I. Sur la première partie d'ordre monétaire nous ne dirons
presque rien, puisqu’aussi bien nous avons déjà vu ce qui a été fait en étudiant la technique de la dévaluation. Résumons brièvement les principaux points du plan à ce sujet: Dévaluation de 25 à 30 L (fixée aussitôt à 28 %) avec retour ultérieur à l’étalon-or (effectué fin mars 1936). Réévaluation de l’encaisse de la Banque Nationale sur la base de 25% avec prélèvement sur le produit obtenu pour financer le fonds d’égalisation des changes. Enfin élargissement progressif du contrôle des changes instauré par M. Theunis avec promesse de Le supprimer complètement dès que le nouveau belga ne serait plus discuté (ce qui a été fait le 26 avril 1935). La monnaie est donc pourvue d’un nouveau statut mais automatiquement voici que s'impose un plan car M. Van Zeeland le dit lui-même: « L'expérience vient de nous montrer € qu’une monnaie dont les conditions techniques restent irrépro- « chables peut cependant céder sous la pression de difficultés « bancaires et économiques graves ». et nous sommes amenés ainsi très logiquement aux deux autres parties du plan Van Zecland: Réforme bancaire, Réforme économique.
IL. De mi-janvier à la fin de mars les retraits dans les banques représentaient 2 milliards sur un ensemble évalué à 40 milliards. La panique n'avait pas tardé à se produire engendrant la dévaluation. Pour parer au retour de semblables événements que proposait M. Van Zeeland ?
— L'établissement d’un statut légal propre dans lequel seront prévus « Les rapports entre le capital et les différents postes de « l'actif et du passif, et le régime des emplois de fonds. »
— La création de commissaires sans pouvoir de gestion mais pourvus d’un droit de surveillance et même de véto.
— En ce qui concerne les dépôts, M. Van Zeeland déclarait: € L'Etat ira s’il le faut, jusqu’à donner sa garantie aux dépôts en banque et éventuellement à assurer la mobilisation de ceux d'entre ces dépôts que, malgré ces assurances et contrairement
à leur propre intrêt les déposants persisteraient à réclamer ». C'est là une des parties la plus originale, la plus audacieuse aussi, de la réforme.
Le rôle des banquiers dans la distribution du crédit n’est cependant pas supprimé, l'octroi de ce crédit dépendant toujours d’eux qui restent seuls « responsables sur leurs capitaux propres & vis à vis des actionnaires, comme vis à vis des tiers » mais, et c’est là une innovation originale et dangereuse aussi, la direction de la politique du crédit sera confiée à un organe agissant « au nom et pour compte de la puissance publique ». Il est vrai que c'était la Banque Nationale qui recevait la direction de cet organe.
Tout du reste, était mis en œuvre pour que le crédit soit bon marché et abondant. A cet effet l’Institut de réescompte et de garantie était créé et pouvait pratiquer « l’escompte direct au « producteur que cette période de crise aura laissé sans appui « financier efficace ». Dans cette réorganisation du marché de l'argent et particulièrement de l’argent à court terme, M. Van Zeeland était d’avis de « s'inspirer des exemples que donnent « certains grands pays voisins dont le succès a été complet dans « ce domaine ». Il s’agit là naturellement de l’Angleterre.
III. Voici donc la Belgique pourvue dans la pensée de M. Van Zeeland, d'une monnaie forte et d’un organisme bancaire sain; il s’agit maintenant de rénover l’économie du pays.
La question des prix apparaît aussitôt dans toute son acuité. Voici les directives du premier belge à cet égard. Les prix de gros doivent monter car « la baisse dépasse à coup sûr dans tous les domaines, le point d'équilibre économique »... « Ainsi se trouverait réduite la disparité anormale qui persiste malgré nos efforts entre les prix de gros et les prix de détail ». La question la plus délicate se pose évidemment au sujet de ces derniers. « L'idéal en cette matière serait à coup sûr, dit M. Van Zeeland,
la stabilité parfaite » et des mesures sévères étaient édictée contre toute hausse injustifiée des prix de détail.
Ces mouvements de prix vont permettre d'envisager l'expansion économique tant souhaitée. Mais cette expansion ne doit pas pas obéir aux mouvements anarchiques qui ont conduit le pays à cette situation désespérées de mars 1935. Elle sera canalisée, dirigée par un organisme nouveau: l'Office de Redressement Economique (0. KR. E. C.) Cette partie était évidemment une concession au planisme conduisant directement à l’étatisme. L'O. K. E. C. sera le dispensateur des grands travaux ou des commandes à l’industrie privée et son rôle, très général, visera un peu tous les domaines. Nous aurons l’occasion d'y revenir
ultérieurement.
La rénovation économique ainsi préparée et dirigée par l'O. R. E. C. ne deviendra effective que si les charges grevant la production sont diminuées. D'où promesse de réduction immédiate de l'impôt foncier et des impôts agissant sur le prix de revient. Ces mesures permettront, et surtout la dernière, que la Belgique reprenne sa position exportatrice, bien que la prime de change à laquelle on pare facilement par les tarifs douaniers, ne soit pas dans l’esprit de M. Van Zeeland, une des parties essentielles du plan. Ce point est du reste à signaler car la politique anglaise de la baisse de la livre a toujours été basée au contraire sur cette considération. M. Van Zeeland a d'ailleurs des vues plus originales lorsqu'il déclare: « si la voie des accords préférentiels « nous paraît répondre davantage aux intérêts de la Belgique, « nous n'hésiterons pas à nous y engager sans renoncer Jamais « à notre complète indépendance économique mais en cherchant < des points d'appui sur les grands systèmes économiques du « monde. » Il ÿ a à évidemment une allusion directe au bloc sterling. Toujours au point de de vue commercial, un traité de
commerce avec l’U. R. S. S. était préconisé, pour donner satisfaction aux socialistes.
On ne sera pas peu étonné de constater que le premier belge est à peu près muet sur deux questions très importantes: le budget et le chômage. Il ne faut pas en conclure à une négligence. Bien au contraire! mais dans l'esprit de M. Van Zeeland la résolution de ces deux questions semble être uniquement le corollaire de la rénovation économique. Si celle-ci se produit comme l’espère le premier belge, les rentrées d'impôts seront plus fortes donc le budget équilibré et les industries renflouées par l'essor opéreront une résorption automatique du chômage. On ne s'attaque pas au déficit ou au chômage, on s'attaque aux raisons qui font que ces problèmes existent, raisons qui se traduisent dans une seule: la ruine de l’économie. Aussi n'est-ce que très vite que M. Van Zeeland signale un équilibre nécessaire du budget, une conversion des rentes avec un fond de soutien de celles-ci et le rattachement des questions du chômage à l'O. RyE:C.
Il est évidemment très difficile dans ces quelques lignes de vouloir condenser tout le plan de M. Van Zeeland mais enfin les grandes directives en sont suffisamment exposées pour que nous puissions maintenant examiner la valeur de ce plan, les critiques qui ont été formulées à son égard et les doctrines qui l’ont inspiré.