ÉGLISE SAINT-PIERRE
ornés commes des théâtres, attirent à oux los dévotions, de la foule. Vous verrez dans cel te dernière église les mêmes ordonnances fastueuses que celles qui régnent à Saint-Rom haud ; et les autels en marbre, les confessionnaux, los statues, l'admirable chaire à prêcher du sculpteur Verbrugghe, avec ses quatre parties du inonde, ses génies potelés et mafflus, ses groupes do chérubins déployés au-dessus du dais, ses apôtres drapés à grands plis et sa rampe enchevêtrée de mille emblèmes symboliques, vous prépareront à mieux sentir la pompe des temples anversois.
Abords d'Anvers. — Les fortifications. — Aspecl général. — Impressions et souvenirs personnels.
Le train < j 11 ■ va do Malines à Anvers longe dos hameaux, des cultures, une terre merveilleusement fécondée par le travail du paysan. Ça et là l'eau d'un fossé s'écaille au soleil, une bastide rustique s'entoure d'un pare, une file de grands arbres suit les sinuosités d'une chaussée. Et partout, l'activité silencieuse des campagnes, les chevaux labourant en automne, les femmes fauchant en été, les hommes répandant les fumiers en hiver. Aux stations apparaissent derrière les barrières des faces placides où roulent des yeux somnolents et doux; des fermiers robustes sont vèlns du sarrau bleu reluisant; des cabriolets poudreux stoppent en attendant que le train soit passé. Point d'industries : la préoccupation constante est la glèbe ; on vit et meurt dans ses sillons. La terre ainsi aimée paye largement l'agriculteur. Dès l'avril elle se pare de floraisons grasses qui, s'étendant de proche en proche, finissent par couvrir tout le pays d'une clarté entaillée de bouquet. Non loin de Vieux-Dieu, les talus du remblai s'enflambent à chaque printemps d'une immense traînée lactée ; on dirait qu'il y neige des pâquerettes ; et cet éclat magnifique est répercuté au loin par rélincellement des prairies.
Inopinément des sonneries de clairons s'entendent à travers les souffles ralentis de la machine : on s'arrête, et les yeux se portent sur les anguleux profils des buttes de terre taillées à angle droit, le long des fossés des fortifications. A la paix profonde des campagnes succèdent le va-et-vient des soldats, le roulement des caissons de vivres et de munitions; et le pantalon bleu du piou-piou en corvée remplace, dans le paysage, la culotte en « pilou » éraillé du laboureur. Nous sommes entrés dans la zone des installations organisées pour la défense du pays. A Berchem, de hautes portes monumentales surmontées de colosses en fonte ont quelque chose de menaçant, comme la barrière qu'un petit peuple oppose aux envahissements du dehors.
Bientôt Anvers se dessine à l'horizon ; les disques jouent ; les approches de la gare ressemblent aux avancées d'une ville fortifiée. La ligne, bordée de murs crénelés, hérisse des tours à poivrières, un appareil guerrier qui évoque les entrées des places fortes allemandes. Puis c'est la gare spacieuse, monumentale, qui, par des jeux d'escaliers, communique avec les niveaux en contrebas de la ville.
Dès l'abord on se sent en présence d'une grande ville ; la circulation s'active autour de la gare, gagne le cœur de la cité, se répand vers les bassins, les entrepôts, les agences, la Bourse, les marchés. Lue large voie, portant le nom du grand peintre Leys, en souvenir de la demeure qu'y occupa cet incomparable évocateur de la cité historique, est comme l'accès de l'Anvers nouveau. Son opulence architecturale, d'un goût d'ailleurs douteux, se conforme à la haute fortune de la métropole qui la fait la rivale des grands ports maritimes du monde. Le faste répandu à profusion dans la pierre et les métaux annonce une prospérité orgueilleuse et sûre d'elle-même.
A peine débarqué, on entrevoit, au passage, des théâtres, des hôtels richement décorés, de massifs candélabres ornementés, des statues en marbre et en bronze, une sorte d'animation de la pierre en rapport avec la mentalité publique. On n'a point encore touché le port, cette ouverture prodigieuse sur la mer et les grands appareillages, que déjà la grande
PROVINCE D'ANVERS . 147
cité commerciale se fait sentir à l'oscillation d'une foule cosmopolite courant aux affaires du pas diligent d'individus pour qui les minutes sont de l'or. Partout les écussons accrochés aux balcons signalent les consulats ; une forêt de hampes déborde sur les trottoirs, toutes prêtes pour y suspendre les pavillons ; et les grandes plaques de cuivre, les enseignes bariolées, l'étalage des firmes laissent deviner des magasins emplis d'ouvriers, des cours où se chargent les camions par centaines, des bureaux fourmillant de commis. Observez cependant les allées et venues de ce inonde en travail : la lièvre n'est qu'apparente ; une activité régulière rythme les gestes et la démarche; l'habitude des grosses entreprises où chacun risque à tout bout de champ son avoir, une longue tradition de négoce et de spéculation main-
Dessin de Alfred Hubert