‹ La Belgique et la HollandeChapitre 38 sur 73 · D'Anvers à Rotterdam · texte numérisé non relu

D'Anvers à Rotterdam

Chemin de fer jusqu'au Moerdyck (p. 162), 2 h., de là, bateau à vapeuriusqu'à Rotterdam, 21/2 h., en tout environ il/.j heures. Prix 9 fr. 90, 7 t'r. 90, 4 fr. 95 c. pour tout le trajet. Le chemin par eau d'Anvers à Rntterdam demande 2 h. de plus, mai» il egt beaucoup plus agréable quand le temps est beau (par un temps orageux le mal de mer se fait facilement sentir). Les bateaux à vapeur (Télégraphe 1 et 2), vaisseaux à roues construita en fer, sont bons et commodes, la restauration à bord est bien tenue, le prix du triget de beaucoup inférieur à celui du chemin de fer (5 fr. 30 et 3 fr. 20). Les départs ont lieu tous les jours à des heures qui varient selon la marée; agence à Anvers: Van Maenen et Comp. quai Yan Dyck 1^ à Rotterdam: Vervey et Comp. sous les Boompjes.

La voie par eau traverse la province hollandaise de Zélande^ qui se compose de neuf îles et dont les armoiries, symbolisant la nature du terrain, portent un lion nageant, avec la devise Jiictor et emergo (je lutte, mais je surnage). En efifet la plus grande partie des terres se trouve au-dessous du niveau de la mer, et il n'y a que les côtes ouest des îles de Srhouwen et de Walcheren qui soient protégées, sur une courte étendue, par des dunes.. Les autres parties de la Zélande sont garanties des inondations au moyen de puissantes digues, qui ont un développement d'une centaine de lieues, et dont Tentretien, dans les années ordinaires, coûte, dit-on, plus d'un million de florins. Les digues les plus jâgantesques sont celles de Wutcappd sur la côte SO. de l'île de Walcheren. £n 1808, il s'y Ht une rupture qui submergea les maisons de MiddeUbourÇy capitale de la Zélande (p. 161) jusqu'àla hauteur des toitures.

Tout ce groupe d'îles s'est probablement produit par alluvion ;. il n'est guère admissible qu'elles aient jadis fait partie de la terre ferme et s'en soient détachées par l'effet des inondations. Ces îles sont formées par les différentes branches par lesquelles, la Meuse et l'Escaut se déversent dans la mer. La surface de l'eau atteint parfois une telle largeur que l'on a de la peine à apercevoir les rives. Dans les chaleurs de l'été, il n'est pas rare de voir des phoques venir s'étendre au soleil. Quant à la terre, elle est d'une fertilité extrême et produit du grain en bondance; les prairies sont également d'une excellente venue^

FORT BATH. 22. BouU, 159

Xoutefois les voyageurs ^ui ne s'intéressent pas particulièrement aux travaux de Tagriculture ni aux constructions hydrauliques, se passeront volontietb de la visite des villes de Zieriktée, Qoesy Middelbourç et FUsaingue (p. 161), qui, sauf leur physionomie de propreté, commune à toutes les villes de la Hollande, n'offrent rien de fort intéressant.

A peine le hateau a-t-il levé Tancre, que l'on voit une dernière fois la grande cité d'Anvers dérouler son vaste hémicycle; un dernier coup d'œil est rapidement jeté sur la belle flèche de Notre-Dame, à g. sur les tours de St-Paul et de St-Jacques, et à dr. sur celle de St-André. Après cela, l'attention se fixe sur le port ou les bassins (v. p. 109). C'est à quelques pas de \k que, en février 1831 , le lieutenant de vaisseau hollandais Van Speyk racheta l'honneur de son pavillon au prix de sa vie. La tempête avait jeté sa canonnière contre le rivage, des partisans belges vinrent aussitôt l'assaillir et étaient sur le point d'insulter le pavillon, quand il mit, d'un coup de pistolet, le feu à la St^- Barbe et se fit sauter, lui, les siens et l'ennemi.

En face est situé le fort Aft$tru'weel (flam. Oosterweeî) 'j immédiatement sous Anvers, on voit à dr. le Fort du Nord ou Ferdinandy à gauche le Fort Cailoo. Dans ces environs, entre Calloc sur la rive g., et Oordam sur celle de dr., Alexandre Famèse, duc de Parme et gouverneur-général des Pays-Bas sous Philippe II, occupé du siège d'Anvers (cette ville avait ouvertement pris le parti des gueux), fit jeter sur l'Escaut, en 158;', ce fameux pont de pilotis, d'une longueur de 755 mètres, qui barra le fleuve et coupa la communication entre les assiégés et leurs alliés de la Zélande. Il était défendu par deux fortins placés aux extrémités et une nombreuse artillerie. Pendant longtemps les Anversois firent de vains efforts pour le détruire; enfin les brûlots de l'ingénieur italien Giambelli parvinrent à s'en approcher et en firent sauter une grande partie d'une manière si inattendue pour l'ennemi, que 800 Espagnols y perdirent la vie et que le duc luimême eut beaucoup de peine à se sauver. Mais ui les assiégés ni la flotte hollandaise qui stationnait près de Lillo, ne surent tirer profit de ce succès, et bientôt après, la ville, affaiblie par la famine, vit les efforts inouïs qu'elle avait faits pendant plus d'un an, aboutir à une capitulation. Famèse y fit son entrée le 17 août 1585.

A g. se présente le Fort Uefkenshoek , à dr. celui de Lillo; tous les deux dominent le cours de l'Escaut et étaient restés au pouvoir des Hollandais jusqu'au traité de 1839, qui les rendit à la Belgique. Suit à g. le village de Daeie. L'Escaut s'élargit de plus en plus. Le fleuve se couvre de grands navires de mer flottant à pleines voiles. Un peu plus bas on arrive à la frontière hollandaise. Le premier endroit au delà de cette fi-ontière est le Fort Bath, où mouilla en 1809 la flotte anglaise, et qui, pendant

16<) RotHe "2-2. BERGEN-OP-ZOOM. D'Anvers

la guerre de 1831 à 1832, favorisa pulsamment les opérations des Hollandais contre la ville d'Anvers.

Le bateau quitte ici le cours de TEscaut pour entrer dans un bras fort étroit appela Kreek-Rak. Sur une longue étendue le chenal est marqué par une rangée de pilotis, précaution nécessitée par les nombreux bas-fonds qui l'entourent. La côte E. de l'île de Sud'Beveland est, comme disent les Hollandais, du „verdron' ken Land'% c'est-à-dire d'anciens terrains de culture inondés par suite d'une rupture de digue, qui eut lieu le 2 nov. 1532 et coûta la vie à près de 3000 personnes. On a commencé récemment à canaliser et à endiguer le Kreek-Rak, ce qui lui donnera une profondeur constante de 6 mètres.

Pendant longtemps on aperçoit dans le lointain le clocher de la ville de Bergen-op-Zoom (8518 hab.) , place-forte hollandaise, située dans la province du Brabant septentrional. Elle fut autrefois le chef-lieu d'un marquisat, qui passa par mariage en 1722 à la maison palatine, à laquelle il resta jusqu'en 1801. La forteresse, chef-d'œuvre du célèbre ingénieur hollandais Menno van Coehorn, fut prise d'assaut en 1747 par les Français sous le comte de Lowendael. Le débarcadère du bateau est à trois quarts de lieue de la ville.

Le bateau quitte le large bras de l'Escaut et s'engage dans un courant étroit, appelé la rivière Eendragt. La petite île que nous avons à notre gauche, est peuplée d'une infinité de pies de mer. Nous arrêtons près de la petite ville de Tholen et du village à'Oude-Vosmeer. De là on arrive au Staak, nappe d'eau d'une grande étendue et qui est généralement à sec à la marée basse. Le passage demande de la part du pilote une attention Incessante ; la profondeur de l'eau est continuellement mesurée au moyen de perches. L'île que nous côtoyons à g. s'appelle Philippsland. Près du Steenhergschen Vliet^ le bateau entre dans les eaux de la Meuse, dans le Krammer, puis dans le Volkeraky qui est le plus méridional des larges bras de la Meuse.

Le bateau qui fait la route de Rotterdam à Anvers ne passe pas par le SUutk^ mais continue encore pendant quelque temps dans la direction de ro. Vers le N. on aperçoit dans le lointain les clochers de Niewee- Tonge et d'Oude-Tonge. Ce n'est qu'à Brumisse que le bateau, tournant au 80., s'engage dans le canal étroit qui sépare les îles de Tholen et de Duiveland, et qui s'appelle de Keete. Il s'arrête au Zpp^ d'oii les voyageurs sont conduits en omnibus à Zierikséa (Hôtel de Hollande).

Le canal de Keete est célèbre dans l'histoire par la hardiesse avec laquelle, en 1575, sous le gouvernement de Requesens, le successeur du duc d'Albe, 1700 volontaires espagnols le traversèrent partie à gué, partie sur des ponts mobiles ou de légères embarcations, bravant le feu des ^Néerlandais qui cinglaient autour d'eux dans de petits canots. Parfois, l'eau leur venant jusqu'aux épaules, ils étaient obligés de porter leurs armes sur la tête. Les matelots hollandais eurent beau jeu à les harponner ainsi vers leurs bateaux. La ^rise de Zierikzée, assiégé depuis un an, fut la récompense de cette téméraire entreprise. Des deux côtés, du reste, or ■vvait déployé une bravoure héroïque et une persévérance obstinée. Ce •li entravait les opérations du siège, c'était la submersion de l'île par

b Rotterdam. PF.ESSINGUE. 22. Routt. 161

■auite de l'^ouverture des écluses et du percement des digues « les sAsiégés, de leur côte, avaient à lutter contre la difficulté qu'il y avait par suite àoa basses eaux pour la flotte hollandaise, commandée par le prince d'Orange, k approvisionner la ville de comestibles et de munitions.

La haute tour canéc de la cathédrale de Zierikzéc reste visible longtemps encore après qu'on est entré du Keete dans les larges eaux de VEseaut oriental. Le bateau suit la direction SE., s'arrête à Jerensdam et ■suit, à partir de Berçe/t-op-Hootiiy la route décrite p. 1(J0.

A Jerensdam les voyageurs pour (7o««, M(ddelbowfj et Flet»ingue trouvent, à leur débarquement, une voiture qui les conduit à Middelbourg (7 lieues) et à Flessingne (9 lieues de Jerensdam). Goes ou Tergoes (Korenbêur») est situé sur l'île de Sud-Beveland, laquelle est séparée de celle de Walcheren, oii se trouvent Middelbourg et Flessingue, pur un bras de l'Escaut appelé le Sloe.

Itiddelbourg (Heerenlogement ; Neerland»ch Logement)^ capitale de la province de Zélande, a 16,000 hab. et possède un magnifique hôtel-de-ville, que Charles-le-Téméraire fit construire en 1468, et que décorent 25 statues représentant autant de comtes et de comtesses de Flandre et de Zélande. La nouvelle église renferme le mausolée en marbre des amiraux Jean et Corneille Evertsen, morts en 1666 en combattant les Anglais sous les ordres de l'amiral de Ruyter. Toutes l«s heures une diligence part d'ici pour:

Flaasin^e (Duc de Wellington ; Hôtel du Commerce).^ ville-torte de 11,000 h. avec des bassins et des chantiers pour les vaisseaux de la marine royale ■et de la marine marchande. Elle s'est rendue célèbre par le bombardement qu'elle essuya en 1809 de la part des Anglais commandés par lord Chatham et qui détruisit deux églises, l'hôtel-de-ville et une centaine de maisons. Ce fut là le seul résultat de cette pompeuse expédition entreprise avec la plus belle flotte qui sortit jamais des çorts de l'Angleterre, et dont la mission avait été la prise d'Anvers. Bientôt après. Napoléon fit considérablement renforcer les fortifications de Flessingue, de sorte que, jointes au Fort Breskens^ situé en face sur la rive gauche de l'Escaut, elles commandent parfaitement l'entrée de ce fleuve. Ce fut à Flessingue que Philippe II, roi d'Espagne, s'embarqua en 1559 pour retourner en Espagne, d'oii il ne revint plus jamais dans ses états du Nord. La tradition prétend qu'en partant Philippe reprocha au prince Guillaume d'Orange, qui l'avait accompagné jusqu'ici, les entraves qu'il aiirait suscitées à l'accomplissement de ses projets. Guillaume, s'^étant retranché derrière les Etats, aurait reçu du monarque la réplique suivante, fortement accentuée : Aio los eêtados, ma me, vo$! Flessingue fut, après que les gueux de mer eurent pris Brielle, hk première ville des Pays-Bas du Kord, qui, en 1572, planta l'étendard de la liberté. Cette ville a vu naître, en lb07, le plus célèbre des marins hollandais, l'amiral de Iluyter; im lui a érigé, près du port, une satue «n 1841.

Après le départ de Bergen-op-Zoom, le bateau d'Anvers à Rotterdam met deux heures pour arriver dans le HoWmdaditp^ qui est un large bras de la Meuse, séparant les provinces de Hollande et du Brabant septentrional. L'entrée du Hollandsdiep est défendue par deux fortins couverts en tuiles rouges; à dr. le Fort Ruyter^ à g. le Fort OoUgenspkud , construits tous les deux par les Français en vue d'une invasion anglaise. Puis apparaissent i dr. les remparts parfaitement entretenus de la forteresse de Willemstad, élevée en 1583 par le prince d'Orange Guillaume I*', et qui, en 1792, fut vainement bombardée pendant quinze jours par les Français. L'échafaudage près du débarcadère est un phare.

En remontant le Hollandsdiep (on y est exposé au mal de

mer par le gros temps), on rencontre sur la route dlmposants

bâtiments de mer venant de HeUevoetsluia, grand port de mer où

viennent mouiller tous les navires qui font le voyage des Indes.

Bœdeker, la Belgique. â« édition. H

162 RouU 22. BRÉDA.

En fâce du Koerdijk (jietite localité où aboutit le chemin de fer, V. pi. bas), près du village de WUlemsdorpj le bateau entre dans le iJordsche Kil^ qui est un petit bras très-étroit de la Meuse, endigué et ayant plutôt Taspect d'un canal; le paysage des deux rives présente une agréable verdure. Ce fut en traversant le Moerdijk que se noya, en 1711, Jean Guillaume le Frison, prince d'Orange, lorsqu'il se rendit du camp de Brabant à la Haye, oil l'attendait le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume I®*", afin de régler la succesion d'Orange. Vers l'extrémité du Kil, on voit totite une foret de moulins ^ ils servent surtout à des scieries de bois, dont quelques-unes cependant sont aussi mues à la vapeur. De joliesvillas se montrent des deux côtés. Le bateau aborde près de la porte singulièrement décorée de Dordrecht.

Pour Dordrecht et la route par eau à Rotterdam (parcours en 1 heure) v. pp. 211 et s.

La route en chemin de fér d'Anvers au Moerdijk est tout à fait dépourvue d'intérêt. Durée du parcours 2 h., prix 5 fr. 95, 4 fr. 80 et 3 fr. Les stations sont: Eeckeren^ CappeUen, Cahnvptr hout, Esschen, Rootendaal (première localité hollandaise, visite douanière), Oudenhosch^ Zevenhergen.

De Roozendaal un embranchement conduit en 40 min. à Bréda (Hôtel de Flandre; Goude Leeuwjy place-forte située sur la Merk et VAUf dont les eaux, combinées avec les marécages des environs, la rendent imprenable, mais en même temps fort malsaine. L'église prinripale renferme le ^mausolée d'Englebert II de Nassau, général et favori de l'empereur Charles-Quint, et de son épouse Marie de Bade. On l'attribue à Michel Ange. Les statues conrhées du prince et de la princesse, en albâtre d'Italie, reposent sur un sarcophage; quatre statues, représentant César, Régulus, • Aunibal et Philippe de Macédoine, dans une position à demi agenouillée, supportent sur leurs épaules une dalle sur laquelle se trouve l'armure du comte, admirablement ciselée. Dans le chœur on remarque de jolies sculptures en bois, représentant des moines dans des positions fort comiques, caricatures à l'adresse du clergé. — Le vieux château a été construit en 1350 par le comte Henri de Nassau, le nouveau en 1696 par Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre. C'est un édifice quadrilatère, entouré par les eaux de la Merk. On y a établi en 1826 l'académie militaire du royaume des Pays-Bas.

Mowdyk {Hôtel Hofmann, ch. V? A-» déj. Vî A)- A part les bateaux à vapeur venant directement d'Amsterdam et ceux qui correspondent avec le chemin de fer, il y a tous les jours deux départs pour Dordrecht (1 h.) et Rotterdam (1 h. de Dordrecht à Rotterdam) par les vaisseaux Jan de Witt et Nie. de Witt. Le voyageur venant d'Anvers par le dernier train, lequel n'a pas de correspondance, après avoir passé la nuit k Moerdijk, peut repartir dès le lendemain matin à 8 h., et arriver à 10 h. à Rotterdam.

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