LA QUESTION BANCAIRE (AOUT
Nous avons déjà effleuré, lors de notre étude sur la crise en Belgique, la situation critique dans laquelle se trouvaient les banques en 1934. Aussi est-ce sur la question bancaire que se portèrent, tout d’abord, les efforts du gouvernement. Elle constituera, du reste, la partie la plus importante de notre exposé puisqu’ainsi qu'on le sait, ce fut elle surtout, qui amena la dévaluation.
L'origine du malaise dans lequel se trouvaient les banques belges en août 1934 résidait surtout dans la politique que leurs dirigeants avaient adoptée depuis la guerre, politique qui, d’ailleurs, présente plus d’un point commun avec celle des banques allemandes. À ce sujet, il nous paraît intéressant de citer un
passage d’un article de M. Charles Bréon ‘ qui analyse parfaite-
ment le système bancaire belge. « La structure des banques bel-
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ges, dit-il, n’a d’équivalent dans aucun autre pays du monde. Elle ne sont pas seulement des banques d’affaires et d’émissions comme des banques de dépôts et de crédits ; elles sont également de vastes sociétés à portefeuilles, les banques belges contrôlant les quatre cinquièmes des sources d'activité industrielle du pays et les finançant. Rien que ces mots font apparaître le danger auquel malheureusement elles n’ont pas su échapper : la juxtaposition du risque du préteur à celui de l'actionnaire. Une expérience courageuse de collaboration entre le banquier et l’industriel a donc été tentée en Belgique par les deux plus grandes banques du pays...
« Dans l’une l'industriel a joué un rôle important dans la gestion de la Banque, l'industriel considérant la Banque à la gestion de laquelle il était associé comme un adjuvant nécessaire à la marche de ses entreprises. Par suite du marasme économique cette banque a vu « geler » les nombreuses avances qu'elle avait faites à l’industrie. Le résultat aujourd’hui pour ce groupe d’entreprises peut se résumer ainsi : sociétés industrielles chargées d'obligations et de crédits en banque, par conséquent gênées dans leur libre développement. Banque gelée dans ses crédits, industries par conséquent plus ou moins immobilisée.
« Dans l’autre banque la tentative a été inversée. Ce sont les banquiers qui ont gêné les industries. La banque, possédant la majorité du capital actions de nombreuses entreprises, a considéré celles-ci comme un moyen pour elle d'augmenter ses bénéfices bancaires. Les crédits, les emprunts ont été répartis, non pas tant en se préoccupant des besoins réels des entre-
1 Revue de Paris 15 septembre 1934: Charles Bréon, « Le Franc
Belge est-il menacé ? »,
« prises industrielles, mais des possibilités de crédit et des dif-
Lai
« férences d'intérêts que la banque devait réaliser. Il en est ré-
lai
« sulté que les sociétés industrielles de ce groupe se trouvent
la
alourdies par des charges financières beaucoup trop considé- € rables. Leurs crédits sont gelés et le degré d’immobilisation
la
de la banque s'en ressent... »
Une telle politique est en temps de prospérité une source de bénéfices considérables, et de fait, les banques belges ont réalisé en 1929 un bénéfice net de 911 millions pour un capital effectivement souscrit de 4.352 millions, soit un rendement de presque 21 %. Mais en temps de crise cette politique peut tourner au désastre. Ainsi, en 1933 les banques belges ne réalisaient plus qu'un bénéfice de 468 millions soit un rendement d’un peu plus de 10 %. Du reste, voici, au 31 décembre 1933, la situation des banques belges (Bulletin de la Banque Nationale de Belgique :