‹ La Belgique et l'Exposition de 1878Chapitre 12 sur 107 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

Les Mérovingiens, avec Clovis, s’etaient servis de la religion chrétienne pour affermir leur royauté ; les Carlovingiens, avec Pépin le Bref, firent de même.

Ce Belge appartenait à la lignée glorieuse des Pépins, dont le fondateur, au commencement du vu0 siècle, avait pris le nom deLanden, son principal domaine. Il était le petit-fils de Pépin d Héristal et fils de Charles Martel, qui avait écrasé les Sarrasins dans les plaines de Poitiers. Fort et brave à toute épreuve, fier des traditions de sa famille et des services qu elle avait rendus à 1 Église, Pépin le Bref fit demander au pape, lequel devait être roi,

de celui qui tenait le sceptre ou de celui qui tenait le pouvoir. Le pontife Zacharie répondit : « Que celui qui sait régner soit roi! » Et les Francs, dépossédant le dernier des fainéants, élevèrent sur l’antique pavois de Clovis celui que désignaient ainsi à leur choix ses exploits et la parole même du chef de la religion (752).

Après son élévation, Pépin le Bref ne se montra pas ingrat envers le saint-siège. Il fit deux expéditions en Italie contre les Lombards (753 et 756), leur enleva l’exarchat ainsi que la Pentapole, et fonda par une charte royale le pouvoir temporel des papes.

Il laissa, en mourant (768), deux fils, dont l’un se montra plus grand encore que tous les héros, ses ancêtres ; ce fut Charlemagne, qui établit son autorité depuis la mer du Nord jusqu’à Messine, depuis les Pyrénées jusqu’au Danube, et qui, de sa main puissante étendue sur l’Europe, féconda ce vaste empire.

Le nouvel empereur d’Occident, couronné à Rome, le 25 décembre 799, par le pape Léon III, ne mérita pas seulement le surnom de Grand par ses conquêtes. Il sut réunir les talents du législateur à ceux du guerrier, et le génie, qui crée, à la prudente vigilance, qui conserve et qui maintient les royaumes. « Il songea, dit Montesquieu, à tenir le pouvoir de la noblesse dans ses limites et à empêcher l’oppression du clergé et des hommes libres. 11 mit un tel tempérament dans les ordres de l’État qu’ils

DE L’HISTOIRE DES BELGES

furent contre' balancés et qu’il resta le maître.

Il fit d'admirables règlements ; il fit plus, il les fit exécuter. » Son vaste empire était divisé en provinces, dans chacune desquelles le pouvoir était exercé, en son nom, par deux classes d’agents, dont les uns étaient locaux et permanents, et dont les autres étaient envoyés de loin et passagers. La classe des agents locaux comprenait les ducs, comtes, vicaires des comtes, centeniers, scabini, chargés de lever les armées, rendre la justice, maintenir l’ordre, percevoir les tributs, puis les bénéficiers ou vassaux, qui tenaient de l’empereur des terres et des domaines dans l’intérieur desquels ils exerçaient une certaine juridiction et presque tous les droits de la souveraineté. Au-dessus de cette classe était celle des missi dominici, sorte d’inspecteurs généraux, autorisés à pénétrer dans tous les domaines et les terres libres pour réformer les abus et en rendre compte à leur maître. Quant au gouvernement central, il résidait presque exclusivement dans l’action personnelle de Charlemagne. Il prenait seulement soin, avant de promulguer ses lois ou capitulaires , de consulter sur leur opportunité les assemblées générales, qu on appelait alors Champs-de-Mai, et auxquelles assistaient tous les grands du royaume, prêtres et laïques. Ces capitulaires, on peut le dire, formulèrent toute la législation du moyen âge ; nous en connaissons GO, qui se composent ensemble de 1126 articles, dont 02 1 concernent la législation civile, et les autres, la législation religieuse.

I 2 apcrçu général

Charlemagne s’occupait aussi de la culture des terres, de l’industrie et du commerce. Il avait ouvert des rapports avec le Levant, avait conçu la superbe entreprise de la jonction du Rhin avec le Danube, et ne négligeait rien pour offrir à ses manufactures des débouchés nouveaux.

Enfin il favorisait les études et cherchait à polir les mœurs en instruisant ses peuples. Il s’était entouré d’une foule de savants, tels que le moine Alcuin et le fameux Eginhard qui, dans la suite, devint abbé de Saint-Baron, à Gand. Il avait fondé de nombreuses écoles, parmi lesquelles se distinguèrent, en Belgique, celles de Liège, de Saint- Bertin, de Lobbes et de Saint-Amand : il y faisait enseigner les sept arts libéraux, c’est-à-dire, la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique.

La Belgique d’ailleurs était pour lui un objet de prédilection. Il aimait principalement le pays de Liège, berceau de sa famille, et venait fréquemment se reposer de ses fatigues, soit à Liège même, soit à Herstal, soit à Jupille, où il avait des résidences et où tout rappelle encore aujourd’hui son souvenir.

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