‹ La Belgique Devant La Crise: La Dévaluation A-T-Elle Été Une Solution?Chapitre 55 sur 82 · LE COMMERCE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LE COMMERCE EXTÉRIEUR

La dévaluation, nous venons de le montrer, a replacé la Belgique dans sa situation exportatrice de 1929. Comment ce pays a-t-l profité de ce fait ?, comment s’est traduite l'expansion annoncée par M. Van Zeeland ? C’est ce que nous allons maintenant examiner.

Nous voulons d’abord exposer l'augmentation nominale ce protection dûe à la dévaluation (en ce qui concerne les importations) puis la politique générale adoptée par le gouvernement et les réactions que la menace de la prime de change a provoquée dans les pays concurrents de la Belgique, enfin les chiffres du

commerce extérieur pour 1935 et l'incidence de la dévaluation qu’ils dénotent..

$ 1. — L'augmentation de la Protection nominale dûe à la dévaluation est un fait sur lequel on n’a pas, À notre avis, assez

insisté. Etant donné les dégrèvements douaniers annoncés

grands cris par le gouvernement, la question peut paraître première vue paradoxale, et cependant voici les faits :

Les importations belges des six derniers mois de 1935 se montent à 9.625 millions soit 1.604 en moyenne par mois. Ces 1.604 millions auraient fait en francs anciens 1.115 millions. Si les prix de l'importation n'avaient pas monté davantage que les prix de gros intérieurs (24 %) l'importation mensuelle aurait donc été de 1.394 millions en tenant compte de cette hausse.

Donc la dévaluation a fait apparaître une protection monétaire de (1.604 — 1.394), 210 millions environ par mois. On peut alléguer que le gouvernement a accordé en contre-partie des dégrèvements se montant à 53 millions sur environ huit mois ce qui fait qu’en définitive la dévaluation s'est traduite par une augmentation de la protection (monétaire) d'environ 203 millions par mois.

Cette augmentation est très importante si l’on songe que /a protection douanière pour 1935 s’est élevée à 2.760 millions, soit 230 millions par mois en moyenne.

Dans le semestre considéré, pour une importation moyenne de 1.394 millions il y aurait donc une protection monétaire de 210 millions et une protection douanière (compris dans ce chiffre et dégrèvements déduits) de 230 millions ; au total 440 mullions de protection, soit 31,5 % de protection dont 15 % pour le monétaire et 16,5 , pour la douanière.

En supprimant les effets de la dévaluation, la protection pour les 1.155 millions mensuels aurait été de 237 millions (en y ajoutant les dégrèvements) soit seulement de 20,5 %.

La dévaluation a donc eu pour effet d'accroître la protection nominale sur les importations de 53 %, ! Pour que cette nouvelle protection monétaire s’annulât, il faudrait que les prix de gros belges augmentent de 39 % ce qui nous paraît impossible

: on parce qu’alors le bénéfice principal de l'opération monétaire (ramener les prix-or en dessous du niveau anglais) aurait lui aussi disparu.

$ 2. — Si cette question de l'augmentation de la protection nominale domine tout ce qui concerne les importations, les exportations sont de leur côté dominées par la question de la prime de change. Cette question a d’une part déterminé la politique commerciale générale suivie par la Belgique et d’autre part suscité de la part de ses concurrents des réactions assez vives.

Le 15 avril « L'Echo de la Bourse » écrivait : « Nous n’ex- . LA « porterons peut-être pas plus mais nous le ferons avec bénéfice « au lieu de le faire avec perte ».

C'est dans ce principe qui rejette en fait la prime à l’exportation dûe à la dévaluation que l’on peut trouver nous semble-t:il l'indice de la politique adoptée par la Belgique : Renoncer à la prime de change et ne profiter de la dévaluation que pour reconstituer la « marge bénéficiaire des entreprises 4 "Exporta- Hons. »

Développant cette idée, le même journal écrivait dans son leader du 3 avril : « Si un article belge était vendable sur le mar- « ché mondial dix jours avant la dévaluation pour une livre « sterling ou 105 francs belges, il n’y a aucune raison pour qu'il € ne continue pas à se vendre une livre sterling maintenant que « la dévaluation du franc est acquise. Mais désormais, pour le < même produit, l’exportateur recevra 143 francs approximati- < vement au lieu de 105 francs et les unités constituant ces & 143 francs auront un pouvoir d’achat qui ne sera pratiquement < pas inférieur à celui des unités qui constituaient les 105 francs. « En supposant que la Belgique n’exporte pas plus qu’aupara- € vant elle recevra plus de francs pour un même volume d’ex-

« portations. Qu'est-ce à dire si ce n’est que les industries expor- « teront désormais avec bénéfice. »

Et l’article de conclure :

« Le but n'est pas de faire des bénéfices sur le dos de la déva- « luation mais de ne plus faire de pertes grâce à la dévalua- « tion. »

C’est IA évidemment un beau programme lié toutefois à la condition du maintient du pouvoir d’achat intérieur du franc belge, mais peut-on penser que les exportateurs auront la sagesse de maintenir leurs prix en livres sterling? En fait ce principe de renonciation à la prime de change ne joue que pour les pays industriels, concurrents directs de la Belgique, mais il n’est nullement question de l’appliquer pour les pays neufs ou éloignés comme en témoigne cet autre article de « L'Etoile Belge » du 21 avril :

« En 1934, y est-il dit, nos ventes sur les marchés autres que « ceux de nos principaux concurrents industriels (Grande-Bre- « tagne, France, Allemagne, U. S. A. et Pays-Bas) se sont éle- « vées à près de 5.700 millions de francs soit plus de 40 %. « Dans ce montant les envois vers les pays de l'Amérique Lati- « ne, intervenaient à eux seuls pour plus de 850 millions, alors « que nos exportations se heurtaient sur ces marchés à la con- « currence presque insurmontable des Allemands qui par le « système des Verrehnungsmarken (Reichsmark de compensa- « tion) bénéficiaient d’un avantage de 10 à 15 % et plus pour « les fers, aciers, etc... Par suite de la dévaluation belge les pos- « sibilités de concurrence se sont établies maintenant en notre « faveur. »

Comme on le voit 24 Belgique ne renonce à la prime d'exportation que pour la vente sur les marchés protégés par crainte de représailles douanières, au contraire sur les marchés libres (Extrême Orient, Amérique Latine), elle entend profiter de

cette prime. C'est ce qui explique que les prix d’exportations n’ont haussé que d’un peu plus de 20 % et c’est là un fait dont il nous faudra tenir compte en étudiant les chiffres des exporta-

tions belges en 1935.

$ 3. — La question de la prime de change nous l’avons dit plus haut, a provoqué chez les voisins de la Belgique des réactions très vives qui ont failli occasionner des représailles douanières fort dangereuses pour le pays. C’est qu’en effet la Belgique devenait, du fait de la dévaluation, le pays le meilleur marché aussitôt après le Japon.

L’Angleterre avait applaudi à la dévaluation belge parce qu’elle mettait en danger le bloc-or et que la Belgique — pensait-elle — allait rentrer dans le bloc-sterling.Mais sous les applaudissements de principe on pouvait discerner bien des inquiétudes pratiques à peine dissimulées. Quelques jours avant la dévaluation, les droits sur les aciers importés en Angleterre étaient élevés à 33 1/2% ad vaorem. La signification de ce geste apparaît aussitôt si l’on songe que sur 1.400.000 tonnes d’aciers étrangers importés en Angleterre en 1934, 60 % au moins venaient de l’Union Economique Belgo-Luxembourgeoise. Le « Daily Telegraph >» écrivait du reste :

« Toute l'industrie de l'acier est évidemment intéressée dans « la dévaluation du franc belge ; et, si les droits imposés dans « l'intérêt national sont neutralisés d’un coup, d'autres mesu- « res devront être prises pour assurer la limitation de ces im por- « tations d'aciers. »

Le « Daily Mail » du 31 mars ne se montrait pas moins pessimiste :

« Au point de vue anglais, disait-il, il y a lieu d'observer le « geste de la Belgique sous deux angles différents. Nous devons «€ Voir si 705 marchés ne vont pas étre envahis par les produits

« belges au détriment des producteurs nationaux. Nous devons « aussi examiner jusqu'à quel point la dévaluation du franc « belge va permettre à la Belgique de concurrencer les produits « britanniques sur les marchés mondiaux. LA DEVALUA- « TION DU FRANC, DE TOUTE EVIDENCE, N’EST PAS « FAVORABLE A NOTRE COMMERCE. »

Cette inquiétude anglaise s'est du reste traduite en avril 1935 lors du renouvellement de l’entente entre le Cartel international de l’acier et la sidérurgie anglaise. Les tractations furent très pénibles et ce ne fut qu’en juin que l’entente put avoir lieu sur le chiffre (678.000 tonnes) des importations d’aciers à admettre en Grande-Bretagne avec réduction sur le tarif de 33 1/2 Y.

Cette inquiétude se manifesta aussi dès le début d’avril par une lettre du président de la Fédération des Industries Britanniques adressée au président du Board of Trade et lui demandant de parer à bref délai par des tarifs ou des contingents, à l’entrée en masse des produits belges. D'autre part le Comité des Tarifs était, lui aussi, alerté.

Le gouvernement belge devant ces représailles en perspective dut assurer au Board of Trade que les prix belges seraient maintenus en livres et qu’à cet effet « un système de licences aux exportations serait appliqué ». La Belgique a tenu parole et les prix des produits sidérurgiques : Billettes ({ 2-7-10), largets (£ 2-8-0), barres marchandes (£ 3-3-0), poutrelles (£ 3-1-6) ou ou rails (£ 5-10-0) n’ont pas varié d’un penny en avril 1935.

La France (le plus gros acheteur et vendeur de la Belgique) par l’intermédiaire de ses milieux industriels, du Nord principalement, eut aussi une réaction très vive en face de la dévaluation belge. Dès le 5 avril, M. Marchandeau, alors ministre du commerce, partait pour Bruxelles afin d’entrer en pourparlers avec M. Van Zeeland. Celui-ci appliquant les principes généraux que nous avons déterminés plus haut, se mit très vite d’ac-

cord avec le ministre français. Un fait du reste facilitait cette entente : c'est que les producteurs belges étaient pour la plupart réunis en groupements sur lesquels l'Etat avait un droit de regard. Leur cas était donc très simple. Pour les producteurs non affiliés à ces groupements la difficulté était plus grande devant l'absence de syndicats ou de comptoirs de ventes communs. Le système des licences à l'exportation, conditionnées à une promesse de maintenir des prix-or, et sanctionnées par une privation d'exporter d’une année, s’il était laissé entièrement à la loyauté du gouvernement belge résolvait cependant la question. En fait dès le début d’avril les tapis en laine ou coton, les ciments, les briques, la verrerie, etc... furent soumis à des licences. Nous donnons plus loin (annexe XI), le texte de l'accord franco-belge.

Evidemment sur les marchés libres des pays éloignés ou neufs l'accord ne jouait pas, mais en France l’Entente permettait une adaptation progressive des prix et une reprise prochaine des négociations commerciales. Signalons cependant qu’en fait les producteurs non affiliés à des groupements n’ont pas toujours observé à la lettre l'accord mais la bonne volonté et la loyauté du gouvernement belge ne sauraient être soupçonnées.

Avec les U. S. A. la question était d'autant plus délicate que le 27 février 1935 la Belgique avait conclu un accord commercial dans le genre de celui que la France vient récemment de conclure. Dans cet accord la Belgique accordait aux U. S. A. une réduction de 50 % de ses tarifs douaniers sur les produits ayant fait l’objet d’au moins 10 millions de dollars de transactions durant les années de crise, D'autre part elle accordait en fait libre entrée aux pièces détachées d'automobiles exigeant toutefois que le montagee en fut effectué en Belgique. En échange les U. S. A., rompant avec leur politique traditionnelle, accordaient à la Belgique le traitement inconditionnel de la nation la plus favorisée et sur 91 postes très importants (ciments, mé-

tallurgie, armes, textiles, produits chimiques), des réductions de tarif dépassant 30 %. L'accord dénonçable avec préavis de six mois n’allait-il pas être caduc du fait de la clause monétaire introduite par le gouvernement américain ?

La Belgique, ici encore, donna aux U. S. A. des assurances formelles quant aux prix et dès le 26 avril 1935 abaissait certains de ses tarifs douaniers, si bien qu’en échange de la renonciation de la prime à l'exportation, le gouvernement belge a réussi à obtenir que l'accord ne fut pas dénoncé.

Avec les Pays-Bas, dont le port de Rotterdam eut beaucoup à souffrir de la dévaluation belge, comme avec l’ Allemagne, la Belgique a aussi évité des représailles économiques en appliquant les grandes lignes de sa politique commerciale que nous avons déterminée plus haut si bien qu’en fait le gouvernement est sorti tout à son honneur des menaces qu'avaient suscitées la dévaluation.

$ 4. — Nous pouvons aborder maintenant l'étude des chiffres du commerce extérieur belge à la suite de ce que nous venons de dire à propos des importations et des exportations. Les échanges extérieurs du pays en 1934 et en 1935 ont atteint les chiffres suivants :

1934 1935 Importations Ntillésedetonnes-cner... roue ll. | 31726 30.606 Mhlhansiderframess-:us +.) .. <. 14021 17.325 Exportations Milliers de tonnes ... .. .. ... + 19.986 20.209 NON TIRE MM. 7 | 13/00 16.146 Déficit

Millions de francs m9 ee 223 1.179

L'examen de ces chiffres ne saurait cependant pas nous permettre de tirer des conclusions quant à l'incidence de la dévaluation sur le commerce extérieur car ils comprennent pour 1935 le premier trimestre sur lequel l'opération monétaire n’a pas

É . , re pu réagir. Aussi avons-nous dressé dans le tableau qui suit un # A DNS . .

état des échanges extérieurs pour les neuf derniers mois de 1934 et de 1935 en tenant compte évidemment de la valeur-or de ces échanges pour 1935.

Commerce extérieur de l'U. E. B. L.

(Neuf derniers mois de 1934 et de 1935 : avril-décembre) En milliers de tonnes et millions de francs)

Tonnes Valeur Prix à la tonne Importations 24.090 10.307 427 Exportations I5.0I1 10.042 668 Déficit 270 Commerce global 39.101 20.349 Rapport des exportalions aux importations 97,4 Tonnes Valeur Prix à la tonne Importations 23.417 14.041 600 (val. or 10.110) (val. or 442) Exportations 15.922 12.772 807 | ; (val.or 9.196) (val.or 577) Déficit 1.269 | (val. or 914) Commerce global 39.339 26.813 (val. or 19.306)

Rapport des exportations aux importations 90,9 %

Résultats de 1935) Tonnes Valeur Prix à la tonne Importations — 28% + 36,2 % + 42% 656) 2 en (Frs en

valeur or) valeur or)

Exportations sm +271% + 20 % CROIRE t) (—8%en (— 14% en

valeur or) valeur or)

Déficit 470 % (340 % en valeur or)

Commerce glo- 31,7 %

bal + 06% Ce 5;7 en valeur or)

Rapport des exportations aux importations 0576

Un fait apparait aussitôt. C'est qu'en 1935 le mouvement global des échanges en tonnes n'a accusé qu'une très faible hausse de 0,6 %, bien inférieure à celle du commerce mondial international. Quant au mouvement global des échanges en valeur, s'il accuse une hausse nominale de 31,7 % il fait apparaître une baisse en valeur-or (seul point de comparaison avec 1934) de 5 %, ! On peut donc, à première vue tenir pour évident que la dévaluation n’a pas eu une incidence très heureuse sur le commerce extérieur. Mais il nous faut examiner maintenant ce qui s’est passé de plus près.

Les importations, et cela était à prévoir, étant donnée la majoration de 39 % düe à la dévaluation et la hausse des prix mon-

diaux font ressortir une hausse du prix à la tonne de près de 42 %. Si leur valeur globale n’augmente que de 36,2 %, cela tient à ce que le tonnage a baissé d’une année à l’autre de 673.000 tonnes.

De quelle branche provient cette diminution du tonnage dûe certainement en partie à l'accroissement de la protection monétaire apportée par la dévaluation : des matières premières et ceci est très grave dans un pays manufacturier comme la Belgique. Des importations massives de matières premières dans un pays de cette structure économique auraient signifié une reprise d’activité indéniable. Or, il n’en est rien puisque les importations de matières brutes tombent de 20.755.000 tonnes à 20.129.000 tonnes soit une baisse de quelque 626.000 tonnes de l’ordre de la baisse globale des importations. C’est là une preuve que la reprise dont nous parlerons tout à l’heure est artificielle et qu'en tous les cas elle n’est faite que sur les stocks déjà détenus. Quand le pays devra renouveler ses stocks il lui faudra accepter une hausse de plus de 40 % et ce sera la disparition de la fameuse « marge bénéficiaire ».

Les exportations accusent une hausse en tonnage de 911.000 tonnes, soit de 6 % et en valeur nominale de 27,1 %. Mais la hausse du prix de vente nominal à la tonne n'est que de 20 On comprendra aisément ce phénomène, à première vue étrange, lorsqu'on saura d’où vient l’augmentation du tonnage.

Les exportations belges peuvent être classées en quatre rubriques différentes (Bulletin de la Banque Nationale) : Produits d'alimentation, animaux vivants, matières premières, objets fabriqués. Les deux premières rubriques sont à peu de chose près identiques en 1934 et en 1035, mais les marières premières pour les neuf mois considérés accusent en 1935 une hausse de 1 million 126.000 tonnes (1934 : 10.573.000 t. : 1935 : 11.699.000 t.) ; c'est là une situation bien paradoxale Pour un pays transforma-

teur comme la Belgique, qui devrait surtout importer de ces produits. Cette augmentation provient surtout des exportations, de houille ce qui explique la diminution de 1.000.000 t. des stocks invendus, diminution sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir. Or ces exportations de houille se sont surtout dirigées vers l'Italie qui dans son conflit avec l'Ethiopie a du renoncer à son fournisseur anglais. Durant le troisième trimestre de 1935, par exemple, l'Italie a acheté à la Belgique 250.000 tonnes de houille de plus qu’en 1934. On aurait mauvaise grâce évidemment d'attribuer à la dévaluation, cette augmentation de tonnage.

Par contre, et la surprise continue, vu la structure économique de la Belgique, les exportations d’objets fabriqués tombent de 4.027.000 tonnes en 1934 à 3.822.000 tonnes en 1935 (toujours pour les neuf mois considérés) soit une baisse de 205.000 tonnes. C'est là un fait très grave car le pays ne vit que des exportations d'objets fabriqués qui en valeur dépassent largement le montant des trois autres rubriques réunies.

Si la Belgique manufacturière exporte 911.000 tonnes de plus et que cela soit dû à une augmentation des matières premières de 1.126.000 tonnes et à une baisse des objets fabriqués de 205.000 tonnes, on peut en conclure qu’il y a là quelque chose d’anormal, que l'étranger bénéficiant de la reprise mondiale profite de son potentiel d'achat pour acquérir des stocks à bas prix mais nullement qu'il y ait une reprise en Belgique.

Ces considérations expliquent que le prix moyen à la tonne nait augmenté que de 20 %, cela tient à ce que le prix de vente des matières premières est toujours très inférieur à celui des objets fabriqués et que ce sont seulement les premiers produits qui sont en augmentation ici.

$ 5. — De l'examen des importations et des exportations bel-

ges on peut déjà conclure que la conjoncture du commerce extérieur n’est nullement favorable, étant donnée la structure économique du pays. Mais un examen plus approfondi des échanges extérieurs fait encore ressortir des indices défavorables à la Belgique.

En premier lieu il y a ## déficit qui passe de 270 millions en 1934 à 1.269 millions en 1935 (touours pour les neuf dernicrs mois). En tenant compte de la valeur or cela fait un déficit pour 1935 de 914 millions presque trois fois et demi celui de 1934. Evidemment la balance commerciale n’est qu’un élément de la balance des comptes. En 1935 l’échange invisible et en particülier le tourisme a certainement comblé ce déficit commercia! mais 1l y a là un indice qui pourrait devenir dangereux pour la nouvelle monnaie belge. La situation ne s’est du reste pas améliorée durant le premier trimestre de 1936. Pour janvier le défcit est de 250 millions, pour février de 202 millions et pour mars de 115 millions. Si ce rythme se maintient c’est vers un déficit de plus de deux milliards que va le pays, c’est-à-dire un déficit comparable à ceux des années de prospérité et de libre échange international (1929 et 1930).

En second lieu un autre indice indique lui aussi un fléchissement très dangereux, c’est : le rapport des exportations aux importations. Il ressort en 1935 à 90.9 contre 97.4. Là encore on peut alléguer qu’en 1929 il était de 89.5 mais nous l'avons déjà dit, la situation n’est pas comparable car à cette époque il y avait une prospérité mondiale qui n’existe plus auourd’hui. Il ne faut pas croire du reste que la situation est maintenant meilleure car

les indices de décembre 1935 et de janvier 1936 sont de 84,7 et 86.3.

En troisième lieu un indice similaire : /e rapport entre la valeur moyenne de la tonne à l'exportation et à l'importation est lui

LES RÉSULTATS ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX 271 aussi nettement défavorable, comme on peut en juger ci-dessous :

1935 Valeur moyenne à la tonne % \ + > > ) 2 à l'importation à l’exportation

D FIMO =... 40 771 170 FIG CAN Re 599 801 133.5 D UNE. . . 507 748 132 4 Den e 02 864 137

Au début de 1935 chaque tonne vendue représentait donc en Belgique un bénéfice moyen de 70 % sur chaque tonne achetée. Depuis la dévaluation, le bénéfice est tombé à la moitié pour osciller de 32 à 37 %.

Enfin. si nous nous reportons au tableau des échanges extérieurs pour les neufs derniers mois de 1934 et 1935 en examinant les indications fournies en valeur-or, on voit qu'il y a eu en 1935 une baisse de 2 % des importations et de 8 % des exportations malgré la hausse des prix mondiaux. Et ce qui est plus grave alors que le prix de la tonne achetée augmente en valeur-or de 3 %,, le prix de la tonne vendue, pour les raisons déjà signalées, tombe de 14%, !

Une conclusion s'impose : La Belgique, par suite de la dévaluation a acheté en 1935 à des prix en hausse de 42%, alors qu'’elle n'a vendu qu'à des prix en hausse de 20 %. On pourra objecter (M. Masoin Maurice, Revue du XX” siècle) que les produits importés n’entrent que pour un tiers dans les produits exportés, mais le fait même atténué est là. Il y a un décalage entre la valeur apparente des objets et leur valeur réelle ou mieux entre leur valeur marchande et leur valeur de remplacement. La Belgique vend aux étrangers des produits meilleur marché que si elle devait ultérieurement les racheter. Et ce fait est bien le signe d’un

appauvrissement collectif, on ne peut pas ne pas y voir une « PERTE DE SUBSTANCE, due à la dévaluation.

SECTION IV

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