‹ La Belgique et l'Exposition de 1878Chapitre 13 sur 107 · IA FÉODALITÉ · texte numérisé non relu

IA FÉODALITÉ

Les successeurs de Charlemagne ne furent pas de taille à supporter le fardeau d’un si pesant liéri-

tage. Leur faiblesse et leurs querelles intestines accrurent l’audace des Barbares qui, jusqu’alors, s’étaient agités sur les frontières de l’empire, toujours tenus en respect par la formidable épée qui les menaçait. A. l’est, ce furent les Slaves, au midi, les Sarrasins ; et au nord, les Normands.

En l’an 83G, les pirates normands remontèrent l’Escaut, détruisirent la ville d’Anvers, saccagèrent Courtrai, Gand, Tournai, Louvain, incendièrent Térouanne et Malines : tout le pays belge fut ravagé. Pendant un demi-siècle, il y eut une série d’invasions et de dévastations telles que, longtemps après quelles eurent cessé, on chantait encore dans les églises : A furore Normemorum libéra nos, Domine : Seigneur, délivrez -nous de la fureur des Normands.

Au milieu de tant de désastres, les plus puissants seigneurs de la Belgique eurent mainte occasion de se signaler par leur valeur. Le premier comte de Flandre, par exemple, combattit les Barbares avec tant de courage qu’il en acquit le surnom de Bras-de-Fer.

Mais la gloire dont ils se couvrirent et l'importance de leurs services leur donnèrent insensiblement assez d’ascendant sur la faiblesse des rois pour les rendre indépendants de toute autorité souveraine. Dès 846, Louis le Débonnaire céda des terres à perpétuité à ses leudes ou fidèles; sous Charles le Chauve, les comtes refusèrent de se soumettre à l'inspection des missi dQminiei ; et, en

877, le capitulaire de Kiersy, consacrant légalement cette aliénation du pouvoir royal, autorisa la transmission héréditaire des comtés. Dès lors, le système féodal fut fondé. Les terres des principaux seigneurs, devenues des fiefs, leur donnèrent le droit de suzeraineté sur les seigneurs moins importants, leurs vassaux : ceux-ci purent avoir euxmêmes un pouvoir féodal sur d’autres vassaux inférieurs; et l’autorité souveraine ne s’exerça plus que médiocrement sur les peuples.

Heureusement pour la Belgique, il s’y était élevé de bonne heure deux maisons principales , qui devaient éclipser toutes les autres et empêcher, dans une certaine mesure, le morcellement complet du pays. Deux grands fiefs avaient été créés: le comté de Flandre, qui reconnaissait la suzeraineté du roi de France, et la Lotharingie (Brabant, Namur, Luxembourg, Hainaut, Limbourg, Liège et Anvers), qui relevait de l’Empire. L’empereur Lothaire avait donné la Lotharingie à son gendre Regnier au Long-Col, premier comte de Hainaut, tandis que la Flandre avait eu pour premier comte Baudouin Bras-de-Fer , gendre de Charles le Chauve. Ainsi étaient nées, du sang des Belges mêlé à celui des Carlovingiens, les deux grandes familles qui devaient dominer sur la plus grande partie de la Belgique.

Autour d’elles se formèrent huit ou neuf suzerainetés diverses, dont la plus importante fut l’ évêché-principauté de Liège , qui s’agrandit consi-

DE LIIISTOIRE DES BELGES

dérablement sous les évêques Notger, Baudry II et Nithard. La ville do Liege, capitale de cet évêché, atteignit rapidement un certain degré de prospérité, grâce à son heureuse situation topographique avec la Meuse, qui la traverse, et les nombreux cours d’eau qui sillonnent son territoire.

En même temps, un descendant de Regnier au Long-Col fonda le comté de Louvain, qui devint le duché de Brabant et qui absorba le mai quisat d’Anvers.

Namur fut la capitale d’un comté distinct dont un des chefs, Albert III, par d’heureuses entreprises, étendit son autorité jusqu’à Verdun.

Dans le voisinage de Namur, les comtes de Luxembourg , non contents de leurs possessions entre l’Ourthe et la Moselle, ménageaient par calcul les petits États limitrophes, comme les comtés d’Arlon, de la Roche, de Durbuy, mais préludaient a leurs projets ambitieux par des attaques souvent répétées contre le territoire des archevêques de Trêves.

Quant à la principauté de Limbouvg , circonscrite à l’est de la Meuse, du côté de Fauquemont et do Dalhem, elle ne révélait pas encore sa prochaine importance.

Tel était l’aspect sous lequel se dessinait la Belgique au xie siècle, et 1 on voit que, déjà alois, elle comprenait en germe la plupart de ses subdivisions actuelles. Mais les limites de notre travail ne nous permettent pas de nous étendre longuement

sur les détails de l’histoire particulière de tant de souverainetés indépendantes, dont la constitution territoriale fut à chaque instant modifiée par leurs rapports réciproques, par les héritages, les mariages, les traités d’alliance et les guerres Nous nous contenterons de rappeler ici les deux grands mouvements généraux auxquels prit part la Belgique tout entière, c’est-à-dire le mouvement religieux des croisades et le mouvement libéral et national des communes.

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