La Meuse de Liège à Maastricht
Bateaux à vap«ur sur la Meuse. Départs de Liëgc en été à 6I/2 et 11 heures du matin, «t à 5 heures du soir^ aller en 2V2i retour en 4 heures. Prix: aller, f® pi, 2 fr. , 2*^ pi. 1 fr. î retour 1 fr. Le bateau à vapeur qui fait la même route sur le canal de Liège à Mae$tricht (mêmes prix) fait le trajet en 3 h.; ©n choisira cette voie pour le retour. — Un bateau à vapeur part trois fois par semaine de Haestricht pour Bois-le- Due, par le canal qui relie ce« deux villes. Bateaux pour Venloo et Rotterdam, voir p. 31. Chemin de fer de Haestricht à Aix-la-Chapelle et Landen, y. p. 46.
La navigation sur la Meuse est si attrayante, les galeries souterraines de la montagne de iSt-Pierre si remarquables , qu'on ne saurait mieux employer une journée disponible. £n se dirigeant, dès rarrivée à Haestricht, vers la montagne de St-Pierre, on peut très-bien être de retour en ville poiir 1 h. , puis dtner et retourner à Liège par le bateau de 3 h. — On peut déjeuner à bout du bateau; café, pain et beurre, 75 cent. — Nous
HÉRISTAL. 5. UofUe. 41
cohseilloiu de laisser son bagage à Liège , aûn d'épargner les désagréments de la visite de la douane hollandaise en allant et de celle de la douane belge an retour.
Chemin de fer de LÂége à Maestricht (depuis 1861) en 1 à IV4 h.^ pour 2 fr. 40, 1 fr. 80 ou 1 fr. 20 c. Stations : Liège (Longdoz) , JupHUy Wandre, Cheratte^ Argenteau^ Visé (douane belge), Eysden ' (àoM&ne hollandaise), Oronweld.
Anssitôt après avoir quitté le d^arcadère du Quai de la Balte, au-dessons du Pont-des-Arches, on remarque sur la rivegauche deux grands bâtinients; ce sont, l'un le Mcnt^de-Piêtiy construit en briques rouges, les coins en pierre bleue, l'autre la fonderie de canoM (p. 37), dominée dans le fpnd par la citadelle. Les collines sont plantées de vignes. Aussitôt le fleuve décrit une forte courbe.
Voici les points principaux à signaler aux voyageurs.
g. (rive gauche) Une tour ronde et tronquée, reste d'un ancien moulin à vent.
d. (rive droite) JupiUe, riant village avec une église sur uneéminence, une des plus anciennes localités du pays, connue dans l'histoire par le séjour qu'y firent Pépin d'Héristal et Charlemagne. Le premier y mourut en 714.
La vallée s'élargit du côté gaucbe, la crête des collines conserve la même hauteur jusqu'à la montagne de St-Pierre dans le voisinage de Maestricht. La plaine est parsemée de villages et de maisons isolées; de tous côtés se dressent des cheminées de fabriques. Les coteaux à dr. offrent une riche végétation d'un aspect pittoresque; les versants sont couverts de vergers.
d. Souverttm-Wandre, village masqué par les arbres qui l'entourent. La rive gauche devient moins aride qu'elle ne l'était jusqu'ici.
g. Héristftl, lieu natal de Pépin d'Héristal, le célèbre maire du palais, qui finit par gouverner en souverain pendant le règne des trois rois fainéants Olovis III, Ghildebert III et Dagobert II. Son petit-fils, Pépin-le-Bref, sacré roi de France en 752 par l'archevêque Boniface de Mayence, mourut en 768 à Héristal. Quelques auteurs prétendent, mais cette question est loin d'être décidée, que le village à également vu naître Charlemagne en 742. C'est ici que le roi de France Charle-le-Chauve conclut en 870 avec Louis-le-Oermanique l'important traité relatif à la division de la Lotharingie. Le village s'étend sur une longueur de près d'une lieue et s'approche assez de Liège, pour en être considéré comme un faubourg. Sa population se compose essentiellement d'ouvriers. La seigneurie d'Héristal était depuis 1444 entre les mains de la maison de Nassau; elle passa trois siècles plus tard, par héritage, à la couronne de Prusse, et tfxt vendue par Frédéric-le-6rand au prince-évêque de Liège pour la somme de 160,000 écus.
g. Cherua, dépendance d'Héristal.
d. CheraiU, village.
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d. Château à" ArgenteaUf noavellement restaura, appartenant au comte Mercy d'Argenteau, propriétaire d'un si grand nombre de terres, qu'il put, dit-on, faire le voyage de Paris (avant l'établissement des chemins de fer, bien entendu) sans jamais passer la nuit dans une propriété qui ne fût à lui. Le manoir est construit sur deux rochers escarpés, reliés par l'arche d'un pont, au-dessous de laquelle se pressent des mafisiOs d'arbrisseaux. Les vastes jardins qui entourent cette gracieuse résidence, et au milieu desquels on voit s'élever une chapelle, s'étendent bien loin au N. Le village du même nom est adossé au rocher et baigné par les eaux de la Meuse. Argenteau est incontestablement le site le plus pittoresque de la Meuse inférieure.
g. Hermallej village, en face d'Argenteau.
d. Visé, petite ville de 2579 hab., jadis fortifiée, quartiergénéral de Louis XIV, lors du siège de Maestricht en 1673. Les fortifications ont été démolies en 1675; quelques traces de murailles sont encore visibles.
d. Navagnej au confluent de la Berwinne et de la Meuse. Lors des sièges de Maestricht au 17® siècle, les Espagnols avaient établi ici un camp retranché, qui tomba successivement au pouvoir des Hollandais, puis des Français, et dont toutes les traces ont disparu aujourd'hui.
g. Lixhej douane belge.
d. Ejeden, douane hollandaise, situé au milieu de fertiles vergers et d'excellents pâturages; ancienne seigneurie, dont le chât«au subsiste encore. Le petit bâtiment à côté du bureau de la douane était, avant 1830, le local d'une loge maçonnique. A cette époque le village d'Eysden, vu le bon marché des vivres, était habité par une foule d'officiers en retraite. Des douaniers et des gendarmes hollandais viennent ici faire la visite du bateau.
Sur la rive gauche se présentent les rochers de grès, en partie arides, de la montagne de St*-Pierre, qui s'élève à environ 100 mètres au-dessus du niveau de la Meuse, et limite l'horizon en demicercle. Sur la crête de ces hauteurs se dessine le château de Casier j propriété de M. Nagelmakers de Liège. Un peu plus bas on aperçoit les restes d'un ancien fort romain, appelé tantôt la tour de César, tantôt le Lichtenberg. Immédiatement devant cette tour, on voit l'embouchure d'une caverne; c'est une des principales issues des exploitations des carrières (p. 44). Sur le versant N. de la montagne s'élèvent les murs de la citadelle. Le bateau s'arrête au-dessus du pont de Maestricht (construit à neuf arches en 1683 par un moine dominicain).
g. Maestriolit (*Sôtel du Lévrier, holl. Hasenwind, dans la Boschstraat; *Hôtel Bonn au Casque, sur le VrythofP, place d'armes. Table d'hôte, partout à IV2 h., avec le vin 3V2 ^r.). Les hôtels sont à une assez grande distance du débarcadère. Le voyageur qui n'est point arrêté par des bagages, fera donc bien de se
MAESTRICHT. 5. Boute. 43
mettre de suite en route pour la montagne de St-Pierre, avant de se rendre à Thôtel. Dans une des premières rues de gauche, «près être entr^ en ville et avoir pass^ devant IMglise de Notre- Dame (c'est la rue qui conduit à la porte de St-Pierre), il trouvera à côté de Tarsenal ('s Rijks tuighuis) et tout près de la dite porte, la maison d*un des 5 ou 6 guides assermentés. Elle porte pour enseigne : Courtens, eerate kenner van de onderaardsche weçe f Courtens, premier connaisseur des chemins souterrains). Les guides demandent, y compris les deux torches, 6 fi-. Une voiture de Maestricht jusqu'à l'entrée supérieure des galeries (1 lieue) se paie 6 fr.
Maestrichty capitale de la partie hollandaise de l'ancien duché de Limbourg, a 28,080 hah., et communique par le pont dont nous avons fait mention avec le faubourg de Wijk. Maestricht (Maes-Trechtf Trajectum ad Mosam) est le Trajectwm superîus (passage supérieur) des Romains, en opposition avec Utrecht (Trajectum ad Rhenumjy le passage inférieur.
Peu de villes d'Europe sont mieux fortifiées que Maestricht; les fortifications ont un grand développement et sont protégées par un système de mines très-étendu ; en outre, les environs peuvent être inondés au moyen d'écluses. Les forts avancés de la rive gauche, dans la direction de la Belgique, sont de construction moderne et d'un bel aspect. Un de ces forts est la CitadeUey située sur le versant septentrional de la montagne de St-Pierre.
En ir>79 la ville fut assiégée pendant quatre mois par les Espagnols sous le commandement du duc Alexandre de Parme. La garnison se composait de 1000 soldats (Français, Anglais, Ecossais), de 1200 bourgeois et de 2000 paysans des environs. Neuf fois l'assaut des Espagnols fut repoussé, mais tous ces efforts épuisèrent enfin les forces des assiégés ; ils se rendirent après un carnage terrible dans les rues de la ville. Les vainqueurs furent impitoyables; presque toute la population (la ville renfermait dit-on, à cette époquo 10,000 tisserands) périt par l'épée, par le feu ou dans les flots de la Meuse.
Parmi les sièges postérieurs, nous en rappelons trois qui tous se terminèrent par la prise de la forteresse; celui de 1632 par le prince Frédéric-Henri d'Orange, celui de 1672 par Louis XIV, et celui de 1748 par le maréelial de Saxe. Maestricht fut presque la seule ville des Pays-Bas méridionaux, dans laquelle, après les journées de septembre 1830, la garnison hollandaise réussit à tenir bon contre les Belges.
Vhôtel'de-viUe j au milieu de la grande place du marché, est surmonté d'un clocher et renferme plusieurs tableaux précieux de l'école néerlandaise, de belles tapisseries dans la „ salle des princes^ (l'histoire des juifs au désert), et la bibliothèque de la ville.
Quelques-unes des églises de Maestricht sont de très-ancienne date. Ainsi celle de Notre-Dame est construite sur des fonde-
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ments romains, mais la façade trahit des styles appartenant à des époques différentes.
La cathédrale de St-Servais pourrait bien, en ce qui concerne ses plus anciennes parties, remonter à l'époque des Carlovingiens. D'autres parties de l'édifice sont du 11^ ou du 12^ siècle. Parmi les tableaux d'autel nous signalons une descente de croix par Van Dyck. La statue de Charlemagne est de O'tiiU. Gtef$, et date de 1845.
Tous ces monuments sont iusigniflants cependant au point de vue du voyageur, en comparaison des galeries souterraines des carrières de grès qui sont exploitées sur la *]Iontagiit dt Bt- Pierre depuis plus d'un millier d'années. Nous conseillons (pour le guide, voir p. 43) de commencer la visite des excavations à partir de la maison du bourgmestre de Sl-Pitrre, à ^4 li^^^ ^^^ de la ville, et de la poursuivre Jusqu'à l'issue supérieure ; ce parcours demande environ 1V2 b. de temps. On peut aussi réduire le temps de cette promenade souterraine à 1 h., en entrant par en haut, non loin de l'annen couvent de SUwanden (aujourd'hui un local de société).
La masse rocheuse de la montagne de St-Pierre, qui s'étend jusque vers Liège, se compose d'un calcaire sablonneux et jaunâtre (calcaire tufacé) , concrétion d'une eau marine calrifère, d'où s'explique le grand nombre de coquillages, de coraux, de (lents de requin, de tortues et autres restes organiques de la mer, ainsi que les ossements d'un animal gigantesque ayant la forme du crocodile, et les pyrites que l'on retire continuellement des carrières. Beaucoup de ces curieuses pétrifications sont conservées dans les collections de l'université de Liège, d'autres à l'Athénée de Maestricht. Un des phénomènes les plus remarquables des carrières sont les orgues géologiques; ce sont des cavités cylindriques, verticales, parfois un peu inclinées, ayant de 1 à 7 pieds de diamètre, qui s'élèvent de la base du tuf crétacé jusqu'à la surface et qui sont remplies d'argile, de sable et d'éboulis. On les explique comme étant les produits des mouvements tourbillonnants de la mer lors de la formation de l'écorce de la terre; plus tard elles se seraient successivement élargies par l'action de l'eau carbonique.
La pierre n'est pas taillée, mais extraite à la pointe et à la scie. On a soin de ménager, sous forme de piliers, de gros blocs carrés, ayant la plupart 40 pieds de circonférence. Ces parties épargnées sont destinées à servir de supports aux galeries, qui ont de 20 à f)0 pieds de hauteur. Gomme l'exploitation des carrières n'a jamais été interrompue depuis un temps immémorial — déjà les Romains y firent travailler leurs soldats — , il s'est formé une infinité de ces piliers et de ces galeries. „Vi8ceTa montU scatent lapide quodam molU, txrenoso et parvo neçoUo aectiti, euju$ mgeni assidue hic effoditur copia idque
MONTAGNE DE ST-PIERRE. 5. Route. 45
iam accurata conserwmdi et montia et fodientium cura, tamque aUis longisj flexuosis et perietUosis quoque meatibua.'* {Ouichardin, 70ir p. 2.)
Le labyrinthe des galeries de St-Pierre s'étend sur une longueur de 4 et sur une largeur de 2 lieues. Elles se croisent et s'entrelacent d'une manière si embrouillée, qu'il faut une longue habitude pour s'y orienter. Aussi le danger qu'il y aurait à s'y engager sans guide, oblige-Ml d'en fermer les entrées. Les cas d'accidents survenus à des voyageurs inexpérimentés ne sont pas rares; bien des cadavres de ces infortunés ont été trouvés desséchés, car la sécheresse et le courant d'air en empêchent la putréfaction. On voit des centaines de milliers de noms gravés sur les piliers; le plus ancien date de 1037. Ni l'influence de la température, ni l'esprit destructeur des hommes n'ont eu de prise sur ces espaces souterrains, quoiqu'ils aient servi de retraite, pendant les sanglantes guerres du 17® siècle, aux habitants des alentours.
Une curiosité bien extraordinaire se trouve dans une des galeries. En extrayant des moellons à la scie, les ouvriers ont un jour tranché un arbre fossile par le milieu. La couronne est testée suspendue au plafond, la racine fixée dans le sol. La couronne distille continuellement de l'eau, qui a formé dans la racine un petit réservoir d'une eau parfaitement potable.
La température de l'air se maintient toujouis à 10^ Réaumur. En quittant la chaleur ardente du soleil pour entrer dans l'excavation, la transition est bien un peu sensible, mais on se fait bien vite à cette température et finit par la trouver agréable. Vers la fin de la course on voit une faible lueur se glisser à travers une fissure; encore quelques pas et l'on remonte avec un bien» être indicible de cet antre à la lumière du jour. Sous vos pieds se déroule un magnifique panorama; l'œil suit avec délices les méandres du bt^au fleuve, et se promène, en deçà de ses ondes limpides, sur les coteaux boisés qui les bordent; au delà, sur un terrain de pâturages et de vergers pittoresquement peuplé de bétail, de villas et de maisons rustiques. A gauche s'étend la ville de Maestricht avec ses nombreux clochers et son imposant pont sur la Meuse. Telle est la surprise qui vous attend au sortir des flancs du rocher. On peut se rafraîchir au casino de Slavanden (p. 44), où l'on sert aussi de la bière et où nous recommandons la terrasse pour le coup d'œil pittoresque qu'elle procure.
Chemin de fer de Maestricht à Aix-la-ChapeUe, en 1 h.; de Maestricht à Landen, station du chemin de fer entre Liège et Louvain (par HasseU et St-Trond p. 46), en 1^4 h.