LES PROVINCES-UNIES ET LA FRANCE
A peine Isabelle et l'archiduc Albert furent-ils arrivés dans leurs États qu’ils eurent à les défendre contre les attaques de Maurice de Nassau. Après une guerre de neuf ans, qui débuta pour eux par la défaite de Nieuport (1G00), ils consentirent à traiter avec la république batave : ils reconnurent solennellement son indépendance, et conclurent avec elle une trêve de douze années (9 avril 1609).
Cette trêve rendit enfin au pays un peu de calme et quelque espoir. Les archiducs, qui désiraient
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sincèrement le bonheur de leurs sujets, firent les plus grands efforts pour rétablir l’ordre et le travail. Ils remirent les lois en vigueur, rétablirent des monuments détruits, relevèrent des digues, rendirent des champs à la culture, et rouvrirent un certain nombre d’ateliers. Les beaux-arts, les lettres et les sciences, moins esclaves des circonstances que le commerce et l’industrie, reprirent de l’éclat. On vit en même temps des peintres comme Rubens, Yan Dyck, Jordaens, etc.; des imprimeurs comme les Moretus; des savants comme Van Helmont, SidroniusHosschius, Juste Lipse et lecélèbre Bollandus, auteur de la fameuse collection des Acta Sanctorum.
Mais l’archiduc mourut sans postérité en 1621, et il avait été stipulé, lors de l’érection des Pays-Bas en souveraineté, que, dans ce cas, ils feraient retour à la monarchie espagnole. Dans la même année, la trêve conclue avec la république batave étant expirée, celle-ci reprit immédiatement les hostilités.
La maison d’Autriche vit coalisées contre elle les principales nations de l’Europe; de longues guerres dynastiques s’engagèrent, et la Belgique perdit encore une fois, et pour longtemps, tous les bienfaits de la paix.
La guerre de trente ans, dans laquelle s’illustrèrent le comte de Tilly, de la famille des T’Scerclaes, et le général belge de Mansfeld, se termina par le traité de Westphalie (24 octobre 1648) qui,
dans le but de garantir l’équilibre européen, affaiblit la puissance autrichienne au profit de la France, et reconnut définitivement l’indépendance des Provinces-Unies. Le résultat immédiat de ce traité fut la fermeture de l’Escaut et la ruine rapide du commerce des Belges. La Hollande en hérita : Amsterdam s’enrichit de toute l’ancienne prospérité d’Anvers. La puissance maritime des Provinces-Unies en fit aussitôt un État de premier ordre, qui ne chercha plus qu’à s’assurer, par l’anéantissement de la Belgique, le commerce du monde et la domination des mers.
Toute l’histoire de la fin du xvne siècle ne présente pour les Belges qu’une série non interrompue de malheurs. On connaît les conquêtes de Louis XIV et les traités qui les suivirent. Celui des Pyrénées (7 novembre 1659) lui adjugea plusieurs villes du Hainaut et du Luxembourg ; celui d’Aix-la-Chapelle (2 mai 1668) lui donna Charleroi, Binche, Ath, Tournai, Audenarde, Lille, Courtrai, Bruges et Fûmes; celui de Nimègue (17 septembre 1678) lui confirma la possession des villes d’Ypres et de Grand dont il venait de s’emparer. Puis, dans une nouvelle invasion, que célébrèrent Racine et Boileau, il conquit Namur et bombarda Bruxelles d’une façon si cruelle que les dégâts furent évalués à plus de 23 millions de florins.
Le traité de Ryswick, qui mit fin à cette campagne (1697), n’assura pas la paix. Une nouvelle crise européenne rejeta immédiatement dans le tumulte
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des batailles les malheureuses provinces belges, qui n’aspiraient qu’au repos. Le roi d’Espagne, Charles II, étant mort en 1700, après avoir désigné pour héritier Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, celui-ci prononça le mot resté célèbre : « il n'y a plus de Pyrénées ». Et aussitôt les maisons d’Autriche et de Bourbon engagèrent une lutte acharnée, dont le théâtre naturel fut la Belgique, qui devait fatalement appartenir à l’une ou à l’autre.
L’Autriche, alliée à l’Angleterre et aux Provinces-Unies, l’emporta. Vaincu à Ramillies, en Brabant (1700), puis, dans les plaines de Malplaquet, en Hainaut (1709), le grand roi finit par signer les traités d’Utrecht, de Rastadt et d’Anvers ou de la barrière (1713-1715), plus désastreux encore pour la Belgique que ne l’avait été la paix de Westphalie. Tout en devenant l’apanage de l’Autriche, elle dut payer une rente annuelle de douze cent cinquante mille fhmns aux Provinces-Unies, qui restèrent maîtresses de l’Escaut, et eurent le droit de tenir garnison dans six villes belges, destinées à leur servir de barrière contre la France.