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LES ESPOIRS QUE LA CONFÉRENCE FIT NAIÎTRE

Les conclusions que nous avons pu tirer de l’étude des échanges commerciaux entre pays du bloc-or, permettent de comprendre davantage et d’expliquer la grande vogue d’espoir qui déferla sur la Belgique au lendemain du communiqué de Genève du 24 septembre 1934.

Du reste même la presse des pays du bloc-sterling suivait attentivement la préparation de la Conférence signalant évidemment les difficultés auxquelles elle allait se heurter mais avouant cependant, non sans quelque amertume, qu'il y avait peut-être là des mesures « de progrès substantiels vers la stabilisation générale des changes ». Voici à ce sujet un article typique de l’Economist de Londres :

« Nous souhaitons, disait-il, que les efforts de ce comité soient « couronnés de succès aussi rapidement que possible ; un abais- « sement coopératif des barrières douanières entre les pays du € bloc-or, joint à la collaboration existant entre leurs instituts d'émission, devrait permettre en effet une extension de leurs

« échanges réciproques.

« Une pareille expansion favoriserait l'emploi de crédits à « bon marché et stimulerait la consommation et les placements, « facilitant en outre l'adaptation des prix inférieurs aux prix de « production ; s2 la dévaluation est rejetée ou évitée — il est € probable que les déséquilibres fondamentaux qui existent en- « core dans l’économie mondiale seront plus facilement corrigés « en effet par un ajustement des prix or aux coûts or de produc- « tion, que par un effort prolongé pour abaisser à TOUTE « FORCE ces derniers. »

En France aussi, la note était à l’optimisme. M. C--J. Gignoux

directeur de la « Journée Industrielle » consacrait l'éditorial de ce journal (19 octobre 1934) à la Conférence du bloc-or. Il écrivait notamment :

«L'amélioration des relations entre les pays du bloc-or doit € au moins bénéficier de ce qu’ils n’ont pas à se préoccuper entre « eux de la protection contre le risque monétaire, ni à redouter « au nom de ce dernier, les réglementations arbitraires dont les « ravages se multiplient tous les jours. »

Et portant la question jusqu’à la clause inconditionnelle de la nation la plus favorisée il ajoutait même :

« L'occasion sera peut-être bonne de se demander une fois « pour toutes, si l'usage de la clause reste concevable dans un « monde où la disparité des potentiels de concurrence est com- € plète. »

Bien plus, cet optimisme avait reçu une consécration officielle par la bouche de M. Lamoureux, ministre du commerce français, qui déclarait dès le 30 septembre 1934 au banquet de la Chambre de commerce française de Genève :

« Le Gouvernement français est prêt à poursuivre les conver- « sations utiles, convaincu qu’il est que, dans le moment pré- « sent, aucun effort ne doit être négligé pour aboutir à une amé- « lioration même légère de la crise actuelle. »

Mais c'était surtout en Belgique que les espoirs les plus grands avaient naturellement pris naissance. Le Sozr du 27 septembre commentant le projet de conférence concluait fort justement :

« Rien ne sert de réduire le prix de revient, alléger l’industrie « et l’agriculture des charges qui les grèvent, coordonner la pro- « duction, le transport et la vente, si l’on ne se préoccupe égale- « ment de créer de la richesse, ce qui pour la Belgique signifie « la restauration des exportations. »

Répondant à ce désir, le 11 octobre 1934, M. Jaspar à la suite

d’une réunion du Comité interministériel du bloc-or dont il était le président, faisait à la presse la déclaration suivante :

« Le but essentiel que les Etats participants se proposent est « l'élargissement progressif de leurs échanges réciproques et « l'expansion ultérieure de l’action ainsi entreprise aux autres oEtats 0

Cependant au milieu de ce concert en faveur de la Conférence on pouvait discerner quelques fausses notes. Outre la presse anglaise (Financial News en particulier) on signalait en France les difficultés qui attendaient la Conférence et l’on mettait même en doute son opportunité. L'Information du 22 septembre écrivait entre autres :

« La structure économique des nations du bloc or est assez « analogue et il existe entre elles des disparités de prix qui né- « cessiteraient au préalable des ententes industrielles, le montant « de leur commerce global n'est pas le même. Il importerait « également de tenir compte, au point de vue contractuel de « l’exception à la clause de la nation la plus favorisée que re- « présenterait l'institution de régimes préférentiels. Pour ces « diverses raisons #7 ne sera pas aisé d’étayer la politique finan- « cière des nations du bloc-or sur une solidarité commerciale « beaucoup plus profonde. »

M. Lamoureux d'autre part, dans le discours précité ne déclarait-il pas :

« L'idée est séduisante aussi bien par ses buts que son inspi- « ration générale. Mas la réalisation soulève des problèmes dé- « licats… Elle suppose qu'on tournera la grave difficulté que « soulève, à l’octroi de régimes préférentiels au bénéfice de cer- € tains pays, la clause de la nation la plus favorisée et pour la « France la répartition déjà faite par traités de commerce des « contingents qu'elle à établis sur un grand nombre de pro- « duits. »

De ce rapide examen des opinions, à la veille de la conférence il ressort que celle-ci se heurtait d’abord à deux problèmes difficilement solubles. D'une part la disparité des prix existant entre les participants, d'autre part et surtout la clause inconditionnelle de la nation la plus favorisée qui liait les pays avec des états étrangers au bloc-or.

Les cinq Etats occidentaux du bloc-or avaient d’abord subi des déflations de prix de gros bien différentes. En prenant pour base 1913-1914 — 100, d’après un travail statistique des services économiques de la S. D. N. la Suisse arrivait à 80, la France à 76, l'Italie à 75 et la Belgique à 67. De plus la baisse exprimée en pourcentage par rapport aux prix de septembre 1931 était loin d’être similaire. En France elle atteignait 22 %, en Belgique 21 %, en Italie 17 %, aux Pays-Bas 16 % et en Suisse seulement 15 %. Avec des prix aussi dissemblables il était très difficiles aux cinq pays de s’accorder des facilités commerciales réciproques d’égale importance.

Parallèlement à cet ordre d'idées, les participants avaient conclu avec des pays tiers des traités de commerce où figurait la clause inconditionnelle de la nation la plus favorisée. De tels traités ne pouvaient guère être dénoncés unilatéralement d’où des négociations sans fin qui semblaient même irréalisables. Le bloc-sterling profitait, grace au mécanisme de la clause, de toute concession que les Etats du bloc-or se feraient entre eux et finalement la question serait restée la même à résoudre. L’Information (article précité) avait proposé le système suivant :

« Les Etats du bloc-or pourraient aménager un régime nou- « veau d'échanges auquel tous les Etats pourraient participer « sans restriction à leur gré. En assortissant ce régime d’une « clause interdisant tous les dumpings y compris le dumping de « changes, les Etats dont la monnaie est dépréciée se trouve- « raient éliminées en fait, sans l'être en droit. »

Outre les représailles que ce procédé n’aurait pas manqué d'attirer, il faut bien dire que juridiquement il pouvait prêter à critique. Aussi nous verrons que la Conférence ne crut pas devoir l’admettre malgré l'appui que la France avait formulé.

En définitive, la vague d’optimisme que l’annonce de la Conférence avait suscitée, se brisait à des obstacles insurmontables et les pays du bloc-or ne pouvaient que sauver la face en adoptant une résolution plus ou moins platonique. La convocation de la Conférence était au fond prématurée. Elle supposait, au préalable des négociations internationales très longues et bien que sincèrement attachés au but qu'ils s'étaient proposés, les pays du bloc-or agissaient trop vite en voulant bâtir un édifice

sans en avoir creusé les fondations.

SECTION IV

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