‹ La Belgique en 1860Chapitre 4 sur 18 · LE ROI A GAND · texte numérisé non relu

LE ROI A GAND

lions qu'elle s'était données el dont elle a su se montrer digne aux yeux il i monde.

Soutenue par voire active sollicitude, elle a pu en même temps imprimer une impulsion féconde aux arts de la paix et s'y montrer rémule des nations les plus puissantes et les plus renommées.

< Elle s'est attachée ainsi à Votre Majesté par tout ce que la société humaine offre de grands et nobles intérêts, et en acclamant Votre Majesté avec transport, elle aei lame aussi l'honneur, la liberté et l'indépendance delà patrie !

Ces sentiments. Sire, qui sont ceux du pays entier, ne font nulle pari bat- Ire plus vivement le cœur des citoyens que dans l'antique capitale des Flandres. El si, ce qu'à Dieu ne plaise, les principes sacrés sur lesquels notre «alionalite repose devaient jamais être méconnus; si nos libertés, si le sol de la patrie devaient se trouver menacés, vous verriez, Sire, au sein de cette loyale population qui entoure Votre Majesté, revivre les traditions de la vieille commune qui, pour défendre ses privilèges ou repousser l'étranger, n'en a jamais appelé en vain au courage de ses enfants.

■< Monseigneur le duc, madame, i Monseigneur le comte de Flandre,

La ville de Gainl offre à Vos Altesses Royales ses plus respectueux renierciments pour l'honneur que vous daignez lui faire aujourd'hui ; elle est ac- « oulumée à unir vos noms à celui de votre auguste père dans l'expression de sou dévouement et de son affection ; elle ne les sépare point dans ses acclamations.

« Vive le Roi! vive la famille royale! »

La réponse du Roi fui comme inspirée par les plus nobles souvenirs de lu vieille Flandre. Il élail beau de rappeler, ù quelques pas de l'antique benroi de Gand, les battis lails cl les glorieux sacrifices des patriotiques communes du moyen-âge. Il élail beau de rallaeher au présenl ces traditions héroïques.

• Je suis vivement ému, répondit le Roi, des sentiments si affectueux que vous venez de m'exprimer. Le lieu où nous nous trouvons rappelle d'anciens et glorieux souvenirs, (-es vieilles communes étaient le siège du commerce, « de l'industrie et des ails, quand une grande partie de l'Europe élail encore plongée dans les ténèbres.

Depuis les temps les plus reculés, l'amour >\\i pays cl de son indépendance avait été conservé comme un feu sacré dans les cœurs de leurs habitants. Le

~{ LA BELGlQl E KN 1860.

sang le plus précieux lui souvent versé pour obtenir une existence libre el ' nationale. Le succès ne couronna pas ces nobles efforts. Il nous a été réservé de fonder sur les bases les plus larges ce que le pays avait tant désiré, de réunir «liez lui tous les éléments qui constituent l'existence politique et sociale la plus heureuse.

« C'est ainsi que nous a trouvés la tourmente qui, en 18-4$, a bouleversé « l'Europe, où seuls, pour notre gloire, nous axons échappe à tous 1rs dan- « gers; notre existence politique a été préservée de toute atteinte.

Quel que puisse être l'avenir , 1 8 tS nous indique comment nous pour- « ions en traverser les épreuves avec honneur et avec succès. Deux générations de ma Camille sont-nées au milieu de vous et ont avec vous une coin iiiuiie patrie. Mon dévouement pour vous durant un long règne vous est connu, et tant qu'il plaira à la Providence de me conserver, je resterai (i fidèle à ma tâche et immuable dans mon affection paternelle pour vous. .

Dis acclamations sans fin accueillirent ces paroles, si affectueuses pour la Flandre, et en même temps si expressives. La Belgique les recueillit avec ardeur comme le plus éloquent témoignage de l'union indissoluble du Roi avec le pays. Les paroles royales trouvèrent dans tous les cœurs l'écho le plus sympathique. Biles augmentèrent encore la profonde vénération dont Léopokl est l'objet et l'éclatante popularité du fondateur de la dynastie nationale.

Le lendemain, le Roi reçut, à l'hôtel provincial, les autorités de la Flandre, le clergé, les représentants du commerce et de l'industrie, les chefs de la garde civique, le conseil académique et une dépulation des étudiants de l'université de Gant). Tous les discours respiraient le plus ardent patriotisme. On remarqua les bonnes paroles adressées par le Roi au chef du diocèse et sa louchante réponse aux étudiants.

Depuis vingt-neuf ans que je connais le clergé flamand, dit Sa Majesté en réponse au discours de M. révoque de Garni, jamais je n'ai douté de son patriotisme, et je n'ai cessé de recevoir des preuves éclatantes de son dévouement à la cause nationale et à ma dynastie. Le clergé a toujours été un des plus fermes soutiens de mon trône, et la pureté de son patriotisme et de son dévouement à ma personne n'a pas encore été altérée par une seule nuance de défection. »

Les étudiants, dans une éloquente adresse, avaient prolesté de leur dévouement inaltérable, actif au besoin, à la monarchie dont Léol'old Ier est le fondateur.

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« L'avenir de la patrie, avaient-ils dit, est dans notre Constitution ; la détendre, défendre la dynastie qui en est le symbole, tel est le devoir auquel

nous ne faillirons jamais. >

Le Roi répondit en substance :

« Mes enfants (je puis vous appeler mes enfants : vous êtes tous nés sous mon règne), je crois comme vous que vous trouveriez difficilement une patrie où seraient réunis tous les avantages dont vous jouissez. Notre Constitution vous donne une liberté sans exemple en Europe. Nulle part l'égalité, ouvrant toutes les carrières à tous les mérites, n'est pratiquée avec plus de conscience que par mon gouvernement. >■

Après avoir insisté sur la prospérité de la Belgique, où chacun, par le travail, trouve facilement les moyens d'une existence honnête, le Roi ajouta qu'il comptait fermement sur la jeunesse et termina par ces mois : « Vous êtes notre avenir!»

Ce ne fui pas seulement la Belgique qui s'émut de la réception si enthousiaste et si patriotique faite au Roi par le peuple de Gand. L'étranger même était frappé de l'accord qui régnait entre toutes les opinions, de la conformité de sentiments de toutes les classes et de toutes les professions. « Il y avait, dans cet élan de toute une population, autre chose, disait un journal impartial de Paris, qu'un enihousiasme officiel ou un patriotisme de commande; il y avait l'expression spontanée, sincère, des sentiments d'amour et de fidélité envers un souverain dont le règne représente pour la Belgique treille années de paix, de progrès et de liberlé. Les Flamands d'aujourd'hui sont encore les Flamands d'il y a trois siècles. Ils haïssent leurs princes ou les aiment jusqu'à la frénésie, et toujours ils expriment ce qu'ils sentent. Le masque ne va pas à ces rudes visages. »

Les Conseils provinciaux et le* Chambres législatives.

La session annuelle îles conseils provinciaux a\ait élé ouverte le 5 juillet. Dans leurs discours d'ouverture, les gouverneurs avaienl expose l'étal satisfaisant i\v> provinces cl signalé l'esprit patriotique des habitants.

Dans peu île jours, avait dit M. le gouverneur du Brabanl, la Belgique célébrera le -2^' anniversaire «le l'inauguration du lîoi ; cette fête, que nous voyons toujours arriver avec bonheur, fera voie de nouveau à l'Europe tout ce ijiie renferme de patriotiques aspirations le cœur de nos populations; elle prouvera que jamais le sentiment de la nationalité et de l'indépendance n'a été plus vivace, que jamais l'union qui existe entre le Trône et la nation n'a été plus indestructible; elle fera voir enfin combien est grande l'erreur de ceux qui prennent pour de l'indifférence le calme avec lequel la nation jouit de ses institutions libres el le silence dédaigneux qu'elle oppose aux jactances de certains publicislcs.

« N'oublions pas toutefois «pic noire garautie la plus forte au dehors réside dans l'usage modère et réfléchi que nous taisons depuis trente ans de nos libertés et qu'il sérail aussi imprudent qu'injuste de rendre nos voisins responsables du langage île quelques libellistes ignorants. »

Les prévisions, exprimées dans ce remarquable discours, devaient se réaliser de loul point. Les mandataires de la nation allaient rompre un silence dont la signification ne paraissait pas bien comprise au delà «le la frontière; il- allaient démontrer, à l'occasion de l'anniver-

LES CONSEILS PHO\ INCJAUX ET LES < IIAMMIES. "7

saire de l'inauguration <lu Roi, qu'ils n'étaient point indifférents aux attaques dirigées contre l'indépendance de la Belgique.

L'initiative d'une manifestation nationale fut prise par le conseil provincial d'Anvers. Le jour même de l'ouverture de la session, M. Ilaglic et d'autres membres flrenl la proposition de présenter au Uni, ;i l'occasion de l'anniversaire du 21 juillet, une adresse ayant spécialement pour objet d'exprimer, au nom de la province, l'inébranlable attachement des habitants aux institutions et à l'indépendance de la Belgique.

Celle proposition fui développée par M. Haghc avec une énergie remarquable.

i Vous avez, dû, dit-il, vous apercevoir, comme moi, messieurs, que tout le pays esl agité d'une sombre inquiétude ; on comprend que nous sommes à ta veille de redoutables événements, et. que dans ce moment solennel i! fan! que tous les corps constitués de l'État fassent une manifestatiou digue d'une Dation libre.

Telle parait être l'opinion générale du pays; et depuis longtemps, partage vivement. C'est le moment, ou jamais, pour les conseils provinciaux de la Belgique, de proclamer., à la l'ace de l'Europe, leur indomptable attachement aux institutions libres dont nous jouissons depuis trente ans.

Je réfute d'avance la double objection qui pourrait nous être faite. On dira peut-être que nos institutions ne sont pas menacées et qu'en tout eas, toute manifestation esl dangereuse, au point de vue de nos rapports internationaux. Je réponds en premier lieu : ii y a des gens qui sont capables de nier le soleil, au moment même où il brille au-dessus de leur tête ; cela s"e->l vu liions les temps.

-Mais je crois pouvoir affirmer que tant de mauvaise foi ou tant d'avei ment ne se rencontre pas au sein du conseil provincial d'Anvers.

Comment] tous les jours, on nous insulte, on nous provoque ; on prêche ouvertement et audacieusement la doctrine insolente des frontières naturelles ! Hier encore, un journal de Genève, stipendié, dit-on, par de grands ; nages dont il ne convienl pas de prononcer ici les noms,jettel'outrage à pleines mains à la lace de la nation belge, à la face du Roi ; ou ose imprimer qu nexiou est dans les vœux du peuple belge; on invoque, comme preuve, la péti lion de quelques industriels belges et on couronne le tout par cette bravade :

La France ne se sentira relevée de Waterloo que quand Waterloo - . venu français, et qu'au lieu du lion de la défaite, l'aigle vainqueur ;

sur le mont Sâint-J< au !

El après do telles provocations, qui se répètent tous les jours et qui soûl inspirées et soldées par des hommes dont les noms sont sur les lèvre.-., on viendra nier l'imminence du péril ! Non, c'est impossible. Lue pareille dénégation ressemblerait trop à de la complicité !

« Permettez-moi , messieurs , de vous rappeler à ce propos un fait histoi icjuc, mémorable entre tous.

Il y a plus de deux mille ans, il existait un peuple célèbre, dont Philippe de Macédoine avait aussi juré l'asservissement.

. Et comment cet asservissement fut-il préparé? Souvenez-vous, messieurs, des discours immortels de Démoslhenes, reprochant dune part aux Athéniens leur inaction, leur apathie, leur aveuglement; et stigmatisant d'autre part la conduite de Philippe, signalant ses ruses, ses artifices, son langage, tantôt Oatteur, tantôt arrogant; ses provocations incessantes, toujours désavouées le lendemain; dévoilant enfin tout son système de mensonges, d'intrigues, de piégea et de corruption. Alors aussi il y eut des hommes qui nièrent tout; usais les événements ne tardèrent pas à prouver que ces hommes étaient les complices du tyran.

Gardons-nous bien, messieurs, d'imiter de*. Athéniens la coupable indifférence et celte incrédulité opiniâtre, qui est la plus terrible arme de la tyrannie.

Je ne veux pas m'étendre davantage sur ce sujet; je me borne à dire : que ceux qui ont des yeux les ouvrent, et ils ne tarderont pas à voir la main du despotisme se glisser partout, sapant dans l'ombre nos libertés constitutionnelles.

Lt bien, si ce péril que je signale est une effrayante réalité, pourquoi se taire? pourquoi rester indifférents? On a peur de mécontenter quelque puissance voisine? Mais qui donc peut s'imaginer, que, par le silence et par la lâcheté, une nation peut sauver son indépendance ?

Or, moi, je dis que dans cette circonstance solennelle, il faut parler; c'est un devoir sacré, et il faut parler fièrement; il faut que la nation belge vienne dire, par l'organe de ses mandataires légaux : i Je veux rester indépendante, je tiens à mes institutions et à mes libertés; je proteste contre tout changement de dynastie; je proteste contre toute idée d'annexion, car l'annexion, c'est la servitude, avec tout sou cortège de malheurs et de ruines : l'annexion, c'est la guerre européenne, c'est la mort de tout commerce et de toute industrie en Belgique ; l'annexion, c'est notre beau pays transformé i en champ de bataille, ce sont nos plaines ravagées, nos récoltes étouffées -ous des monceaux de cadavres; l'annexion, c'est la désolation et l'appauvrissement des familles. Là où il y avait liberté, aisance, sécurité, il n'y aura i plus que servitude, misère, angoisse et abrutissement. Plutôt que l'an-

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