‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 4 sur 125 · Jmhnstox, loc. cit.. I, p · texte numérisé non relu

Jmhnstox, loc. cit.. I, p

2. W. IIdi.mw liKNTLKY. l'ioiiei'r'mf) on llie Congo, II, p. 210. Londres, l'.iOO.

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leurs villiiiios. ju^tiuau inonicnl où ils ou laisaieiil une carguisoii pour rOubaui;!'.

Ajoulous que si ce commerce de cliair Innuaine claiL localisé dans quelques régious. la traite des esclaves, que les riverains du lleuve allaient ramasser chez les Monijjos de l'intérieur, pour les envoyer à la cùte, était un phénomène général dans Itiut le bassin ilu (lougo -.

Ou ne doit pas perdre de vue de telles horreurs, quand ou se demande s'il n'eiU pas mieux valu ([ue les habitants de l'Afrique équatoriale restent livrés à eux-mômes et n'apprennent pas à connaître les « bienfaits de la civilisation ».

Au surplus, même si Léopold II n'avait pas jeté son dévolu sur le Congo, même si l'Ktat Indépendant n'avait pas été constitué, les Congolais n'eu eussent pas moins été « civilisés », de gré ou de force, soit par les Arabes, qui envahissaient peu à peu les régious du haut fleuve, soit par les Européens, de nationalités diverses, qui avaient des établissements commerciaux daus le Bas Congo.

Or, s'il faut en croire ceux (jui ont vu à l'œuvre les uns et les autres, cette colonisation par des trali(iuants, quelle que fût leur race, s'accompagnait de tels excès, ou présentait de tels inconvénients, que tout le monde, à cette époque, souhaitait 1 établissement au Congo d'un gouvernement régulier.

Pour ce qui concerne, d'abord, le Bas Congo, ou sait que, pendant plus de trois siècles, cette région de la cùte avait été ravagée, décimée, saignée à blanc par la traite. A la lin du xviir siècle, on évaluait à cent mille, et plus, par an, le nonjbre des nègresqui étaient transportés, cha(|ue année, en Amérique ou dans les Indes occidentales ', et ce n'est guère ^[\\^' dans

1. l/ii'l , |). 211. — On trmivcrîi jiii.ssi de iiumhicii.x iTii.si'iffiiL'iiifiils sur le ruiiiiil)<ilisiiic. (liins IIinmik : La chiilc de la (loiniiKilion îles Aiithi's an CoH'jfi. |(|i i'i l'I Kiiiv. (tni<J. fr.). Hrii.xclle.s, iKUT. Il conviftil toiili'fnia de (oiihluli-r (|iii' lii |)lii|iurt de ces faits se hoiil prodiiil.s cii Icmp.s de guerre.

2. V(»ir Lkuaiiik. Les Wam!)<)iiMd(iiis. Hcviie ili- (/éof/iuiplne. .Iiiiii, jiiillcl. uoûtl<J02.

:j. Voir Fi>x IluunNK. Ulucks and WUiles in Wcsl iif'r'icii. pp. I.'j et .siiiv.

LA CUliATION DK L KTAT INDKI'KNDANT i

la secoude moitié du siècle suivant que des relations commerciales régulières s'établirent avec l'Europe.

A partir de lSo(S, en elTet, et jusqu'au moment où Stanley descendit du haut fleuve, un assezgrand nombre de factoreries, telles que la maison française, la maison hollandaise, la maison anglaise Natton etCookson, sans parler de plusieurs Portugais, furent créées à Bauana, à Boma, et dans d'autres parties du Bas Congo '.

Ces cotuploirs commercian.r n'étaient en relations directes qu'avec les indigènes de la région côtière, mais, par une série d'intermédiaires, le mouvement des échanges s'étendait jusque dans le Haut Congo, à plus de 1.800 kilomètres dans l'intérieur.

Stanley rapporte, par exemple, avoir vu de nombreuses flottilles de canots indigènes qui attendaient patiemment l'arrivée des caravanes venant du Bas Congo, pour troquer leur ivoire ou leur cuivre contre du tabac, de la poudre, des mousquets et d'autres objets de pacotille européenne-.

De même, en 1897, le commandant Liebrechts, parlant du monopole commercial des intermédiaires Batéké du Stanley Pool, que la politique de l'État Indépendant avait aboli, constatait que « de longues années avant l'arrivée des Européens, les tribus riveraines du Congo, jusque dans l'Aruwimi, possédaient des marchandises européennes ayant passé de mains en mains depuis la cote, et ayant acquis, par le fait même, une valeur extraordinaire ».

Mais ce commerce, malgré son importance réelle, était limité dans son expansion ultérieure par l'insuflisance des moyens de communication et, plus encore, par l'insécurité des routes ou les innombrables tributs que les chefs indigènes

1. Voir pour plus de détails Walters : L'Élut indriiciulanl du t'oiir/o, pp. 386 et suiv. Bruxelles, 18'J"J.

2. Voir au sujet du développement du commerce avant la fondation de l'État, la brochure d'Eu. Morel : Commerce or SUirery lo prevail in //te Coiif/o. Home ex/rac/s from S/atileij's \Vri/in;fs in ISS-i-ISS5. Liverpool, 1907.'

8 I-\ HEI.lîKjrK KT LE «KiNGd

it'clainaieiil aux caravanes ijui ileiiiandaionl à [)asser sur leurs territoires

D autre part, dans le lias Congo, le commerce licite n'avait pas fait immédiatement disparaître la traite des esclaves. Pendant le troisième quart du \i\'' siècle, et spécialement de IS70 à ISTîi, les « négriers » qui s'aventuraient dans l'estuaire du lU'uve donnèrent beaucoup d'ouvrage aux nifit of intr anglais de la cùte occidentale. Plus tard ou en vit encore quelques-uns, niais de plus en plus rarement'.

Par contre, les prolits croissants du commerce et lélablissement de factoreries prospères, sur un territoire t|ui n'était soumis à aucune puissance européenne, avaient donné naissance à tout un système de piraterie, pratiqué par les Musorongo, tribu presque disparue aujourd'Iiui, mais qui, vers IS7o, occupait les rives du Congo, depuis Banaua jus([u'à Fetish Hnck. Les petites embarcations «le commerce devaient se grouper pour échapper à leurs attaques. Il arriva même que des voiliers, du C(Ué de Punta da Lenha. furent assaillis et pillés par ces Musorongo, qui formaient parfois des escadres de sept à huit cents petits canots, montés par deux hommes seulement, et qui filaient avec une extraordinaire rapidité.

A Homa môme, les indigènes étaient gouvernés par neuf chefs — les rois de Homa — qui s'entendaient avec les factoriens pour organiser, deux fois la semaine, des marchés auxquels participaient de (|ualr(! à v\\\{\ iiiillf noirs. Ceux-ci échangeaient contre des marchandises européennes, leurs amandes (coconoltesj et leur huile de palmes, non sans que les chefs fassent prélever, en leur faveur, une partie de ces produits. (|ue la faclorcric h-ur payait .iii même t:i(i\ i|iie le reste '.

S'il faut en croire Hentley, le travail servile - à répo((ue où il vint exercer son apost(dat au Congo (IKTUi - était la règle dans tous les établissements eommeiciaux du li.i'^ lleiive.

Parmi les esclaves ainsi employés, les uns avaient été

1. i-l :; i(i'iiH(rif(ncrnriilH fournis |i:ir M. Ai.k\\m>iik I)i:i.i:(iu\ii m:.

LA- CP.KATKtN DIC L KTAT INDKl'KNDANT 9

achetés sur la cùte de Kru (Libéria); d'autres proveuaient du pays môme, mais on les appelait aussi des KnnDon afin de jeter de la poudre aux yeux.

Lorsque l'un d'eux, ou plusieurs d'entre eux venaient à s'enfuir, ils ne tardaient pas à être capturés et ramenés par les natifs, parce que ceux-ci savaient que, sans cela, les premiers qui viendraient à la factorerie seraient mis à la cliaîue et contraints au travail à la place des fugitifs. Mais, un jour que les esclaves d'une des factoreries de Borna sélaienl enfuis en canot, de telle sorte qu'ils ne pouvaient être repris par les indigènes, le traitant s'en prit à leurs femmes, qui étaient du pays, et, les accusant d'avoir laissé échapper leur maris, les obligea, pendant des années, à travailler à leur place.

« Le dimanche — ajoute iientley ' — était le jour con.sacré à la fois au repo.s et à la discipline : tous les coups de fouet encourus pendant la semaine étaient appliqués le dimanche matin avant onze heures. Je me souviens avoir entendu des femmes de celte factorerie hurler deux heures durant, pendant qu'elles recevaient, une à une, la correction qui leur était infligée. Kicn à faire pour lempécher : pas de gouvernementrosponsahie : jamais une canonnière de la nationalité du traitant n'était venue sur le fleuve. »

Je dois dire que d'après M. Delcommune, qui était l'agent de la maisou française de Boma, à cette époque, Bentley aurait vu les choses trop en noir.

Certes, le personnel des factoreries se composait d'esclaves, mais d'esclaves libérés. On ne leur donnait aucun salaire,, mais on les nourrissait bien et on tâchait de les marier, eu leur achetant une femme pour quekines pièces détolTe. On les punissait, en employant la palmatoire pour les i)etites fautes, le fouet, on plus exactement la verge de joncs — on ne connaissait pas encore la chicolte — pour les fautes plus graves. En cas de crimes, ou les livrait aux chefs qui les soumettaient à répreu,ve de la casca, conformément à la coutume du pays.

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