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ayant annonce'' qu'il y aura liou de nictti'c la loi électorale en harmonie avec le principe du projet actuel, M. Castiau retire son amendement, et l'ensemble du projet est adopté il l'unanimité. "
Cette scène mémorable eut son épilogue dans la séance du 4 avril. Le général Cliazal, ministre de la guerre, sollicitait un crédit supplémentaire de 9 millions pour faire face aux dépenses de son département jnsiju'au mois de septembre. La section centrale, par l'organe de M. Malou, concluait à ladoption de ce crédit. ]\l. Castiau déclara ({u'il ne le voterait point. Il ne comprenait pas l'utilifé de ce luxe (rni'inemeiits. C'était à la garde civique qu'il appartenait de défendre l'ordi-e public. Quant à la nationalité, elle n'avait rien à redouter de la France qui, en 1831, l'avait sauvée. Nous n'avions pas plus à ci'aindre de l'Allemagne, oîi la sainte alliance des peuples avait remplacé la sainte alliance des rois. Quant aux bandes armées qui avaient envahi notre territoire, il avait sulti de 200 hommes pour les repousser, et, sans la désolante effusion de sang qui avait eu lieu dans cette circonstance, on aurait été tenté de supposer que ces expéditions n'avaient eu d'autre but que de donner gain de cause à ce luxe d'armements et d'amener à voter de confiance les crédits et les emprunts forcés qui sont demandés. L'orateur regrettait plus que personne ces expéditions, parce qu'elles compromettaient la cause républicaine dont il était le partisan. '' Je crois, dit-il, que le régime républicain, s'il était amené pacifiquement, légalement, constitutionnellement en Belgique, serait, à l'heure qu'il est, la meilleure ga-
rantie de rortlro,(lo la liberté, do rindépendance et de la nationalité. Mais il y a sur ce point un dissentiment profond entre moi et le collège éle'ctoral qui m'a envoyé dans cette enceinte , entre moi et la majorité de la chambre et du pays. Or, quand un dissentiment semblable éclate sur une question de forme gouvernementale, qu'y a-t-il à faire? Déposer son mandat et se retirer. C'est le parti que je prends et que j'exécuterai à la suite de la séance ". M. Rogier exprima son regret au sujet de la résolution de M. Castiau. Le gouvernement ne pouvait désirer de trouver un adversaire plus loyal, plus distingué et plus conservateur au fond. Du reste, le pays était arrivé à un assez haut degré de liberté pour pouvoir affronter sans péi'il la discussion pacifique de toutes les institutions. '• M. Castiau, dit-il, veut le gouvernement du pays par le pays ; ce mode de gouvernement, nous le possédons, nous le pratiquons très sincèrement, très efficacement, et il n'est pas une seule liberté désirée, enviée, rêvée par les plus avancés démocrates que la Constitution belge ne consacre. Trop heureuses les nations cjui viennent de se lancer sur une mer toute pleine d'incertitudes et de tempêtes, si elles pouvaient un jour aboutir à ce port si tranquille, si magnifique dans lequel la Belgique se repose aujourd'hui avec tant de dignité et de sécurité! C'est pour défendre ses institutions (|uc la Belgique a besoin de placer son armée sur un pied respectable. Le bon sens public a fait justice du dédain avec lequel le préopinant a traité les bandes armées qui ont envahi le territoire et dont les intentions
n'fitniont niillomcnt inoflensivcs. On prétond rpio l'armôc est inutile et impuissante; larniée n(; i)eut rien, en etlet, quand elle défend un mauvais gouvernement, mais elle est efficace lorsqu'elle m;i relie daccoi'd avec l'oitinidn liul)li(iU('. \'()il;ï iKiui' rini(''iieur. En ce qui concerne le dehors, le gouvernement a confiance dans la loyauté des déclarations du gouvernement provisoire de France, mais le pays doit se garder lui-même de la façon la plus vigilante et lajjlus ferme, et les dépenses qu'il peut faire dans ce but sont une économie si l'on songe à ce que coûteraient vingt-quatre heures d'invasion ".
M. Castiau persista dans la résolution ipi'il a\ait annoncée, et le lendemain la cliamljre reçut et accepta sa démission. Quelques jours après, M. J.-B. Nothoml) écrivait de Berlin, où il était ministre plénipotentiaire, qu'il renonçait à son mandat législatif. Il savait que la législature allait être saisie d'un projet de loi décrétant rinc(inq)atibilité entre ce mandat et certaines fonctions puhliciues. Il ne se doutait pas toutefois que ce projet recevrait, grâce à la fièvre de réformes qui sévissait à cette heure, une extension déplorable en excluant de la chambre tous les fonctionnaires indistinctement. Cette exécution sommaire, dont M. jNIalou se fit l'avocat, fut énergiquement combattue par MM. Lebeau, de Bonne et Tielemans. M. de Bonne la déclara illogique, injurieuse et inconstitutionnelle. M. Lebeau la considérait comme ayant des tendances aristocratiques, comme une mesure de réaction contre des abus réels, mais dépassant le but. Elle aurait pour résultat, d'après lui, de
peupler la chambre d'avocats sans causes, de rentiers, et peut-être de membres du clergé. Elle lui semblait une véritable déclaration de guerre contre l'esprit des villes, contre la classe moyenne, à laquelle appartient la grande majorité des fonctionnaires. Au sénat, le baron de Waha vit dans cette razzia " une monstruosité égalitaire ". La loi fut votée néanmoins, dans les deux chambres, à de fortes majorités. Il est probable qu'elle ne sera point corrigée dans l'avenir, mais il est uiiiversellement reconnu qu'elle n'a pas contribué à relcA er le niveau parlementaire. Elle a fermé la porte à l'expérience administrative, diminué notablement la compétence du premier corps délibérant de l'Etat dans bien des questions spéciales, exclu les sommités de l'armée, de la diplomatie, de la magistrature, du professorat, rendu plus sensibles les inconvénients qui résultent de l'absence d'un conseil d'Etat, et — chose plus grave encore — porté atteinte à la liberté des électeurs en restreignant, par une sorte de capitis dimmulio, le nombre des éligibles.
La réforme électorale et la réforme parlementaire eurent pour conséquence naturelle la dissolution de tous les corps électifs. L'opinion libérale l'emporta sans conteste et le cabinet put continuer paisiblement son œuvre. Il avait déjà réorganisé la garde civique et supprimé le timbre des journaux ; il réduisit la taxe des lettres, fonda la caisse de retraite et la Banque nationale, réforma le tarif douanier, organisa l'enseignement moyen et restitua au pouvoir exécutif la nomination des
membres des jurys universitaires. De sévères économies furent introduites dans les services publics. Ce lut peutêtre une des meilleures preuves de la saine administration du pays que lorsqu'on voulut porter la cognée sur les abus, on ne trouva rien autre chose à faire que de réduire les traitements des fonctionnaires. Encore une exigence de la fièvre démocratique qui régnait à cette époque ! Les serviteurs de l'État, depuis les plus haut placés jusqu'aux plus humbles, furent les victimes de cette contagion de l'austérité. Ils subirent avec résignation la rigoureuse loi de la nécessité politique. On releva plus tard le niveau de leurs traitements quand l'ordre eut été rétabli dans les finances, mais ils subirent pendant longtemps les consé{|uences de la crise de 18-18. Ce sera une cause d'ctonnement pour les historiens futurs que cette commotion, qui ébranla l'Europe et qui fît dii'c à un poète qu'un tremblement de terre avait secoué les rois, ait provoqué en Belgique un mouvement en faveur de la réduction des dépenses militaires. Les économistes choisirent ce moment de trouble pour organiser des congrès de la paix et s'abandonner aux doux rêves de la paix perpétuelle. On vit des hommes de bon sens et de bonne foi se persuader et tâcher de persuader aux autres qu'il était possible de réduire le budget de la guerre à 25 millions, sans nuire h la bonne organisation de l'armée. Le ministère, serré de près par ses amis, consentit à mettre à l'étude cette question dont la solution n'était pas douteuse. De vieux parlementaires, tels que MM. Lebeau et Devaux, traitèrent de défail-
Innco cotto concession des ministres, et déclarèrent qu'en des mati,ères aussi graves, mieux valait se séparer que s'égarer. On ne s'égara point et l'organisation militaire fut renforcée au lieu d'être afîaiblie. Mais le parti libéral se disloqua par suite des incidents que provoquèrent les débats économiques et financiers. La crise avait exigé des emprunts, et les emprunts ont pour corollaires des impôts. M. Frère-Orban avait proposé d'en établir un, très modéré, sur les successions en ligne directe, et d'exiger le serment pour les successions mobilières. Il fut contraint de retirer cette partie de son projet devant l'opposition non équivoque d'un grand nombre de députés, tant libéraux que catholiques; mais en dépit de cette mutilation, le projet ne fut adopté par le sénat qu'après une démission ministérielle et une dissolution. La réaction qui se produisit en Europe, la révision de la Constitution française et le irionq)lie du coup d'Etat de Louis-Xapnléon, achevèrent d'éclaireir les rangs de la gauche et de surexciter l'opposition. Le cabinet perdit sa principale force par la retraite de M. Frère-Orban, M. Rogier fut obligé de se retirer en 1852, à la suite d'un échec parlementaire. (La question de cabinet avait été posée sur l'élection du président de la chambre.) Le pouvoir resta néanmoins aux mains des libéraux ; mais le ministère de MM. Henri de Brouckere, Liedts, Ch. Faider et Piercot, tout en rendant d'incontestables services, dont les principaux furent la réorganisation de l'armée et le renouvellement du traité de commerce avec la France, ne fut qu'une sorte de transition entre la