‹ La Belgique contemporaineChapitre 30 sur 47 · M. De Smet · texte numérisé non relu

M. De Smet

M. Dcsinaisièros, so fît \o défenseur des cotonniers, un rcprésciitniit de Tliiclf , r;d)l)(' do Foere, se constitua l'avocat d'office des intérêts de l'industrie liniére. Il y eut à ce sujet des discussions très vives qui rovot iront un caractère plus poignant, et plus pénihlc (|uand uin' crise alimentaire, ayant pour cause une série de mauvaises récoltes et l'invasion de la maladie des pommes de terre, vint s'ajouter à la crise industrielle el provoquer cette triste phase de notre histoire qu'on a appelée " la misère des Flandres -. Vnv grande enquête fut ordonnée. Après le sacrifice de sommes considéral)les employées à venir en aide aux populations souffrantes, elle aboutit à l'introduction d'un ensemble de mesures qui peu à peu apportèrent un remède à la situation. On décréta la libre entrée des machines étrangères, l'établissement d'ateliers d'apprentissage, l'application de procédés nouveaux, et peu à peu, le progrès remportant sur la routine, la filature mécanique remplaça la (picnouille et le rouet. Elle occupe aujourd'hui ;^()U,()()0 broches, et les Flandres régénérées ont reconquis leur ancienne place au soleil.

Il est superflu de faire ressortir ici la s})lendeur et la perfection de notre industrie dentellière, qui a successivement remporté la palme dans tous les concours iuternationaux. On ne peut ouvrir un dictionnaire sans y lire que les plus belles dentelles de lin qui existent au monde sont les dentelles flamandes, qu'elles s'appellent dentelles de Malines ou applications de Bruxelles. La dentelle noire de Grammont, en fil de coton ou de soie, est

égalomont ronomméc. On estime à 100 millions de francs la valeur annuelle de la production, et les progrès du dessin industriel ont ajouté à la finesse de la trame 1 élégance et le goût des modèles.

Nous ne possédons plus cette magnitique fabrication de tapis de haute lisse qui a fait jadis la réputation des ateliers d'Audenarde, de Bruges et de Tournai, et qui fournit les premiers artisans à ce qui devint plus tard la célèbre manufacture française des Gobelins. Les tapis de tenture ont été détrônés presque"^partout par riiorriblo invention des papiers peints. Toutefois la tapisserie décorative à basse lisse a été réintroduite en Belgique par le comte de Montblanc, le fondateur des ateliers dTngelmunster, et l'on se rappelle le succès éclatant remporté récemment à Paris par les portraits et les tableaux sortis des fabriques de M. Bracquenié et destinés à la décoration de l'hôtel de ville de Bruxelles. Les plus beaux tapis de pied sont ceux de la manufacture de Tournai, qui déjà sous Napoléon P^" fut chargée de garnir le parquet de la salle du trône aux Tuileries.

A côté des industries textiles et peut-être au-dessus (Telles, il faut placer celle de l'extraction de la houille ou du charbon de terre, que l'on appelle avec raison le pain de l'industrie universelle. Je n'ai pas à en ftiire ici l'histoire qui ne rentre pas dans le cadre de cette étude, et je dois me borner à traduire en chiffres l'activité de nos charbonnages , qui occupent une superficie de 1 ■10,000 hectares. En 1875, année do la plus gi-ande prospérité, l'extraction dépassa 15 millions de tonnes.

i'('])i'('sontant une valeur do '2'A() iiiillidiis do francs. Ce l'ut l'ôpoquo où la ilèvro indnsti'iollo, oi'ôant dos besoins énormes, fit jeter un cri d'alarme au sujet de l'o'puisement plus ou moins prochain des houillères. Sous le coup d'une sorte de panique, on se mit à rechercher des succédanés du charbon, et l'on alla jusfpi'à préparer et brûler de la terre végétale. C'était aussi le temps où l'on entendait les plaintes les plus vives au sujet de l'insuffisance du matériel des chemins de fer pour le transport des produits de tout genre. Les esprits calmes, les économistes habitués à suivre les variations des affaires, comprenaient qu'il y avait là une situation exceptionnelle et qui ne pouvait durer. Leurs prédictions, raillées par les ignorants, se sont réalisées à la grande stupéfaction de ceux qui se berçaient dans la chimère de la prospérité permanente, d'une destinée facile et du bien (jui vient en dormant. C'est en vertu de ce préjugé fatal que l'on a vu pendant longtemps les particuliers dépenser plus que leur revenu, et compter sur le hasard et les jeux de bourse pour combler le déficit. C'est en vertu de ce préjugé qu'on a vu des industriels tuer la poule aux œufs d'or en fabriquant de mauvaises marchandises , se disant qu'elle trouverait suffisamment d'acheteurs pour leur permettre de faire rapidement fortune ; c'est encore en vertu de ce préjugé que l'on s'est parfois écarté de la probité dans les aflaires et que l'on a failli courir aux abîmes, sans se dire (jue l'oubli des règles élémentaires de l'arithmétique, de la bonne foi et de la prévoyance amène des crises qui durent jusqu'au

jour où une grande et cruelle leçon détruit les illusions malsaines des temps d'aberration et de folie. L'engouement pour les charbonnages, l'étrange conviction des bourgeois qu'ils allaient donner à perpétuité de plantureux dividendes, la fâcheuse croyance des ouvriers dans une hausse progressive des salaires, ont eu pour résultat bien des misères et des ruines. Nous rentrons dans une situation normale après une violente secousse, qui s'est fait sentir à des degrés divers chez la plupart des nations civilisées. De 1875 à 1877 la production houillère est descendue en Belgique de 15 à 13 millions de tonnes et la valeur en francs de 230 à 150 millions, et comme dans la même période le nombre des ouvriers n'a guère diminué que de 9,000', on comprend que les salaires, obéissant à la loi du marché, ont dû subir forcément une baisse notable.

Une diminution analogue s'est produite dans la quantité et la valeur totale du minerai de fer. Le nombre des hauts-fourneaux est descendu de 42 à 31, et la valeur de la production de 40 à 29 millions de francs. Pour les fabriques de fer, elle est tombée de 89 à GO millions ; la fabrication du zinc est descendue (valeur en francs) de 44 à 38 millions, celle du verre de 43 à 37 millions; en revanche, la production de l'acier a augmenté dans des proportions considérables et s'est élevée de 9 1/2 millions en 1870 à 85 millions de tonnes en 1877, les valeurs respectives représentant 2 1,2 et IG millions de francs.

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