LE CHRISTIANISME
Vers la fin du in° siècle, des missionnaires, comme Piat, Chrysole et Bûcher, venus de la Grèce et de Rome, avaient paru en Belgique, dans les lieux occupés par les Romains, et avaient converti, au prix de leur sang, une grande partie de ces derniers. A ces apôtres en avaient succédé d’autres; mais leurs tentatives pour aborder les Belges eux-mêmes n’avaient eu, dans le principe, aucun résultat. Tandis que toutes les Gaules, à peu près, étaient déjà chrétiennes, les Belges, au ve siècle, restaient encore asservis aux superstitieuses croyances de la religion germanique. Des évêques régionnaires furent alors officiellement
députés de Rome pour agir sur eux; saint Victricius, évêque de Rouen, se hasarda dans les forêts nerviennes et jusqu’au fond du pays marécageux des Morins. Mais le bouleversement, causé par la brusque arrivée de Clcdion, et l’invasion formidable d’Attila arrêtèrent encore pour un temps les efforts des missionnaires. Ce fut seulement après la bataille de Tolbiac que Clovis courba son front sous l’eau du baptême (496), et que les Francs, à l’imitation de leur chef, se firent chrétiens comme lui.
Même alors la régénération ne s’accomplit que lentement chez les peuples qui avaient repoussé avec tant d’opiniâtreté toutes les influences de la civilisation romaine. Longtemps après avoir reçu l’Évangile, les Belges ainsi que les Francs confondus avec eux, s’obstinèrent à mêler leurs superstitions aux dogmes et aux cérémonies du christianisme. Nous retrouvons encore, au commencement du vu0 siècle, un exposé curieux de cette situation morale dans une allocution pastorale de saint Eloi (Eligius), qui était descendu, vers 604, des sources de l’Escaut jusqu’à son embouchure.
A partir de cette époque, la religion du Christ fit des progrès plus sensibles. On vit s’élever de toutes parts des églises et des monastères. Saint Amand, après avoir créé dans les possessions d’Adroald, duc franc de Douai, l’abbaye de Marchiennes, alla fonder, dans l’enceinte d’un vieux . camp romain, à Gand, et sur le mont Blandin, un
double monastère en l'honneur de saint Pierre. Saint Orner s'efforça d’extirper des cantons des Morins et des Ménapes les dernières racines du paganisme, et un de ses compagnons y fit une fondation qui fut l’origine de l’illustre maison de saint Per tin. Saint Remacle, dans les Ardennes; saint Liévin et saint Géry, dans le Brabant ; saint Lambert, sur les rives de la Meuse, agirent do même. Les femmes ne déployèrent pas moins de zèle : les sœurs de Pépin de Landen, sainte Gertrude et sainte Begge, fondatrice de la communauté des béguines; sa veuve Idubergede Landen, et ses cousines, sainte Waudrue et sainte Aldegonde, consacrèrent leurs richesses. à bâtir ou à doter des églises.
Autour de ces fondations se groupèrent alors des populations nombreuses. De grands travaux on commun furent organisés: des forets défrichées, de nouveaux champs cultivés. On peut même dire que la plupart des villes importantes de la Belgique n’ont pas eu d’autre origine que la réunion des chrétiens autour de leurs premières églises.
Il est vrai que, dans ces contrées où l’habitude des associations s’était introduite de bonne heure avec les peuples d'origine germanique, le christianisme n’avait point à opérer une révolution complète; les gildes de la vieille Germanie, ces sociétés auxquelles une même communauté d'intérêts affiliait les hommes de toutes les conditions,
DE L’HISTOIRE DES BELGES. . oJ
devaient prendre sans peine la forme des vastes communautés fraternelles que’ créait le christianisme à ses débuts: le besoin d’agglomération et d’assistance mutuelle, qu éprouvaient ces Bai bai e^, n’avait rien d’incompatible avec la morale de l’Évangile. Mais il n’en faut pas moins reconnaître que la nouvelle religion fut pour eux un immense bienfait: ils trouvèrent, dans les travaux quelle leur fit entreprendre, une source considérable de bien-être physique ; et il est incontestable que l’aspect même de leur pays fut, en peu de temps, très-avantageusement modifié.