LE ROI DANS LA FLANDRE OCCIDENTALE
bannières* aux mille clameurs enthousiastes, le peuple qui stationnai! sur la place a l'ail irruption à la suite, el il a voulu, lui aussi, défiler devant le Moi. Il a passé avec des cris de joie, des cris de Vive le Roi! connue nous n'en avons jamais entendu. C'était plus que du patriotisme, c'était de la passion. »
Le banquet offert au Hoi el aux princes par les notables de larron dissemenl eut lieu dans la halle même, où (rois cents con\ives pouvaient tenir à Taise. M. le bourgmestre d'Ypres porta le toast suivant :
« J'ai l'honneur de porter nu toast au Roi et à la famille royale.
« Messieurs, dans le vaste monument où nous sommes réunis en ce moment se réunirent jadis les libres bourgeois d'Ypres nos ancêtres; c'est dans cette salle que nos pères recevaient leurs comtes lorsqu'ils visitaient leur bonne ville d'Ypres, c'est dans cette salle que nos pères prêtaient à leurs bons princes serment de fidélité, d'amour et de dévouement.
« Messieurs, nous recevons aujourd'hui dans cette même salle un Roi qui mois a donné trente années de liberté et d'indépendance, c'est-à-dire de bouheur, des princes et une princesse que le pays adore.
« Messieurs, imitons nos pères; prêtons en cette circonstance solennelle à notre bon Roi et à nos princes chéris le serment de fidélité, d'amour et de dévouement, et que ce serment se résume en ce mot gravé dans les cœurs de tous les Relges : Vive le Roi, vive la famille royale. »
Le Roi répondit :
« Messieurs,
« Laissez-moi vous exprimer ma vive reconnaissance ainsi que celle de mes enfants. Il y a de longues années que je ne me suis plus trouvé au milieu de vous; je suis heureux de voir que les sentiments patriotiques que j'y ai rencontrés naguère, et qui font la base de l'existence des peuples, je les retrouve en vous plus vivaees que jamais.
« Je bois à la prospérité de la ville d'Ypres et des nombreuses communes ici représentées ; je bois à la gloire et à la prospérité de la vieille Flandre ! »
Le 17 septembre, les voitures royales se dirigèrent vers Messines. La princesse Adèle, femme de Baudouin V, comte de Flandre, y avait érigé en 1066, une abbaye de bénédictines. Kn 1776, l'impératrice Marie-Thérèse, souveraine ^vs Pjays-Bas, décréta que celle ancienne
la Belgique en istio
abbaye deviendrait un insiiiui spécial destiné à recevoir le> filles des rnilitaires morts otl pensionnés au service de la pairie. Celte institution rend les pins utiles services : 250 élèves-, (Mes de militaires ci orphelines on pauvres, y reçoivent uire instruction appropriée! leur touchante situation. Accédant au vœu du conseil d'administration de linstilu! royal de Messines, ta duchesse de lîrabant, pelile-Iille de l'impératrice Marie-Thérèse, accepta avec plaisir la qualité de protectrice de l'établissement fondé par son aïeule.
Le cortège royal devait rejoindre, par Warneton,le chemin de fer à Connues, où attendait le train spécial destiné à ramener le Roi à Bruxelles. On >e trouvait maintenant à l'extrême frontière : on louchait la France. F/enthousiasme patriotique n'était pas moins vif. Warnelon. domines, Wepvieq ne laissèrent aucun doute sur leur inébranlable attachement au Roi et à la nationalité belge.
Les bourgmestres de ces localités éloignées n'étaient, dans leurs chaleureuses allocutions, que les sincères interprètes des sentiments patriotiques de leurs concitoyens.
Le train ayant fait arrêt à Courtrai, le bourgmestre et le conseil communal vinrent de nouveau complimenter le Roi. Ils recueillirent de nobles et gracieuses paroles, qu'ils furent autorisés à publier. Le Roi leur dit que l'accueil qui lui avait été fait dans la Flandre occidentale transformait sa visite en une véritable marche triomphale; <pie nulle part, cependant, il n'avait reçu un accueil plus affectueux el plus chaleureux que dans la bonne ville de Courtrai.
Le Roi à Tournai. — fioçsuyt. Aiirteiirtrrte.
L'accueil l'ait, au Roi dans celte nouvelle excursion a élé également de nature à rassurer et à enorgueillir le pays. Les populations wallonnes et flamandes, confondues dans un même sentiment, ont encore une l'ois rivalisé de patriotisme. Que Ton ne se méprenne point sur la signification de ces démonstrations imposantes : ce ne sont pas là des ovations banales; c'est, on peut le dire, le triomphe de la nationalité belge personnifiée dans un prince qui a su mériter l'amour de son peuple.
Le 50 septembre, le Roi et la famille royale partirent pour Tournai, une des plus anciennes et des plus célèbres cités de la Belgique. \ Rraine-le-Comte, M. Flameng, bourgmestre, souhaita au Roi la bienvenue parmi les populations dévouées du Hainaut. I ne foule • norme attendait le train dans la station de Soignies. on se trouvaient !<"•> autorités de la ville et de l'arrondissement. Le Roi et la famille royale ayant élé conduits sous un kiosque élégamment décoré el où un Irène avait élé disposé, M. Winçqz, sénateur et bourgmestre de Soignies, attesta le dévouement et la reconnaissance des Belges pour le souverain qui avait su maintenir intactes les libertés nationale-. « (les sentiments d'amour et de reconnaissance ^ ajonia-i-il, la ville de
!M) LA BELGIQUE i:\ 1860.
Soignies les partage, car elle peu! à hou droit revendiquer l'honneur d'avoir conlribué à fonder la nationalité belge el l'indépendance du pays qui lui est chère. »
M. Desmet, commissaire d'arrondissement, se rendit ensuite lin lerprète des administrations rurales. Il constata surtout le haut degré de prospérité auquel l'arrondissement de Soignies était parvenu smis le règne du premier Roi des Belges.
x Si l'arrondissement de Soignies, tlil-il an Roi, n'a pas à vous montrer d'anciens monuments d'art érigés dans les siècles passés et témoignant de la prospérité et de la richesse de ces époques, il peut, avec un bien légitime or gueil, vous montrer des monuments de date récente, des établissements industriels nombreux et de tout genre, élevés sur tous les points de son territoire par l'intelligence et l'activité de la génération d'aujourd'hui.
« Ces immenses progrès, réalisés sous votre règne, par nos industries locales et qui répandent le bien être parmi nos populations, cette prospérité dont notre arrondissement est redevable à votre haute sollicitude et aux institutions à l'ombre desquelles nous avons le bonheur de vivre, nous ne sommes pas disposés à en taire l'abandon pour des aspirations nouvelles; nous avons la mémoire des bienfaits. Sire, et notre reconnaissance, qui sera éternelle, se traduira toujours par ce cri de ralliement qui retentit d'un bout de la Belgique à l'autre : Vive le Roi! vive la Famille royale! »
M. Famelard, chanoine honoraire de Tournai, curé de Sainl-\ incenl el chef du doyenné de Soignies, adressa ensuite au Roi les \a>n\ également patriotiques du clergé.
Le Roi répondit en ces termes aux discours qui lui avaient été adressés :
« Je remercie, messieurs, la bonne ville de Soignies des sentiments que « vous m'avez exprimés en son nom. Je n'ai pas oublié la part glorieuse « qu'elle a prise à la fondation de l'indépendance nationale pour laquelle ses « enfants ont vaillamment combattu.
« Je vois avec plaisir réunis ici un grand nombre de représentants des com- « mîmes de ce district important, et je suis heureux de constater, comme « vient de le faire M. le commissaire de l'arrondissement, la situation prospère « de son industrie.
« Vous connaissez, messieurs, ma sollicitude pour l'industrie et vous savez « que je l'ai toujours encouragée par tous les moyens en mon pouvoir.
LE ROI A TOI UN Al !>]
Messieurs, vous avez une belle patrie; j'espère que son avenii sera aussi - heureux que sou passé, et que mou petit-fils, le comte de llaiuaut, pourra « çoutribuer à accroître encore la prospérité dont vous jouisse/.. »
Dans la station deJurbi.se se trouvaient réunies toutes les administrations communales de l'arrondissement de Mous, qui s'étaient spontanément entendues pour donner au Iloi un nouveau témoignage de leur respectueuse affection en se groupant autour de lui à son passage. On remarquait une société de Qua regnon et une société de Jemmapes portant leur drapeau de volontaires de I8Ô0 ; il y avait aussi de nombreuses dépulalions du Borinage.
Le Roi, les Princes et madame la duchesse de Brabanl étant des cendus de voiture, furent complimentés par M. le sénateur de Tliitin. bourgmestre de la vilje de Mous,, entouré des échevins et des membres du conseil communal :
« Sire,
« Le conseil communal de Mous saisit avec bonheur l'occasion qui lui est est offerte de réitérer à Votre Majesté l'hommage de son respectueux dévouement et de sa profonde reconnaissance pour les bienfaits que la Belgique entière doit à sa haute sagesse.
« Ces sentiments, que naguère il a eu l'honneur de vous exprimer au sein même de notre cité, et, plus récemment lors de la naissance de votre petit-fils bien-aimé, le comte de llaiuaut, le temps et les circonstances n'ont fait que les fortifier.
« Aussi, Votre Majesté peut être assurée de la constante fidélité du chef-lieu du llaiuaut envers son Roi et sa dynastie, comme elle peut compter sur le concours patriotique de la population montoise, pour le maintien el raffermissement de l'indépendance nationale. »
M. Marcel-Grenier, commissaire de l'arrondissement de Mous, adressa ensuite au Roi les paroles suivantes :
« Sire,
« Les administrations do communes de l'arrondissement de Mous, dont je suis ici l'organe, instruites du passage de Sa Majesté dans ees contrées, se sont empressés de venir lui présenter leurs hommages respectueux. Elles oui voulu de nouveau témoigner de leur dévouement au Roi et à sa dynastie. Elles
-!-> la mii.r.ioi E i:\ 1860.
«mi voulu qu'on sùi partout combien elles tiennent : « u x institutions de leur
pays.
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VI. Ponceau, curé-doyen de Lens, prolesla égalemenl du dévouenieni inébranlable du clergé.
Ath et son arrondissement firent au Roi un aecueil non moins patriotique. Les discours prononcés par M. Haoux, commissaire de l'arrondissement, et par M. F. Wincqz, bourgmestre du ebef-lieu, iiltestaienl les plus généreux sentiments.
« L'une des premières du pays, dit le chef de la commune, la ville d" Mb, en 1850, se leva pour chasser l'étranger et fonder notre indépendance ; ses enfants déploieraient aujourd'hui la même énergie s' fallait défendre nos belles et libres institutions , rendues plus chère> encore par l'union si intime de la nation et de votre auguste dynastie. »
Le Roi et ses augustes enfants s'arrêtèrent encore à Leuze, où M. Loiselet-liouvart, bourgmestre, prononça les paroles suivantes, qui méritent d'être recueillies :
i 11 y a trente ans, Sire, que la Belgique s'est vue renaître à l'indépendance.
« Pendant cet espace de temps, elle a fait, sous l'égide et la sage direction de Votre Majesté, un pas immense dans la voie de la civilisation et du bienêtre matériel.
« C'est ainsi qu'elle a tracé des chemins de 1er, creusé des canaux, construit des routes, posé des télégraphes, défriché des landes, séché des marais.
« Elle a vu se consolider son crédit, augmenter sa richesse agricole ; son industrie et son commerce atteindre des proportions inouïes.
« Elle a vu se produire des artistes, des savants, des hommes d'État, et l'instruction publique répandre ses bienfaits jusque dans les populations les plus intimes.
< Elle a vu créer et organiser une armée aujourd'hui belle et instruite à l'égal des plus belles et des plus instruites de l'Europe, et derrière cette année s'accroître des populations robustes, heureuses et lières de leur indépendance, dévouées et tidèles au Roi, et soumises aux lois du pays.
« La Belgique a vu un prince, jeune encore, apporter son contingent de lumières dans les sérieux travaux de la législature, et rechercher, dans les contrées lointaines, des débouchés pou* le commerce et l'industrie nationale.
« Elle a vu, Sire, une dynastie élevée et la nation guidée par Votre Majesté dans la pratique loyale et bien comprise des institutions constitutionnelles.