SECTION II LES PRÉLIMINAIRES A LA STABILISATION DE
Le 13 juillet 1926 M. Jaspar, président du Conseil des ministres auquel M. Francqui appartenait en qualité de ministre des finances, obtenaïit des Chambres pour une période de 6 mois, les « pleins pouvoirs ». Libéré d’un Parlement dont nous avons vu précédemmient la fâcheuse influence sur les efforts de M. Jansen, M. Francqui s’attaqua en premier lieu au redressement des finances publiques en supprimant toute possibilité d'inflation. « Autant eût valu sans cela, déclarait-il plus tard, verser de l’eau dans un étang sans en avoir fermé auparavant les vannes. >» Dans un article écrit le 16 novembre de la même année pour L'Europe Nouvelle M. Francqui a exposé avec clarté son programme. « L'inflation, dit-il, provenait de trois causes: d’un côté les « recettes budgétaires étaient insuffisantes à couvrir les dépenses < et la différence devaït être fournie à l'Etat par la Banque Na- « tionale, celui-la escomptant à celle-ci des bons du Trésor à « dûe concurrence ; d’un autre côté les porteurs de bons du Tré- « sor S'inquiétant, présentaient leurs titres en masse au rembour- « sement et encore une foïs seule l’émission des billets pouvait « suffire aux nécessités de ce remboursement ; enfin, nous avions « trouvé, en arrivant au gouvernement, une lowrde dette flot- « tante extérieure, 54 millions de dollars, payables dans les mois « à venir et représentant une inflation en puissance de quelque « deux milliards. »
Dès lors, les trois étapes préliminaires à toute stabilisation apparaissaient clairement : redressement budgétaire, consolidation de la dette flottante intérieure, allègement de la dette flottante extérieure.
Le redressement budgétaire fut opéré par M. Francqui d’une
façon magistrale puisque le budget de 1927 comportait un excédent d’un milliard et demi qui était destiné au Fonds d’amortissement, organisme autonome créé par la loi du 7 juin 1926. Evidemment un tel redressement ne s'était pas effectué sans une augmentation considérable de l'effort financier demandé au pays. Le tableau ci-dessous peut donner une idée de cet effort comparé à celui de 1913 :
(Impôts seulement) Recettesfiscales (en millions de frcs)
Années Recettes Indice Années Recettes Indice 1913—100 191 3—=100
Le chiffre de 1927 est assez éloquent à cet égard si l’on songe que cette année là le citoyen belge payait vingt fois plus d’impôts qu’en 1913.
Le redressement budgétaire étant accompli, M. Francqui s’occupa alors de la consolidation de la dette flottante intérieure de plus de 14 milliards dont 6 milliards au moins étaient exigibles avant la fin de l’année. L'homme d'état belge y réussit en créant la Société Nationale des Chemins de Fer Belges qui émit des actions privilégiées comportant entre autres avantages, l’assurance d’un intérêt fixe de 6 p. c. payé par l'Etat et une exemption totale de l’impôt sur le revenu et de la supertaxe. Le résultat fut excellent et sur les 6 milliards exigibles près de 4 1/2 milliards de bons furent convertis en actions de la Société.
Quant à la dette flottante extérieure elle put, grâce à l'emprunt
extérieure et aux devises que l'Etat s'était procuré, être ramenée de 54 à 24 millions de dollars.
Le tableau qui suit caractérise bien l'importance de l’œuvre accomplie au point de vue financier par M. Francqui.
Dette belge (en millions de francs)
Dette Consolidée 30 septembre 1925 30 octobre 1926 Intérieure 17.077 22.032 Extérieure 24.204 28.898 otal.: 41.281 soit 71 P.c. 50.930 soit 89 p. c. Dette Flottante Intérieure 14.775 5.215 Extérieure 2.004 1.020 Total : 16.779 SOIT 29 p. c. 6.235 soit ZI p.c. Total général : 58.060 57.165