Voir chaiiitrc V
nu (l(>vi)ii'. Mais pour cotio raison ot pour cotto autro (|uo ri'^tat ivprésonte toutes les opinions, les catholiques se trouvaient avoir, comme on dit vulgairement, deux cordes à leur arc : d'abord leur jjropre enseignement à eux, et en second lieu renseignement olficiel sur le(|uel ils s'empressèrent (Vexercer leur influence. Ils essayèrent ensuite de l'accaparer tout entier et ils y parvinrent à certains égards.
C'est l'enseignement su})éi-i('ur qui lut organisé d'aljord.
Sous le régime hollandais, il y avait trois universités en Belgique : à Louvain, à Liège et à Gand. C'étaient trois universités de l'État. Il ne pouvait y en avoir d'autres, la li})erté d'enseignement n'existant pas.
Après 1830, on trouva que trois universités c'était trop pour un petit pays comme la Belgique et on décida qu'il n'y en aurait plus que deux, à Gand et à Liège. Il aurait mieux valu n'en maintenir qu'une seule à Bruxelles, comme le pro})OsaM. Rogier. On aurait pu y réunir les meilleurs professeurs et y organiser un enseignement de premier ordre. Mais des considérations locales prévalurent. Gand et Liège possédaient de magnifiques installations et voulaient les utiliser. Il y eut donc deux universités de l'État, l'une à Gand, l'autre à Liège. Aussitôt les catholiques voulurent avoir la leur, et ils en fondèrent une à Matines ; par contre-coup, les lil)éraux en fondèrent une à Ih'uxelles. Au lieu de trois universités, chitîre exagéré. Ton en eut quatre. — Alors se passa un fait des plus extraordinaires. — Les locaux de l'an-
cioniio univorsiî(' do Louvain, qui roniontait au 1oiii])s (les ducs (>(> lîourgogno oi. qui aAail ct('' uid\('isil('' de rÉtat sous le roi Guillaunio — ajjpartenaient à la ville de Louvain. Celle-ci jugea utile de céder ses installations et ses collections à l'université catholique de Malines, et M. de Theux, (jui était ministre, ratifia cet arrangement. L'université catholi(|ue se trouva ainsi d'enddée la plus splendidement installée des quatre hautes écoles du pays.
Les universités ont ^lour mission de préparer la jeunesse à l'exercice des professions libérales, et les avocats et l(\s médecins, pour être admis à exercer, doivent subir des examens. Les établissements libres réclamèrent sur le champ le droit de participer à la collation de ce qu'on appelle les cUplôïucs académiques , et connue on était encore dans la période de la politique mixte, il fut décidé que les jurys d'examen seraient composés de professeurs des quatre universités. Le mode de com})osition de ces juiys sul)it de nom1)reuses variations de 1835 à 1870. Mais on n'a jamais contesté à aucune des universités le droit d'avoir des représentants dans les jurys. Aujourd'hui, connue en Allemagne et en Angleterre, les hautes écoles confèrent elles-mêmes les dipl(')mes de capacité, à la condition de se conformer à un programme commun.
Ce système, qui est la consécration la plus éclatante de la liberté des études, a été décrété sous le dernier ministère de M. Mahui, mais il est dû à l'initiative de M. Frère-Orban, et aux yeux de beaucoup de bons
os]»rils, il constitue ruii de ses plus p-nxnds litres do fiioii'o à l;i !•('('( (iinaissancc de la nation, hicn (ju"il Tail l'ait tinoniplicr nialji'f' ropposition d'un Lii'and nonihi'c doses amis jjolitiquos. (\> systèmo est (dioz nous d oriuino liégeoise. Il a ou pouf protagoniste un ('minent professeur, M. Sj)i'ing, (|ui en avait constat('' les bienfaits en Allemagne, et M. Foi'geur ne cessa i\r le })réconisei' au s(''nat, le résumant un jour en cette funnulo pittoresque : •• Le (liplô}ne vaudra ce que vaut la boutique •'. Aux yeux de quelques-uns, cette concurrence (>st un danger : Periculosa lihertas. Mais de pareilles inijuiétudos ne peuvent émouvoir que les timides qui i-odoutont la liberté à cause de ses excès, alors ({u'il faut l'aimer à cause de ses inappréciables bienfaits. Les })éi'ils ('laiont bien })lus grands sous les régimes antérieurs. Dans les jurys d'examen, tantôt nommés par les chambres qui, pour ce choix, s'érigeaient en académies et le plus souvent désignaient les juges sans les connaîti'e, tantôt choisis })ar les bureaux ministériels dans les diverses universités, de faoon à mesurer une })arl égale d'inlluonce aux professeurs de l'Elai et à ceux de renseignement libre, avec un président officiel pour les départager, il y avait en présence des intérêts rivaux eniro lesquels se produisait fatalement et, comme on l'a dit, ou collision ou collusion. On se passait doctoralement la casse et le séné, et renseignement épiscopal, en vertu d'un prétendu principe d'équilibre, surveillait à titre d'autorité les écoles de l'Etat.
Ce réaime hvliride a vécu. — Il a fait place à un
système dans k'(|ucl lo })rolbssGur a recùnijuis la lilKTlé de sa conscience et de son enseignement, où le snccès tliéàtral de Texamen n'est plus l'objectif immédiat des études. Espérons que la liberté reconquise ne sera plus sacrifiée sur l'autel de la vieille routine et que, si une nouvelle réforme doit être greffée sur la dernière en date, elle aura pour effet de proclamer, à côté de la lil)erté de l'enseignement, son corollaire naturel, la liberté des études, c'est-à-dire la liberté complète de l'-exercice des professions libérales.
L'enseignement moyen ne fut organisé par la loi qu'en 1850. A cette époque, le ministère libéral dont M. Kogier était le chef, présenta un projet de loi aux termes duquel on établissait dix athénées de l'État, dont un dans chaque chef-lieu de province et le dixième à Tournai, plus cinquante écoles moyennes dans les chef-lieux d'arrondissement.
Cette loi fut l'objet de débats aussi retentissants que la récente loi sur l'instruction primaire. C'est qu'elle touchait d'une façon directe à la question religieuse dont on n'avait pas eu à s'occuper à propos de l'enseignement supérieur. Les catholiques voulaient que les adolescents qui fréquentaient les collèges de l'État, reçussent l'instruction religieuse. Les libéraux n'y mettaient pas obstacle, mais à la condition que le clergé ne s'occupât que de son enseignement et n'eût rien à voir dans l'administration des collèges, dans la nomination des professeurs ou le choix d(^s livres. Il y eut de longs débats sur cet objet. L'oj)position soutint (pie le clergé ne pou-
vail consentir ù enseigner le calécliisnie dans un cullège ofi })eut-ôii'e les professeurs laïques enseigneraient des doctrines contraires à celles de l'Eglise, particulièrement dans les coui'S d'iiistoiro et de littérature. Les libéraux dirent alors qu'on inviterait le clergé à donner son concours et qu'en cas d<' i-efus on s'en passerait.
La mise à exécution de rarlicle 8 d(> la loi sur l'enseignement moyen amena des difficultés analogues à celles que soulève l'application de l'article 4 de la nouvelle loi sur r(>nseignement ])i'lniaii'e. On (dierclia à conclure un arrangement (pii 2)ermit d'obtenii' le concours ecclésiastique dans des conditions acceptables [)our les deux parties, et cet arrangement dut à la ville où Ton en lit la première expéiience le nom de Convention tV Anvers.
Ce compromis n'eut pas un grand succès. Conclu sous le ministère de M. Piercot, re})résenté dès l'origine })ar M. Frère-Orljan comme une nuitilation des droits de l'autorité civile en ce qu'il consacrait une immixtion illégale du clerîïé dans le régime intérieur des
athénées, il tomba promptement en désuétude, et l'enseignement mo v(^n n'a })as souffert de son abrogation tacite. Comme on n'enseigne dans les athénées rien qui soit contraire à la morale, ils ont cessé d'encourir l'excommunication de l'Église et s'il est aujourd'hui une réforme à introduire dans ce domaine, c'est celle des nu'thodes et des programmes.
Passons à rensi'ignement })rimaire, le jikis imjiortant de tous, })arce (ju'il s'adresse à toutes les classes de la
société et que les enfants pauvres constituent la })lus grande partie de sa clientèle.
On était il y a quarante ans sous Finfluence de cette })arole de M. Guizot que l'atmosphère de l'école doit être religieuse. C'est sous l'empire de cette pensée que fut faite la loi de 1842, avec ce sous-entendu que l'atmosphère religieuse serait catholiijue, le culte romain étant celui de la majorité. En abusant de cette thèse inconstitutionnelle, on pouvait arriver à faire de l'école publique une école de dévotion. Le travail d'envahissement auquel se livra le clergé pendant de longues années, s'ex- ])li({ue })ar d'autres motifs encore que la préoccu})ation de la loi et de la moralité qu'il voulait faire régner dans l'école. En persuadant aux })opulations que l'école pul)lique était l'école du clergé, il i)ouvait se dispenser dans bien des endroits de fonder des établissements à ses frais. Il était évident que le jour où les écoles laïques ne seraient plus des succursales de l'Eglise, le jour oti le prêtre se croirait obligé de les faire déserter, il serait tenu d'en ouvrir partout i)our les enfants des fidèles et d'imposer de lourds sacrifices à ses partisans.
C'est ce qui arrive aujourd'hui que l'école neutre a remplacé l'école confessi(»nnelle et que la séparation de l'Eglise et de l'Etat est devenue une vérité.
Les libéraux ont réclamé pendant trente-sept ans hr révision de la loi de 1842. Cette réforme figurait parmi les vœux du Congrès libéral de 1840. Si elle n'a été réalisée (|u'en 1870, c'est par suite de la crainte qu'on éju'ouvait de diviser le parti libéral, dont ])lus d'un
nu'iiilii'c iiilhicnl l'cdoutail le ii'oiihlc (juc ec })i'()r<in(l clianiidncnt poinail jcfci- dans les eonscioncos , et le jiivjndicc (jiii eu |i(»iivail ivsullci' i)niii' riiisti-ucliidi des masses. Dans la séance du L^''> décembre 18G1, à la (•liam1)re des re})résenlanls, M. Frèi'e-Orban, clierchaitt à modéi'iM' rini])a(ience de (jnelques-nns de ses amis, dé(dara (jue dans r(''lal des partis (jui di\isaient la (diainbre, et à cause de cei'Iaincs diAcrgences d'opinion sur cetle (piestion s])éciale au sein de la majorilé, il scrail iiu])()ssibl(' d'aboutii- à la l'évision delà l(»i de 1812; (ju'en consé(|\U'nce, il n'était ])as opportun de s'en occuper actuellement. Chacun {^'ardait d'ailleui's son opi- Liion. La sienne en cette matière était connue depuis longtemps ; il avait eu l'occasion de l'exprimer dans cette charnière, en faisant connaître à plusieurs reprises que, selon lui, la loi de 1812 n'était })as en liai-monie avec les princi})es constitutionnels. Cette opinion, il continuait à la professer, et le jour où il croirait qu'il fût possible de reviser cette loi dans le sens des idées libérales, il n'hésiterait pas à s'associer aux efforts qui seraient faits dans ce l)ut. ]\Iais les lil)éraux ne commettraient pas la faute, (|ui serait impardonnable et irréparable, de troubler la situation et d'ébranler la majorité k propos de cette question ; ils ne commettraient pas la faute de se mettre dans l'impossibilité de réaliser le })rogramme sur lequel ils étaient d'accord.
A notre avis, et si paradoxale que puisse sembler cette oi)inion, la révision se serait faite beaucoup })lus tôt si les littéraux n'étaient arrivés ;ui })ouvoir en 1847, et
s'ils iravaicnt (l('})uls cette date jusqu'en 1S70, eu en main pendant vingt-nn ans la direction des affaires de l'Etat. Les ministres libéraux s'efforcèrent de corriger administrativement les principaux vices de la loi, et ils le ffrent à ce point qu'à une certaine époque les catholiques en vinrent à se montrer de fort tiédes défenseurs d'une législation faite à leur profit. Ce sont les huit années d'administration cléricale, de 1870 à 1878, la présence au ministère d'un professeur de l'université de Louvain, et la contagion des luttes engagées en France, en Angleterre et en Hollande en vue de la sécularisation des écoles, enfin la nécessité })our les libéraux d'inaugurer \cuv rentrée au jiouvoir par une éclatante affirmation de leurs principes, <[ui ont amené la réalisation d'une mesure qui restait (l(q)uis trente ans à l'état de V(eu platonique et de formule de combat.
Quelle que soit l'opinion que l'on professe au sujet des conséquences de ra})plication de la loi de 1870, on ne })eut lui contester cet avantage qu'elle aidera au dévelo])pement de l'instruction po}iulaire, en stinmlant l'énuilation de l'Etat et de l'Eglise. La divergence d'opinions qui règne au sujet du mérite et dc^s défauts de la loi de 1842, ne peut empêcher d'autre part de reconnaître (pi'elle a produit des effets l)ienfaisants. Tandis fju'en 1830 les pouvoirs publics ne consacraient que 200,000 fr. par an à l'instruction primaire, celle-ci possède aujourd'hui une dotation annuelle de plus de 20 millions, si l'on considère la [)art contributive de l'Etat, des provinces et des connnunes; et c'est une jtistice à rendre à
— lir, —
Idiis les |i;ii'lis, (|ir;ï idiilcs les (''iKKjncs et iii;ili;r<' leurs querelles, ils se snul iiKuili'r's eonslaiiiiiienl, !j(''ii»'Teiix lioiii' la eaiise de rins(ructi<iii du iieiiple.
Il est rogreilablc toiilefois (nie, dans les classes inférieures, un grand iKUuhi-e d'individus oublient ce iju'ils oui appris à r(''cole. La pi'eiiiière coiniiinniini se l'ail (diez les canidliipies de irès bonne lieui'e, el li'n[i de gens, une l'ois cet acte accompli, uapprennenf plus rien. L(.' goût de la l(H^.tui'e n'est pas suliisaninienl rc'pandu; les bonnes publications populaires font défaut, et si dans le peuple il esl [iliis de femnies (pie iriionnues saidianl lii'e, c'est grâce à l'Iiabitude de se l'endj'c h; diniancbe à la messe avec le l*afOi.ssi('ii qui entrelient le i>eu de lecture que les jeunes tilles ont appi'is. ('liez les protestants, la confirmation se fait beaucoup plus tard. C'est une des raisons pour lesipielles, dans les pays de rcdigion réformée, le peuple est généralement i)lus instruit.
A côté de l'organisation de l'enseignement public, parmi les grandes choses accomplies depuis 1830, figurent la création des chemins de fer, l'affranchissement de l'Escaut et l'abolition des octrois.
La (juestion de l'Escaut ti(uit une grande place dans notre histoire. Au y.\i\" siècle, à la suite des guerres de religion, la Hollande se vengea des Pays-Bas espagnols en faisant inscrire dans le traité de Westphalie, en 10-18, la fermeture de l'Escaut, c'est-cà-dire la ruine du port d'Anvers et du commerce de la Lelgiijue. Il ne nous j'esta (pie le port d't )stende, qui ne présentait pas les
mêmes avantages maritimes. D'autre part, tous les établissements commerciaux étaient à Anvers, et l'on a beau creuser des ports , on ne crée pas le génie commercial. La Hollande a creusé un port à Flessingue; il n'y entre pas 200 navires par an. C'est à peu près l'histoire d'un particulier (pii ferait Ijàtir de splendides écuries et qui n'aurait pas de clievaux à y installer. La fermeture de l'Escaut se prolongea pendant un siècle et demi, jusqu'à la révolution française. En même 4emps qu'ils s'emparaient de la Belgique, les Français décrétèrent la liberté du fleuve, et c'est à partir de ce moment qu'Anvers retrouva une certaine prospérité qui s'éleva à un très haut degré sous le règne de Napoléon. Celui-ci avait fait d'Anvers un port militaire, et l'appelait un pistolet chargé sur le conir de la '• perfide Albion ".
L'Escaut resta libre jusqu'en 1830. A partir de cette époque, nous fûmes en guerre avec la PLjllande, et comme celle-ci était maîtresse de l'embouchure du fleuve, elle exigea le paiement d'une taxe ou d'un péage des navires qui allaient à Anvers ou (pii en revenaient. Au bout de quelques années, le gouvernement belge eut l'heureuse idée de proposer à toutes les nations de leur rembourser la taxe qu'elles payaient à la Hollande. Cette mesure produisit d'excellents résultats, et fut un acheminement vers une réforme plus large et plus grandiose, qui consista dans le rachat du péage par le commun accord de toutes les puissances européennes. L'Escaut est donc absolument libre aujdurd'hui, et cet afl'ranchissement conqdet constitue l'un des actes les
plus iiK'UKjraljlo.s du lu carrioru si bien l'eiiip'ic du M. Charles Ro2;ier'.
1. '^^. TiOos, bourgmestre d'Anvers, déelara ii la chambre des représentants, le 22 mai 1863, qu'il considérait l'afFranehisscment de l'Escaut comme le plus grand acte qui eut jamais été accompli en faveur de la métropole commerciale. « L'Escaut, dit-il, est affranchi a tout jamais. Aucune puissance du monde, pas même la Belgique, ne saurait dorénavant gi-ever l'Escaut d'un péage quelconque. Toutes les nations ayant contribué à l'affranchissement de l'Escaut, il ne sera plus possible de créer des entraves à la navigation de ce fleuve. C'est ce que le commerce et la population d'Anvers se rappelleront un jour et alors se manifestera leur reconnaissance pour les hommes qui ont amené une pareille situation ". L'orateur, au nom de la population qu'il représentait, témoigna au gouvernement sa profonde gratitude pour l'immense bienfait d(mt la ville d'Anvers allait lui être redevable. Le projet de loi fut voté ii l'unanimité, l'n orateur (M. Yermeire) trouva qu'il serait juste d'attribuer une partie de l'honneur de cette mesure au ministre qui avait ouvert les négociations et qui était iL Charles Vilain XIIII. Le rachat du péage ne rencontra qu'un seul adversaii'e, un sénateur assez excentrique, ^I. Cassiers, qui traita la mesure de myxtiftm'ion et prétendit qu'elle coûterait au trésor une perte sèche de (U millions. (Séance du 26 mai 1863.)
il Pour la royauté belge, cette œuvre devait constituer le couronnement d'un glorieux ri-gne. Léopold voulait raffrancliisscment de l'Escaut. Il semblait anxieux d'atteindre ce but. Avait-il un pressentiment de sa fin prochaine ? On doit le croire. Les résistances du ministère anglais au paiement de la quote part élevée (fr. 8,-500,000) qui lui incombait dans la somme stipulée par la nollande pour le rachat du péage de l'Escaut, le décidèrent a entreprendre un nouveau voyage à Londres. Il voulait user de son influence personnelle pour lever le dernier obstacle. Il y réussit. Aussi pouvons-nous affirmer, sans crainte d'être démenti, cpie si le succès de cette négociation fait le plus grand honneur a la diplomatie belge, la condescendance des puissances n'en atteste pas moins un respect éclatant pour le rui Léopold et un désir bien manifeste de
Le môme hommo (VP^taT eut la gl(iiro d'attachor ?on nom à la cr/'ation des chemins de Irr, entreprise qui iit à la Belgique un renom tout spécial, car elle devança dans cette œuvre toutes les nations du continent. C'était l'Angleterre qui avait établi sur son territoire les premières voies ferrées. En France on considérait cette innovation comme une folie, et elle y fut combattue entre autres par M. Tliiers, comme elle l'avait été d'ailleurs en Angleterre même par des politiijues iRustres qui prétendaient que le chemin de fer entraînerait la ruine de l'agriculture et la mort du bétail, troublé dans sa digestion par le passage des trains. En Belgique, dès le lendemain de la Révolution, M. Rogier émit l'idée de construire une route en fer d'Anvers et de Bruxelles à la frontière d'Allemagne, avec Malines pour point central. L'idée eut aussi chez nous des adversaires, mais ce furent des hommes obscurs qui plaidèrent la cause des diligences et des canaux contre les locomotives et les raihvays. Certains d'entre eux ne se rendaient pas un compte bien exact de ce que seraient les routes en fer, comme on les appelait alors. Ils s'imaginaient qu'on allait atteler les voitures et les chariots aux remor- (jueurs et que tous les transports allaient se faire sur les routes par ces étranges convois. Le chemin de fer de l'État n'en fut pas moins décrété par les chambres à
lui témoigner la recoiinaissaucu que mùritaieut les services émincnts qu'il avait rendus à l'Europe. " (Léopold I'''', sa rie et son rtyiie, par un patriote anversois (^I. Ed. rKciiEr.). Anvers, 18G8.)
iDic iinniciiso in;ij(>ri(('> on IS.'M, ot la Bolo-iquo ost aiijoiinrimi le p.'ivs ilii iikhuIc (|iii pftssf'dc rclatixciiicnl ;"i son étendue le l'c'scan le plus vaste et le mieux exploité. — Elle fui aussi Tune i\r<^ i)reniières à étahlir le télégraphe électrifiue, el nous axons eu en iMirdpe, api'ès la Suisse, le sei'\i(*e le [)lus coiniilet, et le iaril'le plus lias. Encore le télégraphe ne Ibnctionne-t-il en Suisse d'une façon régulière que i)endant la saison des voyages el au profit des étrangers, tandis {pie chez nous il fonctionne pendant t(tuie Tannée, et nuit et jdur dans les gi'andes villes, a\('e nue r;icilii('' et une rc'gulai-ité sans rivales dans le monde.
l'ne auti'c rtMorme don! la IJelgiijuea pi'is rinitiati\(' sur le conliuent et (pli fut décrétée en 1S()(), c'est Taholition des ocirois, l^euvre personnelle de M. Frère- Orban, dont elle a consacré la renommée. lîeaucoup d'entre nos lecteurs se rappelleront l'époque oCi Bruxelles était entouré d'un fossé comme une place de gueri'O. On n'y pouvait pénétrer (|ue par des portes où l'on était visité comme à la fronlière, oii toutes les toitures devaient s'arrêter .pour subir l'inspection des commis de l'octroi. Il y avait quelquefois le matin, avant l'aube, aux portes de la cité, des centahies de voitures de laitières attendant que les employés eus.sent constaté si elles n'introduisaient pas en fraude de l'eau-de-^ie ou du gibier. La fraude, de son côté, s'ingéniait aux inventions les plus ingénieuses. On raconte que pendant plusieurs mois, dans une de nos grandes villes, on vit entrer tous les joui's une voiture derrière la(|Uelle se te-
nait immobile un nègre galonné. Ce laiiuais tinit par attirer l'attention. On l'examina de près et l'on constata (ju'il était en fer blanc, et rempli de genièvre que l'on introduisait ainsi en contrebande.
C'était chose facile de décréter l'abolition des octrois, mais ceux-ci procuraient aux villes des revenus considérables qu'il fallait leur restituer sous une autre forme. Dès 1839, un sénateur, le comte de Renesse-Breidbach, en réclamait la suppression, et un de ses collègues lui demandait, sans obtenir de réponse, par quel impôt il les remplacerait. En 1842, le ministre des finances, M. Smits, attribuait à l'octroi le prix élevé de la viande de boucherie, et un député de Courtrai, M. Angillis, invitait l'Etat à intervenir pour maintenir la taxe dans des proportions raisonnables. M. de Theux renouvela la déclaration de M. Smits en 1846. Dès 1844, M. J.-B. Nothomb avait élaboré un volumineux rapport auquel M. Rogier en ajouta un second en 1848. — Trois années plus tard, en 1851, MM. Coomans et Jacques saisirent la chambre de deux propositions, dont la première portait qu'à partir du P*" janvier 1852 aucune taxe communale ne pouvait plus être perçue sur les viandes de boucherie, les poissons, les céréales, le bois à brûler, le charbon de terre et les engrais. La seconde tendait à remplacer les octrois et les capitations communales par un prélèvement au profit des communes sur les droits d'accises et de douanes, et par des centimes additionnels sur les contributions directes. Ces deux propositions furent l'objet d'un rapport de M. Alpli. Vandenpeereboom en 185(3.
Les événements politiques mii-ent obstacle à une discussion approfondie. Enfin, en 1859, M. Frère-Orban, i'('(l('\-enu dejiuis deux ans ministre des finances, connminiquaaux chambres un grand travail sur les taxes locales en Angleterre. Ce fut la préface du projet d'abolition dés octrois qui fut déposé le 10 mars 1800. Les cbambres votèrent la suppression à Funanimité, mais il n'y eut pas un égal accord lors(|u'il s'agit de décréter les moyens de combler le déficit que l'on creusait dans le budget des villes. Chacun se faisait gloire de voter le dégrèvement, mais l'opposition combattit le nouveau mode de régler les finances communales, avec un ensemble qui trahissait un vague désir de hive échouer la réforme. p]lle ne parut pas comprendre que l'abolition des octrois était la suppression d'une vexation plutôt que d'un impôt. Elle défendit cette thèse qu'en prélevant, pour créer le fonds communal, une part dans le produit des droits d'entrée sur le café et des droits d'accise sur les vins, les eauxde-vie, les sucres et surtout sur la bière, on imposait les campagnes au profit des villes. L'expérience a prouvé que le ministre des finances avait raison de soutenir que le projet, loin de sacrifier les intérêts des campagnes à ceux des villes, compromettrait peut-être les intérêts des villes au profit des campagnes, et que si la loi était adoptée , le gouvernement serait béni dans les campagnes lorsque déjà les administrations des villes commenceraient à regretter l'abolition des octrois. L'opposition fut également vive dans les deux chambres. Il y eut au sénat 15 voix hostiles, à la chambre des repré-
sentants 25, mais lorsque, dans la séance du 18 juillet 18G0, M. Orts proclama le vote définitif, de chaleureux applaudissements éclatèrent sur les bancs de l'assemblée et dans les tribunes'.
Quelques jours après, il y eut des réjouissances à Bruxelles à l'occasion de la mise en vigueur de la loi. Le peuple alla, en grand appareil, démolir les portes de la ville. Les fossés furent bientôt comblés et c'est depuis cette époque que les boulevards ont revêtu leur magnifique aspect"-.
Une autre vexation qui a disparu en Belgique, c'est le droit de barrière que l'on percevait sur les routes. Il y a quelques années à peine, il n'était pas possible de faire une promenade en voiture ou à cheval hors des villes, sans être arrêté plusieurs fois en chemin pour
1. Le sénat avait amendé les articles du projet relatifs aux sucres. Il en résulta que le projet revint à la chambre des représentants, où eut lieu le vote définitif.
2. La construction en pierre qui se trouve à l'entrée du bois de la Cambre servait jadis de pavillon de l'octroi à la porte de Xamur, et a été transportée pièce par pièce à son emplacement actuel. Le soir- on fermait les gi-illes et il y avait des formalités à remplir pour rentrer en ville. De plus, sui' toute la longueur du boulevard, entre la porte de Xamur et la porte de Louvain, il y avait plusieurs portes, mais point de bureau de perception, de sorte qu'on ne pouvait franclih-le seuUavec un paquet, et qu'on était obligé de faire un détour de plusieurs minutes pour une distance de quelques secondes. Il en était de même dans les principales communes du pays. Il y a de cela moins de vingt ans, et l'on aui-ait peine a croii-e que de pareilles vexations aient pu exister, si elles ne se rencontraient encore il Paris et dans beaucoup de villes du continent.
paye!' son ifihiil à un iicrcciitcni" (jui venait tendi'c au passant sa eas(iuette ou sa s('l)ile.
Gràco au déveloiipenienl inouï i\r> clieiuins de fer, à la suppression des octrois et des barrières, la Beigiciue est devenue de tous les pays de l'Europe, un de ceuxoCi la circulation est la plus facile et la plus rapide. Le Belge qui aurait (piitté sa patrie il y a une quarantaine d'années et (pii reviendrait la visiter aujourd'hui, ne la reconnaîtrait i»lus, tant eslconii)lète la inétanior[iliose qu'elle a subi(>.
A la vue de son pays transformé et des inmienses progrès acconqjlis dans l'ordre matériel avec une régularité constante et une facilité sans exemple, il serait bien ingrat s'il ne rendait honmiage à nos institutions libres et à la sagesse des hommes qui les ont mises ;\ i)rotit pour le bien-être de leurs concitoyens.
Il n'y a pas plus de nations parfaites (pril n'y a d'hommes parfaits ici-bas, et la Belgique n'a point ces qualités de grandeur et d'éclat qui distinguent les puissances de premier ordre. Mais on est d'acc(trd pour reconnaître à ce petit pays un sens pratique et une raison bourgeoise qui le mettent en garde contre les écueils et lui permettent de marcher d'un pas lent, mais assuré, dans la voie du progrès. — Les Français marchent plus vite que nous, mais procédant par grandes enjambées, ils sont plus tôt las, s'arrêtent, reculent et reperdent le terrain conquis. Ainsi la France a donné la liberté au monde, et n'a pas su la conserver entière pour ellemême, en ayant trop souvent abusé.
Je n'ai signalé, dans ce qui précède, que les points d'un intérêt capital, ceux qui dominent l'ensemble de cette période semi-séculaire ; je vais compléter ce tableau par le relevé sommaire des principaux travaux du parlement.
(Jn a vu que le Congrès national avait lait œuvre législative en rédigeant la loi électorale et le décret sur la presse. La première a subi une modification profonde en 1848, à la suite de la révolution française. -Le cens électoral pour les chambres fut réduit à cette époque au inininium fixé par la Constitution, c'est-à-dire à 20 florins des Pays-Bas (42 fr. 32 c). Cette réforme imposée par les circonstances reçut l'assentiment unanime des deux partis. Une loi du 18 mai 1872, qui fut le cadeau de bienvenue des catholi(|ues lors de leur rentrée au pouvoir après un long exil, réduisit le cens provincial et communal au chiffre uniforme de 20 et de 10 fr. Le ministère libéral avait antérieurement présenté une loi qui réduisait le cens de moitié pour certaines catégories de citoyens exerçant des professions qui exigeaient des garanties de capacité. Le code électoral fut complété par de nombreuses mesures destinées à prévenir et à réprimer la fraude, aussi bien dans l'inscription des électeurs que dans le mode d'émission et de dépouillement des suff*rages. Nous pratiquons aujourd'hui le système anglais, c'est-à-dire que l'électeur, à l'abri d'une cloison qui le soustrait aux regards indiscrets, trace une croix à coté du nom des candidats, dont la liste est imprimée à l'avance sur un bulletin que lui
rciiH'l le pi'(''si(l(Mif (lu bui'CMu ôlcctoi'.'tl. T;iiiilis (pril sufïisait à roriuino de payer lo chiffre de cent rihutidiis requis par la loi poui' êti'e inscrit sur la liste des censiiaires, il fout aujourd'hui prouver qu'on possède les l)ases du cens, et quelques-unes d'entre celles-ci, telles (pie les foyers, les (dievaux mixtes, et d'autres encore (pli donnaient lieu à des fraudes, ont été supprimées ou modifiées. On a cru arriver par ces moyens, et plût à Dieu qu'on y ïùi pai'venu, à assurer la sincérité et l'indépendance complète du corps élector;d. Peu de lecteurs ignorent le mot célèbre de Royer-Collard : '• Une loi électorale pour être bonne devrait tomber du ciel toute faite ". Si la ncMre n'a pas atteint la perfection idéale, ce n'est pas faute de longues et mûres délibérations. On aurait peine à citer un point litigieux de cette grave question, qui n'ait fait l'objet des investigations les plus laborieuses et des débats les plus passionnés. En somme, on a beau faire des lois, l'opinion publique arrive toujours à manifester et à imposer la sienne.
La loi sur la presse élaboré par le Congrès n'a pas subi de modifications notables depuis 1831. Le pouvoir n'en a guères réclamé l'application pour sa propre défense, dans ce pays où le bon sens fait promptement justice de toutes les exagérations. '• Il n'y a que ceux qui veulent avoir la liberté de tout faire qui veulent entraver la liberté de tout dire ». Ce mot de Benjamin Constant restera éternellement vrai. L'auteur de ce livre, sans aller jusqu'à penser avec Emile de Girardin que la presse est absolument impuissante à former
l'opinion, ne se fait pas une idée outrée de son prestige ni de sa force pour le bien ou pour le mal. Le journalisme n'est vraiment fort que lorsqu'il se fait l'organe du sentiment général. Les écrivains patriotes à qui Ton attribue l'honneur d'avoir affranchi la Belgique ont dû leur influence à ce qu'ils étaient les porte-voix de l'esprit public. Le grand nombre des journaux est aussi un obstacle à leur action qui s'atténue encore à mesure que le journalisme s'éloigne du sacerdoce' pour se rapprocher de la spéculation.
Les seules lois restrictives de la liberté de la presse sont celles qui ont eu pour but de punir les offenses dirigées contre la famille royale et contre les souverains étrangers. Mais ces mesures comminatoires ont lait peu de victimes et moins encore de martyrs. — Le seul abus dont se plaignent les publicistes, c'est l'habitude de porter les procès de presse devant les tribunaux civils, sous forme d'actions en dommages-intérêts. On invoque la Constitution pour soutenir que les délits de presse ne sont justiciables que du jury. Une proposition tendant à faire prévaloir ce système a fait l'objet de diverses propositions de loi sur lesquelles des rapports ont été présentés par MM. A. Nothomb, ancien ministre de la justice, et Thonissen, professeur de droit pénal à l'université de Louvain. Tous deux concluent dans le sens des revendications de la presse et à la compétence générale de la cour d'assises. Mais la question est de savoir ce qu'en cette matière on appelle des délits, et il s'en faut de beaucoup qu'elle soit résolue.
L'organisai ion pro^infiale et coniniunalo roniontc à 188(3. J'en ai indiiiué les traits pi'inciiiaux: dans le premier chapitre de ce livre. La loi coniniunale traversa (le nombreuses péripéties. Présentée par MM. Rogier et Lebeaii dès 1833, après avoir été revue quant à la rédaction par M. Jullien, représentant de Bruges, elle lui. rolijet d'un })remier rapport de AL L. Dumortier en juin 183>4. La chambre ne l'adopta définitivement que le 9 mars 1830, par 02 voix contre 22 et 4 abstentions; et le sénat le 20, par 30 voix contre une. A cette époque, M. de Theux était ministre de l'intérieur et un changement notable s'était opéré dans la situation politique. La plus grande partie des longues discussions du projet porta sur le mode de nomination des bourgmestres et des échevins. Le système qui finit par triompher est k peu de choses près celui qui existe encore aujourd'hui. Sous le ministère de M. J.-B. Nothomb, un certain esprit de réaction avait fait introduire à la loi communale deux modifications graves. Les chambres avaient autorisé le Roi à choisir les bourgmestres en dehors du conseil communal, et l'on avait décrété que dans les communes de plus de douze mille âmes, les élections se feraient par sections. Cette seconde mesure de défiance à l'égard des grandes villes fut connue sous le nom de fractionnement. L'une et l'autre avaient été imposées à M. Nothomb par M. de Theux. Toutes les deux, qualifiées de lois réactionnaires, furent retirées par M. Rogier et abrogées par la majorité libérale en 1848.
Il n'entre pas dans mon plan de retracer riiistoirc de nos luttes politi(|iies. J'en ai indiqué plus haut l'origine. Tout le monde en connaît les éléments principaux. Ils n'ont pas plus varié depuis quarante ans que les raisons invoquées par les avocats des deux parties. Il y a toutefois un thème de longues et vives contestations qui a disparu. La théorie des cabinets et des majorités mixtes, à l'aide de laquelle on prétendait pei'pétuer la coalition de 1829, devenue l'union de 1830, est morte en 1845, le jour où M. J.-B. Nothomb fut renversé par les élections libérales de Bruxelles et d'Anvers, Elle avait perdu toute force morale dès 1841, lorsque les catholiques du sénat votèrent une adresse au Roi pour réclamer la retraite du ministère Rogier- Lebeau. En frappant d'ostracisme ces deux illustres fondateurs de la nationalité belge, et des hommes aussi modérés que MM. Liedts et Leclercq, la majorité du sénat donnait la mesure de ses sentiments unionistes. On n'impose pas l'union par des coups d'Etat. Qu'importe qu'elle soit sur les lèvres, quand elle ne règne pas dans les cœurs. Comment eût-elle pu subsister, quand on voyait d'une part des chefs de la droite, tels que MM. Brabant et Dubus , réclamer au nom des évèques la personnification civile pour l'université de Louvain; quand on voyait d'autre part M. Paul Devaux appeler dans la Revue nationale la constitution d'un ministère homogène , et préluder à vingt-quatre ans d'intervalle à cette déclaration de M. Frère-Orban, que la présence des catholiques au pouvoir serait un danger
pour le pays? On vit so pi'oduii'e à cotto (''p(»(|UO un incident cui'ieux: et ipii (hume rex[ilication île la violence que l'cvètit la lutte des partis. En novembre 18-15, dans la discussion de l'adresse, à propos du vote de confiance (pie réclamait M. Van de Weyer, M. Malou, qui défendait la thèse de l'union, a\ail prononcé ces paroles significatives : " S'il y avait devant nous un ministère " composé de siœ MM. Malou et s'il était possible de " le combattre, je le combattrais. Il ne m'appartient " pas de me prononcer sur les sentiments de concilia- " lion (pli animeraient un tel ministère, mais je crois " que, par sa composition même, il serait réduit à une " complète impuissance. Je crois qu'il serait fatal au '• V^y^^ parce que, lout en désirant que l'opinion à la- " (pielle je me fais honneur d'appartenir soit représen- '• lée, et convenablement représentée, je ne désire, ni " pour elle, ni pour le pays, qu'il y ait un ministère '. entièrement composé de cette nuance. " — Ces mots étaient prononcés le 10 novembre 18-45, et le 31 mars 181C, le Moniteiœ annonçait la constitution d'un cabinet composé de MM. de Theux, Dechamps, d'Anethan et Malou, avec MM. de Muelenaere et d'Huart comme ministres sans portefeuille. C'était le cabinet des six Malous. On en a vu l'horoscope tiré par un de ses membres. M. De Decker le compléta en s'écriant que ce ministère était un anachronisme ou un défi.
Aucune administration ne fut l'objet d'attaques plus violentes au sein des chambres, dans la presse et dans les réunions publiques. C'est en vue de le renverser que
s'organisa, sous le patronage de la société Y Alliance, le Congrès libéi'al de 1840. Il faut rendre cette justice à M. do Tlieux qu'il ne mit aucun obstacle à la réunion de cette assemblée, que le roi Louis-Philippe avait représentée à son gendre Léopold P"" comme un péril pour la monarchie. Le Congrès siégea à l'hôtel de ville, sous la présidence de M. Defacqz, et vota un programme dont les points essentiels étaient : la réforme électorale dans les limites de la Constitution, par l'abaissement successif du cens et l'adjonction de capacités, l'indépendance réelle du pouvoir civil, l'organisation d'un enseignement public sous la direction exclusive de l'autorité civile, le retrait des lois 7''éactionnah''es, l'augmentation du nombre des représentants et des sénateurs proportionnellement à la population, et enfin l'amélioration de la condition des classes ouvrières et indigentes.
Toutes les réformes inscrites dans ce programme ont été réalisées au pouvoir par ceux qui, dans l'opposition, les avaient réclamées. M. Frère-Orban, qui se révéla comme orateur dans ce Congrès, a contresigné la plupart des mesures réclamées par l'opinion libérale. A certains égards, les promesses de 1840 ont été dépassées; ainsi la réforme électorale a été plus large que ne la désiraient ceux qui l'avaient demandée ou promise. A ceux qui voudraient aller au-delà, il ne reste plus qu'à décréter la révision de la Constitution et à renverser la barrière du cens pour doter la Belgique du sufïrage universel. On ne peut nier qu'il y compte des partisans, fortifiés dans de vieilles convictions par l'exemple de