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DOMINATION AUTRICHIENNE

La maison d’Autriche ne s’implanta pas alors en Belgique avec autant de facilité qu’on le croit com-

munément. Le marquis de Prié, à qui le pouvoir avait été délégué par le prince Eugène de Savoie, représentant de l’empereur Charles VI, rencontra dans la bourgeoisie une opposition si vive qu’il crut devoir recourir aux moyens sanguinaires, employés jadis parle ducd’Albe. François Agneessens, doyen de la nation de Saint-Nicolas, vieillard de soixante et dix ans, le modèle des citoyens vertueux, fut exécuté le 20 septembre 1719, au milieu de la profonde émotion d’une foule indignée et d’un déploiement de forces militaires considérable; quatre autres doyens de nations furent bannis; ceux qui passaient pour leurs complices, condamnés au fouet, à la marque et à l’exil.

Il y eut pourtant, à la même époque, des efforts très-sérieux du commerce belge. Malgré la saisie récente de plusieurs de leurs navires par les Anglais et les Hollandais réunis, quelques négociants d’Anvers, de Gand, de Bruges et d’Ostende voulurent organiser un centre d’opérations en créant à Ostende une compagnie des Indes, à l’instar des compagnies de Bretagne et de Hollande. L’empereur autorisa la création de la société en 1722, et les Belges, qui voyaient tout de suite dans cette entreprise maritime une chance de rénovation nationale, s’y portèrent avec un tel enthousiasme que tout le capital social fut souscrit en quelques jours. Mais la Hollande et l’Angleterre reprochèrent à la cour de Vienne d’avoir octroyé un privilège contraire aux traités ; la France et l’Espagne

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appuyèrent leurs réclamations ; et, après quelques négociations dans lesquelles, il faut le dire, le marquis de Prié joua un rôle peu honorable, l’empereur, par le traité de Vienne, en 1731, s engagea « à faire cesser incessamment, et pour toujours, tout commerce de navigation aux Indes orientales dans toute l’étendue des Pays-Bas autrichiens. » Charles VI n’avait signé ce traité honteux, qui sacrifiait la Belgique aux intérêts étrangers, que pour assurer son propre héritage à sa fille Marie- Thérèse, et faire reconnaître par les puissances européennes la Pragmatique sanction, qui était l’acte par lequel il avait réglé sa succession. Son but ne fut pas atteint; car, dès qu’il fut mort, Marie-Thérèse se vit entourée d’ennemis. Pour aller la secourir en Allemagne, les garnisons hollandaises, qui tenaient les six villes de la barrière, s’y firent remplacer par seize mille Anglais, et Louis XV saisit ce prétexte pour envahir la Flandre. Après les victoires de Fontenoy et de Rocour, confirmées par la journée de Lawfeld et la prise de Maestricht, la Belgique resta, pendant trois années, au pouvoir de l’armée française, commandée par le maréchal Maurice de Saxe. Cette douloureuse situation ne trouva son terme qu’à la paix d’Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748), qui permit au duc Charles de Lorraine, beau-frere de l’impératrice, de venir reprendre le gouvernement de la Belgique.

Après un siècle et demi de malheurs continus,

les Belges virent enfin leurs efforts parfaitement secondés par l'initiative intelligente, par l’esprit libéral et conciliant de Charles de Lorraine. Un progrès sensible, durant trente années, se manifesta dans tout le pays par l’augmentation de la population, l’amélioration du revenu de la douane, l’abondance des capitaux. La navigation intérieure et l’économie rurale furent encouragées ; les villes, enrichies de beaux édifices; Bruxelles, dotée d’une académie des lettres et des sciences ; Anvers , d’une école militaire ; l’université de Louvain , réorganisée ; les écoles moyennes, instituées.

Les traces des désastres de tant de guerres disparaissaient comme par enchantement ; tout se relevait et semblait vouloir prospérer, lorsque le duc Chaides et l’impératrice moururent à peu de mois de distance, en 1780, laissant la Belgique à l’empereur Joseph IL

Celui-ci n’avait que de bonnes intentions. Il aurait voulu rendre aux Belges leur ancienne importance commerciale, et s’efforça tout d’abord de les arracher au joug de la Hollande. Après de longues négociations, il fit remettre aux commissaires hollandais un ultimatum qui réclamait la démolition de plusieurs forteresses, la libre navigation de l’Escaut, le droit de commercer avec les Indes et de régler le tarif des douanes. Quelques régiments allemands s’avancèrent presque immédiatement pour appuyer cet ultimatum, mais la France, qui craignait que la Hollande ne se jetât

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de nouveau dans les bras de l’Angleterre, offrit sa médiation, et mit fin aux dissensions par le traité de Fontainebleau (novembre 1785). La Hollande dut payer dix millions de florins et abandonner plusieurs forts ; la Belgique recouvra la liberté de réglementer chez elle son commerce et ses douanes : mais la fermeture de l’Escaut fut maintenue.

Les Belges n’auraient eu que de la reconnaissance à témoigner à Joseph II, s'il s’était contenté de défendre leurs intérêts au dehors : il voulut malheureusement, par des réformes intérieures, faire leur bonheur selon ses idées personnelles et malgré eux. Il modifia coup sur coup les députations, l’administration provinciale, les pouvoirs des états, l’organisation judiciaire ; philosophe et disciple de Voltaire, il osa porter la main sur certains monastères et sur les séminaires épiscopaux. De semblables réformes ne pouvaient être introduites brusquement, sans exciter des troubles dans un pays qui était toujours resté attaché à son ancienne constitution, et qui avait été longtemps le théâtre de guerres religieuses. Un avocat au conseil de Brabant, Henri Van der INoot, se mit à la tête des conservateurs nationaux. Une armée de volontaires se forma rapidement et se mit sous les ordres du colonel Van der Meersch. Les Flamands se réunirent aux Brabançons. Les Autrichiens, vaincus dans une première affaire, évacuèrent le pays. Les États affranchis envoyèrent aussitôt à

Bruxelles des députés qui, réunis en assemblée générale, proclamèrent la déchéance définitive de Joseph II, et la confédération des Etcits-Unis-de-la- Belgique, sous la direction d’un congrès souverain (11 janvier 1790).

La république belge ne vécut pas un an. Dès le mois de février, craignant un retour des Autrichiens, elle avait envoyé une députation à l’Assemblée nationale de France pour demander son appui; mais les Français étaient trop occupés chez eux pour intervenir, en ce moment, à l’étranger. Aussi, Joseph II étant mort au mois de septembre, l’empereur Léopold, à peine couronné, fit avancer ses troupes sous le commandement du feld-maréchal Bender. Il promettait, avec une amnistie générale pour les faits relatifs à la révolution, le maintien des constitutions provinciales dans l’état où elles se trouvaient sous le règne de Marie-Thérèse. Les Belges, dénués de tout secours extérieur, se soumirent, et Yander Noot se retira en Hollande.

Malgré l’exécution des promesses de Léopold, le gouvernement autrichien ne réussit pas à maintenir la bonne intelligence. De nouvelles complications surgirent. Léopold d’ailleurs et, après lui, son fils François II, considérant la république française comme une menace pour les monarchies de l'Europe, lui firent la guerre : les Français, victorieux à Vahny, s’ouvrirent l’entrée de la Belgique par la bataille de Jemmapes (7 novembre 1792), et

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s’avancèrent jusqu a la Meuse. Ils étaient accompagnés des émigrés belges, conduits par Van der Meersch ; ils proclamaient la liberté de l’Escaut ; ils furent accueillis comme des libérateurs.

Les Belges avaient été persuadés que la république n’attenterait pas à leur indépendance ; ils ne tardèrent pas à sentir qu’ils se trompaient et qu’ils allaient être absorbés ; puis, se produisirent les désordres de la terreur. Blessés dans tous leurs sentiments, ils virent avec plaisir les défaites des Français à Aix la- Chapelle et à Neerwinden, ainsi que le retour triomphant des Autrichiens. François II fut reçu avec pompe à Bruxelles, et proclamé sur la place Royale le 17 avril 1794. Personne, en ce moment, n’eût pu supposer que la domination autrichienne fût près de finir.

C’en était fait pourtant trois mois après. Les armées de la république prirent leur revanche ; elles remportèrent, en 1794, toute une série de victoires : le 20 juin, la bataille de Fleurus leur ouvrit de nouveau la Belgique ; le 9 juillet, Jourdan entra à Mons, et Pichegru à Bruxelles ; le 24 et le 27, Anvers et Liège se rendirent.

Pendant une année, les provinces belges furent traitées en pays conquis, soumises aux contributions militaires, aux réquisitions de tous genres. Pour mettre fin à une situation si désastreuse, elles réclamèrent spontanément leur annexion à la France, et, sur leur demande, la Convention, par la loi du 9 vendémiaire an IV (lor octobre 1795),

proclama solennellement cette réunion de la Belgique et du pays de Liège au territoire français.

L'empereur François II confirma lui-même l’acte de la convention en signant, le 17 octobre 1797, le traité de Campo-Formio.

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