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LA (JUESTION DES TEllUES 47
Ou serait tenté de lui duuuer raison, quand on lit les témoignages eiïroyables qui ont été apportés devant elle, par les missionnaires de la Cowjo Balolo Mission, sur les horreurs (|ui ont été commises dans les régions contrôlées par l'Abir'.
Cependant, des hommes digues de foi, qui séjouruèreut longtemps à l'Equateur, m'ont affirmé que. si l'attention des membres de la Commission d'enquête fut particulièrement attirée sur les agissements de lAbir^il ne faudrait pas croire que la situation fût meilleure dans les territoires voisins, exploités par l'Etat, ])our le compte du Doniiiiue de la Couronne. Les agents des sociétés, en effet, étaient, si peu que ce fût, sous la surveillance de l'Ktat, taudis que les fonctionnaires de l'État, qui, eux aussi, recevaient des primes pour le caoutchouc et l'ivoire, échappaient à toute autre surveillance que l'apparition, rarissime, de quelque magistrat.
En tout cas, le fait est que rien de ce qui s'est passé, dans le territoire de TAbir, ne dépasse eu horreur les actes monstrueux qui furent commis, vers 1895, dans certaines parties du Domaine de la Couronne.
M. G. Lorand, par exemple, révéla à la Chambre des Représentants, eu 1900, que des soldats de la Force publique, voulant prouver qu'ils avaient efficacement employé leurs cartouches, apportèrent eu un seul jour, à un officier, qui est actuellement encore dans l'armée belge, 1.357 mains coupées -!
Lerév. Clarke, qui habitait en 1895, dans les mêmes régions, raconte, en ces termes, ce qu'il y a vu .
Le caoulchoiic a coûté des centaines de vies dans ce district, et les scènes auxquelles j'ai assisté, alors que j'étais incapable de secourir les opprimés, ont parfois suffi à me faire souhaiter la mort. Les soldats sont des sauvages, voire même descannihales. dressés au maniement du fusil. Dans bien des cas ils sont détachés sans surveillance et font ce (pii leur plail.
1. Témoignantes de la Commission d'enquèle a» Congo. Édition belge. Liverpool, Hictiardson and Sons, 1903.
2. Séance de la Ciiambrc des Représentants. 19 avril 19ii(). Aiuxites parlementaires, 189"J-liJUU, p. 1098.
48 LA UKLGIyUE ET LE CONGO
Quand ils arrivent dans un endroit, ni les biens, ni la feninu' d'aucun habitant ne sont en sûreté, vl, à la guerre, ils sont de vrais donu)iis. Imaginez-les, revenant d'avoir soumis quelques rebelles. Voyez, à lavantdu eanot, une perche à laquelle pend on ne sait quelle grappe... Ce sont les mains, les mains droites, de seize guerriers qu'ils ont massacrés. Des guerriers ! Ne distinguez-vous pas. parmi ces mains, celles de petits enfants ? .le les ai vus, — je les ai vus couper le trophée pendant que le pauvre cœur battait encore, faisant jaillir le sanjî des artères à une distance d'au moins ijualre pieds' !
On a essayé d'e.\ci)ser de tels faits, en (lisant qu'ils étaient conformes à des coutumes indigènes, antérieures à l'arrivée des Européens. Soit ; mais si des Européens ont toléré de telles coutumes et n'ont pas rougi de se faire apporter des paniers de mains coupées, cest parce que la lerrorisation des « contribuables » était une des conditions essentielles du fonctionnement du régime.
Tout se lient, en effet, dans le système introduit par les décrets de 1S9I-180:2 : appropriation par l'Etat de tout le territoire non occupé par les villages ou les cultures ; attribution ù l'État, ou au.\ concessionnaires de l'État, eu vertu du principe de domanialité, de tous les produits naturels du sol ; recours à la contrainte pour obtenir, à défaut de rémunération suffisante, la main-d'œuvre nécessaire pour la récolte ; emploi de la violence pour rendre cette contrainte eiïective et efficace.
Oue l'une des pièces de ce système vienne à disparaître, le système tout entier devait aller à la ruine. C'est ce que Ion vit au lendemain des réformes que l'opinion publi.jue contraignit l'Etat à réaliser.
% 3 — Lks iikkohmis oe 1".)()(>.
A la suite du rapport de la Commission d'enfjuéte et des conclusions votées par la Commission des reformes, nommée immédiatement après la publication de ce rapport, l'Etat prit
1. CiU* pur Oo.NAN Dtivi.K, Tl.i'Criitif <>/ l/ic Congo, p ;i2.