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LA MAISON D’AUTRICHE. — CHARLES-QUINT

Marie de Bourgogne laissait deux enfants en bas âge. Maximilien, après avoir été, non sans de grandes difficultés, reconnu leur tuteur, se vengea cruellement des Brugeois, qui s’étaient révoltés contre lui et qui l’avaient même retenu prisonnier pendant trois mois. Sa régence fut dure pour la Belgique, qu’il traita en pays conquis. Lorsqu’il la quitta, en août 1493, pour monter sur le trône d’Allemagne, il y laissa d’autant moins de regrets que son fils Philippe, déjà surnommé le Beau, qui atteignait en ce moment sa majorité, s’était, attiré par ses qualités et les grâces de son âge l'affection des seigneurs et du peuple.

A part une nouvelle guerre pour la possession de la Gueldre, le règne de Philippe fut tranquille. Un double mariage unit ce prince et sa sœur Marguerite à Jeanne d’Espagne et à son frère don

UE L’HISTOIRE UES RELUES

Juan, le fils et l’héritier de Ferdinand d’Aragon et d'Isabelle de Castille. Lorsque don Juan mourut sans postérité, Philippe devint donc l’héritier présomptif du trône d'Espagne. Mais, au moment de recueillir ce riche héritage, il expira lui-même (1506), laissant un fils âgé de six ans, du nom de Charles, et qui devait être Charles-Quint.

Comme aïeul de cet enfant, Maximilien devenait une seconde fois régent ; mais, retenu en Allemagne, il laissa l’administration de la Belgique à sa fille Marguerite, qui s’acquitta de ses difficiles fonctions avec tant de bonté et d’habileté que Charles, devenu majeur, lui laissa le soin de gouverner en son nom les Pays-Bas jusqu’à l’époque où elle mourut. Sous le sage gouvernement de cette princesse accomplie, les provinces belges jouirent d’un calme qui ne fut troublé par aucune guerre intestine ; le commerce et l’industrie prospérèrent ; les lettres et les arts furent en honneur ; on vit briller, dans le même temps, à la cour de Malines, l’historien Jean Molinet, le philosophe Erasme, le jurisconsulte Viglius, le futur pape Adrien d’Utrecht et le cardinal Granvelle, les poètes Jean Lemaire et Jean Second, les peintres Michel Coxie et Van Orley.

Cette tranquillité des provinces belges permit à Charles d’aller prendre paisiblement possession du royaume d’Espagne, que le génie de Christophe Colomb venait de doter du nouveau monde. Il se fit ensuite élire empereur d’Allemagne (1520), malgré

les efforts de François Ier, et son empire égala, dès lors, celui qu’avait eu Charlemagne. Nous n’avons à raconter ici ni ses vingt années de lutte contre le roi de France, ni ses longues guerres contre Soliman le Grand. Voyons seulement ce que devint la Belgique.

A l’époque où mourut Marguerite, que Charles- Quint remplaça par sa sœur Marie de Hongrie (1530), la grande fermentation religieuse qui agitait l’Europe, se propagea rapidement chez les Flamands et leurs voisins. La sévérité qui fut déployée contre les idées nouvelles, ne fît que leur donner plus de force, et la régente se vit forcée plusieurs fois d’employer la violence pour rétablir dans leurs couvents les moines, qui en étaient chassés. Marie de Hongrie, d’ailleurs, bien qu’elle lut douée d’une rare intelligence, n’avait pas, comme Marguerite, le talent de s’attirer l’affection des peuples. On s’en aperçut au refus formel que signifièrent les Gantois, de payer les subsides qui leur étaient demandés. L’empereur, quoiqu’il fût né dans leur ville et qu’il s’intitulât volontiers « bourgeois de Gand », résolut de les châtier sévèrement pour effrayer les grandes communes toujours attachées à leurs vieilles idées d’indépendance. Il entra dans la cité à la tête de huit mille hommes, fit décapiter vingt-six des principaux habitants, exigea que les magistrats vinssent s’agenouiller devant lui, priva la commune de ses privilèges, et lui imposa une amende de 150,000

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florins pour construire une citadelle qui les dominerait.

Gand néanmoins ne perdit pas tout de suite son importance. Elle resta, longtemps encore, pour les laines d’Angleterre et d'Espagne, un entrepôt central auquel venaient s’alimenter les nombreuses fabriques de Louvain, de Malines et de Tirlemont.

Les autres villes de la Belgique, malgré leurs querelles religieuses, ne prospérèrent pas moins à la Sn du règne de Charles-Quint que sous l’administration de Marguerite. Bruxelles avec ses tapisseries de haute-lisse, Liège avec ses manufactures d’armes, Dinantavec sa chaudronnerie, Tournai, Audçnarde, Grammont, Ypres, Fûmes, et bien d’autres accrurent leur industrie. Lacitéde Bruges seule fut la victime d’une révolution commerciale et ne put rester ce qu’elle avait été. Dès 1511, les Portugais, auxquels la conquête des Indes venait d’assurer le monopole des produits de l'Orient, l’avaient abandonnée pour se rendre à Anvers, dont le port offrait plus d’avantages naturels au tonnage des navires, devenu plus fort. Les Italiens et les Ostrelins (marchands des villes hanséatiques) suivirent leur exemple. Il en résulta que la ville d’Anvers devint tout à coup le centre principal des affaires. Il s’y fit chaque jour des opérations pour plusieurs millions de florins, et, dans le cours de son règne, Charles-Quint y perçut deux cent cinquante millions de francs d’impôts extraordinaires. L’Escautrecut jusqu’à deux mille cinq cents navires à la fois.

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