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LA PRODUCTION ET L'EXPANSION ÉCONOMIQUE

La Belgique est avant tout un pays industriel, aussi est-ce surtout sur les questions industrielles que nous allons insister dans cette étude sur l’économie belge au bout d’un an de pouvoirs spéciaux. Il est difficile évidemment de passer en revue toutes les branches de l’activité économique belge. Nous nous contenterons d’en examiner les principales : charbonnages, métallurgie, textiles, électricité, et de citer les principaux indices qui peuvent donner une idée de la conjoncture belge : chambres de compensation, chèques postaux, trafic des chemins de fer et du port d'Anvers, évolution des sociétés, etc.…

Les conclusions que nous tracerons de cet examen doivent du reste, être combinées avec ce qui a été dit précédemment en ce

qui concerne les questions financières et ce qui sera dit sur les questions sociales (chômage, salaires).

Tributaire par ses échanges de la prospérité mondiale, la Belgique ne pouvait que se ressentir très profondément de l’amélioration de la conjoncture mondiale. D’autre part, la politique des travaux publics vu son ampleur ne pouvait que réagir, artificiellement il est vrai, sur le rythme de la production.

Il faut toujours avoir en vue ces deux faits quand on examine les résultats de la dévaluation belge.

$ 1. — Et d’abord, voici l’évolution de /4 production industrielle :

— Les charbonnages ont été influés tout autant par la dévaluation que par la création en janvier 1935 d’un Office national dont nous avons déjà parlé. L'office a agit énergiquement sur la conjoncture en limitant l'extraction et en exigeant une proportion entre cette extraction et les reprises sur les stocks. Sous cette impulsion la situation comparée des années 1934 et 1935 s'établit comme il suit :

Milliers de tonnes 1934 1935 74 PROD TOR rene ce 020.2801.:20484 «he OS Stock (en fin d'année) 3.579 2.558 —29 % Exportations SAS 5.424 5.876 +8% Importations AN AVES. 7.691 6.863 —11 % A OPAOR ORALE D ee 29/10. 27508 «hi JU,

La production sous la directive de l'Office est à peu près stationnaire en 1935 mais les stocks ont baissé de un million de tonnes, soit 29 %. À quoi cela tient-il ? Au mouvement du commerce extérieur qui accuse en 1934 un déficit de 2.277.000 tonnes et en 1935 de 997.000 tonnes seulement. I] faut se rappeler à ce

sujet ce qui a été dit à propos du commerce extérieur et voir que c'est en octobre 1935 par exemple, les exportations ont dépassé 700.000 tonnes. C’est là, nous le répétons, une situation assez paradoxale pour un pays manufacturier et dans laquelle la dévaluation n’a exercé qu’une très faible influence sauf pour les exportations en Chine, en Argentine, au Canada dont on retrouvera du reste l’incidence sur le mouvement du port d’Anvers.

L'amélioration des charbonnages ne résulte donc que de l’amélioration du commerce extérieur et il serait téméraire de l’attribuer à la dévaluation. La consommation qui, elle, aurait pu être attribuée à la dévaluation n’accuse en 1935, qu'une hausse de 2% comme le montre le tableau suivant :

(Milliers de tonnes) 1934 1935

Masse disponible :

Production AR Po rte 26.389 26.484 Stocks en fin de l’année précédente 2.858 3.579 HPOTÉLIONS 7 CMPERRRS PE 7.691 6.863 36.938 36.926 Exportations (à retrancher) 5.424 5.876

Szock en fin de l'année considérée (à retrancher) Re 3-579 2.558 Consommation durant l'année 27.935 28.492

Augmentation : 2 %,

L'augmentation est dérisoire même en comparaison de la reprise industrielle observée.

Cependant la production augmentera en 1936 car l'Office National a décidé de majorer de 500.000 tonnes les quantités à débiter allouées pour le semestre octobre 1035 - mars 1936, moitié par prélèvement sur les stocks, moitié par extraction supplémentaire.

De ce fait l’extraction a atteint en janvier 1936 : 2.527.000 tonnes alors que la moyenne de 1935 était de 2.207.000 tonnes et celle de 1934 de 2.197.000 tonnes. Au reste la production mensuelle moyenne était déjà en augmentation notable à la fin de 1935 comme le montrent les chiffres suivants :

Ho on britnestte © 5 2 0 LUN SVT MO0O Bonnes PRET NOT ON RE Te ou TEST Aus 2.152.000 tonnes AMELTMES TEL AA Hernies 12.320 000 tONNES Ans CL UNOSÉON ne Tdi um -2:202.000-(ONILES

La diminution des stocks sera sans doute freinée en 1936 d’une part à cause de l'élévation de la production, d’autre part à cause de l'élévation des prix qui diminuera d’autant la prime de la dévaluation. En effet le prix de revient a augmenté dans les charbonnages de notable façon. Les salaires (65 % du prix de revient) qui ont haussé de 7 1/2 %, et les matières premières (huiles, graisses, câbles, explosifs) dont beaucoup sont importées ont amené les charbonniers belges à élever progressivement leurs prix. La hausse au début de 1936 n'était pas encore très forte mais pourra-t-elle être freinée, et la question des stocks qui est loin d’être résoule ne se posera-t-elle pas à nouveau ? Voici à titre documentaire les prix de quelques qualités de charbons (en francs par tonne) :

Charbons Charbons Fours Coke domestiques industriels à coke ordinaire

10354Janvier « :..… 220 110 105 110 NAAES 1. 227 115 I10 110 MARS AS 227 120 110 115 Octobre 237 125 115 122

ÉEusse Con LS 897 124 10 17%

Quoiqu'il en soit, pour le moment les charbonnages belges sont certainement en meilleure posture qu’à la fin 1934 mais leur 2 o s A VE évolution est loin d’être terminée.

Parallèlement les cokes (février 1934 : 339.000 tonnes ; février 1935 : 405.000 tonnes), et les sgglomérés (février 1934 : 105.000 tonnes ; février 1935 : 125.000 tonnes) se trouvent en nette aïmélioration.

— La métallurgie, elle aussi, a bénéficié d’une certaine amélioration que traduit déjà le nombre des hauts fourneaux en activité (42 fin février 1936 contre 37 au 31 mars 1935). Cette augmentation du nombre de hauts fourneaux a eu pour conséquence une augmentation parallèle de la production qui ressort avec éloquence du tableau suivant :

Fonte Aciersbruts Aciersfinis Fers finis

(tonnes) (tonnes) (tonnes) (tonnes)

1935 Février 230.000 229.000 168.000 3.800 1936 Février 268.000 266.000 208.000 4.400 Hausse en F7 16 24 16 1934 : Moyenne

mensuelle 242.000 242.000 181.000 4.800 1935 : Moyenne

mensuelle 255.000 247.000 192.000 4.500

Il y a là une très sensible amélioration de la production dans laquelle beaucoup voient la fin de la crise d’après la théorie suivant laquelle la prospérité ou la crise suivent de très près l’élévation ou la baisse de la production sidérurgique. La réussite des négociations entre le Cartel de l’Acier et la sidérurgie anglaise entre certainement pour une bonne part dans ces résultats mais les exportateurs belges vont se heurter à un projet anglais de bureau unique d’achat centralisateur de tous les produits métallurgiques importés dans le Royaume Uni et à un développement : très rapide de l'industrie sidérurgique d’un de leurs plus gros clients: l’Union Sud-Africaine. D'autre part, comme pour les

charbonnages, les industriels belges ont dû augmenter en février 1936 leurs prix de vente sur le marché intérieur (fonte 330 au lieu de 320, billettes 555 au lieu de 540, barres marchandes 650 au lieu de 600, poutrelles 650 au lieu de 600).

Signalons enfin comme autre cause de la reprise constatée les commandes de 500 voitures métallurgiques pour la Société Nationale des Chemins de Fer Belges (par l'intermédiaire de l'O. RE Ci).

Toujours dans les produits métallurgiques il importe aussi de signaler la forte reprise observée dans les armes de chasse et de guerre dont la production

1934 1935 PRE OC ic 29202 41012 Péhtes-carabines dé chasse à 4.933 7.701 PISTOICTS MMOMATIQUES, © 4. 20.342 31.315 PRE UE SUCRE AhI/2 = 25.350

(en nombre) accuse les résultats ci-dessus. Evidemment en ce qui concerne les armes de guerre ce n’est pas malheureusement la dévaluation qui saurait être crédité de l'amélioration.

Enfin l'électricité à, elle aussi, bénéficié d’une très forte reprise comme on peut s’en rendre compte en parcourant le tableau cidessous.

(En milliers de kw.) 1934 1935

A. Union des Exploitations Electriques de HR CU CLS ARR EE 1716 1.905

B. Association des centrales électriques indus- CCC NA CT 074 21127 CI SOUÉTES HOMETHNÉES 2. 5. 161 226 CR Comble. euh 0 171 195

D'une année à l'autre (le tableau ne ressence que les centrales de plus de 100 kw.) il y a donc une augmentation de production de plus de 10 %.. En même temps les ventes de courant étaient en augmentation de 13,2 %. (C'est là un indice de reprise des industries électro-chimiques). Les ventes, du reste, passaient de l'indice 100 en 1929 à l'indice 160 pour l’année 1935 (Rapport de la SOFINA).

Nous ne voulons pas poursuivre plus longtemps cette étude des différentes branches de la production belge mais nous allons cependant donner encore dans le tableau qui suit les indices de l'évolution des sextiles qui viennent en Belgique aussitôt après les charbonnages et la sidérurgie. La reprise Jà aussi apparaît très nette.

En tonnes 1934 1935 %

Coton (production semestrielle)

be SC RM RE M Lire 20714 2720

AOÛT-FÉVHER ER 2e CAE 22.396 34.536 54 Laine

Conditionnée à Verviers-Dison 1.306 2330! “70%

(moyenne mensuelle) Stocks (moyenne mensuelle) … 3461 3491

Nous allons examiner maintenant pour clôturer cette étude l'indice général de la production industrielle publié par l’Institut des Sciences économiques de Luuvain et qui fait bien ressortir les différentes améliorations que nous avons pu constater précédemment :

Indice de la Production Industrielle 1928 — r00

Période Indice Période Indice 1030 Se US Juin: Os Les 70.4

ses ecran er Intletsness cout een en 07 LEE PR TR NES ES EAU AQU SE neue Ale LS Meet E V7 SODICMALCS =... 2.720 NC MAT Eee Tr: COCO CPE RTE 70.2 ESA Loc 270 NOYEMDrES 2 2780 RICE 101 à 107.2 DCI à 00:32 RE 2 .. 00 JANVIÉLITO30 RE:

O2. PONS 7 Ton Avril Rs 7 22

NRA 2

La production belge (en ce qui concerne l’industrielle) 4 donc augmenté en Belgique de 19 à 20 en un an ! On a crié aussitôt au miracle de la dévaluation maïs il faut examiner les choses de plus près. Et d’abord on ne doit pas négliger des hausses très fortes de la production qui se sont produites dans presque tous les pays par suite d’une reprise générale. Enfin et surtout le programme des travaux publics sur lequel nous reviendrons a certainement maintenu de façon artificielle la production incitée à la hausse à la suite du boom qui a suivi la dévaluation. Cette remarque est si vraie que nous verrons que l'indice de consommation n’est monté que de 1,2 % en 1935, le pays n’exportant guère plus, on se rendra compte du caractère artificiel de cette hausse quand cesseront les travaux publics.

$ 2. — Nous ne voulons pas quitter cette question sans signaler l'arrêté du 13 janvier 1935 sur /4 règlementation économique de la production. I] constitue, à n’en pas douter une innovation assez originale et a pour but de favoriser les groupements professionnels économiques et surtout d'étendre dans une branche déterminée à tous les producteurs, les obligations volontairement

assumés par les groupements lorsque ceux-ci constituent une

indiscutable majorité.

Si l'arrêté avait été appliqué, chaque branche de l’industrie aurait été dotée d’une sorte de conseil de discipline chargé de parer à l’individualisme trop poussé et de réprimer les excès de la production. La majorité devait être de 4/5. Lorsqu'elle était réalisée et que la production à la requête du groupement représentant cette majorité, était organisée sur une base contractuelle, le gouvernement pouvait obliger les dissidents à se soumettre à un tribunal d'arbitrage (le Conseil du Contentieux Economique) dont les décisions étaient obligatoires.

L'innovation que constituait l’arrêté aurait mérité un meilleur accueil surtout auprès de la petite et de la moyenne industrie, la grosse industrie, avec ses cartels et ses offices ayant déjà réalisé ces groupements professionnels. Mais l’idée n’a pas « rendu » et aucun groupement important n’est arrivé à se former. Dernièrement même, les filateurs de coton ont dû retirer la requête qu'ils avaient formulée auprès du Ministre des affaires économiques, devant l’hostilité et l'opposition des tisseurs et des lainiers.

Cependant, cette nouvelle phase dans la réglementation de la production méritait d’être signalée parce que l'Etat n'y joue que le rôle dont il n'aurait jamais dû se départir : celui du gendarme et qu’elle constituait une tentative intéressante de retour aux corporations.

Ÿ 3. — En dehors de l’augmentation de la production industrielle, la reprise doit se manifester dans d’autres indices économi-

ques. Nous allons voir ce qu'il est advenu en Belgique à cet égard.

Une première catégorie d'indices financiers peut tout d’abord être groupé dans le tableau suivant :

Chambre de compensation :

Montant mensuel des liquidations :

En millions de francs 1934 1935 Moyenne mensuelle des capitaux A 22.352 24.997

Caisse de liquidation de la Bourse de Bruxelles :

Montant mensuel des liquidations AU COMIPIATES nee er 328 785 AACRRE mp 46 73

Chèques postaux :

Moyenne journalière de l'avoir global 2.635 2.853 Moyenne mensuelle du mouvement HR ADS + A. 23.000 26.188

Caisse Général d'Epargne :

Total des dépôts à fin décembre .…. 10.452 10.573

Il faut naturellement tenir compte d’une part de l’augmentation des prix de gros (qui intervient notamment dans le montant des effets compensés), d'autre part de l’augmentation importante de la circulation que nous avons déjà signalée (cette augmentation intervient surtout dans les indices des chèques postaux). En définitive l’amélioration n’est donc sensible qu’en ce qui concerne la Caisse de liquidation de la Bourse par suite de la hausse des actions corollaire de toute dévaluation.

Une deuxième catégorie d'indices a trait aux sociétés et peuvent être groupés dans le tableau suivant :

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