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LES CONSEILS PROVINCIAUX ET LES CHAMBRES

« nexion, que nos cités soient détruites de fond en comble, et que la Belgique

<: devienne un désert ! >

* Quand les grands corps de l'État tiendront un pareil langage, alors l'opinion publique, cette souveraine du monde, se réveillera énergiqueinent; alors les hommes de cœur se réuniront en un seul groupe ; alors les lâches, l<'~ trembleurs, se cacheront et rfessayeront plus d*énerver le patriotisme belge.

« On se souviendra alors d'un passé glorieux ; on s'inspirera alors des traditions de l'époque, où nos ancêtres luttèrent si vaillamment et avec succès contre les armées aguerries de la puissante Espagne.

<i En outre, en proclamant devant l'Europe notre attachement inébranlable à nos institutions et notre résolution de les défendre au besoin, les armes à la main, la Belgique s'attirera des sympathies, qui deviendront son meilleur bouclier »

La proposition lit! adoptée par acclamation, et tous les autres conseils provinciaux suivirent bientôt l'exemple d'Anvers. Cette manifestation, comme le disaient d'honorables conseillers du Brabant, devait prouver à l'Europe que la Belgique ne veut pas aliéner sa liberté, qu'elle est dévouée corps et âme à son Roi, à son gouvernement, à ses belles et libres institutions, et que ses enfants sauront verser leur sang pour défendre le sol de la pairie, comme ils l'ont fait, en 1830, pour conquérir leur indépendance.

Les termes dont se servirent, dans d'autres provinces, les conseillers qui prirent l'initiative de la proposition, ne furent pas moins expressifs. 11 convient de mentionner particulièrement les paroles de M. le président du conseil provincial du Nainaut, véridique et sincère interprète des voeux et des sentiments des loyales et industrieuses populations du midi de la Belgique :

Quelques publicistes, à l'étranger surtout, dit-il. s'attribuent une mission qu'ils n'ont pas; n'ayant jamais, pour la plupart, mis le pied sur le sol belge et à coup sûr méconnaissant l'esprit île nos populations, ils se plaisent ;i nous prêter des idées diamétralement contraires à notre nationalité, contraires i nos vœux les plus cbers.

e Tout en méprisant ces manœuvres que nous repoussons tous, nous devons cependant protester et protester bien haut contre des affirmations mensongères, parce qu'elles pourraient trouver croyance à l'étranger. Protestons donc, messieurs, mais avec modération, avec cette fermeté calme qui décèle un sentiment profond et durable; protestons surtout par des luit-.

«Cl LA BELGIQI E IN I8«)

L'approche du 29' au ni versai re de l'inauguration du Roi a fait surgit' nue idée heureuse qui se produit pour la première lois depuis noire régénération politique, et «pie ton-, vous avez accueillie avec un vif empressement. On ;i

'lit : Que tous les conseils provinciaux se réunissent dans la capitale, le jour

iln prochain anniversaire de l'inauguration «lu lioi ; que les mandataires de

tons les cantons du pays, ses représentants nui voient chaque jour de si près nos populations laborieuses, viennent proclamer, par leur présence à cette l'été, qu'en Belgique, dans le pins petit hameau comme dans nos villes les (dus populeuses, il n'est qu'un vœu, qu'une pensée ; cette pensée, je la traduirai d'abord par ces mots de notre serment : Fidélité au Roi, obéissance à la Constitution et aux lois dn peuple belge ; et cette même pensée, je la compléterai en disant : Attachement inébranlable à nos institutions libérales, amour et vénération pour le souverain qui a si bien compris le peuple aux destinées durjucl la Providence l'a appelé à présider »

Le llainaui élail reconnaissant ;tti Roi du haul degré de prospérité qu'il avait atteint sous son règne florissant; il se rappelait avec fierté les immenses progrès accomplis sous des institutions libérales sincèrement et loyalement pratiquées. Le premier magistrat de la province avait dit avec éloquence cl vérité quelques jours auparavant :

les peuples libres, et résolus à toujours l'être, ne comptent pas seulement avec le présent : ils songent aussi à leurs devoirs envers la postérité. C'est parce que la Belgique indépendante et régénérée a la conscience de ces devoirs sacrés que, depuis trente ans, elle marche avec vaillance, sous l'égide d'une dynastie vraiment nationale, vers cet idéal de prospérité matérielle et morale que nos pères avaient rêvé, mais qu'ils n'avaient pas même entrevu, courbés qu'ils étaient sous le joug de l'étranger. »

Toutes les adresses, proposées aux conseils provinciaux, furent votées à l'unanimité et par acclamation.

La manifestation prit un caractère encore plus solennel lorsque tous les conseils eurent décidé qu'ils se réuniraient à Bruxelles le 21 juillet, et présenteraient en corps, au Roi ûe^ Belges, \c< adresses où étaient exprimés les félicitations, les vœux et les assurances du dévouement des provinces.

Les chambres législatives ne restèrent point en arrière. Le I2juillel, le sénat venait de voler la grande et populaire mesure qui avait pour objet l'abolition 4es octrois. S. A. le prince de Ligne, président de

LES CONSEILS PROVINCIAUX ET LES CHAMBRES. il

rassemblée, pril l;i parole ci propos;» au sénat de se joindre, par une adresse au Moi, à la grande manifestation dont les conseils provinciaux avaient pris l'initiative. Celle proposition fui adoptée par acclamation, el une commission nommée séance tenante pour rédiger l'adresse de félicitations.

Le 17, la chambre des représentants reprenait ses travaux (I). M.Orls, son président, proposa de se joindre aux conseils provinciaux el au sénat. Il s'exprima en ces termes :

Des attaques aussi insensées que coupables ont déterminé les conseils provinciaux à manifester plus éftërgiquemenl que jamais les sentiment- qui attachent le pays au Roi et à l'indépendance nationale.

Ces sentiments qu'à l'étranger tout honnête homme respecte sont en Belgique — je le dis bien liant pour qu'on l'entende partout — ces sentiments en Belgique sont inaltérables et unanimes.

Le Sénat va s'associer par udc adresse à cette' manifestation patriotique. La Chambre tiendra sans doute à honneur d'y occuper sa place légitime.

Je viens lui proposer le vote d'une adresse à présenter au Roi, le :2t juillet, vingt-neuvième anniversaire de son inauguration.

Les applaudissements unanimes et prolongés de rassemblée ratifièrent la proposition de son président. Il lui décidé en outre que la commission, chargée de la rédaction de l'adresse, serait composée de neuf membres, c'est-à-dire iïun membre par province, afin de fournir aux représentants de toutes les parties du pays le moyen de manifester leurs sentiments.

Il La chambre ayant adopté les amendements introduits par le sénat ilaus le projet de lui abolissant les octrois, «"lie grande mesure fut immédiatement sanctionnée par le Roi, Elle était principalement l'œuvre de M. Frère-Orban, ministre des finances. C'est a l'initiative de cet homme d'État éminent et à son énergique persévérance que la Belgique est redevable d'une nouvelle source de bienfaits pour le. classes laborieuses. Le Moniteur belge publia en même temps la loi qui supprimait les octrois et la loi orga nique de renseignement agricole, due à M Rogier, ministre de l'intérieur. Les harrières fiscales des villes furent détruites dans toute la Belgique, le 2\ juillet. Cet lit liien commencer cette journée mémorable.

LA BELGIQUE KN 1860.

L'adresse de la chambre des représentants devait, dans les circonstances présentes, rassurer le pays el témoigner an dehors des vrais sentiments de la Belgique. Due à la plume d'un des membres les plus éminents de la législature, elle eut un succès réellement patriotique et le plus grand retentissement dans le pays et au delà des frontières. Elle fut reproduite non-seulement par la presse anglaise et allemande, mais aussi par les journaux français qui avaient eu la sagesse de ne pas soutenir des rêves téméraires et insensés, dette adresse était une noble et ferme protestation de dévouement au Koi el d'attachement aux libertés nationales. La lecture en fut interrompue à vingt reprises par les bravos de l'assemblée et des tribunes. Tout le monde voulait s'associer aux sentiments si bien exprimés par la plume éloquente et nationale de M. Paul Devaux.

Le 20, le sénat votait, également par acclamation, l'adresse rédigée par M. d'Ânethan, au nom de la commission spéciale.

C'est ainsi que se prépara, sans aucune pression du pouvoir, mais par l'impulsion propre des mandataires du pays, une des plus belles manifestations dont l'histoire moderne fasse mention.

Bruxelles. Anniversaire de l'inauguration,

Bruxelles, capitale du pays cl centre de la nationalité belge, tint dignement son rang dans la magnifique protestation du 21 juillet 1860. Tous les témoins de celte imposante manifestation en conserveront un souvenir ineffaçable. Jamais on ne vit un plus parfait accord entre le Roi et son peuple; jamais on n'entendit des acclamations plus sincères, plus sympathiques cl plus générales.

Le programme de la solennité du 21 juillet 18G0 était très-simple : un Te Deum pour rendre à Dieu de solennelles actions de grâces; une revue de la milice citoyenne el de l'armée; un banquet offert an Koi et à la famille royale par tous les conseils provinciaux. Mais ce programme a élé dépassé de beaucoup par l'intervention spontanée des choses ouvrières. Le peuple, le vrai peuple voulut se joindre au\ autorités, à l'armée, à la garde civique pour protester aussi de son inébranlable dévouement au Roi.

Le son des cloches et le bruit du canon annoncent la solennité. D'autres signes révèlent encore mieux une journée patriotique. Les couleurs nationales sont partout arborées. Non-seulement le drapeau belge flotte dans tous les quartiers et décore les maisons particulières aussi bien que les monuments publics, mais on voit aussi l'antique cocarde brabançonne sur la poitrine ou à la boutonnière de la

plupart des citoyens. C'est une démonstration frappante du senliineul général. Des étrangers même, Anglais, allemands, Hollandais, \ < ? n u s ; i Bruxelles pour assister aux fêles de l'inauguration, s'associent à celle démonstration; ils ont voulu, en adoptant les couleurs belges, donner une preuve de sympathie à la nation et de respect au roi Léopold. Ou remarquait qu'un grand nombre de Hollandais avaient uni la cocarde belge aux vieilles et glorieuses couleurs dus Pays-Bas. Touchant, témoignage de concorde; noble emblème des sentiments fraternels qui ont si heureusemeul remplacé des dissentiments aujourd'hui oubliés.

On se rappelait que, lors des dernières fêles de Gand, le duc de Brabanl avait tendu la main au bourgmestre de Maestrjcht en l'assurant de ses sympathies pour les Hollandais.

Quand le Roi fut au portail de l'église de Ste-Gudule, le cardinal archevêque de Matines lui adressa, au nom du clergé belge, des paroles de gratitude cl de dévouement. Il dit que le clergé était heureux de s'associer aux démonstrations publiques qui avaient pour bu! de mettre au grand jour les sentiments de respect et d'attachement donl la nation belge tout entière était pénétrée envers son chef- La ve\\\Lx de la garde civique et de Tannée commença à midi cl demi. La garde, sous les ordres de M. le lieutenant général Plelinckx, occupait toute la ligne qui s'étend de la place des Palais à la porte de Luxembourg, ensuivant la rue Royale, le boulevard de l'Observatoire et celui du Régent. En tête de cette ligne immense se trouvaient la compagnie des blessés de septembre 1830, à laquelle s'étaient joints les décorés de la croix de Fer, et la compagnie des chasseurs éclaireurs de Bruxelles. Puis venaient les quatre légions de Bruxelles et les légions des faubourgs d'Anderlechl, d'Ixelles, d'Etterbeek, de Molenbcek-Sainl-Jean, de Saint-Gilles, de Saint- Josse-ten-Noodc et de Schaerbeek, la compagnie d'artillerie de la garde civique de Bruxelles et l'escadron de cavalerie de la même garde. L'armée, sous le commandement de M. le lieutenant général Chazal, ministre de la guerre, se composait de deu\ brigades d'infanterie, deux brigades de cavalerie et dix batteries d'artillerie, dont quatre à cheval. Elle axait en tète l'école des enfants de troupe et l'école militaire.

Le Roif accompagne du duc de Brabanl cl d'un brillant étal-major, passa devant le iVoni de toute la garde civique, donl les chaleureuses manifestations témoignaient de son profond attachement au chef de l'Etat. Au cri de : Vive le Roi, cire l'Indépendance nationale, poussé suis relâche par la garde civique, répondait le même cri poussé par le peuple. A la porte dé Sehaerbeek, les ouvriers et les paysans écarlent les officiers de police, se précipitenl autour du Hoi, l'entourent de huiles paris et lui l'ont un cortège triomphal jusqu'à la fin de la revue. Les démonstrations ne eessèrenl pas lorsque le roi arriva devant les lignes de l'armée; malgré la consigne, les soldais mêlèrent leurs acclamations à celles du peuple.

\ deux heures, le Hoi vint prendre place en face de son palais et ,111 pied de l'arbre de la liberté. M""' la duchesse de Brabant, porlànl les couleurs nationales et tenant dans ses bras la jeune princesse Louise-Marie, se trouvait au balcon de la colonnade. Les balcons latéraux étaient occupés par les membres des chambres cl des conseils provinciaux.

Le défilé commence par la garde ci\iquc. E i passant devant le roi, les compagnies, les bataillons, les légions rivalisent d 'enthousiasme. Les ouvriers de Bruxelles, rangés par métiers» suivent la garde citoyenne; ils marchent quatre de front, précédés de bannières indiquant les professions ou les établissements auxquels ils appartiennent. Les démonstrations spontanées et incessantes de ces milliers d'artisans révèlent toule l'ardeur de leur profond attachement au Roi el à la nationalité belge. Ce double sentiment se manifeste avec énergie lorsque le président de l'association libre des typographes, en présentant au Roi l'adresse votée par celle société, prononce ces courtes el lionnes paroles : « Sire, je remels en vos mains l'adresse du corps typographique de Bruxelles; en présence du danger, lé peuple se serre autour du trône. » Le Hoi répond :« Merci, messieurs. Mon cœur ci ma vie ont toujours élé pour l'ouvrier, cl aussi longlemps que je vivrai l'ouvrier pourra compter sur moi, »

L'armée ferme la marche de celle immense el patriotique colonne. En passant devant le Roi, elle a sa pari des acclamations qui s'élèvent du sein de la foule: tout le moi, de admire les magnifiques régi-

(6 LA BELGIQUE EN I8lî0

iiR'iiis qui se succèdent sur la place dos Palais, et tout le inonde est convaincu que si la patrie devait être un jour menacée, elle trouverait un appui solide et inébranlable dans le dévouement decelte armée nationale.

Une manifestation encore plus imposante suivit la revue. Les mandataires de la nation, le sénat, la chambre des représentants et les neuf conseils provinciaux allaient remettre au roi les adresses où ils le remerciaient solennellement, an nom de la nation belge, d'avoir assuré au pays trente années de paix féconde, de prospérité et de progrès. Ils allaient attester devant l'Europe rattachement des Belges à leur indépendance et la volonté unanime et immuable du pays de ne jamais aliéner le bien le plus précieux de l'homme et du citoyen.

Le sénat ayant été introduit le premier dans le grand salon de réception, S. A. le prince de Ligne s'exprima en ces ternies, au nom de l'assemblée :

« Si H F.,

« Lors du 25e anniversaire de l'inauguration de Votre Majesté comme premier Roi des Belges, la Belgique entière a manifesté, avec un admirable élan, les sentiments dont elle est animée.

« Elle est venue donner à son Roi, après un règne de iio années, des témoignages unanimes de dévouement et de respect.

« Ces témoignages, qui éclatent aujourd'hui avec une énergie nouvelle, démontreront à tous que chaque aimée voit se resserrer les liens qui unissent le peuple belge à la dynastie de son choix.

« Au milieu des graves événements qui ont ébranlé l'Europe, quel spectacle émouvant et rassurant à la fois que celui d'un peuple satisfait de sou soi). chérissant son Roi, fier et heureux de jouir des institutions les [dus libérales ih\ monde!

« Et pourquoi ces institutions nous sont -elles si chères? Comment ont-elles poussé dans notre sol de si profondes racines? C'est qu'elles s'adaptent parfaitement aux mœurs et au caractère de la nation. C'est que la liberté n'est pas en Belgique d'importation étrangère et récente, c'est que nous la trouvons avec orgueil écrite dans nos anciennes chartes et que notre Constitution n'a fait en quelque sorte que compléter l'œuvre de nos aieux en y inscrivant toutes les autres libertés qui sont un besoin des sociétés modernes.

« Aussi opposée à la révolution qu'à l'immobilisme qui tous deux entraînent

la ruine on du moins la décadence des États, la nation belge n'a rien à demander à des changements politiques. Telle qu'elle est constituée, quels sont en effet les progrès, quelles sont les améliorations qu'il lui soit interdit de réaliser, quel régime pourrait lui procurer plus de stabilité, plus de bien-être, plus de libertés ?

« En 1830, la Belgique a proclamé sou indépendance; des traités solennels l'ont reconnue: la Belgique les a loyalement exécutés.

» Elle peut compter avec confiance sur la fidèle exécution d'engagements réciproques.

« Les puissances, en accueillant la Belgique dans la grande famille européenne, ont ratifié l'œuvre de 1850. La Belgique, à son tour, ratifie l'acte de liante sagesse des puissances, eu montrant en toute occasion combien elle est attachée à sa nationalité, à sa Constitution, à son Boi et à tous les membres de la famille royale.

d Quand il s'agit de ces graves intérêts, un seul sentiment nous anime tous. Il va chez tous les Belges union complète de volonté pour atteindre ce but patriotique : maintien de nos institutions, maintien de notre monarchie constitutionnelle sous le sceptre d'un Boi vénéré non-seulement par le peuple belge, mais par l'Europe entière.

« Sire, le bonheur des peuples est la digue la plus puissante contre les bouleversements politiques et sociaux. Nous l'avons prouvé en 1818, alors que la révolution est venue se briser impuissante à nos frontières.

« L'Europe, dont nous avons reçu depuis cette époque tant de marques de sympathie, n'a pas oublié le service signalé que nous avons rendu alors à la cause de l'ordre et de la civilisation.

< Elle a dû reconnaître de nouveau que l'existence d'une Belgique indépendante et beureuse est un élément de sécurité pour la paix et la tranquillité du inonde.

« Sire, que la divine Providence accorde de longues années de règne à Votre Majesté, qu'elle lui permette de veiller encore longtemps aux destinées de la Belgique avec cette sagesse et cette sollicitude qui ne se sont jamais démenties et qui ont mérité à Votre Majesté la plus belle récompense que puisse ambitionner un Boi : l'amour et la reconnaissance de son peuple.

a Sire, le Sénat, interprète fidèle des sentiments du pays, est heureux de pouvoir transmettre à Votre Majesté ces vœux et ces témoignages; il saisit avec bonheur l'occasion que lui offre le 29e anniversaire de l'inauguration de Votre Majesté pour la prier d'agréer l'hommage de son profond respect et de son inaltérable dévouement. >

Vu sénal succéda la chambre des représentants, cl M. Orls, prési-

f8 LA BELGIQ1 T. EN 15-60.

i!ciii, donna lecture <!<■ I adresse suivante, éloquente protestation de dévouement au Roi et d'attachement :'i la Belgique indépendante el libre :

« Sun:,

Ce jour commence la trentième année «le votre règne. Recevez les félicitations de la Chambre «les représentants. Une fois de plus, elle vient vous exprimer les sympathies nationales sur lesquelles, depuis plus d'un quart de siècle, s'appuie glorieusement votre trône.

Celte longue route heureusement parcourue, notre indépendance fécondée et chaque jour bénie, nos maies libertés élevant les âmes par le sentiment du droit et animant d'une active vigueur le corps social tout entier, le développement graduel d'une prospérité jusque-là inconnue, tout ce généreux travail s accomplissant avec une confiance mutuelle, avec la même loyauté, la même persistance, le même dévouement au bien de tous, voilà ce qui, depuis tant d'années, unit la Belgique et son Roi. Pour détruire ce lien, il faudrait arracher de nos annales la vie d'une génération entière. Où trouver dans l'histoire intérieure d'un peuple trente années dont le souvenir soit à jamais plus ineffaçable, sur lesquelles la liberté, la paix et la civilisation aient versé plus abondamment leurs bienfaits, où un succès plus légitime ait récompensé de plus nobles labeurs ?

u De vieilles nations cherchent encore le régime politique qui satisfera chez elles aux besoins nouveaux de la société, sans affaiblir les bases sur lesquelles l'ordre social repose dans tous les temps. Ce problème de notre époque, la Belgique l'a résolu pour elle-même dès le lendemain du jour où, après des siècles de sujétion, il lui a été donné de se tracer librement sa voie. Du premier effort elle a fondé des institutions si heureusement appropriées à sou caractère, suffisant si pleinement à tous les besoins et à tous les vœux, que déjà ou les dirait consacrées par les siècles : tant est général le respect qui les entoure; tant la pratique en est devenue facile; tant le fondement en semble inébranlable !

ii Aussi, quand, il y a quelques années, la tempête politique vint jeter le trouble dans les esprits et répandre le vertige populaire autour de nous, ce fui la Belgique qui donna à l'Europe l'exemple du calme et de la stabilité ; ce lut la jeune monarchie belge qui rendit à ses aînées le service d'arrêter l'incendie par le spectacle d'un peuple heureux et libre, se serrant autour de son Roi. Quelle Couronne a traversé ces grandes épreuves avec plus d'honneur que la Couronne belge? Quel peuple désormais a pu croire la Belgique moins capable que lui de régir son propre sort, moins digne que lui de porter sou propre nom'

» Sire, après s'être. élevé el affermi au milieu des .difficultés ilu passé, l'édificc national aurait-il à redouter les orages de l'avenir? Qui songera désormais à ébranler votre trône populaire sur sa base éprouvée? Qui concevra le dessein, si ce n'est des hommes légers ei sans mission, de ravir son nom el son existence propre à ce peuple qui, sans nuire à aucun autre, a su conquérir une placesi honorable parmi les plus dignes?

Il est des crimes politiques que les nations éclairées n'ont pas à craindre. \n centre de la civilisation de l'Europe actuelle, des gouvernements ne roulent pas aux pieds tout ce que la conscience humaine respecte. I>e nos jours, on ne prodigue pas le sang des peuples pour renverser un trône que des millions d'hommes entourent unanimement de leur vénération et de leur reconnaissance. Ou n'entreprend pas le meurtre d'une nationalité pleine de vie, Forte il" son droit, de l'estime universelle, des solennels engagements de l'Europe entière.

« Si un jour, Sire, tout ce qui existe de droits el de devoirs, entre les gouvernements comme entre les peuples, pouvait être méconnu ; si voire couronne, nos libertés, la sainte indépendance, la patrie, devaient être menacées, la Belgique, à l'appel de sou lloi, saurait défendre ses trésors nationaux comme un peuple libre el vertueux défend tout ce qu'il a de plus sacré.

o Elle a l'ait de la domination étrangère une expérience assez longue; assez longtemps ses droits, si dignité, ses richesses, son sang o^nt été sacrifiés à d'antres intérêts que lès siens. Sa tète ne se courbera plus sous un joug qu'elle déteste et qu'elle a brisé à jamais. A l'heure du péril, son courage ne demeurera pas isolé : la Foi des traités, l'intérêt et l'indépendance de l'Europe ne son! pas de vains mots. Lue cause à laquelle, dans aucun pays, les âmes honnêtes lie sauraient rester indifférentes, ne risquerait ni de périr, ni de manquer de défenseurs.

a Continuez, Sire, à présider avec confiance à ao§ destinées, fidèle ef dévouée, la Belgique restera digne d'elle-même et digue de son Koi !

Le Koi exprima la satisfaction que lui causait celte patriotique adresse, li «lit que la chambré, de même <|iie le pays, avait toujours prouvé el prouvait encore de nouveau en ce jour, comme il \ a irenle ans, que l'Europe avait eu raison de laisser à la Belgique la direction de se> propres destinées. Il ajouta que les nations ne meurent que par le suicide; que la Belgique navail pas cessé de montrer qu'elle savait vivre indé|>en<lanle, el quelle le voulait; que d'après ce qu'on venait de voir el d'entendre encore dans la journée même, il était bien manifeste que le suicide la tentait peu. I.c ftoi exprima ensuite ['espoir

que le pays ne courrai) pas de graves dangers. Il croyait avoir aidé, à toutes les époques de son règne, à l'en préserver. Il poursuivrait la même lâche dans l'avenir, et son fils, si sincèrement dévoué aux intérêts de la pairie, suivrait la même voie. Il ajouta que le bien-être et les ressources de la Belgique pouvaient recevoir encore plus d'un développement, dont il n'avait pas été possible de s'occuper jusqu'à présent; que ce serait l'œuvre de l'avenir. Il termina ce discours improvisé eu déclarant qu'il comptait en toutes circonstances sur l;i chambre des représentants.

La chambre répondit par les cris de : Vive le Roi! Vive la Famille royale!

Pendant la réception du sénat et de la chambre des représentants, les conseils des neuf provinces s'étaient réunis dans la grande galerie du palais. Le Roi s'étant rendu dans celte salle, accompagné du duc <'i de la duchesse de Brabant, les présidents des neuf conseils donnèrent successivement lecture des adresses volées par ces corps qui représentent si intimement, on peut le dire, les sentiments et les besoins des populations rurales.

AI. Cuylils, président du conseil provincial d'Anvers, lut l'adresse suivante, volée par celle assemblée :

( SlIlE,

« Jamais la nation belge n'a attendu avec autant d'impatience, ni salué avec autant de transport, le glorieux anniversaire que nous fêtons.

« 11 lui lardait de se serrer autour du trône et de répondre, par une solennelle manifestation, à ces hommes, étrangers à notre sol comme à nos mœurs, qui osent s'attaquer sourdement à la nationalité d'un noble peuple et qui vont chercher, dans de pertides suggestions, des moyens dignes de leur but.

a 11 lui tardait de dire bien haut qu'elle veut rester libre, après avoir prouvé pendant trente ans qu'elle mérite de l'être.

i Sire, quand les événements les plus graves se pressent à l'extérieur, quand l'Europe en travail voit se poser devant elle les plus redoutables problèmes, le moment est venu pour nous d'affirmer notre inébranlable loi dans l'indépendance du pays, not:e dévouement absolu, exclusif à toutes nos libérien

ANNIVERSAIRE DE L'INAUGURATION. .il

Nous scions fidèles à notre passé. Nous observerons religieusement celle neutralité qui est la condition de notre existence politique.

a Nos belles institutions vivront à jamais, appliquées, dans leur véritable esprit, au profit de Tordre et du progrès. Nous aurons toujours pour nous l'estime et l'amitié des autres peuples, la foi des traités, la force du bon droit. La Belgique se tiendra ainsi dans la voie si heureusement parcourue jusqu'à ce jour.

« Modérée comme elle doit l'être, mais ferme et unie, elle envisagera l'avenir dans le calme de la confiance. Elle comptera plus que jamais sur la prudence et le dévouement de son Roi bien-aimé, et elle l'aidera dans sou œuvre avec toute l'énergie du plus ardent patriotisme.

i Oui, Sire, la nation proclame, devant l'Europe entière, qu'elle est fi ère de ms institutions et de son Roi, qu'elle prétend les conserver à tout prix, el qu'elle proteste d'avance contre toute atteinte à son indépendance.

La Belgique, dont la grandeur ne se mesure pas à ses étroites frontières, jouit de trop de considération au dehors, pour avoir un péril à craindre.

i Un cri universel d'indignation signalerait l'agression à la vindicte du monde civilisé.

« Si l'heure du danger venait à sonner, ce jour là, Sire, vous disposeriez .le nous et des nôtres; nous sommes jusqu'au dernier prêts à tout sacrifier pour notre Roi, sa dynastie et la patrie belge.

( Vive le Roi !

Vive la Belgique indépendante .'

Al. Fonlaiuas, président du conseil provincial du Brabant, prit ensuite l;i parole en ces termes :

« Sire,

i Vingt-neuf ans de dévouement et de sagesse ont marqué le règne bienfaisant cl glorieux de Votre Majesté. Vingt-neuf ans de prospérité sous un sceptre béni de tous, ont rendu indissolubles à jamais, pour la Belgique reconnaissaute, les liens qui rattachent à son Roi bien-aimé, à la dynastie qu'elle a fondée, aux institutions qui font sa gloire et son bonheur. La gratitude universelle va célébrer, par d'unanimes acclamations, l'anniversaire d'une journée mémorable, chère à tous les souvenirs. Le conseil provincial du Brabant >ai>it avec empressement l'occasion qui lui est offerte d'exprimer, avec plus d'effusion que jamais, les sentiments qui sont dans tous les cœurs belges, et dont Votre .Majesté a tant de fois recueilli partout d'éclatants témoignages.

i Depuis que la Belgique a conquis sa nationalité, elle s'est toujours mon-

'■•i la h::l(.:iji i; i:\ iguu

trée digne de la place qu'elle ;i prise au raug des ualions. Des traités solennels oui consacre ses droits : elle ue peut avoir à redouter une atteinte odieuse à l'indépendance d'un peuple libre; elle doit regarder comme impossible jusqu'à la pensée d'une tentative dont l'Europe indignée flétrirait l'iniquité.

< E||e peut donc bannir de vaines alarmes que désavouerait sans doute la loyauté de l'étranger, et l'affection des Belges peut, avec sécurité, redire .1 \otie .Majesté, dans l'expression de leurs sentiments les [dus chers et de leurs vœux les plus ardents : Sire : présidez longtemps encore aux destinées de rbeureusc Belgique; jouisse/, longtemps de sa reconnaissance et de sa vénération, comme elle jouira des bienfaits de votre sagesse. Il u'j a de bonheur pour elle qu'avec la dynastie de son choix et ses institutions. La Y\ oviilcuce. qui la protège, saura les lui conserver cl ue permettra Jamais ce que repousseront toujours, au prix de tous les sacrifices, les patriotiques convictions de tous les Belges.

M. Coucke, président du conseil de l;i Flandre occidentale, lui l'adresse suivante, empreinte également du plus énergique patriotisme :

« Sire,

« Le conseil provincial de la Flandre occidentale est heureux de déposer aux pieds île Votre Majesté l'hommage de son inaltérable dévouement envers la dynastie nationale, dont les destinées son! désormais intimement liées à celles de notre patrie.

« Si la reconnaissance est toujours une vertu, aujourd'hui, plus que jamais, elle est pour nous un devoir. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler à la l'ace de l'Europe les droits que nous ave/ acquis à notre éternelle gratitude.

« En 18 18, la profonde confiance <\u peuple dans votre haute prudence nous sauva <\\\ cataclysme universel; IS.ju vit tous les Belges, réunis dans un même sentiment d'amour, acclamer le Koi dont la sagesse nous a\ait valu un quart de siècle de grandeur et de prospérité : le 21 juillet 1860 voit se renouveler les serments d'une commune défense.

« Ces trois dates. Sire, marqueront parmi les pages les plus glorieuses de votre règne.

o Jamais non plus nous n'oublierons que, si, après trois siècles de Lutte et de tiraillements, après avoir si longtemps versé le sang le plus pur de ses enfants, la Belgique est enfin parvenue à s'arracher aux étreintes de l'oppression étrangère, c'est grâce à la puissante énergie de Votre Majesté qu'elle a triomphe

des défiances de ses voisins et a sans cesse grandi clans l'estime et la considération de l'Europe.

« Puissent les acclamations qui s'élèvent de tous les rangs de la population, retentir au delà des frontières et prouver à l'étranger que les menaces comme les séductions n 'ébranleront jamais notre dévouement à nos princes et notre attachement à nos libres institutions.

« Prouver à toutes les nations que l'estime de votre peuple est la sauvegarde la plus assurée de votre dynastie, que l'heure du danger nous verrait tous, sans distinction de partis, groupés autour du trône, et arborer, sans crainte ni faiblesse, le drapeau de notre nationalité, telle est, Sire, la mission sacrée qui nous incombe en ce jour.

« Ce que nous voulons, c'est qu'à l'ombre de la royauté constitutionnelle, qui est notre palladium à tous, nous continuions, comme parle passé, à puiser dans notre propre sein, dans notre union qui fait notre force, l'énergie et l'activité qui ont développé à un si haut point toutes les branches de la prospérité publique.

« Tels sont les vœux des braves et patriotiques populations flamandes que nous avons l'honneur de représenter.

« C'est dans ces sentiments, Sire, qu'au jour d'épreuve, elles puiseraient la force nécessaire à la défense de nos droits et au maintien de notre indépendance.

« Vive le Boi! »

M. Groverman, président du conseil provincial de la Flamlic orientale, prononça le discours suivant :

« Sire,

« Il y a quelques jours à peine, la ville de Gaud saluait Votre Majesté de ses acclamations enthousiastes et unanimes. Le conseil provincial de la Flandre orientale, interprète fidèle des sentiments de la population, déposait à vos pieds l'hommage de son affection et de son respect.

« Aujourd'hui le cri d'amour parti de la vieille cité flamande est répété pai la Belgique entière. C'est en protestant de son inaltérable fidélité au trône et à nos libres institutions qu'elle entend célébrer l'anniversaire de l'inauguration d'un règne dont la trentième année va s'ouvrir.

« Nous nous joignons avec ardeur à cette grande manifestation nationale.

« Sire, l'histoire enregistrera un jour dans ses annales ce règne si calme et si fécond en conquêtes pacifiques. Elle dira les progrès réalisés pav le

peuple belge pendant trente années de, paix, de liberté et de travail; elle dira son attachement à ses nobles institutions, elle dira enfin de quel dévoilement profond et sans réserve il a su entourer, les confondant dans un même sentiment, comme elles le sont dans une même destinée, l'indépendance et la dynastie.

« Sire, nous nous rappelons vos paroles, l'attitude du pays doit être celle de l'avenir. Nous avons vu, au milieu des tempêtes de 1848, la nation belge unie, confiante et enviée, se ranger tout entière autour du trône.

i Un nouveau danger, s'il venait à s'en présenter un pour notre pays, nous trouverait tous ralliéssous la même bannière, et, croyez-le. Sire, si, ce qu'à Dieu ne plaise, une telle éventualité devait se réaliser, aucun sacrifice ne coûterait au dévouement des Belges, aucun effort ne coûterait à leur courage pour conserver deux choses, dont trente années de prospérité leur ont fait connaître le prix : une patrie libre et une royauté nationale.

<( MoNSElGNEl'R, M AD AME,

•i Vos Altesses Boyales et Impériale savent que depuis longtemps nous nous sommes accoutumés à unir dans nos cœurs les sentiments que nous portons au Boi et à sa royale famille. La Belgique voit avec bonheur s'élever au pied du trône deux générations de princes, nés parmi nous. Elle regarde avec confiance vers l'avenir, car elle sait que l'héritier de la couronne est aussi l'héritier des hautes vertus et des nobles traditions de sagesse et de loyauté ijue lui aura léguées son auguste père.

« Vive le Roi ! Vive la Famille royale ! »

M. Hubert, président dû conseil du Ilainaut, exprima ensuite, avec énergie, les sentiments et les vœux de cette industrieuse province :

< Sire,

< Le conseil provincial du Ilainaut, à l'occasion du 29e anniversaire de votre règne pacifique et glorieux, vient vous exprimer de nouveau la prolonde reconnaissance et l'inaltérable dévouement des nombreuses populations de cette importante province.

a De tous temps, les populations dont nous sommes les mandataires ont aimé les souverains qui se sont sincèrement dévoués à leur bonheur. Toujours, elles ont conservé et développé le caractère originaire de leur race généreuse : infatigable au travail et fière de la liberté.

« Lorsque enfin, en 1830, la Belgique ressaisit une nationalité indépendante, les enfants du Ilainaut surent prouver qu'ils étaient dignes de cette

précieuse conquête. Kt depuis lins. Sire, sous voire règne prudent ei paternel, ils vous ont aidé à montrer an momie que c'est par la liberté même que Fou peut fonder l'ordre, maintenir la paix et développer le bien-être des peuples.

« La loyauté du Roi, sa haute intelligente, sa profonde sagesse, ont permis à la Belgique de faire briller aux yeux de tous eette vérité impérissable ; et < "e>i pour cela qu'après 30 années d'expérience et de bonheur, nous venons autour de vous, Sire, nous confondre dans le sentiment de la plus vive reconnaissance.

i Si, comme Votre Majesté l'a noblement exprimé : « deux générations de

princes, sur lesquels repose aussi notre confiance, sont nées au milieu de

nous et possèdent avec nous une commune patrie » deux générations

de Belges ont aussi grandi sous le régime de nos institutions nationales; la liberté s'est infiltrée dans leur sang et elle leur donnerait l'énergie nécessaire pour défendre avec leur souverain l'existence nationale.

* En ce moment, propriétaires, industriels, ouvriers, tous, dans le Ilainaut, sans acception d'opinions ou de partis, confondent leurs aspirations et viennent, par notre organe, affirmer devant vous, Sire, la nationalité, l'indépendance, les libertés, la dynastie héréditaire de la Belgique.

i Nos sentiments, nous les inculquons à nos enfants; nous leur apprenons à honorer les rois fidèles à la foi jurée, à aimer la patrie, à chérir nos libertés et à se dévouer au besoin pour tous, avec le calme et la dignité d'hommes forts de leur droit et confiants dans la justice.

'< Ces vœux et ces sentiments des populations du Ilainaut, nous voudrions, Sire, qu'ils fussent connus et justement appréciés de toutes parts. Nous voudrions que les acclamations d'un peuple relativement faible fussent entendues de l'Europe entière et lui fissent comprendre le grand enseignement qui s'y trouve!... »

M. Rossius-Orban, président du conseil provincial de Liège, ne fui

|>;is moins explicite :

>< SlftR,

<< Le conseil provincial de Liège, à l'occasion du 29' anniversaire de votre règne, vient vous présenter l'hommage de son affection profonde, de sa vénération et de sa reconnaissance.

« Ces 29 années ont été pour le pays une ère de prospérité et de grandeur, de liberté et de progrès en toutes choses. Aussi l'union qui s'est formée entre la nation et la royauté de son choix est-elle intime, indissoluble, au point qu'il serait désormais aussi impossible de toucher à la dynastie que de détruire la Belgique elle-même.

:,(i LA BELGIQUE EN 1860.

« Les sentiments dont nous nous plaisons à vous oflïir l'expression réitérée ont retenti dans tout leur éclat lors des fêtes jubilaires. Aux yeux de l'Europe impressionnée et attentive, un peuple libre, une royauté jeune et généreuse, après un quart de siècle de pratique sincère et loyale de nos institutions constitutionnelles, resserraient encore, dans une solennelle étreinte, le lien formé pour la gloire et le bonheur de tous les deux : exemple unique qui assigne au premier Roi des Belges une place à part dans l'histoire, à côté des plus nobles et des plus imposantes figures; et l'histoire, Sire, a déjà commencé pour vous.

i Aujourd'hui, Sire, en présence des assertions téméraires ou des suggestions perfides d'une certaine presse étrangère, ignorante ou mensongère, nous éprouvons le besoin de proclamer plus haut et plus fermement que jamais nos affections et nos principes. Il faut qu'on sache, au loin et partout, qu'il n'est pas en Belgique une province, pas une commune, pas un seul citoyen digne de ce nom qui voulût échanger sa nationalité contre quoi que ce soit.

« Nos institutions, notre dynastie, notre nationalité, notre indépendance, nous les chérissons, nous les affirmons, nous les voulons avec énergie, avec toutes les forces de notre intelligence et toutes les fibres de notre cœur; aussi restons-nous, Sire, dans l'inébranlable confiance que rien ne viendra prévaloir eontre elles.

« Puissions-nous, Sire, de longues années encore, vous voir à la tête de la Belgique, heureuse et hère sous votre règne, et puisse notre libre et chère patrie, sous celui de vos descendants, accomplir les longues et belles destinées que la Providence semble lui avoir réservées ! »

M. Jaminé prononça ensuite le discours suivant, au nom du conseil provincial du Limbourg :

« Sire,

t II y a vingt-neuf ans, les Belges, sortant d'un état d'anxiété et d'incertitude, témoignaient, par les démonstrations les plus éclatantes, leur espoir et leur confiance. C'est qu'ils inauguraient le règne du Roi qu'ils avaient librement élu, d'un Roi qui, par sa position et par son caractère, pût rassurer les puissances contre les éventualités d'une révolution populaire, d'un Roi qui jura que toute son existence serait consacrée au bien-être de sa nouvelle patrie, au maintien des institutions que la nation s'était données.

« Ce règne, inauguré sous des auspices aussi favorables, a tenu ce qu'il promettait. Tout a prospéré : moralité, arts, commerce, industrie, législation. La Constitution a été religieusement observée; aussi point d'événement qui intéressait le Roi et sa dynastie auquel le peuple n'ait pris une vive part. La postérité s'arrêtera avec étonnement devant cette page de l'histoire racontant

ANNIVERSAIRE DK L'INAUGURATION. 87

qu'au 23° anniversaire du règne de Léopold Ier, il n'y eut pas un coin dans toute la Belgique d'où ne s'élevassent des acclamations de reconnaissance et les vœux les plus ardents pour la longue conservation des jours d'un prince dont le peuple, comme d'Albert et d'Isabelle, comme de Marie-Thérèse, gardera et bénira longtemps la mémoire.

« Bien des fois les richesses et les sages \ ogres de la nation belge ont fait l'envie d'autres peuples de l'Europe, trop peut-être pour que la possession d'un pays, si petit sur la carte, si grand dans l'estime publique, ne fut ellemême convoitée.

« C'est lorsque des jours mauvais s'annoncent et que des suggestions, de quelque région qu'elles partent, viennent troubler les populations, qu'il importe que les Belges renouvellent l'expression de leurs sentiments de gratitude et la ferme résolution de défendre leurs institutions contre toute agression.

« Ainsi l'ont pensé les conseils ovinciaux, le mieux à même par leur coutact journalier avec toutes les classes de la société, de se constituer l'organe fidèle de la nation. Ainsi l'a pensé spécialement le conseil provincial du Limbourg. Et certes, il ne pouvait se présenter d'occasion plus solennelle que la célébration d'un nouvel anniversaire, qui trouvera les Belges, en 1860, tels qu'ils étaient en 1818 et en 185G. Aujourd'hui comme alors ils proclament de toutes leurs forces que si, pour conquérir leur indépendance, ils ont sacrifié en 1830 leur fortune et leur sang, ils sont prêts à faire les mêmes sacrifices pour conserver cette précieuse conquête. Aujourd'hui comme alors et bientôt au milieu du danger peut-être, c'est autour du Roi, leur oriflamme à eux, qu'ils se grouperont pour repousser toute atteinte à des droits qu'ils veulent léguer intacts à leurs enfants! Vive le Iîoi! »

.M. Castilhon, président du conseil provincial du Luxembourg, s'exprima en ces termes :

« Sire,

i Le conseil provincial du Luxembourg vient, à l'occasion du 20e anniversaire de votre règne, déposer au pied du trône les sentiments qui l'animent : reconnaissance profonde pour le passé ; espérance non moins profonde pour l'avenir.

« Roi constitutionnel d'un peuple aussi libre que fier de ses libertés, l'histoire dira que vous sûtes donner l'exemple de la foi promise et, par votre respect pour nos institutions, inspirer à tous les Belges un fervent amour de la patrie.

- Vous avez encore, Sire, d'autres titres à notre gratitude : à travers les écueils qui surgissaient sous les pas d'une nationalité naissante, votre sagesse fut toujours pour nons un guide aussi sûr qu'éclairé.

i Et aujourd'hui que nous avons atteint le port, nous venons nous placei une seconde fois, sous votre égide, el protester denotre inaltérable dévouement.

« Sans doute, un gouvernement ami, sur la loyauté duquel nous croyons pouvoir compter, ne saurait être solidaire des passions qui s'agitent en dessous de lui. Mais au milieu de graves événements, qui montrent des peuples'effacer et d'antres s'agrandir, il importe, Sire, de vous exprimer, au nom de la province, les vœux ardents et siileères qui sont dans le cœur de tous les Luxembourgeois, et de vous dire bien haut :

( Cette liberté, scellée du sang des martyrs, nous voulons la défendre ; ( cette nationalité, l'ondée par nos communs efforts, nous voulons la voir survivre à tous les cataclysmes ; cette dynastie, dont l'existence est liée à la i nôtre, nous voulons la conserver. »

Enfin, M. Duiv, président du conseil provincial de iVamur, lui l'cidrésse suivante :

« SiKE,

« La Belgique a traversé," calme et libre, les plus redoutables crises européennes ; elle a échappé à l'atteinte des tourmentes révolutionnaires. Ce bonheur, nos cœurs reconnaissants aiment à le proclamer, nous le devons, après Dieu, à la prudence éclairée, à la profonde sagesse de Votre Majesté.

« Aussi plus les circonstances semblent devenir graves, plus l'élan qui entraîne la Belgique entière vers le trône de Votre Majesté se propage et s'enflamme. Fière de ce beau titre de fidèle, que Votre Majesté s'est plu à lui donner, votre province de Namnr tient plus que jamais à en mériter la gloire.

Il vous rend grâces, Sire, des vingt-neuf ans de paix et de liberté que vous avez assurés à notre belle patrie; elle ne cesse de faire remonter à Votre Majesté l'expression de sa reconnaissance pour la prospérité toujours croissante que lui ont donnée ces vingt-neuf années d'un règne glorieux, unique dans les fastes de notre siècle si agité.

« Sire, puisse la Providence continuer à répandre ses bénédictions sur votre tète auguste, sur la dynastie à laquelle sont liés nos intérêts les plus chers et les plus précieux d'hommes libres et de Belges ! C'est le vœu ardent de vos tidèles enfants de la province de Namur. C'est le vœu dans lequel se résument toutes les aspirations, et jamais peut-être ils n'auront poussé avec plus d'enthousiasme et d'ardeur ce cri de ralliement patriotique, ce cri devenu si populaire, emblème à la fois d'amour et d'indépendance : Vive le lioi ! »

Après chaque allocution, les cris de : Vive le Roi! Vice la Famille

royale ! é ta ienl répétés par rassemblée entière comme une éclatante démonstration de ses patriotiques sentiments.

Le Roi prit la parole, au milieu d'un religieux silence.

« Messieurs, dit-il, il ne peut pas si' présenter un spectacle plus beau el s plus noble que l'unanimité d'un peuple se confondant dans son amour

< pour son pays. Ce spectacle, vous le donner aujourd'hui, et j'en suis pro- « fondement touché, four qu'une nationalité soit solidement établie, elle « doit répondre non-seulement aux intérêts, mais également aux sentiments. * aux habitudes d'une nation, et lui offrir les éléments politiques et sociaux « qui avaient fait de tout temps l'objet de ses vœux. Un examen impartial de « l'état du pays prouvera que ce qu'il avait si longtemps désiré, il l'a obtenu. ( Il a la liberté avec l'ordre public, la sécurité avec la plus scrupuleuse léga-

< lilé ; il a fait les progrès les plus remarquables dans les sciences, les arts et u l'industrie, et en même temps sa richesse, si admirablement développer, « est, pour la première fois, exclusivement réservée à ses enfants.

« L'histoire nous enseigne que nos belles provinces ont souvent été la

« cause de grandes guerres; plus qu'aucune autre partie de l'Europe, elles

« ont été arrosées du sang des nations, sans que la question de leur position

« politique ait été définitivement décidée. En face de ces difficultés sans cesse

u renaissantes, l'Europe a cru qu'en vous confiant votre existence à vous-

i mêmes, ce but, si souvent manqué, pourrait être atteint. Vous avez, à

« votre grand honneur, résolu cette question ; la tache que l'Europe vous

» confiait a été remplie. Vous vous trouvez ainsi dans les meilleures relations

« avec toutes les Puissances et plus spécialement dans les relations les plus

« amicales avec celles dont vous êtes les voisins. Forts de ces résultats hono-

« râbles de notre existence indépendante, espérons que la Providence divine

g nous continuera sa protection, et n'oublions jamais la devise que le pays

a s'est donnée à lui-même : V Union fait la Force ! a

Ces paroles encourageantes furent accueillies par les acclamations unanimes et réitérées de rassemblée. 11 élail impossible de faire ressortir, avec plus d'élévation et de vérité, les immenses résultats obtenus par raffermissement de l'indépendance de la Belgique.

A six beures eut lieu, dans la grande salle du palais des Beaux- Arts, le banquet où le Roi allait se trouver de nouveau au milieu des mandataires des provinces. Lesconvi\e> étaient au nombre de plus de cinq cents.

60 LA BELGIQUE EN IStiO.

Au dessert, M. Jaminé, doyen des présidents des conseils provinciaux et ancien membre du Congrès national, porta le toast suivant :

« Au Roi, dont le règne esi un enchaînement d'actes de sagesse et de bienfaits !

« Au Roi, dont le règne est de la part de la Nation une démonstration cou- Mante de reconnaissance et de vénération !

« L'histoire, dans les pages qu'elle consacrera à ce règne glorieux, racontera que les Belges, sortant d'une crise violente, incertains de leur avenir, envisagèrent le Roi qu'ils venaient d'élire, comme une ancre de salut. Elle dira qu'une confiance sans limite succéda aux alarmes et à l'anxiété, lorsque le Roi jura de maintenir leurs institutions et que, Belge par adoption, il le serait par sa politique. Elle dira que, grâce à ce guide sûr et éclairé, nous avons traversé les écueils d'une nationalité naissante et les terribles perturbations qui vinrent plus tard bouleverser l'Europe. Elle citera l'auguste exemple de la fidélité à la loi promise et la fécondité du régime représentatif loyalement pratiqué.

i Puissiez-vous, Sire, rester longtemps encore notre guide et notre soutien!

i Puissions-nous léguer intacte à nos neveux cette Belgique si active, si paisible, si estimée, marchant d'un pas ferme dans la voie de tous les progrès; lançant hier la première locomotive sur le continent et resserrant, par l'extension des chemins de fer, l'union entre les citoyens et l'amitié avec les nations étrangères ; donnant à la pensée des moyens de communication aussi rapides que l'éclair ; abolissant aujourd'hui les octrois communaux, ces entraves si nuisibles au commerce intérieur ; cette Belgique, Sire, dont vous pouvez être fier et qui vous appelle d'une voix unanime le Père de la Patrie !

a Vive le Roi ! »

Le Roi répondit en ces termes :

« Mess:elks, Je remercie les conseils provinciaux des sentiments exprimés dans le discours patriotique que vous venez d'entendre. Je les remercie en même

i temps, en mon nom et au nom des miens, de la splendide hospitalité qu'ils

« nous offrent en ce jour.

« Quand un pays a des. sentiments aussi unanimes de patriotisme et a traversé tant de difficultés, tant de périls, avec autant de sagesse et de courage,

t on peut dire que son avenir est assuré. Laissez-moi seulement espérer que

•< ces dernières années resteront gravées dans vos cœurs comme elles le seront.

« éternellement dans le mien. »

ANNIVERSAIRE DE L'INAUGURATION. "il

Ces paroles furent accueillies par de frénétiques applaudissements cl les cris longtemps prolongés de : Vive le Roi! rive le Duc! vive la Duchesse de Brabrnit '

Alors une voix entonna du haut de la tribune le nouveau chant national, destiné à remplacer l'hymne de guerre de 1830.

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