‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 36 sur 125 · Cinq années au Congo, pp. 391 et · texte numérisé non relu

Cinq années au Congo, pp. 391 et

lui LA ItKl.dlulE KT I.K r.ONT.O

Les îiiicieus habilaïUs ont émigré, ou se sont enfuis dans l'intérieur pour se soustraire à l'inipùt. 1) autres ont été victimes de répressions et d' « expéditions punitives >. D'autres, eu grand noyibre, ont été fauchés par la maladie du sommeil.

Mais la maladie du sommeil, elle-même, fait vraisemblablement le 1)1 us de ravages, lorsqu'elle s'attaque à des populations surmenées, débilitées, démoralisées, et il ne semble pas douteux ([ue le système du travail forcé, avec les excès qui devaient fatalement en résulter, ait supprimé beaucoup plusde vieshumainesque, jadis, lecannibalisme, lessacrilices funéraires, les ordalies, et même les guerres entre tribus.

Dans ces conditions, il est impossible de ne pas couclure qu'au point de vue humanitaire, le régime inauguré dans le Centre-.Vfrique par Léopold II ne saurait être assez sévèrement condamné.

Mais ce n'est pas à ce point de vue ([ue beaucouj) de gens se placent. Ils invoquent l'argumentde la nécessité Ilsallirmeut <|ue si le îloi Souverain avait procédé autrement, son échec eût été inévitable. Ils viiutent le rendement écoiu)mique du système et soutiennent (jue nul autre n'eût donné des résultats aussi rapides et aussi brillants.

Toutes réserves faites quant à la légitimité de ce critère, voyons ce f|u'il faut en penser.

Un fait. assurément, n'est pas contestable, c'est (jue la politique inaiii;uiée en IS!l:i, pour couvrir les dépenses énormes nécessitées par l'exploration hâtive du Congo, l'occupation militaire de son immense territoire, la guerre contre les Arabes, les chimériciues expéditions vers le liant Nil, l'exécution de vastes travaux en Helgi(|U(', a dunné les résultats financiers immédiats (|ui- lOii imi atli ndait.

Il suMit. |iour s'en convaincre, de jeter un coup d'o'il sur le Uibleau suivant, emprunté à la statistiiiue générale des exportations (commerce spécial;, de IHSiJ à lUi>t).

LES RESULTATS DU IlKlilME LEOI'OLUIEN

d88G(2" scinesL"'). 880.000 ïv.

1898 22103.000 fr.

iOOl 50488.000 —

On voit que, dès les premières aimées du nouveau régime, la progression s'accentue, par bonds énormes, pour atteindre, du reste, un état presque stationuaire, à partir de 1900, et fléchir, au lendemain de la reprise du Congo par la Belgique.

D'autre part, si l'on établit un parallèle entre le développement du commerce général, au Congo et dans d'autres colonies qui passent pour être prospères, — la Guinée française, notamment, — la comparaison, à première vue, est plutôt eu faveur de l'État Indépendant.

En 1895, par exemple, le commerce général du Congo s'élève à 23.961.000 francs; il est en 1905, de 89.138 000 francs et en 1907, de 110.977.000 francs, soit plus du quadruple'.

En 1895, le commerce général de la Guinée française est de 10 millions; il atteint en 1908, 29.762.000 francs, soit à peu près le triple-.

Il semble donc (|ue le régime de la liberté ait été moins favorable à un développement rapide que le régime de contrainte qui a, jusqu'à présent, existé au Congo, et que, si l'on se place à un point de vue exclusivement économique, les résultats obtenus par l'administration congolaise aient été très brillants.

1. .\nnexe au Bulletin officiel du Congo helf/e (4 soplembre 1909), p. 40.

2. Rapport de M. Messiniy sur le budget général (Ministère des Colonies). Paris, 1909, p. 204.

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^^ais cette impression picinirie se modifie, lorsqu'on y regarde de plus près.

Le seul examen, en elTel. du liihlean des exportations montre déjà que la prospérité économique du Congo dépendant à peu près exclusivement des receltes jjrovenant de livoire, du copal et, en première ligne, du caoutchouc, repose, ou plutôt reposait — car n'étaient les prix exception uels du caoutchouc, on serait en pleine crise — , sur des bases précaires et fragiles.

En 1U05, déjà. M. Cattier montrait que, pendant les cincj années précédentes, les trois produits que nous venons de citer entraient pour plus de 00 p. lUO dans le total des exportations.

Depuis lors cette situation ne s'est pas sensiblement modifiée.

Ko l'.MlîS. par exemple, la ijrojtorlion était encore, pour les trois mêmes produits, de 90,1) p. 100.

Or, les réserves de copal (|ui se trouvent dans les forêts congolaises ne sont pas inépuisables, et, du reste, le copal u'est qu'un produit d'appoint. Les exportations d'ivoire paraissent devoir se maintenir, et même augmenter, pendant assez longtemps encore, mais, elles aussi, ne représentent qu'une part relativement faible — 9 millions sur oO — du chilïre total des exportations. Quant au caoutchouc, (jui, pendant vingt ans, a été la principale source de recettes pour IKtat, il était inévitable que, le jour où les forêts les plus rapprochées des villages seraient épuisées, où les indigènes op|)oseraient plus de résistance à la contrainte, où l'opinion publique ne tolérerait |»liis r;ip|»liciition rigoureuse des lois sur II' travail forcé, les produits et les bénéfices de cette iiKinorullun-, ou plutôt, de cette viotinirmltc, se réduisent dans des pro|iortions in(|uiétantes |>oiir les llnances coloniales.

Dès la reprise par la Mrlgiijin', en tllcl, les (|uantités de caoïilclioiie importées du (^ongo a .\iivers (iiininiièrenl scnsi-

LES RESULTATS DU IlKr.IME LÉOPOLDIEN 107

blemeut. On en jugera par le tableau suivant, qui donne les chilïresde l'expurlatiou du caoutchouc congolais depuis 1887 :

kii,o(;ra.mmes

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