TAPIS, TAPISSERIES ET AUTRES TISSUS O’ AMEU¬ BLEMENT
Dans la tapisserie il est une expression que tout le monde emploie et dont bien peu de personnes connaissent la signification : c’est celle de basse ou de haute lisse; en voici l’explication. Dans les métiers de basse lisse les fils de la chaîne sont tendus horizontalement, et ils haussent et baissent alternativement par l’action des pédales. Dans les métiers de haute lisse, au contraire, les fils sont tendus verticalement, et ils s’éloignent ou s’approchent sans quitter la position perpendiculaire.
L’invention de la basse et de la haute lisse semble venir du Levant. Les Flamands et les
‘Joli la BELGIQUE
Anglais, qui y ont les premiers excellé, en ont peut-être apporté l’art au retour des croisades. Quoi qu’il en soit de cette origine, il est certain que, dans le xiii° siècle, il y avait à Ypres une manufacture de tapis, et les historiens racontent que, sous le règne de Philippe le Hardi, lors des négociations de paix entre la France et l’Angleterre, les seigneurs anglais reçurent du roi français de magnifiques tapis de Flandre. Les villes d’Audenarde, de Bruges et de Tournai, dans les siècles ' suivants, acquirent une grande célébrité par cette industrie ; l’Arioste ne dédaigna pas de chanter la beauté des tapisseries de haute lisse du pays flamand. Ce furent, d’ailleurs, les ouvriers flamands qui introduisirent en France et y dirigèrent les premières fabrications de tapis ; les noms de Marc, Charles et Alexandre Coomans, de François et Raphaël de la Planche, de Jans d’Audenarde, maître-tapissier de Louis XIY, y sont restés justement célèbres. Cependant, vers la fin du xvme siècle, le corps des hauts lisseurs de Tournai ayant cessé d’exister, leur industrie disparut et fit place à celle des tapis de pieds.
Actuellement, la Belgique possède plusieurs maisons importantes qui, comme la manufacture royale de Tournai, fabriquent de grands tapis de luxe, dits à nœuds, genre Smyrne et Savonnerie, des moquettes, ainsi que des tapis imprimés sur chaîne et veloutés. Elle a aussi, depuis quelques années, grâce à l’intelligente initiative du comte de
A l'exposition de 1878. 257
Montblanc, quelques établissements pour la fabrication de tapisseries décoratives à basse lisse, connues sous le titre de tapis ras, et dont le point est semblable à celui des Gobelins.
Tout l’intérêt de l’exposition de la classe xxi se porte sur les compartiments occupés par les deux manufactures de Malines et d’Ingelmunster.
Celle de Malines, qui a fourni les panneaux de tapisseries du salon royal, expose ici cinq panneaux : deux à personnages, qui sont destinés à la salle gothique de l’hôtel de ville de Bruxelles; deux autres, le portrait de Rubens et l'Arabe , d’après M. Louis Gallait ; et le cinquième qui reproduit une chasse à l'Autruche d’après une tapisserie ancienne de Bruxelles. Elle expose en outre un canapé fleurs et ornements, un fauteuil avec vue de Malines, deux fauteuils représentant des sujets de fables de La Fontaine, etneuf chaises portant les armoiries des neuf provinces belges.
La manufacture d’Ingelmunster expose aussi un grand panneau, un canapé et des fauteuils. Ceuxci représentent des scènes flamandes : des fêtes de village et des intérieurs rustiques. Le panneau nous montre une composition d’histoire tout à fait locale, la bataille d' Ingelmunster en 1580.
En dehors de ces deux riches compartiments, la classe xxi ne renferme que les passementeries de M. Ravet, les tapis et nattes de MM. Pavoux, Van Damme et Vermeire-Deryck.