‹ La Belgique et l'Exposition de 1878Chapitre 10 sur 107 · LES FRANCS ET LES ROIS MEROVINGIENS · texte numérisé non relu

LES FRANCS ET LES ROIS MEROVINGIENS

Nous venons de dire comment l’élément primitif de la race celtique avait fait place, dans notre Belgique, à l’élément purement germanique. Ce fut un bonheur pour ce pays. Car, lorsque les puissantes tribus des Germains, qui se coalisèrent sous le nom de Francs, passèrent le Rhin et vinrent épouvanter la Gaule, les Belges trouvèrent, dans les nouveaux envahisseurs, des frères qui n’eurent rien à détruire chez eux.

Dès le troisième siècle de notre ère, une tribu de ces peuples avait .cherché une demeure en Belgique et s’était établie dans la Campine. Depuis lors, leurs invasions s’étaient renouvelées continuellement : de Probus (276) à Théodose le Grand (395), les empereurs avaient eu sans cesse affaire à leurs bandes. Tantôt elles avaient été reçues parmi les troupes de l’empire et, plus d’une fois, leurs chefs, comme Mellobaudes sous Gratien, Arbogaste sous Valentinien II et sous le rhéteur

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Eugène, étaient devenus les véritables empereurs. Tantôt elles avaient été admises sur le territoire romain : Julien, par exemple, en 358, avait permis à la tribu des Francs saliens, ainsi nommés de l’Yssel ou Sala, leur séjour antérieur, de demeurer dans la Toxandrie (Brabant), où, chassés par les Saxons, ils s’étaient établis depuis une vingtaine d’années. A la même époque, une autre tribu avait reçu le même privilège, et sa position, sur les bords du Rhin (vers Cologne), lui avait fait donner le nom de Francs ripuaires.

Mais la plus grande invasion se produisit en 406, et bientôt les progrès des Francs ne s’arrêtèrent plus aux limites de la Belgique. En 442, nous voyons un de leurs chefs, nommé Clodion, maître de Tournai; en 451, nous trouvons son successeur, Mérovée, s’alliant aux Romains dans les plaines de Châlons pour repousser les hordes d’Attila, qui venaient de ravager tout le pays des Belges; et, quelques années plus tard, en 481, quand Clovis ou Chlodowig, petit-fils de Mérovée, fut élevé sur le pavois par les Francs de Tournai, la nation franque s’étendait au loin. Elle était divisée en quatre ou cinq tribus, redoutées pour leur audace aventureuse et leur amour des combats, qu’augmentait encore en elles le culte d’Odin ; c’étaient les Francs ripuaires de Sigebert, à Cologne ; ceux de Clovis, à Tournai ; ceux de Ragnacaire, à Cambrai ; ceux de Cararic, à Térouanne, et sans doute déjà ceux de Renomez, au Mans. Clovis, dans un long règne de

L)E L’HiSTOIRE DES BELGES.

trente années (481-511), après s’être converti avec sa tribu au christianisme, réunit tous les Francs et la plus grande partie de la Gaule sous sa domination. Ses fils soumirent la Bourgogne et eurent autorité sur la Germanie jusqu’à l’Elbe. Le royaume des Francs, dont la Belgique était le berceau, devint l’état prépondérant de l’Europe occidentale.

Malheureusement les Mérovingiens ne connaissaient pas la nécessité de l’unité monarchique. Chaque roi, en mourant, partageait ses États entre ses fils, et ces partages sans cesse renouvelés étaient souvent des causes de discordes et de crimes. La Belgique en souffrait cruellement ; car l’Escaut la divisait toujours en deux royaumes différents : la Neustrie, qui s’étendait depuis la rive gauche du fleuve jusque vers l’Océan, etYAustrasie, qui commençait à la rive droite et se prolongeait jusqu’au delà du Rhin.

A cette cause de faiblesse des rois mérovingiens s’en joignit une autre : les descendants de Clovis perdirent peu à peu le caractère guerrier de leur race et devinrent le jouet des chefs puissants qui les entourèrent. Chaque province ( pagus ou gau) se trouvait, à cette époque, sotfs l’autorité d’un comte ou grave, qui avait à la fois le commandement militaire et l’administration de la justice; lorsque plusieurs provinces étaient réunies, c’était un duc qui en avait la direction ; et les officiers suprêmes, chargés de gouverner la maison du roi [major

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domus ), les maires du palais étaient ordinairement choisis parmi les plus célèbres des ducs. Ils prirent sur leurs souverains indolents un tel ascendant que ceux-ci furent flétris du surnom de rois fatnèanls (670-752).

Il était temps qu’une famille nouvelle prit possession du pouvoir royal.

Mais avant de parler de la dynastie carlovingienne, hou s devons nous arrêter un moment et voir comment, sous les Mérovingiens, le christianisme, s’introduisant enfin en Belgique, y opéra tardivement sa bienfaisante influence.

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