LE ROI A TOURNAI
i La population de la ville de l.euze, qui a obtenu sa part dans ces heureux résultats, adresse chaque jour ses vœux au Tout-Puissant pour qu'il daigne conserver longtemps encore à la Belgique son guide tutélaire, à la Dynastie son auteur vénéré et aux princes appelés à régner sur les nations un auguste modèle.
M. Dei'ie, curé-doyen de Leuze, rappela, comme ses collègues de Soignies et do Lensj le dévouement du cierge beige à llndépendance du pays, ;m Roi et à sa dynastie.
Le train royal étant arrivé dans la station de Tournai, le discours de bienvenue l'ut prononcé par M. A. de Hassc, sénateur et bourgmestre de la ville.
Le Roi se dirigea ensuite vers la tiobte phalange des officiers de I armée, nés à Tournai ou dans l'ancien Tournaisis. Cette troupe d'élite se composait de cent qûalre-vingt-deûx officiers de tous grades et de toutes armes. Elle était commandée par M. le lieutenant général de Lannoy, inspecteur général du corps du génie, ayant pour lieutenant M. le général-major Lefebvre. On remarquait en outre MM. les généraux-majors Renard, aide de camp du Roi, Van Casteel, La Hure, directeur général de la marine, Van Rode et Leeocq.
Le Roi, accompagné des princes, et conduit par M. le lieutenant général de Lannoy , passa la revue des braves et dignes enfants de Tournai. « Ce moment, dit un témoin oculaire, a été plein d'une émotion à laquelle il était bien difficile de résister. Toutes ces ligures imposantes et sévères étaient animées par L'enthousiasme. Nous avons vu un brave colonel de cavalerie qui avait défendu en \aiu à ses larmes d'attendrissement de couler sur ses vieilles moustaches; il cachait sou noble visage sous son schapska, espérant dérober aux regards sa patriotique émotion. »
V une heure el demie, un immense cortège défila devant le Roi qui, accompagné de ses augustes enfants, s'était rendu à la Grand'Place, où un élégant pavillon avail été disposé pour le.- recevoir. Ce cortège se composait de deux parties; la première était formée des sociétés de la ville el des communes de l'arrondissement, la seconde comprenail les ouvriers des diverses et puissantes industries do cvs localités. Quelques-uns de ceux-ci a\aieni été jugés dignes du signe «le l'honneur;
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cette récompense de leur zèle el de leur probité leur lui remise <l<- la manière la plus solennelle Lorsque ces Ira va il leurs d'élite arrivèreul devanl le pn \ i I Ion royal, M. le bourgmestre lii arrêter l;i marche du cortège el s'adressa en ces termes au Roi :
« Sire,
« Sous le règne juste el éclairé de Votre Majesté, le mérite, à quelque classe qu'il appartient, ne pouvait rester inaperçu, ne pouvait rester sans récompense.
« Nous avez voulu, Sire, que l'ouvrier qui se distinguait par sa conduite el par ses talents portât le signe de l'honneur. Vous l'avez voulu, parce que lui aussi est citoyen belge, parce qu'il appartient à la grande famille donl vous êtes le Père respecté et vénéré, parce que l'ouvrier habile est l'un des artisans principaux de la fortune publique el que la plus douce préoccupation de Votre Majesté est de contribuera l'accroissement de la prospérité du pays.
« Mais en honorant le travailleur industriel. Votre Majesté ne pouvait perdre de vue le travailleur agricole, car, dans sa haute sagesse, Votre Majesté a toujours considéré le développement de l'agriculture et de l'industrie comme la première condition de cette prospérité, et c'est pour seconder les efforts de deux branches aussi utiles que des encouragements ont été donnés à l'intelligence, à la moralité et à l'activité des travailleurs.
« Grâces vous en soient rendues. Sire ; sous votre règne, l'agriculture es! sortie des ornières de la routine, le sol si riche de la Belgique est devenu plus fécond et la population des campagnes a connu des jours meilleurs. Tous ces bienfaits sont dus à la protection éclaiiée que Votre Majesté accorde au travail national.
« Tomiiai, Sire, ville industrielle, chef-lieu d'un arrondissement agricole, a participé aux bienfaits de votre règne, et ses enfants ont reçu, à diverses reprises, des marques précieuses de la sollicitude royale. Naguère Votre. Majesté a daigné accorder des distinctions honorifiques aux travailleurs agricoles; les travailleurs industriels ont été, à leur tour, l'objet d'une faveur semblable, en récompense de leur habileté et de leur moralité. Un arrêté royal i\u 20 juillet IKtiO en a désigné neuf pafmi mes administrés.
« Permettez-moi, Sire, de vous présenter ces lauréats du travail. La distinction qu'ils ont obtenue acquerra à leurs yeux un prix inestimable si Votre Majesté, dans sa paternelle bouté, daigne leur en faire elle-même la remise. »
M. le bourgmestre lit ensuite avancer Adrien liriiiiin, contie-iimilic dans les ateliers de madnme Pelerinck, François Deionne. chef d'ale-
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lier de faïencerie, Isidore Deloubaix, ourdissëûr laiiiier, François Leeocq, eohtre-tnaitre de bonneterie, Louis Liagre, ouvrier menuisier, Henri Varvenneel Louis Campait), eonlre-maîlres, Jean (lasso, fabricant de bonnelerie, Pierre Pincliemal, tisserand chef inunleur. Le Roi remit lui-même à ces travailleurs les décorations qui leur éiaieni décernées.
Vprès le défilé, le Roi reçut à l'évèché, où il était descendu, les autorités de la ville el de l'arrondissement. En présentai!! an Roi la phalange (W^ officiers lournaisienS, M. le lieutenant géiléral de Lannov rappela la glorieuse liisloire de sa ville natale :
« Tournai, dit-il, cette cité antique qui s'est élevée eliez un peuple donl l'histoire célèbre la valeur, a toujours eu, depuis sou origine, un caractère éminemment militaire. A toutes les époques, les Tournaisiens se sont distingués par leur bravoure, leurs verdis guerrières et leur fidélité à leurs souverains. Ils ont défendu leurs murailles dans un grand nombre de sièges, souvent avec succès, toujours avec gloire. Ce sont des Tournaisiens qui,, sous la bannière d'un Belge illustre, ont planté les premiers l'étendard de la croix sur les remparts de la ville sainte. Plus tard, les Tournaisiens, toujours dans la voie de l'honneur, se rendaient redoutables partout où ils combattaient; ils jouissaient, en récompense de leurs services signalés, de privilèges qui n'étaient accordés à aucune autre ville que la leur; Tournai avait le titre de chambre royale, et c'était à ses hommes d'armes qu'appartenait exclusivement l'honneur de former la garde du roi en campagne.
« Ce caractère militaire, eu quelque sorte inhérent au sol, s'est conservé d'agi' en âge, et à nous incombait le devoir d'attester, eu ce jour solennel, qu'il ue s'est pas effacé dans le mouvement de la société moderne. Et quand les habitants de cette noble cité font éclater, dans un concert touchant, les sentiments de reconnaissance et de dévouement dont ils sont animés pour le père vénéré de la patrie, nous, dans cet élan général, nous (infants de Tournai el d\\ Touniaisis, nous venons dire au Hoi : Sire, nous n'avons pas oublié n<»< annales glorieuses; elles nous imposent des obligations sévères, nous les remplirons avec amour, et, lidèles aux traditions qu'elles nous ont transmises, nous saurons, le jour du danger, montrer à Votre .Majesté comme au pays que nous sommes restés dignes de nos pères, que la race tournaisicune n'a pas dégénéré. »
Le Roi remercia les officiers de la démarche qu'ils avaienl faite el d'il qu'il élail louché de ces marques de sincère el cordiale affection
!ib' LA BELGIQUE EN 1860.
pour lui ci pour sa Famille. Il rappela les litres militaires de la ville de Tournai, ci montra tout l'intérêt qu'il prenait au bien-êlre de l'armée.
M. l'évèque de Tournai; à laMèio «"ë son clergé, 'prononça le discours suivanl :
< Sut i:,
ii C'est ariec bonheur que nous venons déposer ;uix pieds «le Vôtre Majeslé ••( do l:i famille royale l'hommage de notre profonde génération, de notre attachement inaltérable et de notre sincère gratitude. Ces sentiments, Sire, que vous sûtes inspirer au peuple belge dès le moment fortuué où il fut placé sous votre sceptre paternel, loin de s'affaiblir; n'ont fait que croître avec le temps; el chacun de nous éprouve de plus en plus le besoin de les manifester. C'est que le temps, dans son cours, a vu aussi se multiplier el se consolider les bienlaits dont nous sommes redevables à la sagesse du Roi et à sa sollicitude pour les intérêts du pays. Sous un règne si fécond et si glorieux, les liens qui unissent la nation à Votre Majesté et à sa noble dynastie ne pouvaient manquer de se resserrer toujours davantage. Aussi pouvons-nous affirmer aujourd'hui qu'il n'en est pas de plus étroits ni de plus forts. C'est bien là, Sire, ce que le clergé ressent dans son cœur, et qui l'autorise à se rendre le témoignage qu'il ne le cède à personne, en attachement au pays et à ses institutions, en amour et en dévouement pour le Roi et son auguste famille.
( Daignez, Sire, agréer avec votre bonté ordinaire la respectueuse expression de ces sentiments, ainsi que les VCBux ardents que nous formons, pour qu'il plaise à Dieu de vous conserver, pendant «le longues années encore, à l'affection du pays et pour son bonheur. »
Le Roi répondit que jamais il n'axait douté un instant du patriotisme du clergé du llainaul.
V six heures, le grand banquet, oll'erl au lloi et à la Famille royale cul lieu dans la salle des concerts.
Au dessert, M. le bourgmestre porta un toast au Roi el à la famille royale.
« Dans les temps anciens, dit-il, les hommes d'armes de Tournai, en récompense de leur courage et de leur dévouement, avaient obtenu le privilège d'avoir la garde de la personne sacrée du Souverain. Nos concitoyens appartenant à l'armée, accourus spontanément des neuf provinces du royaume, ont