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JEU DE TIR AU BERCEAU

femmes et enfants ; enfermés jusqu'aux aisselles dans des bourses hermétiquement closes qui leur enlèvent la liberté des mouvements, on les voit s'avancer, par petits bonds saccadés, les veux ardemment fixés sur l'étape, rouges, soufflant, suant, entre deux files de foule tassée et goguenarde. A mesure qu'ils approchent, leurs sauts s'accélèrent, leurs déhanchements deviennent plus secs et plus fébriles ; souvent leur impatience les perd, et, près d'atteindre la bienheureuse timbale, ils roulent dans la poussière, la tète en avant. Ce sont encore les nuits de cocagne ; l'un après l'autre, hommes et enfants grimpent le long de la perche enduite de savon, mais la plupart se laissent glissera mi-chemin; un, mieux entraîné, se hisse enfin jusqu'à la couronne où pendent des jambons et des objets divers, fait rapidement son choix, et descend aux applaudissements de la rue, en agitant triomphalement son trophée. Ailleurs, le « jeu de la cuvelle » passionne la curiosité publique. Figurez-vous un appareil d'escarpolette dont la chaise serait une cuvelle, accroché en travers de la rue; celle-ci,

remplie d'eau, est munie d'un anneau que, lancés à fond de train, les rivaux doivent enfiler du bout de leur lance. Juché sur une charrette que poussent des camarades, le héros se ramasse, s'arc-boute , tend sa pique, épiant de loin l'étroite ouverture; tout à coup le signal est donné; la charrette se précipite; le récipient, frappé d'un coup hasardeux, s'épand en cascade, trempant toute l'équipe; et un autre recommence, qui espère être plus heureux. Qu'il cogne au bon endroit , il prend alors des airs de triomphateur romain sur son char.

Quelquefois d'innocentes bestioles sont associées à ces parties, mais avec une barbarie cruelle. Le « jeu de la grenouille, » par exemple, consiste à lancer, sur une piste déterminée, des brouettes préalablement nanties de quatre ou cinq malheureux batraciens auxquels les cahotements d'une course vertigineuse impriment bientôt d'effroyables secousses. La grosse affaire est de les empêcher de glisser à bas du véhicule ; le premier qui arrive avec sa cargaison complète gagne le prix, que toujours les pauvres grenouilles, écrasées, les entrailles pendantes, payent de leur vie.

La Grand' Place. — L'estomac île Bruxelles. — L'estaminet et sa physiologie. — L'estaminet appliqué au principe

de l'association. — Charité et mendicité.

A tout prendre, le vieux Bruxelles n'a pas totalement disparu; il suffît de parcourir le réseau des rues qui avoisinent la place de l'Hôtel de Ville qu'on appelle aussi Grand 'Place pour retrouver en partie la saisissante physionomie que présentait l'agglomération antérieure. Là encore, elles s'entre-croisent à angles brusques, entre de petites façades étranglées, garnies de vitrines aux menus carreaux quadrillés, quelquefois formant saillie sur le trottoir.

Entre la place et le marché aux Poulets, se dresse l'ancienne boucherie, un champignonnement de petites maisons basses y a poussé, tellement resserrées qu'une voiture a peine à circuler entre l'ourlet menu des trottoirs. L'endroit est célèbre : il forme un quadrilatère divisé de ruelles; et celles-ci ont des noms qui se rapportent à l'alimentation, spécialité de ce quartier. A chaque pas qu'on fait là dedans, c'est une invitation à boire et à manger; il n'y a pas un de ces logis minuscules, aux lanternes clignotantes dans la nuit, qui ne sollicite ht gourmandise : ici, un amoncellement de volailles grasses, de lièvres et de chevreuils; là, une marée jetée toute perlante sur un étal, ou des bourriches d'huîtres éyentrées sur le seuil; ailleurs, confie des rideaux festonnés entrouverts sur un rang de laides dressées, des plats où marinent des viandes roses, parmi les légumes et les fruits.

El plus loin, le spectacle recommence : toute une rue, celle des Bouchers, s'emplit du produit des carnages journaliers; poulets, coqs, dindes, pintades, faisans, s'entassent par charretées derrière les vitres; à côté, les boutiques de tripiers regorgent de dépouilles animales; et partout, sur les rayons, des tètes de veau, luisantes et blanches, immobilisent leurs rangées mornes, ('/est ici le cœur, c'est ici surtout l'estomac de la capitale.

L'étranger jeté dans ces appétits sans cesse renaissants défaille, comme devant la sensation d'une existence surnourrie; et cependant il est attiré par les matérialités plantureuses qui s'offrent à lui si nombreusement. Aussi ne manquc-t-il pas de pousser la porte

Dessin de De lu Iloese.

m ESTAMINET BRUXELLOIS.

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