué à travers les costumes et les attitudes de l'époque. A peine avez-vous détourné les regards, vous apercevez, au-dessus d'un obit daté 160i, un haut relief enluminé et doré, d'une perfection non moins prestigieuse. Mais vous n'êtes point au bout de vos surprises : la deuxième chapelle à droite vous arrête devant un saint Hubert mitre et la crosse au M^Mir^M poing, ayant à ses pieds le cerf miraculeux , dans une niche qui surmonte une peinture représentant le saint en costume de chasse mi-parti rouge et jaune, joignant les mains et tourné vers la bête aux cornes nimbées d'un christ dans une gloire. Un peu plus loin, par-dessus un triptyque dont le panneau central représente Jésus et les saintes Femmes, un saint Georges fait le geste de terrasser le démon. Toujours sur le même rang, le saint patron de l'église, crosse d'argent aux doigts, de gros cabochons à la poitrine et aux genoux, occupe le milieu d'une, niche surmontée d'une balustrade dentelée de petits édicules, comme un jubé en miniature; de chaque côté se développent des compartiments remplis de petits personnages et orfévris, comme la niche, d'une profusion de motifs décoratifs.

La même abondance de richesses se remarque dans les bas côtés de gauche. Vous passez successivement devant un retable où trois figures peintes et dorées habitent des niches à fond ^ d'architecture, festonnées sur tout leur pourtour; devant un autre retable couronné d'un étonnant petit baldaquin dentelé sous lequel se silhouette une Vierge ; puis encore devant des triptyques dont le moins curieux n'est pas celui qui représente le démon sous la forme d'une espèce d'hydre se débattant au milieu des eaux bouillonnantes. Il faudrait citer aussi les magnifiques dinanderies dont l'église surabonde : le grand candélabre à sept branches, la centrale torsée et finissant en croix,

chacune des autres terminée par une balustrade découpée et tabernacle de léau.

Si

Iréflée, d'une hauteur totale de douze pieds; le lutrin supporté par des lions et des chiens alternés;

une infinité d'autres raretés dont le détail encombrerait ces pages.

Encore pâlissent-elles devant la magnificence de l'incomparable Tabernacle qui, à l'angle du chœur et du transept, se dresse, haut de seize mètres, formé de neuf étages, décorés chacun de groupes et de bas-reliefs. Rien ne peut dire la délicatesse de ce chef - d'œuvrê de Corneille deVriendt; il semble jaillir du sol comme une flèche sans paraître alourdi de l'infini peuple de personnages qui s'enroule à l'entour; et, si haut qu'il monte, c'est la même finessede profils, les mêmes élégances de lignes, la même prodigalité d'ornements.

Quand, les yeux éblouis, on quitte enfin l'église et qu'on dirige ses pas vers la place, on a devant soi l'Hôtel de Ville, un bijou d'architecture renaissance, d'une coupe charmante et svelte, avec ses deux rangs de fenêtres allongées, son perron bordé de rampes en pierre et garni de lions, ses trois niches taillées dans la façade et occupées par des figures, son grand toit découpé en escaliers et flanqué de tourillons.

Nous rencontrerons souvent, dans la suite de cette relation, des édifices plus somptueux ; nous n'enverrons pas toujours qui aient au même degré la justesse de la proportion et l'harmonie de l'ensemble.

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