LE ROI A TOURNAI
eu la patriotique pensée de Caire revivre cette noble prérogative. Il j a quelques heures, nous étions tous réunis pour acclamer notre Roi bien-aimé; nous le ferons encore et en plus grand nombre, quand il s'agira de prouver que, pourla fidélité et le dévouement, les Tournaisiens d'aujourd'hui n'onl pas dégénère de leurs aïeux! »
Le Roi répondit :
Je remercie la ville de Tournai de l'accueil cordial et chaleureux que je « reçois au milieu devons. Je boirai à la prospérité de la ville de Tournai et en même temps à la santé de tous les braves militaires réunis ici, qui appartiennent à cette ville. Je suis convaincu que dans toutes les circonstances « ils saluaient défendre, avec le même dévouement que le faisaient leurs ann cétres, leur patrie, leur Roi et leurs institutions. »
Le lendemain, vers dix heures el demie, le Roi partit de Tournai pour assister à l'inauguration du canal de Bossu} t à Courlrâi.
« Rien de beau el de poétique, dit encore un témoin oculaire, comme le pays que nous traversons, bordé des. deux côtés de la roule par de splendides habitations, intelligemment décorées et pavoisées aux couleurs nationales. On avance entre deux haies de guirlandes de fleurs cl de verdure, alternant avec de> draperies tricolores. Les arbres de la route sont ornés de drapeaux aux couleurs belges : le toit de la moindre chaumière porte aussi le pavillon national. Plus on va, plus la décoration acquiert de grandeur el d'unanimité. Les villages, encombrés d'arcs de triomphe rehaussés de chronogrammes et d'inscriptions emblématiques, sont parcs comme des arbres de mai. Les postes de douaniers reparaissent ici : la frontière est là loul près. Et I éruption du patriotisme atteint ici précisément son apogée...
« Aussi loin que la vue peut porter, le pavillon tricolore surgit dans le paysage. Là-bas, dans les vastes horizons baignés des vapeurs bleuâtres de l'automne, ses couleurs s'éleignenl dans la brume, mais on voit ses plis flolter encore au vent par dessus la croix des clochers. A chaque village, la population s'est massée sur le passage du Souverain. Les conseils communaux, les curés, les sociétés de musique ou de tir à l'arc stationnent depuis le matin sur la grand'route, attendant patiemment le cortège royal : et quand apparaît enfin sur la chaussée
•in LA BELG1QI E KN 1*61».
le postillon xélu de rouge <|iii précède la voilure du Roi, on voii une sorte de frémissemenl courir dans celle foule. On se porie au-devanl • lu Roi avec un élan irrésistible <|iii délruil loules les dispositions prises en vue de l'ordre. Nais à défaut d'ordre, quel enthousiasme! quels vivais! quels bravos! quelle conviclion, quelle sincérité dans ces cris de : Vive le Roi ! »
M. Schaken, président de la société concessionnaire du canal de Bossuyl, lit parlai jemeul ressortir, dans les paroles qu'il adressa au Roi, l'utilité de ce travail :
Le canal de llossuyt à Lourtrai, dii-il, a IiUe importance industrielle et commerciale qui ne peut se mesurer à sa faible étendue. Lu réunissant I1 Escaut à la Lys, ce canal de jonction abrège do 150 kilomètres la distance )|iii séparait les riches bassins du lia inaii t du niai clic de la Flandre occidentale, auquel il apporte la houille et le 1er, condition de tout progrès industriel; il restitue aux voies navigables de la Belgique les transports qui leur appartiennent et dont les eaux étrangères s'étaient depuis longtemps emparées ; il réalise une idée féconde conçue par Vauban et forme entre deux de nos riches provinces, que tant d'intérêts rattachent, un nouveau lien politique destiné à devenir une nouvelle force nationale.
« La présence An Koi à cette fête d'inauguration dit assez que Votre Majesté, toujours si éclairée sur les intérêts du pays, a justement appiécié toute l'importance de celte grande communication qui va s'ouvrir.
< Les travaux publics auront une belle place dans l'histoire du règne glorieux de Votre Majesté. A côté des chemins de 1er qui ont tant servi à constituer l'unité belge, à développer la richesse publique, les rivières ont été canalisées, de grands travaux d'irrigation et de dérivation ont été entrepris, de nombreux canaux ont été ouverts, les péages ont été abaissés, et le réseau de nos voies navigables, comme celui de nos chemins, est bien près d'être achevé. La féconde émulation entre ces deux modes de transport, qui s'entendent bien plus qu'ils ne se combattent, a été puissamment encouragée par le gouvernement du Roi; l'assistance morale prêtée à rétablissement du canal de Bossuyl témoigne de cette haute el intelligente sollicitude »
Le Roi avait promis de s'arrêter quelques momenlsà l'hôtel de ville d Audeuarde, celle merveille arehiieelurale de la Flandre orientale, il x fui l'objet d'une ovation où le peuple montra son ardent patriotisme. « Aucune réception, dit un narraient' bien informé, na dû loucher le eomr du Roi plus vivement que celle d Audeuarde.
U-; KOI A TOl'HNAI.
Le peuple, le vrai peuple, qu'aucune haie de soldais ne comprimail, s'est élancé au-devant de la voilure, rentouranl, la pressant de toutes pu ris, cria ni avec frénésie : Vive le Roi '. Vive In Famille royale .' La voilure du Roi ne pouvait plus avancer, enrayée dans celle foule ardente et sincère qu'on a eu graud'peine à écarter un peu, pour permettre au souverain de mettre pied à terre, an bas du perron de l'hôtel de ville. »
Le Roi s'étanl rendu dans la belle salle du Conseil, où se trouvaient les autorités de la \ille et de l'arrondissement , M. Liefmaus, bourgmestre d'Audeuarde, se lil l'inlerprèie des sentiments qui animaient ses administrés, lorsqu'il adressa au monarque populaire ces (sarcles énergiques :
ï.a ville d'Audeuarde a eu souvent à souffrir pour la défense de sou territoire ; le monument où nous sommes si heureux de vous voir, en porte des liâtes nombreuses. Quand la fortune lui a été contraire, elle a dû se résigner à son sort. .Mais en ces temps. Sire, la Belgique ne s'appartenait pas, la Belgique n'était pas libre. De nos jours, si, par malheur, l'étranger venait à menacer son existence, les Audenardais se serreraient avec ardeur autour de vous, fidèles à leur Koi, à nos institutions. Ils vous défendraient avec courage, avec acharnement. Ils se feraient écraser pour leur Roi, pour le maintien de leur liberté. Car le Koi pour eux, c'est la patrie, c'est le règne de la liberté. »
Le Roi répondit en rappelant les visites qu'il avait laites à Audenarde et la satisfaction qu'il avait toujours éprouvée de se trouver au milieu des bons habitants de celte ville, qui ont donné tant de gages de dévouement aux intérêts du pays cl d'affection à sa personne ainsi qu à sa famille.
•WSil;
!.<• Roi à Inx'rt.
Le dimanche 21 octobre, la population de' Mâtinés 's'était portée \ers la station de cette ville. Elle attendait le Roi qui, parti du château de Laeken, à dix heures du malin, se dirigeait vers la métropole commerciale et militaire de la Belgique. Le Roi était accompagné de madame la duchesse de Brabant et du comte de Flandre (1). Arrivé à la station de Malines, le convoi royal sesl arrêté. Le Roi et ses augustes enfants sont descendus de voiture et leur présence a été saluée par de vives acclamations.
M. Broers, bourgmestre de Malines, s'est avancé prés du Roi et lui a adressé le discours suivant :
SlRt,
«Le conseil communal et les habitants fle Malines se permettent de présenter à Votre Majesté, par mon organe, leurs respectueux hommages.
<i Nos populations apprécient les bienfaits d'un règne qui a l'ait la Belgique prospère à l'intérieur, considéré au dehors ; elles sont heureuses quand s'offre une nouvelle occasion de témoigner leur gratitude au souverain qui veille suites destinées de la patrie depuis bientôt trente années, avec autant de loyauté
(1) lue indisposition avait empêché le duc de Brobanl de se rendre à Anvers.
que de sagesse. Daignez clone, Sire, agréer l'expression des vœux que nous formons pour le bonheur du Roi et de la Famille royale, et l'assurance d'un dévouement que rien ne pourra altérer. »
Le Hoi répondit :
« Nous vous remercions. M. le bourgmestre, des sentiments afl'ectueux « que vous nous témoignez au nom de la ville de Malines. C'est toujours avec « plaisir que je revois cette cité patriotique ; de tout temps elle s'est montrée « sincèrement attachée à nos institutions et à la dynastie, et je suis convaincu « qu'il en sera de même dans l'avenir. »
Les acclamations les plus chaleureuses accueillirent, celle réponse et se renouvelèrent au départ du Roi.
Partout, les habitants des communes rurales traversées par le chemin de fer étaient réunis dans les stations et saluaient le passage «lu Roi.
Bientôt le convoi royal entra dans la gare d'Anvers. Toutes les autorités, auxquelles s'étaient joints les consuls des diverses nations, attendaient le Roi au débarcadère. Après que M. Loos , bourgmestre d'Anvers, se fut rendu l'organe de cette grande et patriotique cité, le cortège se dirigea vers le palais de la place de Meir. Une foule immense saluait de ses acclamations enthousiastes le chef vénéré de l'Etat. Sur les maisons flottaient des pavillons et de longues flammes tricolores , et les balcons étaient ornés de tentures et de tapisseries.
\ midi, le Roi arrivait au palais, et peu d'instants après il se présentait au balcon avec la duchesse de Brabant et le comte de Flandre. Les acclamations redoublèrent et ne cessèrent plus pendant le défilé de la garde civique, de l'armée et des sociétés particulières. Celles-ci étaient composées d'environ huit mille personnes et partagées en six divisions. La première réunissait les sociétés de dévouement, parmi lesquelles étaient en télé les décorés de la croix de Fer et les combattants de 1830; la seconde division se composait des sociétés d'agrément, au nombre de 18; la troisième division était formée des sociétés de bienfaisance; la quatrième, des sociétés dramatiques, scientifiques et littéraires: la cinquième, des sociétés de musique et de chant; la sixième,