‹ La Belgique en 1860Chapitre 16 sur 18 · LE ROI A ANVERS · texte numérisé non relu

LE ROI A ANVERS

enfin, des nombreuses corporations de la navigation, du commerce et de l'industrie.

Le Zeemans Collegie, qui marchait en tète île la sixième division, était précédé du plus ancien capitaine de navire, que l'on portait sur un fauteuil à cause de ses infirmités.

Après le défilé, le Roi reçut les sénateurs et les représentants de l'arrondissement d'Anvers, puis les diverses autorités du chef-lieu. M. le sénateur Michiels-Loos, parlant au nom delà députation d'Anvers, adressa au Moi un discours dans lequel il disait avec vérité :

i A l'époque de la fondation de notre monarchie constitutionnelle, il ne manquait pas d'hommes politiques prédisant que l'indépendance de la Belgique était une chimère, qu'un aussi petit État ne pourrait se maintenir au milieu des agitations de l'Europe. Et cependant la Belgique a prouvé qu'elle était digne de sa liberté; que, sous l'égide de la Constitution loyalement observée par le Roi et par la nation, elle pourrait traverser les temps les plus difficiles.

« En effet, tandis que les commotions politiques de 1848 ébranlaient des États séculaires, la jeune Belgique, fermement attachée à son Boi et à ses institutions, est restée calme au milieu de la tourmente générait, en est sortie plus forte, plus considérée et plus respectée que jamais.

« La marche constante du progrès en toutes choses, en maintenant le pays à la hauteur de la civilisation la plus avancée, ne lui a rien laissé à envier aux autres nations, les a même devancées en tout ce qui tend à améliorer les conditions de l'existence, tant sous le rapport moral que sous le rapport matériel.

« Sire, c'est à la haute sagesse et à la prudence de Votre Majesté que le pays doit le bonheur dont il a joui »

M. Loos, bourgmestre, au nom du conseil communal, s'exprima en ces termes :

« Sire,

« La Belgique entière célèbre avec joie chaque anniversaire de votre règne. L'élan sympathique qui l'entraîne vers le trône, loin de s'affaiblir par le temps, se ranime sans cesse et se propage d'année en année. Le plus léger nuage qui vient poindre à l'horizon est pour elle l'occasion d'exprimer ses sentiments de gratitude envers la dynastie qui a su, d'une manière providentielle, consolider sa nationalité et réparer ainsi l'injure des siècles passés.

« Mais c'est quand les circonstances semblent s'aggraver que le peuple belge, se groupant autour de son Roi, fait éclater son amour, qu'il éprouve l'impérieux besoin d'affermir sa loi dans son indépendance et ses libertés, qu'au besoin il saurait défendre courageusement.

« Des inquiétudes, exagérées sans doute, ont récemment ému nos paisibles populations et spontanément, Sire, les villes et les campagnes à l'unisson ont fait entendre de cbaleureuses protestations que l'histoire enregistrera pour glorifier votre règne.

« La ville d'Anvers, Sire, s'associe de cœur et d'âme à ces patriotiques manifestations. Devant tout au commerce et aux arts, qui ne vivent et ne prospèrent qu'au sein de la paix, elle sait mieux que tout autre, peut-être, apprécier la haute sagesse du Roi qui, plus d'une fois, a détourné de nous l'orage grondant au loin et qui a heureusement conduit au port le vaisseau de l'État. Elle sent plus vivement aussi ce que lui imposent de reconnaissance les bienfaits dont elle est redevable aux sollicitudes de Votre Majesté.

« Nous n'hésitons pas, Sire, à ranger au nombre de ces bienfaits l'agrandissement tant désiré de la ville d'Anvers qui voit s'ouvrir par là une nouvelle ère de prospérité. Bientôt en effet sa population trop resserrée dans ses murs pourra s'étendre librement en dehors de la vieille enceinte qui l'étreint encore partout, laissant sa fortune exposée à toutes les chances de la guerre et comprimant fataleivent l'essor de son commerce.

« Cet immense agrandissement, aujourd'hui en voie d'exécution, fera bénir le nom du premier Roi des Belges par les générations futures qui, plus encore que nous, peut-être, en recueilleront un jour les avantages »

M. le doyen, curé de Notre-Dame, parlant au nom du clergé d'Anvers, déclara que celui-ci n'avait rien de plus à cœur, rien de plus empressé que de s'unir aux manifestations patriotiques et enthousiastes, dont le pays font entier, depuis quelques mois, ne cessait de retentir; manifestations que le clergé considérait comme le témoignage spontané et cordial d'un attachement inviolable au Roi, à >a dynastie et aux institutions de la Belgique

M. Van Wauing-Bolt, pasteur-président du consistoire, joignit ses vœux à ceux du représentant du clergé catholique.

M. Nollebohm. président de la chambre de commerce, adressa au Koi, au nom de la chambre, les paroles suivantes :

h SlKF.,

• Au milieu de l'élan patriotique qui vient grouper une fois de plus le

loi LE ROI A ANVERS

peuple belge autour du trône de Votre Majesté, le commerce de notre ville s'empresse d'apporter son tribut d'affection et de reconnaissance pour les bienfaits que Votre Majesté a répandus depuis trente ans sur le pays.

t Nous apprécions, Sire, la sollicitude du gouvernement de Votre Majesté pour l'extension de notre commerce et nous conservons l'espoir que nous pourrons voir bientôt disparaître les entraves auxquelles est encore soumise notre navigation.

a Le règne de Votre Majesté a déjà sa place glorieusement inscrite dans l'histoire du xixe siècle; il ne brillera pas d'un moins vif éclat, Sire, dans les annales de notre antique cité »

En présentant au Roi le corps d'officiers de la garde civique d'Anvers, M. le colonel L. Bovie s'exprima en ces termes :

SlKE,

« La garde civique vient s'unir au concert d'acclamations que provoquent slir le passage de Votre Majesté la reconnaissance et l'amour du peuple belge.

s Elle est heureuse de déposer au pied du trône, si solidement établi sur les sympathies de la nation, ses hommages les plus dévoués.

« Et comment n'aimerait-elle pas le Roi qui, à l'intérieur garantissant au pays tous les bienfaits de la paix, rend au dehors le nom belge respecté et vénéré?

« Au Roi nos sympathies ardentes, notre attachement sans bornes, notre inaltérable fidélité »

A six heures, avait lieu au loyer du théâtre le banquet offert au Roi et à la Famille royale par le conseil communal. Au dessert, M. le bourgmestre s'exprima en ces termes :

Ai Roi!

Il n'est pas un point du pays où l'on ne forme des vœux pour la conservation des jours précieux du Roi, et je ne crains pas d'affirmer qu'aujourd'hui ce vœu de reconnaissance et d'amour s'exprimera au sein de toutes les familles anversoises.

« Anvers doit au Roi sa prospérité dans le présent, elle lui devra sa sécurité dans l'avenir!

« Puisse sa haute sagesse continuer, pendant de longues années, à sauvegarder les destinées de la Relgique. Mais, si ce qu'à Dieu ne plaise, quelque danger sérieux devait un jour nous menacer, Anvers se montrerait digne d'elle et du pays, en accomplissant tous les devoirs que sa position lui impose, en

LA BELGIQUE EN IStiO. iOii

prouvant son dévouement absolu et son inébranlable fidélité au Roi et à- son

auguste dynastie ! »

Le Roi répondit :

« Messieurs,

« Je vous remercie d'avoir accueilli ce toast avec tant de sympathie. Mes « sentiments pour Anvers sont connus. J'apprécie le dévouement que cette « ville m'a toujours témoigné, et je remercie la population de l'affection « qu'elle vient de m'exprimer de nouveau avec une si touchante unanimité.

« Lorsqu'un péril a menacé Anvers, j'ai mis toute ma sollicitude à l'en « détourner. Si, dans l'avenir, des périls vous menaçaient encore, — ce qui « ne sera pas, je l'espère, — je serais au milieu de vous, prêt à partager votre « sort. Mais d'autres destinées vous attendent ; l'avenir vous sera favorable. « Votre ville est appelée à devenir une des plus belles et des plus importantes a cités de l'Europe, et c'est à sa prospérité que je bois. »

Cette belle journée se termina par une fête splendide offerte au Roi et à la famille royale par la garde civique d'Anvers. Celle fêle avait lieu dans le théâtre des Variétés, admirablement approprié à cet effet. Le colonel de la garde remercia le Roi de l'honneur qu'il faisait à la milice citoyenne eu acceptant son invitation; il ajouta ces paroles énergiques :

s Si jamais des événements, dont la Providence daigne préserver la Belgique, réservaient à notre cité le pénible mais glorieux privilège d'être le refuge et le dernier boulevard de notre nationalité ; si jamais des jours moins prospères appelaient Votre Majesté dans nos murs, alors comme aujourd'hui, Sire, la garde civique se rallierait autour du trône, toujours fidèle et dévouée. Sous la sage direction de son Roi, elle défendrait les principes de l'ordre et de la liberté, l'indépendance belge et le territoire sacré de la patrie »

Le lendemain, ce fut le tour du commerce. Le Roi devait inaugurer les nouveaux bassins du Katlcndyck. Les élèves de l'Académie royale des lieaux-Arts attendaient le souverain devant le Musée célèbre qui renferme tant de chefs-d'œuvre de l'école flamande. La famille royale mit pied à terre, entra dans le Musée, et le Roi fut complimenté par un jeune artiste de grande espérance.

On put recueillir ces paroles affectueuses :

KHi LE ROI A ANVERS.

a Je vous remercie, messieurs, des bous Sentiments que vous m'exprimez; « vous savez quel intérêt je porte à l'école d'Anvers, et vous tous, mes enfants, « qui êtes pour la plupart nés sous mon règne, vous pouvez compter sur ma « sollicitude paternelle comme sur celle de ma dynastie, y

Le corlége se dirigea ensuite vers les nouveaux bassins.

Lorsque le Roi et la famille royale eurent pris place dans la lenle où se trouvaient les ministres et les principales autorités, M. Loos, bourgmestre, dans un excellent discours, fit l'historique des nouveaux bassins el en signala l'importance en ces tenues : « Sire,

« Quatre années se sont écoulées depuis que Votre Majesté vint poser la première pierre des établissements maritimes achevés aujourd'hui et à l'inauguration desquels Elle daigne assister avec son auguste Famille

« La préseuce de Votre Majesté à cette solennité prouve surabondamment l'intérêt qu'Elle porte à tout ce qui peut contribuer au développement du commerce et à la prospérité du pays.

« A une autre époque, Anvers, très-florissant, ne possédait aucun des établissements que de nos jours on construit à grands frais ; mais alors les autres ports d'Europe n'étaient guère mieux dotés et notre superbe rade, les avantages qu'elle présente comparativement à d'autres, suffisaient pour y attirer d'innombrables cargaisons.

« Mais aujourd'hui que tous les ports rivaux se sont perfectionnés, Anvers, pour arriver et se maintenir au rang que lui assigne son admirable position, doit pouvoir offrir à la navigation toutes les facilités que présentent les ports les mieux organisés.

« Ailleurs il a été pourvu à ces besoins soit par l'industrie des compagnies, soit par les États. Ici c'est la ville qui, malgré ses ressources restreintes, n'a pas craint d'entreprendre ces travaux qui lui ont paru indispensables à la prospérité de son port et dont la première partie vient d'être heureusement achevée.

« La ville, nous l'espérons, Sire, saura remplir jusqu'au bout la tâche qu'elle a dû s'imposer.

« A peine les travaux que nous inaugurons aujourd'hui furent-ils achevés, que le conseil communal en décréta une série nouvelle parmi lesquels un bassin spécial et des établissements complets pour le commerce des bois de construction, puis les machines d'épuisement pour la cale sèche, supérieures à celles qui fonctionnent ailleurs, même en Angleterre, et enfin des magasins tout autour des bassins nouveaux. Ces importants travaux vont être com-

mentes immédiatement et seront promptement terminés. Vienne ensuite la démolition des fortifications qui séparent encore nos établissements anciens et nouveaux et il s'agira de remettre la main à l'œuvre pour les réunir.

« Toutes ces facilités procurées au commerce ne suffisent pas cependant pour soutenir la concurrence avec les ports rivaux. Il faut, comme dans ceux-ci, que la navigation soit dégrevée de toutes les charges onéreuses qui ne sont pas la rémunération de services rendus; que les moyens de transport vers ces contrées de consommation ne soient ni moins faciles ni moins éeo-

ér

nomiques.

« Cette tàclie, Sire, appartient au gouvernement de Votre Majesté, et nous avons la confiance qu'il saura la remplir d'une manière opportune et efficace.

« Alors, si Dieu nous conserve la paix et que la confiance puisse s'établir d'une manière stable en Europe, le port d'Anvers atteindra, nous en avons le ferme espoir, aux plus brillantes destinées commerciales.

« Quelle que soit la prospérité que lui réserve l'avenir, notre ville désormais ne trouvera plus à son développement l'obstacle que lui imposait son enceinte trop resserrée. Cette enceinte qui bientôt va disparaître, et qui en ce moment se reporte au loin, laissera pour l'agrandissement de la cité plus d'espace que n'osaient y assigner les vues les plus ambitieuse». Lu même temps s'éloigneront de nos établissements maritimes et du centre actuel de la ville les dangers auxquels, comme place de guerre, Anvers fut toujours exposée et dont elle eut à subir les désastreuses réalités.

« L'agrandissement de la ville, ce fait mémorable, suffirait à lui seul pour éterniser la gloire du règne de Votre Majesté, si déjà la renommée n'avait gravé d'une manière ineffaçable dans les fastes de notre histoire les trente années de prospérité, de bonheur, d'ordre et de liberté, dont le pays est redevable à la haute sagesse de Votre Majesté, et dont il se montrera éternellement reconnaissant envers le Roi bien-aimé et son auguste Dynastie. »

Après que le Roi eut répondu affectueusement à ce discours, il examina les plans du nouveau bassin qui avaient été mis sous ses veux par M. le bourgmestre et M. Bourla, architecte directeur des travaux.

Immédiatement après , les énormes portes de l'écluse ayant été lentement ouvertes, deux navires, l'un sous charge, la Bourse d'Anvers, appartenant à M. Michiels-Loos, sénateur, l'autre sur lest, la Clara, remorqués par le joli sleamer la Duchesse de Brabant, péuélrèrent dans le bassin aux applaudissements de la foule.

iOH LE ROI A ANVERS.

fl lui procédé ensuite à la pose de la dernière pierre. Celle pierre porte pour inscription :

LE li) AOUT ISoti

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