MOUVEMENT COMMERCIAL, INDUSTRIEL ET COMMUNAL
Toutes ces expéditions d’ailleurs eurent pour elle des résultats importants. Les pertes d’hommes qu’elle avait éprouvées, furent compensées par de sérieux avantages.
Nous ne parlerons pas de l’impulsion donnée par les prédications de saint Norbert et de saint Bernard aux sentiments religieux, et, par suite, à la fondation de tant d’abbayes, à la construction
de tant d’églises, dont la plupart sont encore comptées aujourd’hui parmi les monuments principaux du pays. Il faudrait décrire les abbayes de Villers et de Cambron, le magnifique chœur de la cathédrale de Tournai, les églises de Saint-Jacques et de Saint-Nicolas de Gand, la cathédrale de Liège, que devaient détruire les Français, les églises de Saint-Sauveur et de Notre-Dame à Bruges, la première commencée en 1127, et la seconde bâtie tout entière, à l’exception de la tour, de 1180 à 1185.
Cette foule d’édifices, construits à la fois en tous lieux, sont autant de preuves de l’augmentation des richesses au xne et au xm® siècle. Et en effet, il n’avait pas été indifférent à l'essor industriel et commercial de Bruges, de Gand, de la Flandre et des autres provinces, que dos seigneurs belges, comme le comte Baudouin et son frère Henri, eussent été successivement élevés, en qualité d’empereurs, sur le trône de Constantinople. La navigation de la Belgique s’était alors étendue et perfectionnée d’une façon remarquable.
Les villes, à cette époque, semblent rivaliser d’émulation. Philippe d’Alsace dirige, en 1184, une expédition contre les corsaires normands, dont Cherbourg est le refuge, et il les détruit. Les navires brabançons, qui remontent le Rhin, obtiennent de Henri Ier des exemptions de droits. Liège défend la libre navigation de la Meuse et porte déjà ses marchandises aux foires d’Allemagne..
Malines fait le commerce d’outre-mer. En 1201, Anvers s’agrandit de près de moitié. Bruges, comme Anvers, se hâte d’entrer dans la confédération commerciale qui vient de se former à Breme, sous le nom de ligue hanséatique ; elle est un des quatre comptoirs généraux de l’association, qui devient pour elle un instrument de grandeur.
Grâce à ses progrès maritimes, la Belgique s’enrichit de produits nouveaux et de procédés inconnus. Elle dérobe à l’Orient ses arts chimiques et mécaniques ; elle apprend des Arabes 1 art de filer et de tisser le coton ; elle s’adonne à la fabrication des tapis. Elle offre aux diverses nations du lin, de la laine, des draps, de la toile. Tous les ports de l’Europe et de l’Asie occidentale lui sont ouverts. Chacune de ses provinces traite d’égal à égal avec les peuples les plus puissants : le Brabant obtient de la France la libre fréquentation des marchés et des foires ; la Flandre, en 1295, se fait donner par l’Angleterre la liberté de la peche du hareng le long de ses cotes, et, 1 annee suivante, le droit d’acquérir les laines aux mêmes conditions que les Anglais eux-mêmes.
Et ce n’est pas seulement sur le commerce et l’industrie que s’exerce ainsi l’influence des croisades : elle est plus grande encore sur la révolution politique qui s’opère dans le pays. Les familles nobles, rhanquant d’argent, ont vendu à leurs vassaux des privilèges et des franchises. La bourgeoisie grandit tout à coup en pouvoir et en indé-
pendance, aux dépens de la féodalité. Le peuple désormais a le sentiment de son affranchissement ; le souffle puissant de la liberté naissante donne aux villes une vie toute nouvelle. Les communes sont constituées.