DORE DSL MAN 0 4035 7O2\UNE
Pourcentage des exportations aux importa-
PR a UNS O4T. (00/0028 047 0.077
Commerce avec
le Congo :
Importations ... 1.398 1.184 084 617 639 754 Exportations 820 603 420 195 149 134
Si l’on se souvient de la remarque que nous avons faite tout à l'heure sur le caractère manufacturier de l’économie belge ce tableau est intéressant à plus d’un point de vue.
D'abord une constatation brutale s’impose : les importations ont baissé de 61 % et les exportations de 57 %. Nous avons dit tout à l’heure à quoi cela tient en étudiant le commerce spécial avec les cinq gros clients de la Belgique. Cependant ces chiffres démontrent déjà le courage du peuple belge qui a su réduire d’un seul coup ses importations de matières premières de 69 % alors que ses exportations d'objets fabriqués ne tombaient que de 61 %, à la suite de recherches de nouveaux débouchés. La Belgique est même arrivée à améliorer le pourcentage de ses exportations par rapport à ses importations jusqu’à 97,7 %, chiffre qui n'avait jamais été atteint depuis la guerre. Et cependant nous avons déjà signalé à quelles difficultés elle se heurtait. Le Congo lui-même qui semblait devoir être un débouché immense pour l'industrie belge, subit une crise terrible et la métropole se heurtant d’une part au régime de la porte ouverte institué par le
Traité de Berlin de 1885 et d’autre part à la concurrence japonaise de plus en plus sensible, perd dans ces cinq années 84 % de ses débouchés congolais ! Avec le même courage qui ne lui a jamais manqué, le peuple belge s’est tourné vers les pays neufs principalement la Chine, les Indes Britanniques, l’Australie et surtout l'Argentine ou ses exportations ont même augmenté | La ténacité de la Belgique a eu sa juste récompense puisqu’en 1933 ses exportations atteignaient 3,51 % du commerce mondial contre seulement 2,68 % en 1920. Ii est du reste à signaler que pendant la même période, alors que la Belgique gagnait 30 % les U. S. A. perdaient 29 % et l'Angleterre 3 %.
La diminution quantitative du commerce belge tient nous l'avons vu, surtout dans la politique douanière de ses clients, mais aussi dans ses prix qui, malgré une déflation considérable, sont restés au dessus de ceux des autres pays et principalement de ceux du bloc sterling. Ce qu'a été la déflation des prix en Belgique, le tableau qui suit le fait ressortir.
1929 1930 1931 1932 1933 1934 Prix de gros (1914—100) 868 852 770 660 614 577 Prix de détal (1914 — 100) ec
in 078 LOT T0 0 RON CO Coût de la vie (1921 —
100) , +4. sci cac 00 0220 DONNER NN Produits exportés (prix
desgros)ias NT an 46 yart 163106 aSI6 470 Produits importés .... ... 803 782 686 595 555 528
Salaires (31 déc.). Janvier 1933 — 100 ét 20 — 104 IOI 99 93
On remarquera aussitôt le gros effort fait par la Belgique pour sauver son commerce. Alors que l'indice des produits exportés baisse de 44 % l'indice général des prix de gros belges ne diminue que de 34 %. On peut en conclure aussitôt que la déflation des prix en Belgique quoique considérable n’a pas été suffisante puisque le pays, pour les besoins de son commerce, est obligé de vendre ses produits fabriqués bien au dessous des cours des produits de gros en général, alors qu’en 1929 il y avait identité entre ces deux indices de prix. Et la remarque est juste si l’on observe par exemple qu’en Angleterre les prix de gros intérieurs ont baissé pendant la même période de 46 % (au lieu de 34 % en Belgique). On voit donc là, outre le marasme universel et les barrières douanières une des causes de la chute du commerce extérieur. Nous verrons tout à l'heure que la fiscalité ajoute son poids à ces causes. Mais dès maintenant signalons que cette question des prix fut lors de la dévaluation, un des principaux arguments de M. Van Zeeland.
Il est intéressant de remarquer également qu’une des principales raisons des prix élevés en Belgique est, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le taux élevé des salaires. M. Lucien Vertougen dans le Bulletin du Comité Central industriel de Belgique, signalait à ce propos qu’un ouvrier non chômeur qui en 1929 bénéficiait à Bruxelles d’un pouvoir d’achat de 109 se trouvait en 1934 bénéficier d’un pouvoir d’achat bien plus élevé : 126. Il est vrai que le chômage contrebalançait de beaucoup cet état de choses.
Le tableau du marché financier belge en 1929 présentait déjà quelques points faibles. Il est donc inévitable que par suite de la crise, ces points faibles se soient transformés en des sources réelles de catastrophes financières.
Dépôts dans les banques (millions) (31 déc.) Caisse d'Epargne 5.626 7.880 9.387 10.015 10.240 — Chèques postaux 2.087 2.225. 2.335 2.464 2704 —
Bocrenbpond 212740 TAOT OP TOG EL D TRE Engagements des banques ... 30.436 33.152 29.863 25.367 25.254 — Total ©. 30423 44738 43201 30:483 30.836 — Emissions
Argent frais sans les apports ... Ir1.900 3.574 2.628 033 896 676
Part des banques Stés d’assurances CC A OR PROS 677 604 302 276 328
Indice boursier (semestriel) 1928 TOO T8 Eure 104 67 47 37 34.140 Baisse depuis 1929 en pourcen-
tALE-, hui) nie 0h ES at PS NOR Taux d'escompte |
hors banque
(moyennes tri-
mestrielles) 432% 2:80 76231 43-104 2477, 2100
En premier lieu une constatation s'impose : la contraction des dépôts. Les totaux sont à peu près les mêmes en 1929 et 1934
mais cela provient surtout de l'augmentation des dépôts dans les Caisses d’Epargnes, chèques postaux et Boerenbond plus ou moins contrôlés par l'Etat. Les banques privées par contre ont vu leurs dépôts décroître de 1930 à 1933 de 24 %.. C’est là un fait très important lorsqu'on sait à quel point ces dépôts se trouvaient gelés dans les industries. Qu'un mouvement de panique se produise et c'en est fait de l’armature bancaire belge. C’est du reste ce qui c'est produit en mars 1935.
Quant aux émissions elles sont pour ainsi dire nulles : La diminution est en effet de 1929 à 1934 de l’ordre de 95 % ! La crise a détruit tout esprit d'entreprise et les banques sont devenues très parcimonieuses après leur grande prodigalité de 1920.
Quant au taux d’escompte hors-banque, dont en 1929 nous avons signalé la trop grande élévation, il a beaucoup baissé, vu la contraction du volume des affaires, pour s'établir à 2,10 % c'est-à-dire sensiblement au même échelon que celui de la France (2.12 %). Cependant, si on le compare à ceux des Pays-Bas (5.57 %,) de la Grande-Bretagne (0.85 %) et surtout des Etats- Unis (0.19 %) la différence est encore choquante.
Concrétisant toutes ces données et achevant de nous prouver l’acuité de la crise en Belgique, il existe malheureusement un indice bien significatif. C’est celui que nous donne le chômage:
Chômeurs complets
Mois le plus fai-
ble …. .… 2382 12.119 56.250 153.441 138.131 164.969 Mois le plus fort 28.772 63.540 129.380 171.028 195.715 212.713 Moyenne .. 8.000 40.000 96.000 161.000 168.000 182.000
Chômeurs intermittents
Mois le plus fai-
ble .. ... 8.686 28.469 97.555 145.747 144.998 150.997 Mois le plus fort 42.197 117.519 164.099 191.749 187.222 170.352 Moyenne ... 19.000 74-000 141.000 175.000 170.000 166.000
Total moyen des chômeurs .. 27.000 114.000 237.000 336.000 338.000 348.000
Le tableau ci-dessus est assez éloquent pour nous dispenser d’amples commentaires. Malgré une légère amélioration en 1933 (vite reperdue du reste en 1934) la Belgique se trouvait en mars 1935, lors de la dévaluation, supporter la lourde hypothèque de 220.777 chômeurs complets et de 157,160 chômeurs intermittents. Le nombre de journées de travail perdues par semaine et par 1.000 ouvriers, atteignait alors le triste record de 1.707 soit plus de 25 % des journées de travail. Un chômage si considérable produit un double résultat, en dehors des souffrancs qui en résultent pour ceux qui en sont directement les victimes. D’une part il réduit le pouvoir d’achat de la classe ouvrière qui forme le gros des consommateurs, d’autre part il grève le budget de l'Etat de sommes très lourdes (600 millions étaient prévus en 1935 et en mars de la même année 375 millions avaient déjà été employés). Une dernière comparaison permettra de mieux comprendre l'intensité du chômage. A la fin de 1934 la France pour une population cinq fois supérieure ne comptait que 318.000 chômeurs contre plus de 200.000 en Belgique. Le rétablissement d’une marge de bénéfices suffisante pour les entreprises qui engendrerait automatiquement de nouvelles embauches, fut du reste un des arguments de M. Van Zeeland lorsqu'il dévalua le franc belge en mars 1935.
Les finances publiques en Belgique ajoutent encore en 1934
au désarroi économique par leur état lamentable qui ressort du tableau ci-dessous :
1929 1930 1931 1932 1933 1934 Recettes réalisées (en millions de frs) 10.083 8056 7.538 7755 8.472 7.684 Dont : douanes RAS 0002220 2332 23200 2075. 27/0, 2747 Différence avec les prévisions +-2.055 —254 —349 —814 —495 —I1.079
EIÉDENSES OR "11.655 11240 TT.130, TI.2IT 10.422, 10:204 Résultat .… —1772 —3.184 —3.598 —3.456 —1.950 —2.700
Dette publique 50.956 51.412 51.634 55.574 57.349 56.715 dont dette intérieure 23.288 24.646 26.004 28.678 30.360 30.104
Les recettes ont fléchi de 1929 à 1934 de plus de 24 % malgré des augmentations d'impôts alors que les dépenses ne fléchissaient que de 13 %.
Quant aux déficits durant ces cinq années ils atteignent le total impressionnant de plus de 15,6 milliards (le double des recettes de 1934 !).
Bien plus, comment veut-on que le commerce extérieur se maintienne alors que les droits de douanes au lieu de diminuer comme toutes les recettes de 24 % se trouvent durant ces cinq années augmenter de 15 % ! Comment s'étonner devant ces chiffres, que les prix des exportateurs belges qui, encore une fois ne travaillent que sur des matières premières importées, soient nettement supérieurs à ceux de leurs concurrents.
D'autres exemples encore, illustrent la pression fiscale en Bel-
gique. La taxe de transmiÿsion sur les valeurs mobilières donne seulement 16 % de recettes en moins, alors que la matière imposable fléchit de 1930 à 1934 de près de 35 %.. De même la taxe mobilière (sur les dividendes des actions) produit en 1934 40 % de recettes en moins alors que ces mêmes dividendes imposables ont fléchi de plus de 51 %.
Par suite de ces déficits chroniques du budget il est normal que la dette publique ait augmenté de près de 6 milliards en cinq ans. Mais il est intéressant d’observer que c’est surtout la dette intérieure qui a crû, prouvant ainsi les difficultés de plus en plus grandes de l'Etat pour emprunter à l'extérieur. Au point de vue intérieur la progression des emprunts des pouvoirs publics (Etat, provinces, communes) est effrayante si on la compare aux émissions commerciales de plus en plus faibles.
Le tableau qui suit est emprunté à l’intéressante étude de M. René Carmille sur: La dévaluation des monnaies (Revue Politique et Parlementaire du 10 juin 1935).
Ob. Commerciales, Ob. Communales Emprunts des
(en millions de frs) pouvoirs publics 1929 5:932 600 375 1930 2.898 500 1.372 1931 2.025 900 2.490 1932 621 1.200 3-116 1933 620 200 1.915
Le résultat se résume en un chiffre. A la fin de 1933 les intérêts de la dette publique belge représentaient l'indice 123,5 en prenant l'indice 100 pour l’année 1920.
Enfin pour clôturer cette étude de la vie économique belge nous allons donner dans le tableau suivant les profits et pertes des entreprises belges (sociétés anonymes).
Nombre de sociétés 5.719 6.668 7.091 7.130 7.062 6.785
Capital versé (en mil-
lions) ... .. ... 28.658 43.785 49.386 40.530 48.907 47.035 Dette obligataire (en
MUIHONS) "1080 6.527 0.078 1047710705 10.513 PAACICADiAL VCFSE | 142 140 194 212 DJ 271
Coupons d'obligations 204 333 510 587 600 571
BÉRÉRC MOI PCI 0 7.042 643) 3457 2.802 ‘2038 POÉSIE RS RE CL 7IO LIT 185 20401 2.104: 1.514 Solde lot 108700 MCE 7404 ESS 1400 0u7B0NT 424
Bénéfice distribué ... 3.470 4028 3.547 2.447 2.135 2.151 RMUCADIRINVEESÉ ee RÉ RNO TE N ADR AA AUIA6
Rentabilité du capital M 200 LEA AU ON 20 UE CICR
Si l’on veut bien examiner ce tableau on peut en déduire toute la politique des sociétés anonymes belges et déterminer leur évolution. 1929 : voici les premières difficultés les sociétés font appel à leurs actionnaires qui répondent aussitôt. Le capital versé passe de 28,6 milliards à 43,7 en 1930. Dans les années qui suivent nouvel appel qui porte le capital versé à 49,3 puis 49,5 milliards ; mais déjà les actionnaires montrent peu d’enthousiasme à courir les risques des entreprises ; les sociétés sont alors obligées d'émettre des obligations en 1931 surtout et en l’espace de quatre ans (1929 à 1933) la dette obligatoire passe de 4 mil-
liards à 10,7 milliards. Le résultat est une augmentation des coupons à payer et les charges obligataires passent de 204 millions à 600 millions. Comme d’autre part la crise persiste et la pression fiscale demeure la même, les sociétés les moins solides sont en difficultés et se liquident. D'où diminution du capital versé de près de 2,5 milliards dans les deux dernières années, alors que les dettes obligataires demeurent les mêmes.
Quant aux bénéfices ils s'amenuisent sans cesse et à deux points de vue confirment l’évolution énoncée plus haut. D’une part si l’on établit le pourcentage des pertes par rapport aux bénéfices on part de 5,8 % seulement en 1929 pour passer les années suivantes À 10,2 p. C. puis 21,3 p. €. puis 59,2 p. c. et enfin 72,7 p. c. en 1933 et en 1934 par suite de la liquidation des entreprises les moins solides le pourcentage revient à 51.5 %. D'autre part si l'on constate le pourcentage des bénéfices distribués par rapport aux bénéfices réalisés on est frappé de l’ascension continuelle que ce pourcentage présente. Il passe de 56,4% en 1929 pour monter par paliers successifs jusqu’à 73,8 %, en 1933 et 73,3 % en 1934. Cela démontre que les entreprises afin de sauver la face ont englouti souvent leurs réserves pour maintenir des dividendes assez élevés.
Quoiqu'il en soit deux chiffres peuvent servir de conclusion à cette étude de 1931 à 1934 les pertes des sociétés anonymes s'élèvent à 6,8 milliards (pour quatre années seulement) et le rendement économique du capital versé diminue de 10919 à 1934 de plus de 86 %.. Il faudra avoir ces deux indices en vue lorsqu'on étudiera les thèses dévaluationistes belges et en particulier celle de M. Baudhuin, professeur à l’Université de Louvain.
Au milieu de ce tableau où tout semble si désespéré un élément de la vie économique belge reste cependant sain : nous
voulons parler de la Banque Nationale de Belgique dont voici les principaux postes de bilans :
1929 1930 1931 1932 1933 1934 26 déc. 31 déc. 30 déc. 29 déc. 28 déc. 27 déc. (En millions de frs)
Encasse totale 8764 11.713 12748 12.970 13.607 12.523 dont : or 5875. 6.867
devises 2.888 4.852 Circulation ... 13.401 13.607 17.945 18.182 17.055 17.616 Rapport de l'en-
caisse aux en-
gagements à
vueu (95) taswls5075 6548 65.09 M°07.53 68 66.55
Le fait le plus important à signaler est la suppression de la couverture en devises qui a été réalisée entre les bilans des 17 et 24 septembre 1931. Par suite de l'abandon de l’étalon-or par la Grande-Bretagne la Banque a été obligée d’abandonner complètement sa politique traditionnelle du gold exchange standard pour s’en tenir exclusivement au gold bullion standard qu’elle avait déjà pratiqué d’une façon constante depuis le 1° août 1930. Un autre fait important à signaler, toujours dans cette même année 1931 c'est l'augmentation anormale de la circulation qui accuse une hausse de 25 .. Le Bulletin de la Banque du 25 avril 1932 explique les raisons de ce mouvement ainsi : « Les incer- « titudes et les dangers de la situation internationale ainsi que « le ralentissement profond des affaires, ont poussé à la thésau- « risation des billets de banque qui s’est marquée pendant toute « l’année 1931... Cette thésaurisation, en même temps que le « rapatriement des capitaux quittant les devises étrangères pour
« se réfugier dans la devise nationale, expliquent la forte aug- « mentation de la circulation. Le phénomène s’est retrouvé ail- « leurs, là où les mêmes causes ont agi. »
En pleine crise, alors que l'économie du pays s'effondre, la sage politique de la Banque lui vaut un apport de près de 4 milliards d’or et une amélioration de sa couverture de près de 7 %. Techniquement parlant, le franc belge à la veille de la dévaluation demeurait donc très fort.
Enfin, une autre constatation pleine d’intérêt peut se dégager de cet accroissement de l’encaisse or de la Banque. Si l’on rapproche d’une part la circulation et les dépôts dans les banques, d’autre part l’encaisse-or on trouvait en 1929 un rapport or à billets, dépôts de 1/6.02. En décembre 1934 en faisant la même opération le rapport s'établit à 1/4.55. Cela permet de conclure que la Belgique avait encore à la veille de la dévaluation des possibilités de crédits considérables, possibilités que d’ailleurs, M. de Broqueville essaya d'utiliser en août 1934 par l'intermédiaire
de RS. NC. E