I. — Chemins de fer
(Janvier) (Janvier) Différence Nombre de wagons fournis à l’industrie (en milliers) (2 premiers mois de l’ana 635 764 - +20 %
Voyageurs (milliers) 14.146 1622 4 7e
Marchandises (millions de tonnes kilométriques) :
SÉVICC der Ne 4. T4I 184 +30 % Service international 136 186 +36 % DL Ne = ie. 70 62 — 115 % Total Rat he mir 347 432 | 10 7
Marchandises - Poids (en milliers de tonnes) ... ... 4.276 5.154 +20 %
Il. — Port d'Anvers
Entrées : navire (nombre) 835 032 Hit % Tonnage (de jauge) 1.686 1.985 +18 % Marchandises (milliers de
tonnes métriques) 751 1.051 +40 %
Sortis : Navires chargés 724 FO UD
SU Dr. 118 150 +28 %
Marchandises (milliers de
tonnes) 2: Ca PONE 917 DORE
Le trafic des chemins de fer marque une allure très satisfaisante. Un indice en particulier dans un pays industriel comme la Belgique est important c’est celui des wagons fournis à l’industrie. Il est en progression de 20 % en corrélation avec l’augmentation de la production déjà signalée et le mouvement des marchandises. À noter cependant la diminution du transit qui, avant guerre, constituait une des parties essentielles du trafic des chemins de fer belges.
Le trafic du port d'Anvers est aussi en amélioration sensible. Cela tient d’une part aux sorfies (+ 38 % en poids) de houilles très pondéreuses (le nombre des navires n’augmente que de 9 %) et d’autre part aux entrées (+ 40 %,) à l'établissement à Anvers de nombreuses firmes rhénanes qui ont abandonné Rotterdam aux taxes trop élevées. Enfin une notable reprise du commerce avec le Congo dans les deux sens ( 5 % aux importations, + 7% aux exportations) n’est pas non plus étrangères à l'augmentation du trafic du port d'Anvers. Celui-ci à atteint Pour 1935 : 22.032.000 tonnes de jauge contre 20.532.000 en 1934 et 20.436.000 en 1933.
En définitive on ne saurait nier une amélioration de la conjoncture économique belge. La dévaluation certes est en partie la cause de cette amélioration mais dans un pays sensible aux réactions économiques internationales comme est la Belgique il n'est pas douteux que la reprise mondiale n'ait aussi son mot à dire. D'autre part l’importance des travaux publics dont nous allons tout à l'heure exposer les grandes lignes rentre encore pour une grande part dans la reprise belge. En tous les cas si reprise il y a, nous allons voir maintenant au détriment de qui elle s’est opérée.
SECTION VI L'INCIDENCE SOCIALE DE LA DÉVALUATION Une opération monétaire comme celle qu'a effectuée la Bel-
gique au mois de mars 1935, a eu naturellement en dehors du point de vue financier et économique des répercussions sociales très importantes sur le pays. Dans les chapitres qui précèdent il nous a été donné à diverses reprises d’effleurer ces questions sociales, nous allons maintenant nous en occuper plus longuement. Un peuple courageux comme le peuple belge ne demande qu'une chose : #ravailler ; aussi examinerons-nous tout d’abord l’évolution du chômage depuis la dévaluation et les efforts du gouvernement en vue de sa résorption. Mais une autre question se posera aussitôt : celle de l’adaptation des szlares aux conditions nouvelles créées par la dévaluation.
Et par un enchaînement logique nous serons enfin appelé à nous demander quelle a été l'incidence de la dévaluation sur le pouvoir d'achat des masses et particulièrement des masses ouvrières et des rentiers.
On aurait tort de négliger la question sociale en Belgique. Beaucoup d’études faites depuis la dévaluation s'occupent seulement du chômage et négligent la question du salaire. Il y a là une grave lacune car les salaires commandant le pouvoir d’achat interviennent ainsi dans l’économie générale du pays. D'autre part, il y a en Belgique environ 1.500.000 ouvriers dans l’industrie et 200.000 dans l’agriculture. Il est donc intéressant de ce demander si cette masse d'individus, particulièrement importante vu la population totale du pays, a oui ou non bénéficié de la dévaluation.
$ 1. — Le chômage, cette lèpre de l’industrie, est évidemment un premier indice à aborder dans l'étude de toute question sociale. Afin d'éviter toutes les variations saisonnières qui dans ce domaine plus que partout ailleurs sont capitales, nous avons groupés dans le tableau qui suit les statistiques concernant le nombre de sans travail, à une même époque de l’année (fin
janvier 1935 et 1936). Cela présente en outre l'avantage d’une part d'éliminer les données de février et mars 1935 qui furent exceptionnelles et d’autre part de fixer néanmoins la période de comparaison dix mois après la dévaluation à une époque ou celle-ci avait déjà produit ses effets et où ceux de l'exposition étaient terminés alors que ceux de la politique des grands travaux commençaient à peine à se faire sentir.
Source : Reyue du Travail (statistique officielle)
Janvier 1935 Janvier 1936 % d’assurés / d’assurés Nombre d'assurés ... ... 946.000 897.000 Chômeurs 381700 40.3 %, 266.900 30 Complets ... 223300 236% 167000 18.6 %
Intermittents 158.400 16.7 % 99.900 III % Nombre de chô-
meurs en équivalence de chômeurs complets 302.500 32 % 217.000 242 %
L'examen brutal des chiffres donne les résultats suivants : baisse du chômage en général : 30 % ; du chômage complet : 25 , et du chômage intermittent 37 % (à remarquer surtout la baisse de ce dernier qui donne raison à la théorie du chômage irrésorbable mise en avant par M. de Man.)
Il faut tout d’abord tenir compte que la masse des affiliés À des caisses d’assurance à diminué de près de 50.000 unités soit 52 °. D'où une première correction qui ramène les chiffres de baisse respectivement à 28 L,22 % et 33%, Enfin et surtout la statistique officielle (Ministère de l'Industrie et du Travail) ne
tient compte que des chômeurs affiliés à des caisses d’assurance. Or dans l’industrie comme nous le faisions remarquer, sur 1.500.000 individus il y en a 600.0000 qui ne sont pas affiliés et particulièrement des jeunes qui « ne sont pas entrés dans le circuit du travail ». Il est certain que parmi eux la proportion de chômage est plus forte que parmi les affiliés. Il faut toujours songer à eux lorsqu'on examine les statistiques officielles du chômage.
D'autre part si l’on ramène le nombre de chômeurs à l’équivalence de chômeurs complets ce qui, en Belgique, peut se faire en comptant deux chômeurs partiels pour un complet on arrive aux pourcentages que nous avons fait apparaître dans notre tableau. Les chômeurs affiliés représentent donc un quart des travailleurs en 1935 (24,2 %) au lieu de un tiers en 1936 (32 %). Amélioration certaine mais encore assez minime, il faut en convenir.
Signalons enfin une statistique établie depuis fin avril 1935 par le nouvel Office de Placement et de Chômage, sur des bases un peu différentes de la statistique officielle:
Période Chômeurs Période Chômeurs.
(milliers) (milliers) 1935 Mai 194,5 1936 Janvier 108.7 Juin 127 Février 203.3 Juillet 160,8 Mars Août 173,4 dote 185 Septembre 168 9 au I4 175.7 Octobre 159,6 16 au 21 17I Novembre 170,1 23 au 28 163.3 Décembre 195,7 Avril
du 30 mars au 5 158.6
L'amélioration n’est sensible qu’à partir du début de mars 1936. Or, c’est précisément l’époque où la politique des grands travaux est entrée en œuvre. Inutile de dire qu’elle n’a rien de commun avec la dévaluation, puisque le boni de réévaluation ne doit pas en principe en supporter les frais.
Si nous nous plaçons maintenant sur le terrain des ournées perdues par les chômeurs nous arriverons aux résultats officiels consignés dans le tableau qui suit, résultats qui confirment du reste ceux ressortant du nombre des sans-travail.
Nombre de journées perdues Janv. 1935 Janv. 1936 Par 1000 assurés et par semaine … 1.731 1.314 Pourcentage de l’ensemble des journées
qu'auraient pu fournir les assurés 28%. zn%
L'amélioration est de l’ordre de 24 7. C'est donc un fait que la Belgique travaille davantage. Nous avons déjà dit qu’il s’agissait peut-être là d’une « perte de substance » mais ce point de vue n'entre pas ici en ligne de compte.
$ 2. — L'amélioration certaine qui se manifeste dans le chômage est-elle dûe à la dévaluation ou ne provient-elle pas surtout de l'œuvre du gouvernement depuis avril 1935 ? C’est ce que nous allons voir.
Le gouvernement à d’abord créé l'Office National de blacement et de chômage avec ramifications dans tous le pays. (Nous avons donné plus haut la statistique publiée par cet office). La fonction de cet organisme est aussi de « veiller à une distribution plus efficace des allocations ». En effet la presse a signalé maintes fois certains scandales syndicaux au sujet de ces allocations.
Le gouvernement à surtout monté par l'intermédiaire de l'O. R. E. C. un programme de #ravaux publics dont nous avons déjà indiqué le montant des tranches.
Dans son rapport sur les pouvoirs spéciaux, M. Van Zeeland a donné des précisions intéressantes sur le but de ses travaux.
« Dans notre pensée a-t-il dit, la seule et vraie méthode pour « résorber le chômage consistait en la reprise de l’activité éco- « nomique. »
Les travaux publics semblent donc bien indiquer que la reprise que devait déclancher la dévaluation n’a pas eu l'ampleur que le gouvernement avait prévu.
« Il (le programme), dit aussi le premier belge, ne comporte « pas de travaux gigantesques ou spectaculaires. C’est essentiel- « lement un programme de petits et de moyens travaux. Ils « sont au surplus de nature essentiellement diverse de façon à
en faire bénéficier un nombre aussi grand que possible d’industries. »
Quant à l'influence de ces travaux sur le nombre des sanstravail, les milieux officiels sont assez optimistes.
M. Van Zeeland dans le rapport précité donne deux exemples. Le crédit de l'O. R. E. C. à la Marine d'Etat et marchande (110.900.000) doit aller pour 22.5 % aux salaires directs et pour 51,5 % aux salaires indirects et occuper pendant un an plus de 7.500 ouvriers.
Le crédit de l'O. R. E. C. aux chemins de fer (280 millions pour achat de 500 voitures métalliques) doit de son côté occuper un an 14.000 ouvriers qualifiés pour la plupart.
En définitive déclare M. Van Zeeland, « l'excédent des cré- « dits consacrés aux travaux et commandes en 1936 par rapport « à 1935 représente du travail supplémentaire pour quelque « 85.000 personnes au cours de l’année ».
M. de Man de son côté a donné dans un discours déjà cité du 11 février 1936, des prévisions sur l’allure de la courbe de résorption du chômage grâce aux travaux publics. En février 1936, 30.000 ouvriers étaient déjà employés; le nombre devait en
augmenter assez vite à 60.000 pour atteindre une parité de 66.500 en juin 1936. Après une descente légère, une deuxième pointe est en prévision pour septembre 1936 avec 62.000 chômeurs employés. En décembre 52.000 ouvriers seront encore employés par les travaux publics. Evidemment ces prévisions aussi bien celles de M. Van Zeeland que celles de M. de Man sont tout à fait approximatives par suite du travail indirect qui est compris et qui est très difficile à déterminer exactement, mais cependant la question du chôme ne saurait pas être bien comprise si l'on ne pensait pas à ces chiffres devant la résorption du nombre des sans-travail en 1936.
Et la dévaluation que devient-elle avec ces grands travaux ? Evidemment on voit de suite que ses effets sont bien minimes à côté des conséquences de la reprise mondiale et des grands travaux. Le nombre des chômeurs complets en janvier 1936 était avons-nous dit de 167.000. M. de Man a déclaré que 30.000 chômeurs se trouvaient employés à cette époque par les grands travaux. Aïnsi donc sans ceux-ci qui, encore une fois, n’ont rien à voir avec la dévaluation, la diminution du chômage n’aurait été que de 223.000 à 197.000 soit sewlement de 12 D
Cette baisse de 12 % est-elle même dûe à la dévaluation ? nous ne le pensons pas et à ce sujet nous relevons dans « L'Echo de la Bourse » (favorable à la dévaluation) des 11-14 avril 1936, es déclarations suivantes qui marquent bien les deux causes de la baisse du chômage : les travaux publics, la reprise mondiale.
€ Quand l’exécution des commandes en cours sera terminée «le rythme de la résorption pourrait de ce fait être ralenti » et « La conjoncture économique mondiale est la principale raison « de l'augmentation ou de la diminution du nombre des sans- « travail. »
Ces citations qui ne peuvent pas être taxées de partialité de la
part de « L'Echo de la Bourse ont le mérite de bien faire apparaître que par elle-même la dévaluation n’a pour ainsi dire, rien fait quant au chômage. Nous allons voir qu’il n’en n’est pas de même pour les salaires.
$ 3. — Les salaires par contre ont subi profondément les effets de la dévaluation. Celle-ci a été pour les salariés « un coup dur » le mot n’est pas trop fort. Les dirigeants syndicaux d’un pays quelconque avant de le lancer dans la voie de la dévaluation feraient bien d'examiner attentivement l’évolution des salaires en Belgique. Le fait n’est du reste pas propre à ce pays. La dévaluation crée un retour au profit comptable au détriment de qui ? des créanciers (épargnants) ou des salariés (ouvriers) des entreprises.
Pour bien démontrer ce que nous venons d’avancer nous allons examiner les variations des salaires en Belgique en fonction du coût de la vie, de la qualité de l’ouvrier ou de la manière dont ils sont fixés. Nous examinerons ensuite les conflits sociaux inévitables que crée la dévaluation et pour terminer la situation du salariat en octobre 1934 c’est à dire six mois déjà après la dévaluation.
Voici tout d’abord les variations de salaires par rapport au coût de la vie.
1929 — 100 Déc. Mars Juin Sept. du % depuis 1935 1934 1935 1935 1935 35 Mars 1935 Salaires nominaux 86 83 83 82 82 83 néant Coût de la vie PT HS (TO 03 85 li Salaires réels 103 10% 106 . 105103 gg: =—.7 «%
Ce tableau est emprunté à la Revue Internationale du Travail (B. I. T.) du 10 avril 1936. Les salaires y sont calculés par rapport à la dernière année de prospérité (1929). Le coût de la vie
y est recalculé par le B. I. T. au moyen de l'indice officiel belge qui, on le sait, a pour base l’année 1921. Neuf mois après la dévaluation les salaires nominaux étaient identiques et les salaires réels par suite d'une hausse du coût de la vie de 13,5 %, avaient baissé de 7 %, ! Le résultat social de la dévaluation est vraiment éloquent. Evidemment des chômeurs ont trouvé du travail mais le standing de la classe ouvrière est en baisse notable et cela durera peut-être 18 mois ou un an. Voilà ce dont les classes, même moyennes, ne sont pas averties lorsqu'on fait miroiter à leurs yeux les promesses d’une dévaluation.
Voici maintenant un deuxième tableau emprunté à l'indice trimestriel établi par le Bulletin de la Banque Nationale de Belgique.
Occ Janv. Avril Juil. Oct. Janv. % perçus
933 — 100 1934 1935 1935 1935 1935 1936 à avr! 25 I. Salaire horaire + moyen 9479840 ge ME ER