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LES CROISADES

Lorsque Pierre l’Ermite et le pape Urbain II se mirent à prêcher la première croisade, un frémissement universel agita les nations chrétiennes de l’Occident. Les seigneurs, poussés à la fois par le sentiment religieux et par le goût des aventures lointaines ; les serfs, courbés sous le joug féodal, et qui entrevoyaient leur affranchissement dans l’expédition à laquelle ils pouvaient prendre part,

1 En 1051, par exemple, Baudouin V, appelé Baudouin de Lille, maria son fils à la comtesse Richilde de Ilainaut, et, par suite, les deux grandes provinces furent réunies sous un même sceptre. Mais ce ne fut pas pour longtemps. Car le fils cadet de Baudouin, Robert le Frison, attaqua la comtesse Richilde, malgré le roi de France qui la protégeait, et, après la grande bataille de Cassel, le comté de Flandre, de nouveau séparé du Iiainaut, appartint au vainqueur.

DE L’HISTOIRE DES BELGES

se levèrent d’un commun accord, à ce cri formidable de Dieu le veut! que la France avait poussé la première et qui retentit bientôt d un bout àl autre de la Belgique.

Le concile de Clermont avait fixé le départ de l’armée au 15 août 1090. Au jour désigné, les Belges furent prêts : ils étaient, selon 1 historien Michaud, au nombre de quatre-vingt-dix mille. Pour s’équiper et subvenir aux frais d’un aussi long voyage, tous s’étaient imposé les plus durs sacrifices : beaucoup de seigneurs avaient aliéné ou engagé une partie de leurs domaines.

Il y avait la le comte de Flandre, Robert II, et le comte de Hainaut, Baudouin II, avec la flem de la chevalerie ; les gens d’armes de Namur, conduits par Albert, fils du comte Albert III; les Brabançons, dont le chef était alors en Palestine, retenu prisonnier par les musulmans ; les meilleurs lances et les plus habiles archers d’Anvers et du Limbourg , Adalbert, fils du comte de Luxembourg, et Pierre, comte d’Ardenne ; la turbulente chevalerie liégeoise ; et enfin, accompagné de ses deux frères, Baudouin et Eustache de Boulogne, le plus illustre de tant de héros, le duc de Lotharingie, Godefroid de Bouillon.

L’armée ne parvint en Asie mineure qu après les marches les plus pénibles : les efforts des Turcs, les maladies, causées par le climat et les privations de tout genre, retardèrent son arrivée devant Jérusalem, jusqu'au printemps de 1 année

1099. La ville fut prise le 15 juillet, et, lorsque les princes se réunirent pour nommer un roi, quoiqu’ils eussent parmi eux, pour prétendre à la couronne, des candidats de la plus haute naissance, tels que Hugues le Grand, frère du roi de France, les suffrages se portèrent sur Godefroid.

Le nouveau monarque se montra digne en tous points du glorieux mandat qui lui était conféré ; il battit complètement les musulmans dans les plaines d’Ascalon, et son autorité ne tarda pas à paraître assez bien établie pour permettre aux seigneurs belges de retourner dans leur patrie Grâce à son génie, l’étendard de la croix flotta sur les murs de Jérusalem tant qu’il vécut. Mais, dès qu’il fut mort, la ville fut envahie de nouveau.

Une deuxième croisade fut alors prêchée par saint Bernard (1150), et les Belges y prirent encore une part active. On y distingua Thierry d’Alsace qui, d’après la légende, rapporta à Bruges le saintsang. Mais l’expédition ayant échoué misérablement par la destruction presque entière des 400,000 hommes qui l’avaient entreprise, le pape Clément III forma une nouvelle ligue sous le commandement des trois grands rois Philippe- Auguste, Richard Cœur-de-Lion et Frédéric Barberousse

1 Encore aujourd’hui, le 19 janvier de chaque année, au sonde la cloche de Sainte-Gudule, les habitants de Bruxelles fêtent ce qu’ils appellent la veillée des Dames, en souvenir du retour des croisés qui, selon la tradition, reparurent d’une façon inespérée le 19 janvier U, 01.

DE L’HISTOIKE DES BELGES

(1190). La Belgique y eut pour principal représentant Jacques d’Avesnes, et ce fut à cette époque que le comte de Flandre rapporta de l’Asie l’écusson d’or au lion de sable, qui, depuis, servit d’armoiries au comté.

Bans la quatrième croisade, figurèrent les ducs de Brabant et de Limbourg, et une foule d’autres Belges, entête desquels se signala Baudouin, comte de Flandre et de Iîainaut, qui, après la prise de Constantinople, fut acclamé par l’armée chrétienne et couronné empereur dans l’église de Sainte- Sophie, le 16 mai 1203.

Quant aux quatre dernières croisades (1217- 1270), la Belgique y participa beaucoup moins : elle avait perdu, dans les quatre premières, un très-grand nombre de guerriers, etlagloire qu’elle avait acquise, était assez éclatante pour lui suffire.

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