Tome II, page G
2. Le 22 janvier précédent, répondant a M. De Decker qui lui demandait si l'éloge de la révolution de 1789 était bien placé dans la bouche d'un ministre du Eoi, M. Frère-Orban avait dit : " Je le crois, j'ai dit que la révolution de 89 était une grande et magnifique révolution ; je n'ai pas parlé des excès de 92 et de 93 ; j'ai prononcé ce mot de 89 qui raijpcUe l'abolition des jurandes et des maîtrises, l'abolition des privilèges de la noblesse et du clergé ; qui rappelle l'avéncnient du tiers-état. C'est il cette révolution que nous devons ce que nous sommes; et comme nous avons reçu de père en fils, avec le sang, le souvenir
ellc-mome que la conséquence de la révolution française de juillet. Sans la France, la Selspciue n'existerait pas. Et encore, depuis 1830, avec un corps électoral de 45,000 individus, la souveraineté nationale repose sur un mensoni;e légal. Ce qu'on propose aujourd'hui ne sera pas le dernier mot des améliorations à introduii-e dans notre régime politique. Et il ne suffit pas d'abaisser le cens. II y a des mesures à prcndi-e dans l'intérêt des classes déshéritées de l'exercice des di'oits politiques : l'abolition définitive des lois sur les céréales et sur le bétail étranger ; la suppression de l'impôt impopulaii'e siu* le sel et des autres taxes qui frappent les classes populaii'cs ; les révisions et transformations des octrois. Voilà de grandes mesures, des mesures populaires qui sont aussi vivement réclamées par l'opinion et l'intérêt du pays que l'extension des droits politiques. L'orateur se prononce enfin en faveur de la suppression du timbre des journaux. M. Dechamps rend un éclatant hommage à la révolution de 1789 et se borne à rcgi'etter que le préopinant ait omis de rappeler qu'à toutes les époques de l'histoiiT, la Belgique a devancé la France dans la voie des institutions démocratiques. Il appuie sans réserve le projet de loi. En d'autres circonstances, il aurait combattu l'unifoi-mité du cens comme donnant une trop gi'andc prépondérance aux vUles sur les- campagnes, mais on vient de traverser un siècle en un jour. Dans les moments suprêmes comme celui-ci, où notre nationalité, soumise à une épreuve difficile et peut-être à des sacrifices, recevra, par cela même, le baptême définitif qui lui manquait, dans de tels moments , toute l'action du pays , toute l'intelligence et l'énergie du pays doivent se concentrer dans les mains du gouvernement que les chambres entourent de leur confiance. C'est avant tout ce eoncoiu-s que, par son vote, l'orateur veut donner ; c'est cette confiance complète, sans réserve, qu'U vient offrir au gouvernement, qui ne pouiTa sauver le pays qu'à la condition d'être
des ignominies qu'on fit peser sur le tiers-état pendant des siècles, nous pouvons aussi aujourd'hui glorifier cette magnifique ré\olution de 89, et nous devons plaindre ces insensés, ces ingrats qui renient cette mère glorieuse qui les a mis au monde à la vie publique ; qui, do parias qu'ils étaient, les a taits citoyens, et pour tout dire en un mot, qui a proclamé de nouveau cette loi du Christ, la grande et sainte loi de l'égalité ! "
fort (le lu confianco et de l'appui de tous. Le gouvernement, par cette réforiiie hardie, a voulu devancer toutes les cxi^'enccs, a voulu desarmer toutes les oppositions sincères et constitutionnelles, et ne i)as permettre à d'autres nations d'offrir il l'envie de la Belgique des institutions plus libérales que les siennes. C'est lii une belle, une noble pensée. Le ministère a atteint la dernière limite au-dclii de laquelle il n'y a plus de réforme possible que le renversement de la Constitution. Par cela même, il a su réunir autour de lui l'immense majorité de la nation, qui ne veut rien au-deiit de la Constitution qui fait notre orgueil, et qui saura la défendre en même temps que notre nationalité, qui ont une destinée commune, l'une ne pouvant tomber sans que l'autre péiissc en même temps. (Tris hien'.J M. "\'erbacgcn constate que la Belgique possède tout ce que l'on veut inscrii'c aujourd'hui dans la constitution h-ançaise, avec la liberté de l'enseignement en plus. Nos voisins viennent de copier les gi-ands principes écrits dans notre pacte fondamental. L'orateur rappelle le programme du conirrcs libéral de 1846 pour prouver à M. Castiau que nos libertés ne sont pas éphémères. Ce programme est de beaucoup dépassé aujourd'hui, et, pour le reste, il réclamera, comme M. Castiau, des améliorations pour les classes ouvrières et indigentes. Aux mesures déjà proposées, le gouvernement jjouiTa en ajouter d'autres ; et l'orateur lui conseille de songer bientôt ii une révision de notre système d'impôts, de manière h soulager les classes nécessiteuses, en frappant plus particuiicremcnt le luxe et la propriété. Que peut-on vouloir de plus que ce que la Constitution de 1831 proclame, en tenant compte d'ailleurs des intentions manifestées par le gouvernement sur toutes les questions sociales a l'ordre du jour? Les intentions du gouvernement, qui se sont dtyà traduites en faits, ont clectrisé les populations ; et dès ce jour il n'y a plus, dans le pays comme dans la chambre, qu'une seule opinion, celle de l'indépendance et de la nationalité. (Tris bien! tirs bien!) Tous, franchement, sincèrement, se gi-oupcnt autour du cabinet pour conserver cette nationalité, cette indépendance. Mais ces mots, qui sont dans toutes les bouches : indùpcndance et nationalité, comportent avec eux Constitution, monarchie constitutionnelle. Les députés, h leur entrée dans cette enceinte, ont fait le serment d'observer la Constitution ; ce serment ne sera pas une vaine formule. f'Trcs bien! très bien! Applaudissements dans les tribunes.) M. Dclfosse se défend d'avoir voulu, dans son discours du l'''' mars, nier les bienfaits que nous devons ii la France. M. de Haerne se
déclare partisan du projet et rappelle que dans les sections il a\ait proposé l'abaissement du ccfls électoijil. M. Eogier, ministre de l'intérieur, n'accepte pas les critiques de M. Castiau. La réforme proposée est tellement profonde, que M. Castiau, a l'époque où son imagination l'entrainait le plus loin, n'a jamais imaginé de la proposer à l'assemblée. Pour ce qui concerne l'amélioration du sort des classes nombreuses, le gouvernement n'a pas non plus été devancé par le préopinant. Le ministre rappelle que la libre cnti-ée des céréales est assurée jusqu'à la fin de l'année, la libre entrée du bétail jusqu'au l*^'' août ; une commission s'occupe d'examiner la révision des octrois ; le timbre des journaux a été réduit ; la suppression de l'impôt du sel n'est pas réclamée comme une mesure urgente. La veille du grand événement qui s'est passé en France, une loi de travaux publies a été proposée et l'on est prêt à en détacher, pour être votés sur-le-champ, les crédits pour la voirie vicinale, pour les écoles et pour l'amélioration du sort des populations flamandes. Ce dont la Belgique a le plus besoin en ce moment, c'est de calme, de confiance, d'espoii- dans l'avenir, de foi dans la solidité de ses institutions, dans son inviolabilité territoriale et son inviolabilité politique. Peu d'époques , peut-être , auront marqué pour la Belgique d'une manière plus gi-ande que celle-ci. Le ministre termine en disant : « Tachons de nous maintenir toujours à la hauteur de cette position, à la hauteur de notre mandat; pénétrons-nous de la gravité des cii-constanecs, pénétrons-nous de la gravité de nos devoirs , sachons tous les remplir en. hommes d'honneur, en hommes de cœur, en patriotes ! " fTris hien! très bien! Applaudisscmeiits.J M. Castiau s'émerveille de voir tous les dévouements et tout le patriotisme qui éclatent dans cette enceinte ! C'est à qui déploiera le plus d'exaltation et do coimage. Chacun se décerne modestement la palme du patriotisme. Il semble vraiment que la patrie est en danger et que l'ennemi soit à nos portes. On se passionne jusqu'à l'enthousiasme. On promet de verser justiu'à la dernière goutte de son sang pour sauver l'indépendance du pays. Déclamations que tout cela! L'orateur attribue a la peur l'cntrainemcnt de la droite. Il l'accuse de n'avoir foi ni dans l'indépendance ni dans la neutralité du pays. Il réclame ensuite la réforme du système des impots, ce qui vaudrait mieux que de proposer un emprunt de 78 millions. MM. Yerhacgcn, Malou et de Brouckere combattent l'amendement de M. Castiau tendant à n'exiger le paiement du cens que pendant un an pour l'admission à l'électorat. M. llogier