LA CHAPELLE SAINTE-ANNE
Toutefois, en dépit de son naturel frondeur, l'Anversois, qui, le rire aux dents, bravait les géhennes du Steen et l'attirail du Petit Cousin (Cosijnke), lisez le bourreau, demeura constant en sa faveur religieuse. Mais peut-être est-ce à de secrètes et invariables délectations, à l'attrait permanent de l'art pour les cerveaux flamands qu'il faut attribuer la multiplicité et la richesse des églises surgics du sol anversois. Les lieux de dévotion, décorés comme des théâtres, abondent; il n'est pas de vieille rue qui n'ait ses chapelles, ses statues de saints, ses porches «ouvrant sur un fond lumineux de tabernacles ; et la fête des yeux s'augmente, les jours de procession, de l'éblouissement des bannières, des étoles, des ostensoirs, des reliquaires, promenés en cortège pompeux par les places.
Tout ce que les sacristies recèlent d'orfèvreries , de gemmes et d'étoffes précieuses se répand alors sur la voie publique, comme un fleuve d'or, de pourpre et d'azur; l'air est embrasé par l'étincellement des habits sacerdotaux; les images pieuses brodées dans le velours et la soie semblent tissées avec des rayons de soleil, et les crosses, les mitres, les ciboires, les cassolettes, allumés d'un feu à chacune de leurs facettes, flambent, sous la volée de l'encens, ainsi qu'un rutilant décor de vitrail gothique. Nulle part la magnificence du culte n'apparaît avec un plus étonnant éclat. Et l'on se reporte au temps où les ghildes, les corporations, les métiers ne trouvaient pas de meilleur emploi de leurs deniers que la commande de chefs-d'œuvre d'art qui allaient grossir le trésor des églises. Non contents de se construire des hôtels somptueux sur la Grand'Place, ils érigeaient à leurs frais de fastueux oratoires chargés de marbres, de ciselures et de tableaux.