Décédé l'an dernier
reur de Maestricht, élu siipx^^éant par lo district de Hasselt, remplaça M. Surlot de Cliokier, devenu régent de Belgique ; fut depuis représentant, vice-président et président du conseil provincial du Limbourg.
Matiiieu-Nicolas-Joseph Leclercq, conseiller à la cour supérieure de justice de Liège, élu par ce district ; membre de la chambre des représentants, de 1831 à 1832, et de 1840 à 1841, conseiller à la cour de cassation le 4 octobre 1832, procureur général près cette cour lo 1() juin 183C), ministre de la justice du 18 avril 1840 au 13 avril 1841 ; ministre à Rome, procureur général honoraire, membre de l'Académie.
LÉON MuLLE, avocat à Ypres, élu par ce district ; juge suppléant au tribunal de cette ville.
J.-B. NoTHOMB, avocat, rédacteur du Coun^icr des Pays-Bas, membre et secrétaire de la commission de constitution, secrétaire général du gouvernement de la province de Luxembourg; élu par le district d'Arlon; membre et secrétaire du comité diplomatique, secrétaire général du ministère des affaires étrangères, commissaire près la conférence de Londres, successivement ministre des travaux publics, de la justice, de Tintérieur, ministre plénipotentiaire près la Confédération germanique , aujourd'hui près l'empire d'Allemagne , ministre d'Etat, membre de l'Académie.
Il y a lieu de noter ici, en passant, que les députés d'Arlon au Congrès, MM. Berger et Nothomb, sont tous deux vivants et en bonne santé.
Antoine Peemans, négociant, élu par le district de
Loiivain. (Le Moniteur dir qn"il hnliito aii)niii'(Tlnii Paris.) ,
Charles Rogier, avocat, rédacteur du Mathieu Loensbcrg, devenu le Politique, membre du gouvernement provisoire, élu par le district de Liège, colonel aide-de-camp du Régent, administrateur de la sûreté publique, gouverneur de la province d'Anvers, membre de la chambre des représentants depuis l'origine (sauf une "très courte interruption), président en 1878, représenta Turnhout, Anvers, Bruxelles, Tournai, fut ministre de rintérieur, des travaux publics, des affaires étrangères; ministre d'État.
LÉONARD RossEEuw, avocat, élu suppléant par le district de Courtrai, remplaça l'abbé P. Verbeke, démissionnaire ; habite aujourd'hui Ypres.
L. Van der Looy, secrétaire de la ville d'Alost, élu par ce district ; plus tard notaire.
François Vergauwen ; il y en eut deux au Congrès : François, propriétaire, élu suppléant à Eecloo, fut longtemps sénateur pour Courtrai.
Cii. A'ii.ain XIIII, propriétaire, élu par le district de Maestricht; membre de la chambre des représentants successivement pour Maestricht, Saint-Nicolas et Maeseyck ; vice-président et président de la chambre, ministre auprès du saint-siège, gouverneur de la Flandre orientale, ministre des affaires étrangères. Celui-ci est mort il y a deux ans, ainsi que Barthélémy Dumortier, un autre grand patriote qui ne siégea point au Congrès, n'ayant été que suppléant, mais qui fut mem-
liro (lo nos nssombk'es drlil^'iTinlos (lc|inis 18P>1 jiis(in'à sa mort, sauf iino courte éclipse en 18-17, et dont le nom se rattache à toutes les phases les plus intéressantes de notre histoire i)()litiquc et parlementaire.
A la liste de ces glorieux vétéi'ans de la nati(»nalilé belge, il n'est que juste d'ajouter le nom dun homme (pli, en dehors des chambres et en qualité de conseiller intime de Léopold P'' et de son successeur, n'a pas cessé de jouer, dejjuis 1830, un r(Me considérable dans la l)(>liti(|U(' nationale: M. Jri.r.s aan Prai-:t, ministi'e de la maison du lioi, membre de TAcadémie rovale de Belgi(pie.
Parmi les survivants du Congrès national, il n'en est aucun {jui ait l'ait partie du sénat à l'épcxpie de sa première réunion, ce qui se conçoit, la Constitution exigeant que l'élu ait quarante ans sonnés. Il n'y aurait donc qu'un nonagénaire qui pourrait se vanter aujourd'hui d'avoir été sénateur en 1831.
Mais on ne peut isoler des souvenirs de 1830 M. le prince de Ligne, qui l'ut un instant candidat au trône de Belgique.
J'ai dit plus haut que les débats du Congrès national n'avaient été reproduits que d'une façon imparfaite. Le meilleur mo}'en de juger les hommes qui y prirent la plus large part, est de lire les discours qu'ils prononcèrent ultérieurement, soit à la chambre, soit au sénat. Il n'y a pas de lecture plus intéressante, plus instructive et plus réconfortante que celle des dix premiers volumes des annales du parlement belge. Le patriotisme et le
bon sens débordent dans ces laborieux travaux d'un parlement qui, succédant au Congrus national, aclle^"a de constituer la Belgique. La première réflexion qui vient à Tesprit, c'est que ce régime liollandais, si détesté, et que l'on secoua si violemment en 1830, a dû être après tout un régime de bien fortes et solides études pour produire cette phalange d'hommes éminents ou distingués (pii siégèrent pendant dix ans dans nos assemblées délibérantes et dans les conseils du Roi, et qui administrèrent nos grandes cités. Nos provinces avaient pour gouverneurs les Rogier, les Lebeau, les Vilain XIIII, les Stassart, les Schiervel ; Bruxelles, Liège, Bruges, Namur avaient pour bourgmestres les Rouppe, les Jammc, les Pélichy, les Brabant; les chambres comptaient sur tous les bancs des orateurs d'élite et surtout des hommes rdnqjus aux affaires; aucun détail d'administration ou de procédure n'écliappnit à ces assemblées ofi le corps électoi'al envoyait la fleuide toutes les professions libérales. La loi des incompatibilités parlementaires, décrétée avec tant d'autres sous l'influence des événements de 18-18, a été un coup terrible pour les deux chambres. Qui oserait nier que ce qu'elles ont pu gagner en indépendance, elles l'ont perdu en esprit pratique? — Un autre sujet d'observation, c'est l'infatigable minutie avec laquelle on discutait les moindres détails des lois. Le plus souvent les budgets sortaient mutilés des débats parlementaires. On malmenait les ministres bien autrement qu'aujourd'hui. On ne leur faisait grâce d'aucune faiblesse, et quand on s'était
liicn (|ii('rcll('' |i('iiil;nit (!<■ ](>iii;n(\'^ S(''nncos , qnnn<l on ;i\;iii toiii-iH' cl rcldiiiiH' loiitcs les (lucsiions, cxamino toutes choses sous toutes leurs (aces, on se trouvait daccord i)our voter les projets à une imposante majorité. Ce n'étaicnl plus, il est vrai, les projets du gouvernement; la clianilirc les a\ ail faits siens ; ils ('laieiit l)ean<'oup plus son oMivre (pic celle i\r<. cabinels, cl l'on jtcut coni|;arer la législature de cette épo(pie à un grand conseil d'Etat. Que d'iionnnes extraordinair(^s y siégeaient d'ailleurs !
Pour n'en citer rpi'un j^dit nombre, Joseph Leheau était l)ien certainement un orateur qui eût tenu sa place avec éclat à la tribune française. Connaissant à fond rinstoirc contemporaine, nourri des grands modèles, parlant avec une élégance rare et a])poi'tant dans les (pu'stions les plus diverses une admirable ampleur de vues et d'expressions, il s'imposait à son auditoire en dépit d'une impopularité que hii avait valu son profond dédain de la faveur publique dans les jours les i)lus dilliciles de la Relgiipie naissante. Il est étrange et regrettable qu'aucun de ceux qui ont eu la bonne fortune de l'entendre dans ses beaux jours, n'ait songé à [luldicr un recueil de ses harangues, qui serait un cours d'élo- ({uence et de patriotisme. Je n'éprouve aucun scrupule à dire ses louanges, alors que sa gloire n'est plus qu'un souvenir.
Il tant bien cependant que je parle de ceux ({ui vivent encore. Avec moins d'éclat, mais avec une égale autorité, M. Paul Devaux parlait à la tribune le langage d'un citoyen des républi(pies anti(pu's. Sa phrase était
sobre, concise, sa logique d'une puissance irrésistible. Il savait, en quelques mots, par une observation juste, par une réflexion faite à point, modifier tout le cours d'un débat. Lebeau entraînait l'assemblée, Devaux la persuadait. Aujourd'hui chacun arrive avec son siège tout fait. Chacun sait d'avance quels seront les votes, ce que diront les discours. En ce temps on consentait encore à se laisser convaincre ; on se faisait gloire d'être le guide et non le serviteur de l'opinion pujdique. On résistait aux passions du dehors au lieu de les aduler. Les préjugés de la foule avaient leurs partisans, mais ils formaient l'exception. On ne craignait de dire la vérité ni à la presse, ni aux cabarets. Dans la discussion sur le timbre des journaux, dans celle de la première loi sur l'impôt du débit des boissons, on pruncmça des paroles qui seraient aujourd'hui un motif d'ostracisme. — A côté de MM. Lebeau et Devaux figurait, avec une égale influence et un semblable prestige, M. Charles Rogier. Je défie ceux qui devinrent plus tard ses plus implacables adversaires, de ne pas rendre hommage à la constance de sa pensée politique. Je ne crois pas (|u";i riioure présente, s'il pouvait se relire, M. Rogier aurait à corriger un seul mot de ce qu'il dit à la tril)une depuis 1830 jusqti'à 1880. On est frappé, en le suivant, de la profonde et inaltérable logique de ses opinions. Dans toutes les questions, qu'il s'agisse d'enseignement ou d'industrie, de politique ou d'administration, on retrouve la même sagesse, la même inaltérable modération dans la pensée et dans la forme, le même équilibre
dans lo raisonnomont ci dans lo stylo. Qu'il passe du pouvoir à l'opposition ou de l'opposition au pouvoir, l'icn n'est modifié dans ses allufcs. Il reste invariablement le même, et l'on peut comparer sa carrière à ccdle des navigateurs qui, ftxisant toujours la même route, la suivent avec une profonde sûreté d'eux-mêmes, ne permet lani pas même à la tempête de les faire dévier du chemin que leur tracent la sonde et la boussole. MM. Lebeau, Devaux et Kogier, que l'on appelait déjà il y a cinquante ans des doctrinaires, eurent, pai-mi d'autres gloires, la gloire incontestable d'être les créateurs du clieraiu de fer en Belgique, et tous les trois ont prononcé, à propos de cette grande entreprise qui excita de si vives et de si ineptes défiances, des discours dans lesquels éclatent à chaque phrase la prescience et la hauteur de vues des vrais hommes d'Etat.
Parmi les figures les plus i'emarqual)les de ces anciennes assemblées, se place au premier rang M. Henri de Brouckère, substitut du procureur du roi à Ruremonde en quel(|ue sorte au sortir de l'école, bientôt après conseiller à la cour d'appel de Bruxelles. Ce jeune (U'inité joignait à une science prodigieuse une éloquence incisive et l'art d'éclaircir les situations les plus obscures. Nul n'excellait comm(> lui à trancher en quehjues phrases les nœuds les plus enchevêtrés des questions les plus ardues. Il possédait à un rare degré le talent de l'ironie. On peut dire qu'il harcela plus d'un ministre avec autant de verve iju'eu mit à une autre é|)o(pie M. Disraeli, le lord Beaconstield d'aujourd'liui, à perse-
cufer sir Kobert Peel. Sa parole avait le tranchant de l'acier. Moins violent que les Gcndebien et les de Robaulx, il frappait juste, tout en frappant fort. Sa dialectique serrée, mise au service d'une ardente conviction, et doublée d une profonde connaissance des hommes et des choses, faisait de ce tribun, dans la lionne acception du mot — à Ivome les tribuns étaient des magistrats — un redoutable adversaire. Bien qu'au début il siégeât à l'extrême gauche, dans les rangs d'une petite minorité, il était fort rare qu'une motion ou un amendement formulé par lui n'obtint pas l'assentiment de l'assemblée, tant il avait soin de ne se hasarder que lorsqu'il était sûr de la justice de sa cause.
Il ne faut pas croire que cet hommage rendu ici à des hommes d'un mérite incontesté d'ailleurs, soit dicté par une idée préconçue de sympathie politique. Ceux que j'ai cités jusqu'à présent étaient des libéraux qui devaient figurer plus tard à l'avant-garde de l'armée libérale. Mais je n'hésiterai pas à reconnaître la valeur des hommes qui se sont signalés dans d'autres rangs.
Comme érudit, comme lettré, comme assemblage de toutes ces qualités rares dont se compose ce qu'on appelle en Angleterre un debater, J.-B. Nothomb était sans rival. L'un des membres les plus jeunes du parlement, il conquit d'emblée sa place parmi les plus influents, par son audace, sa pénétration, son habileté et son instruction. On raconte que, dans un voyage qu'il fit à Paris, un homme d'Etat fran(;ais lui parla du remar(iuable Essai sur la récolution belge qu'avait
pu])liô " Monsieur son père ". Lhistoricn c'élait lui, et Ion avait peine à croire à sa supériorité précoce. (^)uau(l on songe à la, [ilace importante (pTii occu[)e dans notre histoire parlementaire, on s'imagine avec peine que sa carrière ait pu être close en quelque sorte ù riieure oti il venait d'accomplir sa quarantième année. Sa vie politicpie ressemble à un météore, et c'est un iait peut-être sans exenq)le, (pu- le [ilus beau titre de gloire de cet homme public, aujourd'hui septuagénaire, soit un livre qu'il a écrit lorsqu'il avait à peine trente ans. Il a, pendant un plus grand nomlire d'années, survécu à sa gloire. La plus belle page de sa carrière })oliti(pu.^ lut son élo(juente et chevaleresque défense de Joseph Lebeau, (piand Alexandre Gendebien proposa à la chambre de le décréter d'accusation. Libéral au Congrès, J.-I>. Notliond) i'ut accusé plus tard de s'être lait l'instrument des évêques. Partisan obstiné de la politique mixte, il compromit son prestige pour la défendre. Combattu par ses amis de la veille, abandonné par ses alliés du lendemain, il succomba sous une coalition de haines qui ne s'apaisa que plus tard, quand il se fut retiré de la mêlée pour consacrer à ses chères études d'autrefois les loisirs que lui laissait sa position de diplomate.
J'aurai à reparler ailleurs de Barthélémy Dumortier. Qu'il me suffise de dire pour le moment que, doué d'une étonnante faconde, traitant avec une égale facilité toutes les questions, n'en ignorant aucune, prodiguant à toute occasion sa verve et son énergie, éloquent
surtout (juand il avait tort, s'intitulaiii lo zouave de la liberté, rachetant une certaine étourderie par un ardent patriotisme, il occupa constamment dans son parti une place considérable et eut la bonne fortune à certaine époque de n'en point partager l'impopularité, parce qu'il eut l'habileté ou la chance de n'être jamais ministre et de ne faire ainsi ni mécontents ni ingrats.
Parmi les plus fidèles amis de B. Dumortier, je citerai le baron d'Huart, aujourd'hui le doyen d'âge tlu sénat, une sorte de gentilhomme campagnard, aussi expert dans l'art de bien dire que dans celui de traiter les affaires, doué d'un grand tact, et très habile à conquérir les sympathies de son auditoire ; puis IJubus aîné, longtemps président du tribunal de Tournai, magistrat intègre, profond jurisconsulte, peu soucieux de la rhétorique, mais apportant dans les débats les plus ardus l'autorité d'une parole réfléchie et d'un raisonnement mathématique.
Je m'aperçois que je m'engage ici dans une voie très difficile et où je m'expose à plus d'un faux pas. J'avais l'intention de ne parler que des vivants et je me laisse aller à parler des morts. Dès lors, pour ne point paraître céder à des préférences, je devrais les citer tous, dresser le catalogue de toutes les notabilités du Congrès national, et je ne le pourrais sans donner à ce travail des proportions démesurées.
Force m'est donc de foire un choix et de mesurer à chacun sa part au soleil d'après l'importance de son rnle dans les affaires de l'Etat. — A ce titre, il faut
signaler en première ligne Surlet de Cliokier, cet aimable vieillard, h la longue chevelure blanche, dont le souvenir est bien imparfaitement i-appclé à la généralion présente ))ar le nom de lioulcvard (ht J\(''(jrnt, donné à l'une des promenades de la capitale. Un sénateur de Tournai, M. Sacquelcu, proposa il y a (|uel(jiu^s années d'ériger un monument à sa mémoire. Il lui fut réi)ondu que Surlet en avait un dans le cimetière de son village natal. Le lec'teur sera d'avis qu'il méritait mieux.
Le président du Congrès après lui fut le baron de Gerlache. Celui-ci paraissait prédestiné à tous les fauteuils. Il présida la chand)re des représentants jusqu'à ce qu'il fut nommé premier président de la cour de cassation. Il l'était encore lorsqu'il présida à Malines, en 1863, le congrès catholique. En dépit de ces hautes positions othcielles et de cette intervention active dans la lutte des partis, ses écrits historiques, tracés d'une main ferme et d'une plume acérée, resteront ses plus beaux titres de gloire.
Son successeur à la cour suprême, Eugène Defacqz, avait été son collègue au Congrès et devint son adversaire sur le terrain politique. C'était un libéral aussi ardent que de Gerlache fut un catholique passionné. C'est lui qui fît inscrire dans la Constitution le principe du cens électoral. C'est lui qui plaida au Congrès national la nécessité de donner au pouvoir civil des garanties contre les prétentions de l'Église et qui, fidèle à ses anciennes convictions, présida en 1840 le Congrès
libéral, dunt il signa le programme. On lui doit, comme à son prédécesseur, ce précieux hommage qu'en revêtant la simnrro il dépouilla l'homme de parti, et il démentit par sa carrière ce mot d'un grand philosophe, qu'entre la politique et la justice tout contact est pestilentiel.
Le Congrès compta dans ses rangs plus d'un tribun : Alexandre Gendebien, de Robaulx, l'abbé de Haerne. — Tous trois avaient le tempérament révolutionnaire et des opinions républicaines. Les deux premiers proclamèrent hautement leurs sympathies pour la France démocratique, et ce fut Gendebien qui proposa en 1832 de démolir le lion de Waterloo. Mais quand il fut appelé au Congrès à se prononcer sur la forme du gouvernement , il déclara que s'il considérait la république comme l'idéal, il croyait de son devoir de la repousser, parce que, dans la position où se trouvait le pays, elle n'aurait pas trois mois d'existence et serait morte de consomption peu de jours après son avènement. Il vota donc pour la monarchie constitutionnelle et renonça publitjuoment à ses espérances. Mais pendant huit ans il fit une guerre implacable à tous les ministères, les accusant avec amertume d'avoir, dans les négociations avec la conférence de Londres, compromis l'intégrité du territoire, leur reprochant de gaspiller les deniers publics, d'avoir renié les traditions du gouvernement provisoire en créant une administration coûteuse et en maintenant les anciens impôts. Il s'efforçait avec une rare persistance d'accréditer dans le public cette idée que la Ivévolution avait eu pour l)ut d'alléger
les (•liarges des coiiti'ihiiablcs, opininii (■n'onéc vi (juc SOS anciens collè{j,ues ciii'ciil licsoin jiliis d'iinc j'ois de rcd'iiter aACC ('uergie. Alcxandi-c (Icndchicn se rciii'a (h; la \'\r |)ul)li(|n(', loi's de radn|iii(»n du Iraité des "21 articles, sur leinicl il énni ce ^(»te: '• iNon, ;>80,000 lois non, pour ;58(), ()()() lieliîcs (|iie \(ius sacrifiez à la peur. •' — Ceite pairiotlfpie iiidiLinaiinii lui \alnt nu l'ci^ain de }i(ipulai'il('' dans les masses, mais la l!('lL;ii|ne est nn i>ays de bon sens, et la ])arlie la plus calme de l'opinion no s'était pas tromi)ée sur la douloureuse nécessité do l'abandon d'une partie dn Lind)ourg et du Luxembourg. Quebjues lionunes de celte ('poque ont iirélendn depius, que le refus de la concession réclamée par l'Europe aurait amené les puissances à réflécliir, et comme l'ésultat final la conservation du royaume tel qu'on l'avait rêvé en 1830. jNIais lieanconii plus nombreux sont ceux (jui ont gardé la conviction (jue c'eût été gravement compromettre l'œuvre de neuf années de labeurs, que d'engager une lutte avec l'Europe et de déchaîner sur le monde le fléau d'une guerre continentale. On est unanime, d'ailleurs, à reconnaître que les nnnistres d'alors connnirent une faute grave en provoquant des espérances chimériques le jour oti ils placèrent dans la bouche du Roi cette fameuse promesse, que les droits du ix'uple seraient défendus '• avec persévérance et courage ". Pour le reste, les événements ont prouvé que les hommes qui signèrent et ceux qui votèrent le traité des 24 articles ont assis en 1839 sur des bases définitives la nationalité qu'ils avaient conquise en 1830.
J"ai raiiiié parmi les tribuns un abbé. Ce ne sera pas k' [U'ernior quo l'histoire aura trouvé parmi les révolutionnaires. Il est vrai que la fougue de ses opinions s'est apaisée depuis le jour oti ce ministre de paix réclamait la guerre comme unique moyen de salut, depuis le jour oîi il voyait dans la républiijue la seule forme de gouvernement qui pût assurer la liberté de l'Eglise, depuis le jour oti il s'écria que lorsque le peuple a accompli sa lé'zitime révolution, sa volonté devient sa raisOn et son courroux sa justice ; qu'il ne faut plus alors se demander s'il est juste d'exclure à jamais toute une famille et d'envelopper dans une même proscription la postérité innocente et les pères coupables : le peuple le veut ainsi, cela suffit ! — Depuis le jour oti il déclara au Congrès, transporté par la passion de son langage, que la malédiction pesait sur Guillaume et sur sa race ; qu'une main invisible lui traçait comme à un autre Baltliazar sa condamnation en ces mots fatidiques : " Tu ne régneras plus! "
Comme beaucoup d'entre ceux qui avaient repoussé la forme monarchique et la candidature du prince Léopold de Saxe-Cobourg au trône belge, de Haerue est devenu un excellent royaliste et un fidèle soutien de l'État. L'expérience et quelque peu Fàge et les Encycliques ont tempéré son ardeur, mais il n'a jamais cessé de persister dans sa dévotion sincère aux libertés constitutionnelles, et s'il n'est plus le représentant fidèle de ce (ju'on appelait les abbés du Congrès, il est resté pour tous un lettré, un érudit et un homme de bien.
Parmi les diplomates figurent en première ligne Van de Weyer et Go])let. Celui-ci ne fut pas du Congrès national et n'en franchit le seuil (ju'en sa (jualité de commissaire de la guerre. On connaît les sci'vices (ju'il rendit comme ]i]<''niii<iieiitiaii'e à la conféi'ence de Londres, et c'est de lui (|ue nous tenons cette ap[)réciation, confirmée plus tard par les Mémoires de lord Palmerston, que la Belgique, dans les mauvais jours, dut à la volonté de cet illustre chef du Forcùjn-Offire autant de services qu'à la France qui, deux fois, en 1831 et en 1832, mit obstacle par une intervention armée à la réussite des desseins du roi Gudlaume. Le nMe considéralile de "\'an de Weyer, ce diplomate subtil doublé d'un pamphlétaire, est connu de toute l'Europe. Un grand écrivain français, M. Louis Blanc, dans son Histoire de dix ans, a vainement tenté de l'amoindrir, comme vainement aussi un polémiste belge a tenté de mettre en suspicion la fidélité du général Goblet au drapeau national. Il se peut (|u'au milieu de l'émotion produite par les désastres de 1831 — désastres dont le défaut d'organisation était la cause — il se soit produit dans la foule — ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas — des reproches de trahison. Goblet avait été l'aide de camp et l'ami du prince d'Orange. C'était une raison suffisante pour qu'il devînt suspect à la multitude, mais il a été depuis la Révolution et pendant de longues années, mêlé presque sans interruption aux affaires publiques; il a été représentant et ministre, et jamais la vindicte des partis n'a effleuré son honneur, dans un
pays oti lajiberté du langage paplomentaire a pai'fois atteint la licence.
Van de Wejer est un des anciens membres du Congrès auxquels la reconnaissance publique, confirmant le verdict de l'histoire, a érigé une statue. Il a partagé cet bonneur avec Joseph Lebeau et Alexandre Gendebien. Un monument a aussi été érigé à Charles de Brouckere, économiste, administrateur, tour à t()ur homme de plume et homme d'action, aussi capable d'administrer la guerre que les finances. — A la liste de ces parlementaires il faut ajouter les noms de Raikem, de Leclercq, de Destriveaux, de Forgeur,de Barbanson, pour qui semble faite la devise inscrite sur la statue de Berryer, Forum et jus ; ceux de Liedts, qui fut tout ce qu'on peut être en Belgique, et de Lucien Jottrand, qui ne fut rien qu'un avocat et un polémiste d'infiniment d'esprit; ceux des deux frères Fallon , dont l'un devint président de la cour des comptes, et l'autre du conseil des mines; puis ceux de deux gentilshommes de vieille race, Félix de Mérode et Vilain XIIII, tous deux catholiques et révolutionnaires, avec cette éloquence aristocratique qui, d'après Cormenin, est " un mêlé d'insolence, de paix et d'esprit, qui se débite du ton de gens qui savent ce qu'ils valent ou ce qu'ils croient valoir et ce que les autres ne valent pas ". Tous deux avaient en commun une vertu, le patriotisme, et une qualité rare, l'originalité. Celle-ci était d'ailleurs héréditaire dans la fiimille des Vilain, l'une des plus anciennes du pays, et dont on retrouve la trace dans l'histoire de
l;i l'I.'tndrc au li'ci/.iènic; .siècle. ( )ii a cxiilitiuô de diverses manières le cliifi'rc XIIII ajouté à son nom. D'après la ^(M■si(ln la plus acei'édilée, elle le doit à ce grand Uni (jui, d'après un ('cri^ain fram.'ais, fil à la \ ille de Naniur l'honneur de la prendre.
Le ])isaïeul de Charles Ailain XllII fut iiensioniudro de Flandre et bourgmestre de Gand sous Marie-Thérèse, <|ui le ci'éa a icointe. ("esl lui (jui inti'oduisit une réfoi'uie radicale dans le l'égime des prisons et publia, en 1775, un retentissant Mémoire sur les moyens de corriger les malfaiteurs et les fainéants.
Le fils de ce iibilantlirope, grand-père du Aicomte Charles, fut un simple otïicier au service de rAutriche. Le vicomte Hippolyte, qui siégea au Congrès, qui se distingua dans la diplomatie et dans les lettres, et qii'on aurait pu appeler riionune le plus aimable et le plus laid du rovaume, était son petit neveu. Philippe-Louis- Marie-Ghislain, comte Vilain XIIII, né à Gand en 1778, mort à Bruxelles en 18oC), successivement maire de Gand sous l'Empire, chambellan du roi Guillaume des Pays-Bas, membre de la seconde Chambre des Étatsgénéraux, fut membre du Congrès national en 1830, })uis membre du Sénat, et pendant plusieurs années son vice-président.
C'est à propos de celui-ci (|ue l'on rappoi'te un joli mot adressé au roi Guillaume.
" Vous êtes donc toujours, dans votre famille, lui disait le Roi, numérotés comme les fiacres l ...
•' — (3ui, Sire, et comme les rois. ■■■
Les deux fils de cet homme d'esprit, qui passait pour plus avare de ses florins que de ses traits malins, ont été les vicomtes Alfred et Charles, le sénateur et le représentant.
Le sénateur a peu fait parler de lui. Le représentant, mort depuis peu, était un type intéressant et digne d'attention.
Il avait une physionomie fine et piquante, une allure vive, un esprit alerte. Dans sa jeunesse, il dut a^'oir une figure séduisante, à en juger par un portrait lithogral)hié de Baugniet, publié en 183G. — Il avait le front large et découvert, de grands yeux noirs sous des sourcils bien arqués, le nez étroit et allongé, les lèvres minces et relevées aux coins par un sourire un i)eu dédaigneux. Physionomie de gentilhomme, avec une nuance d'ironie qui trahissait le frondeur sous riionune officiel.
On sait qu'il fut dans sa jeunesse un des ardents adeptes des doctrines de Lamennais, bien (ju'il eût fait ses premières études dans un collège de jésuites. On a suffisannnent répété qu'au Congrès national il prit la défense des saint-simoniens persécutés. Il acquit ainsi la répuiation d'un liljéral à tous crins, qu'il perdit en 1834 lorsque, dans un débat parlementaire à propos des pillages de Bruxelles, il prononça la plus étrange et la i)lus audacieuse apologie des coups d'État.
Cette attitude lui fut amèrement repi-ochée à la chambre par Gendebien et d'autres de ses collègues, lorsqu'il fut nommé i)ar M. de Theux aouM-rneur de la
Flandre oriontalo. — Deux de ses amis intimes, IIii>p. Delhi Faille et Van Hoobrouck de Fiennes , prirent assez maladroitement sa défense. Peu de temps après, il fui iioiiiiiK' iiiiiiisti'c de li('!:^i(|ii(' auprès du saiiit.-siège. et des autres cours d'Dalie. Il n'y resta pas longtemps, le pape Grégoire XVI ne l'ayant pas trouvé sutîisamment orthodoxe. Il avait cédé son siège de député de Saiut-Nicdlas à M. Van Ilooljrouck de Fiennes, qui le lui rétrocéda en 1838, et depuis loi-s il n'a plus cessé de faire pai'tie de la chambre, où il représenta pendant de longues années l'arrondissement de Maeseyck.
En 1855, après la retraite du cabinet dont M. Henri de Drouckere était le chef, il devint ministre des affaires étrangères, ayant pour collègues j\L\I. De Decker et Alph. Nothomb. En cette qualité, il présida à la célébration du vingt-cinquième anniversaire de l'inauguration de Léopold F'", présenta la loi des couvents et prononça le fameux Jamais qui eut un si grand retentissement à la suite du Congrès de Paris en 1856. Grâce à ce mot patrioticpie, devenu légendaire, il ne partagea point l'impopularité de ses collègues, et l'on a pu constater que jamais son nom n'a été cité d'une façon désobligeante à propos des événements de 1857, qui eurent pour résultat la chute violente du ministère clérical.
On lui pardonnait beaucoup à cause de ses antécédents, de son nom et de ses allures patriciennes. Un jour, interpelle sur une (juestion commerciale qui rentrait dans ses attributions, il répondit avec une superbe désinvolture : - Je n'ai jamais de ma vie ouvert le Code
do commerce ". De la part de tout autre, cette réponse eût eu l'air d'une impertinence. Personne ne songea à s'en étonner. Aucun autre que lui n'aurait songé non plus à interpeller le ministre des affaires étrangères, parce que la Reine, se trouvant en présence de l'impératrice Elisabeth d'Autriche, avait mis un genou en terre pour lui baiser la main'.
Depuis le jour où il cessa d'être ministre, il prit rarement la parole. Aucun de ses discours, s'il en daigna faire, n'a laissé de trace dans nos annales. Il fut viceprésident et président de la chambre des représentants, et a laissé une grande réputation de courtoisie. C'était du reste un libéral par raisonnement plutôt que par instinct. J'engage ceux qui voudront l'apprécier, à lire dans le Livre des orateurs, de Timon, le chapitre consacré au duc de Fitz-James. Ils y retrouveront son portrait tracé de main de maître et avec une hardiesse de langage qu'il eût fort appréciée.
Félix de Mérode avait plus de bonhomie et ne sentait pas son patricien d'une lieue. Tout était peuple en lui, comme on a dit de Mirabeau, et son originalité n'y perdait point. Il aimait les saillies, comparait la chambre à une volière, traitait les libéraux de libérâtres, jetait sur le parquet de la salle et écrasait du pied le modèle d'une plaque d'argent ciselé que l'on voulait donner comme insigne aux représentants dans les cérémonies