‹ La Belgique Devant La Crise: La Dévaluation A-T-Elle Été Une Solution?Chapitre 16 sur 82 · DECEMBRE · texte numérisé non relu

DECEMBRE

Actif (en millions) Passif (en millions) Postes Sommes % Postes Sommes % Immobilisé Sat TS)

Prêts 259 772 Capital ver-

Portefeuille- ns 142 AIO ITS Titres nf 4876 T0T

Portefeuille- Capital à

Effets 5.946 17.82 VCISeRES. 7 402 1.21 Cptes cou- Réserves 2934 870 rants ... I2.181 36.51

Encaisse ... (6.387 20.49 ages .

Actionnai- Reed

res 4: 4021 TAI fa tnt 26204 ME Portes... 17 0.05 Bénéfices 468 1.40

Total ... 33666 r100.— Total .. 33666 100.—

Avant d'étudier la situation qui ressort de ce bilan général quelques remarques doivent être faites.

Au passif d’abord les bénéfices ne représentent plus qu’un pourcentage de 1,40 % contre 2,28 % en 1920. Le capital figure pour 12,91 contre 10,90 % en 1929 alors que les réserves sont identiques. Les dépôts s'ils ont diminué de près de 5 milliards en trois ans, concervent cependant la même proportion qu’en

À l'actif les comptes courants débiteurs sont en régression à 36.51 % contre 46,23 % en 1929 tandis que l’encaisse est montée à 20,49 % contre seulement 10.13 % en 1929.

La situation que nous allons examiner et qui, nous le verrons, est loin d’être brillante, s’est donc beaucoup améliorée depuis 1929, d’une part du fait d’une restriction considérable des comptes débiteurs, d’autre part du fait d’une augmentation parallèle de l’encaisse. Cette simple constatation donne à penser de l’audace, pour ne pas dire plus, des dirigeants bancaires belges en

Supposons que le 31 décembre 1933 (et en 1934 la situation est identique) les déposants se soient précipités dans un « run » collectif, à la suite d’une panique quelconque, afin de retirer leurs dépôts, pour la plupart à vue. Comment les banques auraient-elles pu leur rembourser leur 25 milliards ? D’abord par lencaisse soit six milliards, 3 mais ensuite ? Les préts, en majeure partie, à échéance fixe, étaient immobilisés. Le portefeuille-titres était, nous l’avons vu, composé surtout de participations. Une vente massive en bourse de ces titres (dont certains du reste, n'étaient même pas cotés) s’avérait impossible. Peut-être 2 milliards de fonds d'Etat ou de valeurs internationales auraient-ils pu être réalisés et encore dans une période

assez longue afin d'éviter une catastrophe boursière qui aurait entraîné la fermeture inévitable de la Bourse.

Le portefeuille-effets constituait évidemment, un actif plus réalisable. Encore fallait-il supposer que la Banque Nationale en pareil cas fasse une large admission de papier en réescompte. Peut-être 4 milliards de ce fait auraient pu être acquis. Quant aux comptes courants débiteurs, nous savons par la crise générale de l’industrie et par la réalisation que les banques avaient déjà effectuée (plus de 6 milliards depuis 1929) qu'il ne fallait guère compter sur eux immédiatement. Peut-être 4 ou 5 milliards auraient pu être récupérés et c’est encore là un chiffre très favorable qui n’aurait été atteint qu'après plusieurs mois. Ainsi donc, avec les données les plus favorables, en supposant même que l'appel aux actionnaires pour les 440 millions de capital restant dû, eût réussi, les banques belges pouvaient aligner à peine 18 milliards contre leurs 25 milliards de dépôts et cela seulement dans une période de plusieurs mois.

Il ne faut pas croire non plus, que le bilan général des banques, comprenant des entreprises peu saines (Banque du Travail, Boerenbond) ne soit pas conforme à Îa situation des établissements de crédit plus importants. Pour ceux-ci, la situation était absolument identique et on s’en rendra compte aisément en examinant les principaux postes du bilan de la Société Générale au 31 décembre 1934. Rappelons que cette société belge est la première banque de dépôts du pays :

Actif (en millions) Passif

Portefeuille-effets ... 1.135 Dépôts... Es Portefeuille-Titres ... 2.429

Somptes-courants dé-

biteurs A SA DSED

Encaisse + RE dr)

En refaisant les mêmes suppositions que précédemment, et toujours avec les mêmes données les plus favorables, voici le résultat auquel on arrive. L’encaisse très faible donnerait 347 millions, le portefeuille réescompté à peine un milliard, les participations et le portefeuille titres encore un milliard dans les mois à venir, les comptes débiteurs peut-être un peu plus d’un milliard toujours dans les mois à venir. En définitive tout au plus 3 milliards, 3 contre 4 milliards, 3 de dépôts. Situation critique s’il en fut !

Du reste, sans entrer dans le domaine des hypothèses comme précédemment examinons l'indice de trésorerie qui ressort des principaux postes de ce bilan de la Société Générale.

On sait que cet indice s'obtient en comparant d’une part le disponible (caisse et portefeuille réescomptable immédiatement) et d’autre part l’exigible à court terme (dépôts). L'indice ainsi obtenu pour la Société Générale est de l’ordre de 33,5 %. On voit d'ici la situation résultant de retraits massifs !

Afin d’avoir une idée plus étendue de la question il est intéressant de rapprocher à la même époque cette situation de celle des trois plus grandes banques françaises dont voici les postes respectifs de bilan :

CtLyonnais Sté Générale Cptoir National Fr.

(30 nov. 1934) (31 août 1934) (30 nov. 1934)

Actif (milions) Caisse et Banque

denhrances > ,.2.01I 2.232 1.299 Autres banques 220 07 54 Portefeuille et Bons

de la défense ... 6.864 5.187 4.421

Hotal 7. MMM. 00 7.516 5.774

Passif Cptes de chèques 4.925 3.194 4.560 Cptes courants ... 6.436 6.565 2.883

Comptes exigibles après encaissé ment LR AE 171 = ee

Total PENSE 90-759 7.443

Remarquons de suite que nous avons fait rentrer dans l’exigible les comptes courants et les comptes d’encaissement qui ne sont pas exigibles à court terme mais à échéances fixes la plupart du temps. Or, malgré ces conditions défavorables les indices de Trésorerie, calculés comme nous l’avons indiqués, donnent: Crédit Lyonnais : 86,6 % ; Société Générale : 76 % ; C. N. E. Ph y7,51%0

Ces indices sont donc au moins le double de celui de la Société Générale Belge. Cette constatation fait honneur à la saine politique bancaire suivie par les dirigeants de nos grands établissements de crédit et sxpprime en France une des causes principales de la dévaluation belge.

Cette situation critique des banques belges, nombreux sont les déposants qui l'avaient déjà comprise, puisque, comme nous l'avons déjà dit, les dépôts passaient de 33 milliards en 1930 à 25 en 1933 (8 milliards en 3 ans !) alors que de 1929 à 1933 les Caisses d'Epargne voyaient leurs dépôts monter de 5 à 10 milliards. Ces mouvements témoignent de la sagesse des petits capitalistes belges qui, de plus en plus, négligeaient le taux pour rechercher la sécurité. Parallèlement à ces retraits, la thésaurisation prenait des proportions inconnues comme le prouve la circulation qui passe de 13 milliards,7 à 17 milliards, 6.

Pour faire renaître une confiance des déposants sans laquelle le rôle des banques n'existe pas, que fallait-il ?

D'abord séparer les activités des banques en défendant aux banques de dépôts les participations industrielles. Ensuite donner plus de liquidité à leur actif en leur permettant la mobilisathon de leurs créances gelées, afin de diminuer la proportion de celles-ci en autorisant des remboursements anticipés. C’est à cette triple tâche que le gouvernement s’est appliqué.

SECTION III

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