‹ La Belgique et le Congo, le passé, le présent, l'avenirChapitre 5 sur 125 · Bentlev, loc. cit., I, pp. 46 et siiiv · texte numérisé non relu

Bentlev, loc. cit., I, pp. 46 et siiiv

\0 l.\ IlEhClnlK 1:T I.K ('.(tNCi»

Au (oiui. co (jne racoule -M. Delcomiiiuiio ne dillère pas essentiellenieul de ce qu'écrivait le rév. Bentley.

Par contre, il seiiihlo bien (iiic ce dcrtiicr ail élc IihIiiII en erreur au sujet de certaine iiistoire. particulièrement iliamatique, qu'il raconte dans son livre, que Stauley a reprise dans Cinif (innées an Congo et qui a été reproduite, depuis lors, dans nombre d'écrits de vulgarisation, et, notamment, An Conijo pour Christ, du pasteur Jules Rambaud.

Tu certain Jobn Scott, originaire de Sainte-Hélène, qui vivait à Boma eu 1877, aurait commis l'abominable crime suivant :

<< Un lui envuva, un jour, qu;iranle esclaves, attachés à une longue chaîne, accusés sans preuve d'avoir bridé des bâtiments apparl(Mianl à un Portugais établi un peu plus haut. Celui-ci avait déjà lait ju.slice oxpédilivc en nia.ssacrant honuiics. rcnimes et enfants — mais, ialigué de tuer, il envoyait les autres à son collègue. Celui-ci. en recevant la lettre, ordonna de se débarrasser des dernières victimes. La lourde chaîne fut jetée par-dessus bord, et les quarante esclaves noyés d'un coup.

Un jour ou deux après, arriva à bonia une canonnière anglaise, et. naturellement, les officiers se réjouirent fort de l'hospitalilé princiere de .lohn Scott. Après s'être bien amusés et avoir bu de multiples coupes de Champagne, les invités s'embarquèrent; on donna l'ordre de lever l'ancre. .Mais l'ancre ramena au jour... la chaîne a laipudle étaient enroulés les quarante cadavres. John .Scott conipril sans diflicnlté de quoi il était tpieslion et se hâta de disparaître, l ii nuindat d'arrêt fut lancé contre lui, mais on ne le trouva pas. L'affaire fut classée ; les officiers anglais rentrèrent une année après en Kurope; ceux (pii les rem|)lacèrent n'étaient pas informés, et lorsque John Scott rcvinta Honia, nul ne lintiuiéta plus. Il re(,'ul (le nouveau, et fort bien, ofliciers et missionnaires. Toiile l'affaire ne fid tirée au clair (pu* |)lus lard. lors(pic le criminel eut (piilli- le pays pour vivre en Kspagnc, ou il miduiuI en l«8l'. »

Voilà l'Iiistoire passée à l'état de légende. N'oyons maintenant riiisloir(> vraie. Kll<^ (contient beaucoup moins de détails a la Punsoii du Terrail, mais elle nous

1. JctBU RvMliMi. Ail I i,ii;/i> jniiir ( /iris/. \i 11. l.i^R(•. IDO'.I.

I,.\ CUKATION I)K L KTAT INDKPEXDANT 11

apprend iiirmimenl plus sur TtHat de choses qui existait dans le Bas Congo en 1877.

Les établissements du Portugais en question, un nommé Joaciîim d'Oliveira, ne se trouvaient pas en amont, mais en aval, à Puuta da Leulia. Ses esclaves y mirent le feu. Des enfants qui n'avaient pu s'échapper périrent dans les flammes. Les coupables mis à la chaîne, au nombre de quarante, furent çimenés à Borna, où les factoriens constitués en cour martiale, les condamnèrent à mort. Le lendemain, eu présence de tous les indigènes, à qui l'on expliqua ce qui s'était passé, on jeta cette grappe humaine dans le lleuve. Le courant emporta les cadavres, qui furent retrouvés, quelques jours après, du côté de l'embouchure, par une canonnière anglaise. John Scott ne joua dans cette affaire aucun rôle spéciale

On voit que la loi de Lynch était, à cette époque, en pleine vigueur au Bas Congo. Ne pouvant compter que sur euxmêmes, — à peine, de temps à autre, voyait-on un navire de guerre remonter le fleuve, — les Européens établis à Borna avaient constitué une sorte de gouvernement rudimentaire, dont Liebrechts, quelques années après, faisait la description suivante :

« Los commerçants étrangers régnaient en véritables maîtres, tranchaient les différends entre les chefs, ainsi que toutes les questions politiques, réglaient à leur guise le régime commercial de la région, organisaient, à roccasion, de véritables expéditions militaires pour châtier les indigènes quand ceux-ci manquaient à la parole donnée ou avaient inquiété leurs « linguisters » de commerce, ces intermédiaires qu'ils envoyaient au loin nouer en leur nom des relations commerciales-. »

Que la substitution d"un gouvernement régulier à ce gouvernement de fait ait eu de réels avantages, c'est ce que ne contestent point ceux qui, comme M. Delcommune, ont été eu situation de comparer les deux régimes.

1. Rt'nsoigncincnt.s fournis par M. Ai.exandue DEi-cmniLSK. (iiii assistii ix re.\tk'ulion.

2. LiEwiiECAits. Coiif/o {ISS:]-IS6H). Bruxelles, l'Jli», p. l'.i.

12 I.V ItELr.IurE KT LE r.OM'.O

A vrai dirt». la population païaît avoir décru, depuis trente ans. surtout ilans le Mayonibe. Les factoreries de Borna et de Banane sont moins importantes que jadis. Mais le travail servile a disparu dans les établissements européens. L'ordre et la sécurité régnent. Tout acte d arbitraire, toute violence dont un noir aurait à se plaindre, sont sévèrement punis Bref, à tout prendre, on doit admettre (|ne la barbarie a reculé.

Nous parlons, bien entendu, du Has Conj^o, car, dans le Haut, linlluence de l'Ktat a été très dilTéreule : il na fait, en somme, qu'ori^aniser la ralle des ricliesses naturelles et, malgré le cannibalisme, les sacrifices humains, les guerres continuelles, nous croyons, en toute sincérité, (jne les indigènes ont les meilleures raisons du monde pour regretter le « bon vieux temps ».

Seulement, il faut ajouter qu'en tout état de cause, ce bon vieux temps nei\t pas duré.

Si l'Ktat Indépendant ne s'était pas constitué, si ses forces n'avaient pas arrêté, puis refoulé les Arabes, ces derniers seraient anjourd luii à Léopoldville et il est au moins douteux que, pour les indigènes, cette solution eut été préférable.

Certes, nous ne prenons pas pour i)aroles d'évangile tout ce que l'on a pu dire des Arabes, ou, plus exactement, des Arabisés, car les gens de Tippu Tib étaient, en réalité, des noirs, de religion musulmane, avec, chez certains, quelques gouttes de sang arabe dans les veines.

Le fait est (}ue lorsqu'un officier belge, qui fut de la campagne arabe, et fjui vient de vous dire pis fjue pendre de ceux qu'il a vaincus, veut désigner des |iopul;ili(>ns i|ui dépassent le niveau moyen des populations congolaises, il dit (juecc sont des .Arabisés.

Sir Harry Jolinslon, d ailleurs, -dont h; témoignage est désintéressé, — constate! (|ue si les Arabes étaient terribles dans l;i con(|uéte, ils t-laicnl singiilicn-uicnl liabili's dans la polili<{ue d'assimilation (juils pralii|u.iicnl |iar la siiil(! :

" Apris les razzjjisd'c.scljivcs cl les r;iv.iL'<'H(lii tichiil . (lit-il — ,

les Arabes étaient moins exigeants dans leurs demandes vis-à-vis des indigènes. Ils introduisaient un stade de civilisation qui ré|)ondait très bien aux instincts du nègre et s'adonnaient euxmêmes, avec une singulière assiduité, et dune manière très pratique, à l'agriculture. Les arts, même, étaient représentés. Oreniell et d'autres parlent des belles décorations intérieures des mosquées arabes dans les localités du Haut Congo, et nous-même avons noté les sculptures artistiques oi'nant la porte de leurs maisons 1. »

D'autres Africains, notre compatriote Jérôme Becker, par exemple, ont fait des constatations analogues-.

Mais il n'en reste pas moins que chaque progrès delà pénétration arabe était marqué par des massacres, des dévastations, des chasses à l'homme, qui permettent dillicilement de donner la préférence à la colonisation de Tippu Tib sur la colonisation par Léopold II.

Aussi n'est-il pas étonnant que Georges Greufell, qui avait été en contact avec les Arabes, et qui, d'autre part, avait vécu, depuis de longues années, parmi les indigènes du Haut Congo, ait pu, môme en 19U4, môme après les « atrocités » du régime Léopoldien, écrire que, somme toute, il lui était impossible de regretter le temps où les Congolais se gouvernaient «uxmêmes, au lieu d'être gouvernés par les fonctionnaires de l'État Indépendant.

« Il m'a été donné — dit-il dans ses notes ' — de parvenir à la trentième année de ma vie en Afrique. Pendant la première décade (1874-1884), j'ai vécu sous le gouternement indigène et les anières expériences de cette époque se sont gravées, indélébiles, dans mon esprit et daus ma mémoire. . . J'ai vu, de mes yeux, des esclaves amenés au magasin de l'homme blanc, vendus pour de l'eau-de-vie, du rhum et des étoffes, payés comptant, et me suis trouvé au milieu d'une expédition arabe,

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