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DESSINS ET MODÈLES D’ARCHITECTURE

Lo nombre des monuments anciens qui subsistent en Belgique, prouve combien l’art de l’architecture y fut cultivé.

Beaucoup d’édifices présentent des parties qui se rattachent à la période du style romain. L’aspect intérieur des églises belges qui appartiennent .à cotte période, est tantôt sombre et mystérieux comme à Saint-Ursmer de Lobbes, où la nef obscure fait paraître le choeur comme un sanctuaire inondé d’une lumière surnaturelle, tantôt imposant par l’ampleur et l’élévation de la nef centrale, comme à Sainte- Gertrude de Nivelle, tantôt gran-

1 M. Danse, médaillé à Bruxelles, à Liège, à Moscou et à Vienne, a obtenu, en 1873,1a décoration des travailleurs industriels.

A l’exposition de 1878.

dioso comme à la cathédrale de Tournai, où la dimension s’ajoute à la belle ordonnance des lignes pour produire cette impression. La cathédrale de Tournai est incontestablement l’édifice romain qui offre le plus d’intérêt artistique : le plan en fut arrêté vers 1146; le chœur, depuis démoli, fut voûté en 1198 et l’église fut consacrée en 1213. Sauf ce magnifique monument, les églises romanes do Belgique, offrant peu de lignes architectui’ales, sont plutôt des constructions intéressantes ou pittoresques que des œuvres d’art; elles sont imposantes par leur masse extérieure ; la grossièreté de leur appareil leur donne un air de grandeur sauvage ; mais il y a encore en elles quelque chose de la forteresse et du cloître.

A l’architecture généralement grossière et sombre des églises romanes succéda l’architecture romano-ogivale. Les édifices de cette nouvelle période, tout en perdant le caractère des édifices précédents, n’eurent pas immédiatement celui des constructions ogivales, mais un caractère mixte et de transition. Les murailles s’ornèrent d’arcatures comme à Saint-Nicolas de Gand; les arcs-boutants multiplièrent les jeux d’ombre comme dans le chœur de Sainte-Gudule; les fenêtres s’encadrèrent de moulures comme dans la Chapelle, à Bruxelles ; les portails se développèrent en voussures et s’enrichirent de tores en retraite comme dans les églises de Saint-Sauveur à Bruges et de Saint-Scrvais à Maëstrieht. La construction ro-

J.A BELGIQUE

mano-ogivale la plus vaste fut le chœur de Saint- Martin à Ypres.

Enfin, l’élément roman disparut, et l’architecture ogivale qui s’était produite en France vers 1100, se produisit en Belgique dans les dernières années du xne siècle. « Les architectes belges, dit M. Ch., Buis dans son histoire intéressante de l’architecture, empruntèrent au système français les principes fondamentaux de l’art nouveau et les appliquèrent avec un esprit germanique, c’est-à dire que, sur un plan français, les Flamands bâtirent des sortes de halles qui, par leur élévation, se rapprochent des constructions allemandes; les piliers sont très-écartés, les colonnes restent longtemps cylindriques, comme dans les monuments gothiques primaires français. Cependant les riches négociants flamands, dont toute l’activité était tournée vers l’industrie et le négoce, dont la principale préoccupation était de conserver les privilèges, sauvegarde de la prospérité du pays, attachèrent plus de prix aux monuments qui témoignaient de la grandeur et de la puissance de la commune qu’à ceux qui devaient attester leur foi ; aussi les halles et les hôtels de ville brillent-ils encore aujourd’hui dans toute leur beauté, tandis que la plupart des églises sont restées inachevées. »

Parmi les architectes qui construisirent à cette époque les monuments civils les plus remarquables, il faut citer : Jean Rogiers, Van Thienen et Van

A l’exposition de 1878.

Ruysbroeck, Mathieu Layens, J. de Hase et J. Van Goeteghem, Henri Van Pede, Dominique Waghemaker et Rombault Kindermans. Les hôtels de ville de Bruges (1376), de Bruxelles (1401-1454), de Mons (1440), de Louvain (1448-1463), d’Alost (1489), d’Audenarde (1525-1529), celui de Gand (1517), malheureusement inachevé; les maisons communales de moindre importance comme celles de Loo (1565), d’Hoogstraeten, de Damme et de Léau ; les grandes halles d’Ypres, de Bruges, de Louvain, de Malines, de Diest, de Gand, sont autant de monuments qui doivent attirer aujourd’hui l’attention des voyageurs et des artistes.

Au milieu des églises très-nombreuses qui appartiennent à l’époque ogivale, nous devons distinguer, comme des échantillons précieux de ce style gothique, la flèche de Notre-Dame d’Anvers, l’église de Saint-Martin d’Ypres et celle de Boisle-Duc.

A l’époque de la Renaissance, le plan et la disposition intérieure des églises belges restèrent gothiques : elles continuèrent à présenter une nef centrale, traversée par les transepts et terminée par un chœur demi-circulaire ; la seule différence qu’elles offrirent, consista dans leurs tours qui, au lieu d’être placées en tête du monument, furent bâties au chevet ou à côté du chœur. Mais les détails décoratifs extérieurs furent bien modifiés. Le goût italien fut importé dans les provinces belges par la compagnie des jésuites, et il est

curieux de voir l’activité que la célèbre compagnie déploya pendant le xvn® siècle pour couvrir le pays de ses constructions. Bruxelles d’abord, en 1606, puis Anvers (1614), Bruges (1619), Louvain, Namur, Malines (1669), Liège, Huy, Lierre, Alost, Tongres, Gand, Courtrai virent s’élever des temples où la méthode italienne manifestait sa richesse théâtrale. La façade de l’église d’Anvers est un des types les plus complets de cette architecture qui, du nom de ceux qui l’avaient mise à la mode, fut appelée dans le pays l’architecture jésuite.

A cette influence qui agit au xvne siècle sur les édifices religieux de la Belgique, il faut ajouter celle que Rubens, à son retour d’Italie, exerça certainement sur les constructions civiles. Cette action, en effet, fut si sensible que, même aujourd’hui, on attache communément le nom de Rubens à une foule de maisons de cette époque, qui offrent à l’œil des bossages exagérés, des frontons arrondis, une ornementation exubérante.

Le xvni0 siècle, durant lequel s’éleva le quartier du Parc à Bruxelles, dû à l’architecte français

Guimard, vit l’architecture belge se soumettre à l’influence dominante de la France. Les édifices reprirent l’allure solennelle de l’art classique, atténuée cependant par une certaine élégance. Il y eut, en même temps, une sorte de révolution dans le choix même des matières de construction : au lieu d’employer, comme au siècle précédent, la pierre

A l’exposition de 1878.

do taille, on se servit de préférence de la brique, soit en la revêtant de pierre blanche ou de pierre bleue, soit en la mêlant à ces pierres. Les ornements en stuc et en plâtre remplacèrent les sculptures à l’intérieur, le badigeon recouvrit tout d’une teinte uniforme de blanc. D’ailleurs, comme le fait remarquer M. Fergusson, si les édifices belges du xviii0 siècle, comme ceux du xvn°, ne furent pas des modèles de goût, ils ne présentèrent pas non plus cette imitation maladroite de l’antiquité, si déplaisante chez d’autres peuples.

- Cependant, l'imitation de l’architecture romaine devint excessive dans les premières années du siècle actuel. Les monuments construits de 1820 à 1840 présentèrent, en général, un emploi peu satisfaisant des formes classiques : Suys, dans le portique du palais du roi et l’aile droite du palais d’Arenberg à Bruxelles ; Roelandt, dans le palais de justice, l’université et le casino de Gand; Vanderstraeten, dans le palais ducal, montrèrent, malgré nn talent réel, beaucoup de froideur et peu d’originalité. Leurs disciples Cluysenaar, Goppens et Spaak n’osèrent pas s’affranchir complètement de leurs traditions, et ce fut J. -J. Dumont qui, le premier , comprit que la monotone répétition des formes classiques ne répondait ni au goût, ni aux exigences de la vie moderne. Sa tentative d’émancipation, il est vrai, ne lui réussit guère; mais il avait du moins donné l’exemple, et ses successeurs en profitèrent.

Dans ces dernières années, en effet, la Belgique, tout en restaurant ses anciens monuments, s’est enrichie d’un grand nombre de constructions nouvelles qui dénotent combien ses architectes sont actuellement animés du désir d’innover et de donner un cachet national à leurs œuvres. Parmi les édifices civils nous devons signaler la Bourse de Bruxelles par M. Suys fils; la Banque nationale d’Anvers et le château de Faulz par M. Beyaert; le château de Presles et la décoration intérieure du palais du roi par M. Balat ; le théâtre de la monnaie et le palais dejusticede Bruxelles par M. Poelaert; l’université de la même ville par M. Trappenière; les hôtels de M. Janssens , et une foule de châteaux dans les environs des grandes villes. Parmi les monuments religieux nous pouvons citer, avec les restaurations de MM. Renard, Eugène Carpentier, Jamaert, Schoy, Delsaux et Rémont, les églises de Châtelet, d’Antoing et de Belœil par M. Carpentier, Sainte-Catherine et l’église de Laeken par M. Poelaert; celle de Saint-Josse-ten-Noode par M. Yan Ysendyck; celle de Saint- Arnaud, àStuyrenberg.par M. Louis Baeckelmans ; l’église gothique des Bollandistes de M. Paveaux ; l’église romane de Saint- Marc, près de Virton, de M. de Curte; et le béguinage de Saint- Amand, près de Gand, qui, bâti sur les plans de M. Arthur Verhaegen, est un spécimen des mieux réussis de cette école de Saint-Luc, récemment fondée, où les élèves n’étudient et ne voient que des modèles gothiques du xme siècle.

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Il semble, dit M. Ch. Buis, qu’une génération nouvelle d’architectes, formés par des études plus fortes et mieux dirigées, s'est mise à l’œuvre. Le sentiment du pittoresque, propre aux Flamands, comprimé un moment sous le joug classique, se fait jour de nouveau; et quelques erreurs, quelques fautes de goût qu’on puisse signaler encore dans les tentatives actuelles, elles ne marquent pas moins l’aurore d’une ère nouvelle.

Cependant l’exposition de la classe IV ne comprend pas un grand nombre de dessins et de modèles d’architecture. Huit artistes belges seulement ont exposé dans cette classe : ce sont MM. Buysschaert, Carpentier, Coulon, de Larabrie, Dumorticr, Jamaer, Licot et Samyn. Nous avons à signaler tout particulièrement le n° 443 dans lequel M. V. Jamaer * a représenté la façade, style flamand, de son habitation, et le très-remarquable envoi de M. Eugène Carpentier ’1 2, se composant de quatre nos, savoir : (n° 43G) Grand hôtel central f place de Brouckero, à Bruxelles. Vue d’ensemble après la disparition du temple des Augustins. Cette construction est élevée à la demande de la ville, 1878; — (n° 437) Projetât église paroissiale pour

1 M. Jamaer est chevalier des ordres de Léopold et de la couronne de chêne. Médaille civique de l,c classe.

2 M. Carpentier a obtenu un prix à Paris, en 1867, des médailles à Bruxelles et à Vienne en 1872 et 1873; il est chevalier de l’ordre de Léopold.

Spa, 1877 ; — (n° 438) Église de Notre-Dame à Iluy. Restauration en voie d’exécution, 1876. Vue de l’état actuel. Vue perspective de la restauration. Dessin géométral de la tour restaurée, 1 centimètre par mètre. Hauteur totale de la tour , 102 mètres ; — (n° 439) Beffroi de Tournai restauré on 1872. Eglise d’Anloing , construite en 1872, vue intérieure.

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