‹ La Belgique contemporaineChapitre 31 sur 47 · Il est dcsmidu de 110,7:20 un 187ô à 101,348 m · texte numérisé non relu

Il est dcsmidu de 110,7:20 un 187ô à 101,348 m

" Aniniird'lmi. pi'àco aux iJrouivs morvcillciix de la jalirication, l'acier ost on train de devenir au ïer ce que le 1er lui-même était au bois. L'acier tend à suppléer le ter pour les cliaudicres, pour les ponts, comme pour les rails. L'acier dllre une résistance au moins égale, avec un poids moindi'e. La louille ronge l'acier moins vite que le fer. On est arrivé à calculer que les rails en acier Bessemer durei-aient vingt-quatre fois autant que les rails en IVr, qu(\ s'exfoliant et se déformant moins, ils rendraient les déraillements plus rares. — (Iràce à la puissance des moyens mécaniques, on est arrivé à fabriquer des pièces colossales, en même temps que des objets d'une délicatesse infinie. Je n'oublierai jamais ce marteau Armstrong, que j'ai vu fonctionner à l'Expositi(»n de Londres, en 1802, et qui se réglait de façon à aplatir un bloc de fer de plusieurs mètres d'épaisseur, et à casser la coquille d'un onif, avec la légèreté d'une main d'enfant. Quelle merveille aussi que ce bloc d'acier fondu de -10,000 kilogrammes, qui figurait, en 1807, à l'Exposition du Champ-de-Mars à Paris! On est arrivé, après dix ans, à des résultats plus prodigieux encore.

" Je parlais de l'Exposition de Londres. Après l'avoir parcourue dans tous les sens pendant un mois, j'y rencontrai, un matin, un compatriote, et je lui dis : u Tout cela est admirable comme démonstration du progrès et du génie humain. Mais, faites-moi le plaisir de me dire ce qu'il y a de nouveau dans tout cela, et quelle est l'invention qui fera époque et qui deviendra le point de départ d'une nouvelle et grande conquête de l'industrie.

— Il n'y en a qu'une, mais il y en a une, c'est Xacier Besseraer. ^ — On en parlait alors pour la première fois, et comme d'un simple essai. — Or, je viens de lire dans un rapport fait par un ingénieur belge sur l'Exposition de Philadelphie, qu'on a fabriqué en Amérique, depuis dix ans, c'est-à-dire depuis qu'on y a introduit la fabrication courante de l'acier Bessemer, 1,200,000 tonnes, c'est-à-dire 1 milliard 200 millions de kilogrammes de rails d'acier! Et dans ce chiffre ne figurent ni Facier Siemens, ni la fonte ordinaire, dont les Etats-Unis peuvent produire annuellement G millions de tonnes de plus qu'il n'en ftiut pour leur gigantesque consommation ' . •'

Rien de plus imposant, de plus grandiose et de plus émouvant à la fois que le spectacle de la fabrication de l'acier Bessemer dans les vastes ateliers de la Société Cockerill. Quand on voit manœuvrer ces gigantesques machines par lesquelles une matière grossière se trans- Ibrme en quelque sorte à vue d'œil en un métal brillant que la main de l'homme pétrit à son gré, on ne se sent jilus d'admiration possible que pour cette autre machine à vapeur sortie elle-même toute faite des mains de la Providence, cette machine faite de nerfs, dont la science est le combustible, et dont Dieu, qui fit l'àme immortelle, est l'incomparable mécanicien.

L'ensemble de la production de la fonte et du fer a atteint en Belgique la somme énorme de 250 ndllionsde

1. Extrait d'une coiifcrL'nce donnéo au Cercle Franklin k Seraing , le 13 janvier 1878.

francs; il y faut ajouicr 50 millions pour la verrerie, les cristaux et les t^iaces.

Les charbonnages se répartissent entre les bassins de Liège, de Charleroi et de Mons. Ce dernier s'appelle aussi le Borinage. Il y faut ajouter le Centre, où se trouvent les magnifiques houillères de Mariemont et de Bois-du-Luc. Les liauts-fourneaux se dressent sur les bords de la Sambre, à Chàtelineau, à Monceau, à Couillet, etc., et sur les rives de la Meuse, à Seraing. La verrerie s'exerce dans les arrondissements de Mons, de Namur, de Liège, de Bruxelles et surtout de Charleroi. L'extraction et la fabrication du zinc ont leur siège à Angleur, près de la mine de calamine de la Vieille-Montagne. Les principales fabriques de glaces sont celles de Sainte-Marie-d'Oignies et de Florcfie, dont les produits rivalisent avec ceux des fameuses usines françaises de Saint-Gobain, dirigées par un ancien officier d'état-major de l'armée belge ' .

Les ateliers sidérurgiques de Seraing sont également renommés pour la construction des machines. Ils ont fourni la première locomotive de fabrication indigène qui circula sur un chemin de fer, et ils ont reçu à diverses reprises des commandes de tous les pays du glolje'. Cn en peut dire autant de l'ai-murerie liégeoise,

1. Le priiu'ipal établissement de cristallerie et de goblettcrie est celui de Val-Siiint-Lamlicrt, sur la !Meuse.

2. Il faut citer parmi les autres ateliers de construction de machines ceux de Tubize et ceux de la Compagnie de matériel de Bruxelles, d'oii sortent la plupart des voitures destinées aux tramways de la Behique.

dont les armes de guerre se retrouvent sur tous les points de Fuçivers, chez les peuplades sauvages comme chez les nations civilisées. La fonderie royale de canons établie à Liège, possède de son côté la clientèle de la plupart des gouvernements de l'Europe.

La céramique, qui comprend la fabrication des briques, des tuiles, des carreaux, des grès, de la faïence et de la porcelaine, ne brille pas d'un égal éclat dans toutes ses brandies. Elle se recommande par ses qualités industrielles et économiques plus que par l'élégance et la délicatesse de ses produits, et nos porcelaines font assez pauvre figure à côté de celles des grandes fabriques de la France, de FAngleterre, de l'Allemagne et de l'Autriche. Il y a dans ce domaine de grands progrès à réaliser pour un pays qui a toujours été considéré à juste titre comme la terre classique des arts. En revanche, nos pierres bleues de Gobertange et d'Ecaussines et les pavés de Quenast jouissent, comme les briques de Boom, d'une réputation européenne, et il est regrettable que pour la construction des monuments publics, tels que l'église de Laeken, la colonne du Congrès et beaucoup d'autres, on ait eu si souvent recours aux pierres étrangères, et surtout aux pierres tendres de Creil, qui ne sont pas appropriées à notre climat.

Parmi les grandes industries nationales, il faut ranger encore la fabrication des sucres, des eaux-de-vie, du genièvre et de la bière. On sait la place considérable que tient cette dernière denrée dans lalimentation publique. Malheureusement, pour des causes qu'il est assez

(linicilc (le (Ic'lci'ininci' ici, les hj'assours bolgos ont al)an- (lonné pour la plui)art les antiques procédés do leurs ancêtres j)our se consacrer à la (;ontrefaçr)n des bières élraniio'res et l'on ne trouve plus que de rares spécimens de cette boisson saine et fortifiante que notre poète populaire Antoine Clesse a chantée sous le nom de '• bière du pays ". ■-: •

D'autres industries autrefois célèbres, parmi lesquelles la fabrication des soies d'Anvers, la taille des diamants, ladinanderie,ont singulièrement dégénéré; la sculpture du Ijois, la ferronnerie artistique et l'orfèvrerie religieuse ont également déchu. En revanche, les papeteries, l'industrie typograplii(|ue, la carrosserie et l'ameublement ont pris un remarquable essor, et la création de nombreuses écoles d'art industriel aura pour résultat de favoriser la renaissance de ces industi'ies de luxe qui faisaient la gloire des Pays-Bas au temps de la splendeur des communes et sous le règne des ducs de Bourgogne.

Il y aurait une intéressante étude à faire sur l'incontesta])Ie infériorité de certaines catégories d'ouvriers comparés aux artisans d'autrefois. La liberté absolue du travail, l'introduction des machines et la substitution de la vapeur à l'action des bras ont changé la face du monde, mais l'originalité de la création industrielle s'est afiaiblie. Nous vivons sous l'empire de la banalité universelle. Tous les peuples portent le même chapeau, toutes les villes modernes sont bâties de la même façon, tous les édifices se i"essem))lent, toutes les nations em-

ploient les mêmes moyens de transport, les mêmes engins de destruction, et s'agitent dans les mêmes querelles en se servant des mêmes armes et des mêmes arguments. En un mot, les esprits se façonnent de plus en plus dans le même moule. Quand il n'y aura plus qu'une seule langue et qu'une seule monnaie, quand la concurrence aura fait si bien que tout le monde se consacrera à la fabrication des mêmes produits, quand les hommes, selon le mot de Victor Hugo , auront pour patrie le monde et pour nation l'humanité, alors nous serons arrivés au régime de l'uniformité générale et la souveraineté du monde sera rendue au nombre, qui prendra la place du «ïénie.

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