‹ La Belgique et le Vatican (volume 2)Chapitre 11 sur 16 · II · texte numérisé non relu

II

plus instruit que ceux qui reotoureot, intéressé à cette propagande que sa conscience lui commande.

Cet homme aime la loi de 1879, qui a brisé ses chaînes, il saara la faire connaître et aimer : c'est Tinstituteur.

Oh ! ce n*est pas Tanticuré inventé par nos honorables contradicteurs ; mais quand le politique factieux caché sous la robe du prêtre calomniera l'école communale et l'enseignement public, l'instituteur dira à ceux qu'on trompe : Cet homme a menti ! et il le prouvera en expliquant la loi ; il le prouvera par sa conduite, sa moralité et en donnant l'exemple du respect de la religion. (Très-bien ! à gauche.)

L'opinion libérale, dit-on, saura vaincre sans le Pape. Les écoles privées subsisteront, mais diminuées, et les écoles officielles regagneront les élèves qu'elles ont perdus. Gela est certain. Ce mouvement est déjà appréciable à l'heure actuelle. L'enquête le prouvera {bruU à droite)^ avec beaucoup d'autres choses désagréables pour la droite. (Hilarité à gauche.)

Mais ce mouvement s'accentue à mesure que les déclarations du Pape sont connues dans les masses ; une nouvelle intervention du Vatican peut être utile au pays. Je n'hésite pas à dire qu'elle est nécessaire, qu'elle est indispensable pour le maintien des institutions libérales et j'ajoute qu'elle doit être efficace.

Si l'échange de vues est un triomphe pour le libéralisme, il est aussi un engagement moral pour celui qui l'a si admirablement conduit. Je suis heureux en cette occasion de rendre hommage à l'habileté du négociateur, à la fermeté du libéral, à la haute raison de l'homme d'Etat. Mon vote ne sera pas seulement cet acte de raison que M. Frère-Orban nous a invités à poser; ce sera également un hommage que je ne lui marchande point.

Une voix a droite : Gela ne coûte rien.

M. MaUar. — Nous ne sommes pas unanimes sur cette question, mais rémotion soulevée au début s'est beaucoup calmée.

Le chef du cabinet, alors dans Topposition, avait déclaré que le maintien de la Légation était une dérision sous un ministère libéral, un danger sous un ministère clérical.

On attendait la sanction de ces paroles. Aussi, un cri de déception fut jeté à l'annonce du maintien de la Légation, et les plus ardents ne ménagèrent pas les hommes en qui, la veille, ils avaient confiance.

Sans doute, la Belgique est sous le régime de la séparation de l'Etat et des cultes. Pas de concordat ou de traité possible avec une autorité spirituelle. Autrefois le Pape avait des Etats, il avait un pouvoir temporel. Aujourd'hui il n'est plus souverain, quoiqu'il reste une puissance. Donc, un gouvernement n'a plus à entretenir avec lui des relations diplomatiques.

Mais d'abord il ne s*agit ici ni de concordat ni de traité. D'ailleurs, la politique ne vit pas dans le domaine de la théorie pure, de la spéculation. Elle s'inspire, sous peine de déceptions périlleuses, des circonstances et des faits. Le progrès croit lentement sur un terrain^qu'on prépare. Il faut le cueillir dans sa maturité. II en est parmi nous qui sont partisans du suffrage universel, de la revision de la Constitution. Diront-ils que, maîtres absolus, ils réaliseraient sur l'heure leur programme ?

 DROITE : Oui.

M. Mallar. — Oui ! Je ne sais qui a dit oui ?

Un membre : Personne.

M. Mallar." — Alors c'est bien, je vous en félicite.

Je dis donc qu'il n'est pas un seul de vous qui ne reculerait devant l'application immédiate et intégrale de toutes ces théories.

Un gouvernement a une politique sensée, pratique, vivante. Voilà tout le secret de l'échange de vues. Et, d'ailleurs, dans le différend qui nous agite, nous n'entendons pas engager l'avenir. Nous attendrons un an et nous jugerons. Si nos espérances sont trompées, si les intérêts du libéralisme l'exigent, nous aurons

conservé une arme avec le droit et la volonté de nous en servir.

 GAUCHE : Très bien !

M. Janson. — Messieurs, la question du maintien de la Légation belge au Vatican est une question complexe. II y a d'abord la question de principe, question toujours importante et grave, parce qu'il ne faut pas facilement abandonner les principes. Il y a ensuite la question d'opportunité, celle de savoir s'il est utile, s'il est nécessaire d'appliquer un principe dont la légitimité n'a pas été méconnue jusqu'ici dans les rangs du parti libéral.

Messieurs, je serai très bref sur la question de principe. Si l'on se place sur ce terrain, il me semble impossible de justifier le maintien de nos relations diplomatiques avec un pouvoir qui n'existe plus. Gomme Ta très bien fait observer une pétition émanant de la Ligue des gueux de Bruxelles, le Pape n'a plus de territoire, il n'a plus de sujets dont il ait à protéger les intérêts auprès de nous, et nous n'avons plus a défendre, auprès de lui, les intérêts temporels des nationaux belges. Notre droit public répugne invinciblement à ce privilège qu'on veut accorder au chef d'une religion, d'avoir et d'entretenir avec la Belgique des relations diplomatiques. Certes, il ne viendrait à l'esprit de personne de prétendre que la Belgique doive avoir un envoyé diplomatique auprès des chefs des cultes dissidents, sous prétexte que la €onstitution établit un budget des cultes.

Nous subissons en réalité l'influence du passé, des traditions, dont il est souvent difficile en politique de s'écarter.

Notre Constitution, proclamant la séparation de l'Eglise et de TEtat, frappe pour ainsi dire d'avance d'inefficacité des négociations de la nature de celles dont il s'agit aujourd'hui. On le proclame bien haut : il n'y a ni traité ni concordat possible. Mais c'est précisément pour cela que de semblables négociations sont impossibles et qu'elles ne peuvent aboutir à aucun résultat efficace. L'évidence, la netteté du principe sont telles, qu'il serait superflu

d'insister davantage. Certes on peut regretter que tel soit notre droit public; il est permis de préférer le système des traités et des concordats; mais, sous notre régime actuel, toute controverse au sujet du principe même est impossible.

Notre droit public doit être appliqué tel qu*il est; cependant il est nécessaire dans ce débat de se placer sur le terrain des faits ; il convient d'examiner si, dans les circonstances actuelles, l'abandon même momentané d'une règle fondamentale de notre droit public est justifié.

Tout le monde est d'accord que le principe demeurera intact; mais il semble que, dans la pensée du Gouvernement, il y ait lieu, pour le moment, de ne point l'appliquer. C'est cette situation que je me propose d'examiner en toute liberté d'esprit.

L'honorable Ministre des Affaires étrangères a bien voulu nous dire qu'il ne nous demandait pas un acte de foi. Cette déclaration adressée à certains membres de la gauche était au moins inutile. Nous avons depuis longtemps perdu l'habitude de faire des actes de foi.

M. de Haerne. — C'est vrai.

M. Janson. — Nous devons examiner loyalement, impartialement si, à raison des résultats obtenus, il y a lieu de maintenir la Légation belge auprès du Vatican. Et si. Messieurs, nous arrivons à constater qu'en présence des résultats acquis, il n'est ni nécessaire, ni opportun, d'abandonner les4)rincipes, il n'entrera certainement dans la pensée de personne de blâmer le Gouvernement des efforts qu'il a tentés, avec l'assentiment de la Chambre, pour amener un apaisement qui en||réalité ne s'est pas produit.

Pour ma part, j'estime qu'en politique, nul n'est condamné à réussir.

Messieurs, quelle que soit l'appréciation finale à porter sur les résultats de cet échange de vues, une chose restera certaine, et je le reconnais volontiers, parce que je veux rester dans la vérité :

c'est que les principes fondamentaux du libéralisme ont été défendus par Thonorable Ministre des Affaires étrangères avec autant de fermeté et de dignité dans le fond que l'éloquence de style dans la forme. II n'entre point dans ma pensée de jeter un blâme sur le Gouvernement pour avoir ouvert ces négociations que la Chambre a, du reste, autorisées.

Mais aujourd'hui que les résultats nous en sont soumis, je crois avoir le droit de les apprécier et de les juger.

Non, Messieurs, je ne ferai pas un grief au Gouvernement de ne pas avoir réussi, et ce d'autant moins que les enseignements de l'histoire sont là ; ils attestent que de pareilles négociations sont nécessairement condamnées à ne pas aboutir. L'honorable rapporteur de la section centrale nous a édifiés à ce sujet en nous rappelant un incident caractéristique de la dernière période de la restauration. Il nous a montré la Papauté se mettant du côté du Gouvernement français, pour réduire l'Episcopat à l'obéissance et arrêter sa résistance opiniâtre aux ordonnances du 17 juin 1828, dirigées contre les établissements d'instruction secondaire créés par les jésuites. Il est vrai, dis-je, qu'à cette époque l'Archevêque de Reims reçut l'ordre d'écrire aux Evéques insurgés contre ces ordonnances, afin de les informer ce que le Pape avait fait répondre qu'ils devaient se confier à la sagesse du roi pour l'exécution de ces arrêtés et marcher d'accord avec le trône ».

Nous n'en sommes point là : je ne sache pas que le Primat de Belgique ait reçu l'ordre de faire connaître à ses suffragants qu'ils eussent à s'en rapporter à la sagesse et aux décisions de la nation et à se prêter à l'exécution de la loi nouvelle.

Mais, Messieurs, il me semble que l'honorable rapporteur de la section centrale aurait pu envisager et signaler aussi les conséquences ultérieures de ces événements auxquels il a attribué une portée si considérable.

En effet, le succès qui^avait été remporté sur la faction cléricale

et ultramontaine ne fut pas de longue durée. Elle prit bientôt dune manière éclatante sa revanche par les ordonnances de juillet 1830, et il fallut soulever les pavés de Paris pour avoir raison de ces projets liberticides.

A GAUCHE : H y avait un changement de système!

M. Janson. — Je ne dis pas qu*il n*y ait pas eu de changement de système; mais je maintiens que les résultats obtenus par les négociations avec la Papauté furent éphémères et sans importance appréciable.

Je poursuis ma démonstration.

Que se passa-t-il après que Tordre dont je viens de vous parler eut été donné aux Evéques?

Messieurs» la question resta ouverte; elle se posa de nouveau sous le Gouvernement de Louis-Philippe comme une question essentielle et brûlante de la politique française.

M. Guizot nous rapporte en effet, dans ses Mémoires, que, lorsqu'il voulut établir en France la liberté de l'enseignement, le principal obstacle qui vint Tentraver, ce fut précisément Texis* tence de la corporation des jésuites, qui devait surtout profiter de la liberté d'enseignement.

Cette corporation était considérée alors, aussi bien que sous le Gouvernement de la restauration, comme propageant des principes, des doctrines essentiellement contraires aux principes fondamentaux de la société moderne. Les hommes d'Etat de cette époque voulaient bien la liberté de renseignement, mais ils n'en voulaient pas poor les jésuites; de sorte que pour établir la liberté d'enseignement, il fallait supprimer Tordre des jésuites. C'est là une page d'histoire; je n'expose pas mes opinions personnelles, car je suis, quant à moi, partisan de la liberté de l'enseignement, conformément à notre Constitution, même pour les jésuites. {Approbation à droite,)

Qu'arriva-t-il ? M. Guizot envoya à Rome le comte Rossi; celui-ci

avait pour mission d'échanger, lui aussi, des vues avec la Papauté sur les menées et les intrigues des jésuites; leur corporation était envisagée comme le principal obstacle à la liberté de renseignement et il fallait examiner et rechercher les moyens de la supprimer.

Les chambres françaises s'étaient préoccupées de la question. Elle y avait été soulevée et discutée, et, en 1845, M. Thiers proposa un ordre du jour ainsi conçu :

a La Chambre, se reposant sur le Gouvernement du soin de faire exécuter les lois, passe à Tordre du jour. »

Il s'agissait aussi alors de donner au Gouvernement un vote de confiance pour lui permettre d'atteindre le but qu'il poursuivait et que la majorité de la Chambre désirait voir se réaliser.

Le comte Rossi fut donc envoyé h Rome. Inutile de rappeler tous les obstacles qu'il rencontra, toutes les difficultés qu'il eut à vaincre; à un moment donné, il sembla qu'il eût obtenu un résultat dépassant toute attente. Il ne s'agissait même plus pour le Pape, renouvelant les décisions de Clément XIV, de proscrire l'ordre des jésuites; c'étaient les jésuites qui allaient se proscrire eux-mêmes et se frapper de mort !

Au grand étonnement de l'Europe, le Mûniteur officiel publiait, le 6 juillet 1845, la note suivante : « Le Gouvernement du Roi a reçu des nouvelles 'officielles de Rome; la négociation dont il avait chargé M. Rossi a atteint son but. La corporation des jésuites sera dissoute en France et va se disperser d'ellemême. »

Dans ses Mémoires, M. Guizot rappelle que les jésuites firent « lentement » leurs préparatifs de départ ; je n'ai pas oui dire qu'à l'heure qu'il est ils soient terminés. (Hilarité.) Je n'ai pas oui dire qu'ils soient partis à l'heure qu'il est. (Hilarité.) Plus forts, plus puissants, plus redoutables que jamais, ils mènent en ce moment-ci la campagne contre les lois Ferry.

Tels sont les enseignements de Thistoire; voilà, Messieurs, ce qui doit éveiller notre défiance, et nous empêcher d'admettre fiicilement que la Papauté, derrière laquelle se trouvent les jésuites, désarme et veuille réellement et sincèrement la paix, la conciliation.

Voyons maintenant, à côté de ces deux négociations dont nous avons fait connaître les résultats, voyons maintenant, dis-je, la situation telle qu'elle existe dans notre pays.

Pour bien l'apprécier, il importe, me semble-t-il, d'établir un parallèle entre les actes et la conduite du Gouvernement d'une part, et les actes et la conduite du clergé et de l'Episcopat de l'autre. Chez le Gouvernement, nous trouverons une modération qu'une fraction de notre parti a même parfois trouvée excessive, tandis que chez le clergé, nous constaterons une violence qui ne connaît plus de bornes.

Que si, après avoir fait ressortir ce contraste si saisissant, nous coustatons finalement que la résistance si violente du clergé n'a rien perdu de son intensité, qu'au contraire elle s'est accentuée, aggravée, nous serons nécessairement amenés à cette con clusion que le but qui était poursuivi n'a pas été atteint.

Réunissons, Messieurs^ les éléments de ce parallèle qui, au point de vue des élections futures, aura, du reste, un certain intérêt, en dehors de la question spéciale que nous agitons en ce moment.

Il n'est pas mauvais, à la veille de ce jugement du pays, de montrer ce que l'opposition appelle les œuvres violentes du Gouvernement et de mettre en regard les œuvres de modération , de mansuétude et de douceur de l'Episcopat.

Le Gouvernement actuel a été porté au pouvoir par un magnifique élan de l'opinion publique; il est sorti d'un scrutin loyal et sincère; il avait incontestablement le droit et le devoir de réaliser le programme du Congrès libéral, qui depuis 1846 constituait la

charte du libéralisme. Ce sera son honneur de Tavoir foit. {Très bien! à gauche.)

Aussi, dès Fouverture de la session de 1878, le discours du trône s'exprime ainsi : a L'enseignement donné au nom de l'Etat doit être placé sous la direction exclusive de l'autorité civile. »

Messieurs, j'ai souvent relu et médité cette phrase qui suscita tant de colères, tant de haine, et toujours j'ai été frappé de cette cho;e étrange : c'est que personne jusqu'ici, ni dans les rangs de la droite, ni dans ceux de l'Episcopat, n'a tenté de la réfuter.

S'il s'agissait de l'Eglise, voyez donc dans quel état d'indignation se trouveraient nos honorables contradicteurs, si le Gouvernement déclarait que « renseignement donné au nom de l'Eglise ne peut pas et ne doit pas être placé sous sa surveillance exclusive »!

Enoncer cette doctrine, ce serait nécessairement, au dire de nos adversaires, proclamer quelque chose d'affreux et d'abominable.

Et cependant, quand il s'agit de l'Etat, ils n'admettent point la doctrine qu'ils affirment quand il s'agit de l'Eglise.

Donc, le discours du trône énonce un principe incontestable, conséquence directe et nécessaire de notre droit public, de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Eh bien, vous le savez, aussitôt la guerre est ouverte, l'orage est allumé!

Le Gouvernement n'annonçait pas encore, à cette époque, que l'accès des écoles serait interdit au clergé, la solution de cette question restait indécise. Néanmoins, l'Episcopat éprouve le besoin de se jeter aussitôt dans la lutte ; il ne sait pas encore s'il sera persécuté, mais il désire être persécuté; il veut être persécuté; et il ressemble quelque peu à ce personnage comique d'un opéra bouffe qui s'écrie toujours : Où est l'ennemi? et qui, ne le voyant pas arriver, finit par s'en prendre à un ennemi imaginaire! {Hilarité.)

« Où est la persécution? s'écrient lesEvéques pleins de dépit. Nous la voulons, nous l'appelons de tous nos vœux ! »

Et cependant la persécution ne venait pas ! {Nouveaux rires,)

Le Gouvernement de l'Etat se borne à énoncer ce principe inattaquable que l'enseignement qu'il donne sera sous sa direction et sa surveillance exclusives.

Paraît alors la fameuse lettre pastorale collective du 7 décembre 1879. C'est, la Chambre se le rappelle, un résumé énergique des prétentions les plus surannées de l'Eglise romaine; c'est le programme du parti clérical, que l'honorable Ministre des Affaires étrangères nous a &it connaître, le vrai programme, celui-là, revêtu de l'estampille épiscopale !

C'est une charge à fond contre toutes les lois imprégnées de l'esprit moderne, contre la loi sur le temporel des cultes, contre la loi qui n'admet pas tous les privilèges que l'Eglise voudrait s'octroyer en matière de milice, contre la loi sur la bienfaisance, contre la loi sur les bourses d'études.

L'Episcopat déclare que toute cette législation n'est qu'une série d'attentats contre les droits de l'Eglise, et il n'y a pas jusqu'à Tarrét de la cour de cassation dans l'affaire des processions qui ne soit vivement attaqué par les Evéques, sous prétexte qu'il est, lui aussi, contraire à la liberté des cultes !

Quant à la loi nouvelle que les Evéques ne connaissaient pas encore, dont ils ignoraient la teneur, ils la dénoncent comme un « attentat plus pernicieux encore ».

ce C'est, disent-ils, un projet impie, c'est une révolte contre le droit divin de l'Eglise. Arrière le droit constitutionnel ! s'écrientils. Place au droit divin! »

Voici leur thèse : l'Eglise possède des droits qu'elle tient de Dieu lui-même; il n'est pas possible d'y porter atteinte.

L'honorable M. Thonissen admet-il ces doctrines? Tout à l'heure, dans un très beau langage, j'aime à le reconnaître, il

nous a exprimé la satisSaiction qu il éprouve, à son point de vue personnel, des résultats de rechange de vues; sa conscience est en quelque sorte soulagée : sous Pie IX, il se trouvait mal à Taise; sous Léon XIII, il est heureux, et il retrouve même, dans les écrits du Pape, les paroles qu*il a prononcées dans cette enceinte. {Rires à gauche).

Toutefois, qu'il me permette de le lui dire, ses déclarations sont quelque peu vagues, quelque peu platoniques.

Renie-t-il en somme, répudie-t-il ces doctrines épiscopales, cette politique des chefs de son parti qui oppose le droit divin au droit constitutionnel?

Voilà la question.

Je ferme cette parenthèse et je reprends mon récit.

Le projet de loi sur l'instruction primaire est déposé. L'article 4, Messieurs, est une cruelle déception pour le clergé : celui-ci espérait qu'il serait chassé de l'école; et voici au contraire que le Gouvernement déclare qu'il sera reçu et bien reçu.

Notez, Messieurs, que je prends les faits tels qu'ils sont; quant à moi, j'eusse préféré que le Gouvernement adoptât une solution qui me paraissait plus simple, plus logique; celle-là. Messieurs, qu'a indiquée le curé d'Ixelles qui disait, avant que les Evèques ne l'eussent stylé : « Que les en£ants viennent à l'église; c'est l'endroit le plus favorable, l'endroit naturellement indiqué pour y enseigner le catéchisme, et, quant à moi, j'aurais le plus grand plaisir à les y recevoir. »

Le Gouvernement n'adopte pas la solution radicale du curé d'Ixelles; il adopte la solution la plus modérée, la plus conciliante : le prêtre n'est pas chassé de l'école !

Sur ce, immense désespoir de nos Evêques. C'était réellement à ne pas y tenir! Cette persécution que l'on espérait, que l'on appelait de tous ses vœux, elle fuit de plus en plus dans le lointain. (Hilarité à gauche.)

Cependant le Gouvernement persiste dans ses intentions; il sem]t)le presque qui! soit affolé de modération.

L'exposé des moti&. Messieurs, vous vous le rappelez, accentue encore ce que le texte du projet de loi disait si nettement. On y lit que le prêtre pourra entrer dans Técole, que s*il n'y vient pas, l'instituteur pourra enseigner le catéchisme; qu'à dé&ut de l'instituteur, une personne apte pourra être chargée de ce soin et sera choisie par le père de famille.

Le Gouvernement montre donc, non par ses paroles, mais par des actes positifs, qu'il ne veut en rien entraver l'enseignement religieux.

Comme il allait s'y attendre, la fureur du clergé redouble. L'Episcopat se considère en quelque sorte comme joué, comme mystifié, et immédiatement il exhale son mécontentement dains un nouveau mandement. Le carême en fournit l'occasion.

Ce nouveau mandement trahit une colère qui va jusqu'au paroxysme. 11 est du 31 janvier 1879. Personne ne croit à la prétendue persécution : les Evêques le savent; aussi ils éprouvent le besoin de mettre dans leur mandement ce mot qui est si nécessaire aux besoins de leur polémique : <c On ne croit pas à la persécution; disons, répétons qu'elle existe; on finira peut-être par y croire, » et voici ce qu'ils écrivaient : « C'est une perse* cution du caractère le plus perfide et le plus dangereux. L'école primaire communale sera une école sans Dieu. 11 faut organiser la résistance légale. »

L'article 4, dans lequel les Evêques avaient espéré trouver la persécution qui, hélas ! n'arrive pas, n'est, suivant eux, qu'une supercherie, une œuvre de malignité, une perfidie ! Vous savez. Messieurs, le langage que l'on tint dans le camp clérical ; vous savez ce qu'il s'y débita de déclamations sur les écoles sans Dieu, sur l'hypocrisie et la perfidie de l'article 4; vous avez lu les articles de tous les journaux sur ce sujet.

C'est l*Episcopat qui en a donné le ton et fourni le thème. Voilà ses œuvres. Voilà comment il respecte Tapplication des principes constitutionnels à l'enseignement public. Et là-dessus, l'honorable M. Thonissen de nous dire : « Rassurez-vous ; ce péril, qu'avec raison vous dénonciez autrefois, a disparu. PTagitez plus désormais la question de la thèse et de Thypothèse ; c'est une question résolue et vidée. » L'honorable membre va, me semblet-il, un peu vite en besogne. Le langage et les actes de notre Episcopat ne sont point faits pour nous entretenir dans une trompeuse sécurité de ce côté-là, et je pense que, même au point de vue de Thonorable ministre des Affaires étrangères, la conclusion de rhonorable membre est exagérée, inopportune, comme dirait le Pape. {Rires à gauche).

Après cela, que voyons-nous? Nous voyons les Evoques, pour fanatiser les populations, inventer ce que j'appelle la prière politique et diffamatoire.

Il a été beaucoup parlé de morale au cours de l'examen de la loi scolaire, et nous avons pu établir la supériorité, en certains points, de la morale rationnelle sur la morale de l'Eglise ; en voici une preuve nouvelle et décisive : la morale de l'Eglise, la morale des Evéques n'exclut pas la diffamation et la calomnie ! Supprimez la diffamation et la calomnie des mandements épiscopaux et des articles de journaux catholiques et vous chercherez en vain ce qui reste de leur polémique. On prie donc : « Des écoles sans Dieu et des maîtres sans foi, délivrez-nous, Seigneur ! »

Ce premier élan de piété et d'oraisons diffamatoires n'a guère de succès. M. Dechamps s'en aperçoit ; dès le 12 mars 1879, il croit nécessaire de reprendre sa plume et voici ce qu'il écrit :

<c Tout ce qu'ont essayé chez nous de semblable les gueux du XVI* siècle, le Joséphisme et l'orangisme n'a pu durer.

« Courage, messieurs, l'attitude du pays fiait bien voir aux

ennemis de son repos que les Belges veulent rester vraiment Belges, catholiques et libres ! »

Vous le voyez, ce nouveau document épiscopal fournit à la presse cléricale un thème encore inédit ; il faut pouvoir parler de gueux, de Joséphisme et d*orangisme, il faut comparer la situation actuelle aux crises dont sont sorties deux révolutions ; c'est un nouveau mot d'ordre donné par l'Episcopat.

Vous savez à quel point ce thème a été rebattu et ressassé.

Le 4 avril 1879, Fhonorable M. Olin dépose son rapport ; je n'ai pas besoin de rappeler dans quel esprit de modération et de tolérance il était conçu ; je n'ai pas besoin de rappeler à la Chambre que, d'accord avec le gouvernement et la section centrale, l'honorable rapporteur disait : « L'enseignement public est neutre et doit rester neutre ; il n'a pas pour objet de propager des théories hostiles aux idées religieuses, de détruire la croyance au dogme; l'Etat n'intervient pas en ces matières ; il s'abstient et il doit s'abstenir. »

L'honorable rapporteur reproduit le même langage dans cette enceinte; de nombreux orateurs de la gauche le confirment. Qu'importe ! la droite feint de ne pas y croire.

Elle insinue que ce sont là des déclarations vaines, qu'elles n'ont pas la précision et la valeur d'un texte clair, précis. Que fait alors le gouvernement ? Il insère dans la loi l'article 7, § 2, ainsi conçu :

<c L'instituteur s'abstient dans son enseignement de toute attaque contre les croyances religieuses des familles dont les enfants lui sont confiés. »

Les déclarations du gouvernement sont ainsi traduites en un texte. spécial; les discussions en déterminent le sens et la portée. Va-t-on s'incliner devant l'évidence et désarmer ? Non. Nouvelle comédie !

L'archevêque de Malines s'adresse à sain^t Joseph. {Rires.) Il

décrète, par mandement, le i9 avril 1879, des prières au grand saint. On est fatigué sans doute de prier Dieu; on décide de s'adresser à ses saints, et les voici tous mis en réquisition aux fins d'intervenir pour que la gauche ne vote pas cette loi de malheur. {Hilarité à gauche.) On savait très bien que toutes ces prières seraient inefficaces; on était convaincu d avance qu'on ne parviendrait à émouvoir ni Dieu ni ses saints !

Pure politique, pure tactique que toutes ces manœuvres inventées par TEpiscopat ! Mais ne fallait-il pas Caire croire aux populations, contrairement à la vérité et à l'évidence, que leur foi était en péril. Si TEpiscopat aborde les populations avec le drapeau de TEglise, sur lequel sont inscrites ses prétentions les plus surannées et les plus inacceptables, il sait qu'il sera repoussé et éconduit; il faut donc mettre en poche ce drapeau, véritable épouvantail, et il &ut que des candidats du clergé se présentent aux populations comme ayant pour but unique de sauver de défendre leur foi mise en péril !

Et cependant, les Evéques savent bien que rien n'est plus contraire à l'essence même du parti libéral que de porter atteinte à la foi catholique, à la foi protestante, à la foi isi-aélite ; qu'il accorde protection égale à toutes les religions ; qu'il ne veut de privilèges pour aucune ; que ce principe fait sa grandeur et sa force ; mais le clergé a organisé l'œuvre de la diffamation et de la calomnie et rien ne l'arrêtera. C'est ce plan odieux, je le répète ici bien haut, qu'il feut déjouer à tout prix. 11 faut que, dans le moindre hameau du pays, les populations sachent que nous n'avons pas ces intentions perfides qui déshonoreraient notre parti, si jamais il pouvait les nourrir.

De pareils projets ne se conçoivent que dans les rangs ultramontains. C'est dans les rangs ultramontains que la liberté religieuse implique l'oppression de la conscience d'autrui, que dis-je ? de la conscience même de ses propres prosélytes. (Très bien I d gauche.)

Nos braves, honnêtes et loyaux paysans qui travaillent, suent et peinent pour élever leurs enfants, qui aspirent à assurer leur avenir et leur bonheur, qui révent de les élever au-dessus de leur modeste condition, voient se dresser dans leur village des écoles bien construites, bien aérées, bien outillées ; cest là qu'un instituteur instruit et éclairé, humble mais vaillant apôtre de la science, appelle leurs enfants, n'ayant d'autre pensée que de développer leur esprit, leur intelligence et leur cœur, d'en, faire des citoyens utiles à leur famille et au pays !

Ils comprennent que tout les convie à assurer à leurs fils les bienfaits de l'enseignement public que l'Etat leur offre. Leur intérêt le leur commande. Livrés à eux-mêmes, ils n'hésiteraient pas un instant entre l'école privée et celle de l'Etat. Et voici que, pour les effrayer, les intimider, les égarer, l'Episcopat, substituant sa conscience à la leur, osera leur dire que, si leurs enfants franchissent le seuil de l'école publique, ils seront, eux, voués aux flammes étemelles.

Voilà votre tolérance ! Voilà ce que vaut votre respect de la liberté individuelle ! Ah ! reconnaissez-le, vous n'avez réussi à attirer une partie des enfants du peuple dans vos écoles que par la tendeur et l'intimidation.

En présence des moyens odieux que le clergé a mis en œuvre^ je comprends la situation douloureuse, perplexe des pères de famille que vous avez frappés d'une épouvante imaginaire.

Trompés, égarés par ces menaces odieuses, ils hésitent et s'alarment. Mais du haut de la tribune parlementaire, je veux leur apporter une parole de consolation et d'espérance ; je veux raffermir leur courage ébranlé, rassurer leur esprit alarmé et inquiet ; et, avec ou sans Léon XIII, je leur dis :

a Secouez cette intolérable tyrannie qpe le prêtre veut faire

peser sur votre conscience pour réaliser ses rêves politiques ;

que chacun de vous interroge sa conscience et elle lui répondra u S

Je ne crois pas me tromper en disant que si, dans ces circonstances, après tous les gages que le Gouvernement avait donnés de sa modération, il s*en était départi quelque peu, s'il avait cessé de persévérer dans la voie qu'il avait jusqu'alors suivie, il eût été certainement bien excusable : c'était une provocation violente de la part de l'Episcopat que ce mandement dans lequel il semblait annoncer que l'interdit serait jeté sur les écoles officielles et que, pour l'avenir, on chercherait à organiser la guerre civile. Cependant le Gouvernement resta imperturbablement fidèle à la ligne de conduite qu'il s'était tracée et y persévéra résolument.

La loi est adoptée au Sénat. Il s'agit d'en organiser l'application. Le Gouvernement fait la circulaire du 17 juillet 1879 et le règlement du 16 août 1879.

L'honorable Ministre de l'Instruction publique, contrairement à ma manière de voir, décide que tous ceux qui ne refusent pas l'enseignement religieux sont censés le désirer; non content d'organiser l'enseignement du catéchisme, il décrète que les communes seront tenues de le payer; une allocation spéciale à cet effet sera inscrite, même d'office, à leur budget.

Il prend, en un mot, une série de mesures attestant une fois de plus que, loin de vouloir porter atteinte à la foi religieuse des populations catholiques, il est animé du désir sincère de respecter et de favoriser par tous les moyens possibles l'organisation de l'enseignement religieux. L'Episcopat comprit que la situation devenait grave. Non seulement la persécution si pompeusement annoncée ne s'exerçait pas, mais l'honorable Ministre de l'Instruction publique, étendant le texte de la loi par voie d'interprétation, accordait des faveurs au culte catholique : c'était vraiment navrant pour l'Episcopat.

Comment ! Les membres de la droite avaient été dans tous les villages du pays promener leur éloquence, répéter le thème que leur avaient fourni les Evéques.

Trois amendements successifs avaient été lancés; on sétait adressé à Dieu et à ses saints; on avait réussi à ouvrir quelques écoles, et on allait aboutir à ce résultat pitoyable qu'il n*y aurait pas d'élèves dans les écoles catholiques, que du moins les élèves y seraient fort peu nombreux : rari nantes in gurgite vasto; on allait tomber sous le coup du ridicule !

G*est alors — et c'est ici que je touche au point véritablement grave du débat — c'est alors que TEpiscopat prit en quelque sorte, au point de vue catholique, une mesure de salut public, mesure sans précédents dans aucun pays du monde, la Papauté le reconnaît ; FEpiscopat, dis-je, sortant du vague dans lequel il s'était renfermé jusque-là, annonce que tous les parents des élèves fréquentant les écoles publiques, que tous les élèves des écoles normales, eux et leurs parents; que tous les instituteurs qui continueraient à servir l'Etat, c'est-à-dire à remplir un devoir public; que tous les parents, élèves et instituteurs, seront excommuniés! Et cela pour arracher aux écoles publiques et entraîner dans les écoles catholiques les enfants qui y sont aujourd'hui; pour arriver à mener à bonne fin cette guerre acharnée et implacable qu'on avait déclarée à l'enseignement ofTiciel. Mesure grave, réellement énorme, devant laquelle l'Episcopat n'a pas hésité un instant et dont je me félicite, moi, librepenseur, car il a rejeté du même coup violemment hors de l'Eglise les parents, les enfants, les maîtres !

Je le répète, c'était une mesure extrême et violente, mais il fallait y recourir; on cédait à une nécessité inflexible. Sans celte arme perfide, odieuse et déloyale de l'excommunication, si redoutable si l'on tient compte du sentiment religieux de nos populations, le but était manqué; c'était un échec complet! {Très bien ! à gauche.)

Voilà, Messieurs, ce que le clergé a fait.

L'honorable M. Malou nous fera imprimer sans doule, pour

d880, une page de statistique où seront inscrits en lettres d*or les chiffres de la population des écoles libres. Eh bien, je rengage, s*il .veut faire œuvre complète, à mettre au revers de cette page le récit des moyens mis en œuvre par le clergé dans la lutte qu'il a engagée : la calomnie, la diffamation, Tinjure, le fonatisme et, en dernier lieu, Tabus des armes spirituelles, qui a rejeté du sein de TEglise catholique des milliers de fidèles qui ne demandaient qu'à y rester! {Très bien! à gauche.)

Que les temps sont changés ! Autrefois les missionnaires bravaient tous les dangers, la mort même pour aller convertir des populations au catholicisme; aujourd'hui vous vous adressez aux pauvres paysans qui sont avec vous, qui veulent rester avec vous, et vous leur dites : Anathème à ceux d'entre vous qui, avides de procurer à leurs enfonts les bienfaits d'une bonne instruction, les confient aux écoles publiques où leur foi est respectée ; anathème à l'instituteur qui enseigne aux jeunes gens le respect de nos institutions et l'amour de la patrie !

Le clergé leur dit : <c Sortez de l'Eglise, elle vous proscrit et vous rejette de son sein. »

Telles sont les œuvres de l'Ëpiscopat, et certes, si un père jésuite écrit un jour l'histoire de nos temps, quand il sera arrivé aux résultats de ces excommunications en masse, il ne pourra ^'empêcher de dire : Les Ëvêques, pour peupler leurs écoles, ont dépeuplé l'église.

Enfin, l'interdit est jeté sur les écoles officielles. Les journaux annoncèrent qu'une réunion des Ëvêques avait eu lieu à Maliiies vers le commencement d'août 1879, et dès le 15 de ce mois, la Gazette de Bruxelles publia avec une entière exactitude les résolutions de l'Ëpiscopat.

Au fond, le moyen pour peupler les écoles du clergé n'était pas nouveau. Je l'ai dit un jour et je ne saurais assez le répéter: sans l'enfer, il n'y a plus de politique cléricale possible. (Atr^s à gauche.)

Ce vieillard moribond, qui veut, malgré les menaces du olergé, laisser ses biens à ses héritiers, damné ! Le célibataire, dont ces jésuites convoitent vainement la riche fortune, damné ! Le magistrat qui, ne consultant que sa conscience et l'esprit des lois, prononce ou conclut contre l*Eglise, damné ! L'électeur qui ne veut pas suivre le parti ultramontain dans toutes ses extravagances, damné ! Le député qui ne vote pas suivant les injonctions des Evéques, — c*est un père jésuite qui Ta dit, — damné» excommunié. S\\ se présente au confessionnal, au lieu de l'absolution, il recevra la planche! Gela s*est vu. {Hilarité à gauche.)

Quand il s*est agi de la loi sur le secret du vote, la Chambre se i*appelle avec quelle dignité émue M. De Lantsheere revendiquait comme un droit pour le prêtre la faculté d'exercer dans le confessionnal, vis-à-vis de son pénitent, des menaces propres à lui extorquer le secret de son vote.

Elle se rappelle que, mis au pied du mur par Thonorable M. Tescb, et contraint de dire toute sa pensée, il a soulevé dans ^'assemblée un véritable orage, en venant soutenir que le prêtre peut se servir des menaces spirituelles pour peser sur les con-r sciences de ses pénitents en faveur d'un parti politique. La majorité d'alors a suivi le Ministre de la Justice : il a déclaré qu'il était dans la vérité des principes constitutionnels; que la liberté de conscience l'exigeait ainsi.

M, De liEiitsheere. — M. Rolin l'avait écrit longtemps avant que je ne le dise.

M. Rolln-Jaeqoemyns, MinUtre de fintérieur. — Gela est inexact. J'ai dit le contraire.

M. Janson. — Je comprends que l'honorable M, De Lantsheere s'excuse. Je rappelle le plus mauvais jour de son ministère; car, ce jour-là, l'impression de la gauche et du pays a été celle-ci : le parti catholique est condamné; il est impossible qu'il se maiq- (ienne au pouvoir avec de pareilles doctrines^

Du reste, la Chambre se rappelle les résultats que nous avons obtenus. Après avoir fait cette déclaration à la Chambre, le ministère a piteusement échoué au Sénat.

Quand il est arrivé devant cette assemblée, corps essentiellement conservateur, il n*a plus osé soutenir la doctrine qu'il avait défendue devant la Chambre et qu'il y avait fait adopter.

Eh bien, ce principe, que l'on a dû abandonner alors, on veut aujourd'hui l'appliquer aux écoles publiques.

L'honorable M. Malou nous dit : « Vous êtes pauvres en fait d'élèves et nous sommes très riches. » Je crois qu'il y a beaucoup à rabattre des exagérations de l'honorable membre et que nous ne sommes pas aussi pauvres qu'il veut bien le dire. Hais, dans tous les cas, il y a une pauvreté préférable à certaines richesses. Je préfère notre prétendue pauvreté, provenant de ce que nous n'employons que des moyens loyaux et honnêtes pour recruter nos élèves, à la prétendue richesse du clergé provoquant, par les moyens que vous savez, à la désertion des écoles officielles. — Je ne voudrais pas que la population de celles-ci fût augmentée par une pression aussi scandaleuse.

Le clergé sait si bien que ces moyens ne sont pas corrects ; il sait si bien que s'ils étaient mis au jour, ils soulèveraient l'opinion publique, qu'il répudie l'enquête. Il agit comme ce plaideur qui prétend avoir raison, et qui recule lorsqu'on lui offre le moyen de faire éclater son bon droit. Eh bien, nous avons posé, nous, les faits discutoires de l'enquête, et quand il y sera procédé, nous entendrons d'excellents catholiques nous dire : « Sans les excommunications, mes enfants seraient dans les écoles publiques; mais, en présence des menaces spirituelles, ma conscience s'est alarmée. La volonté du prêtre s'est substituée à la mienne. »

Je dis, Messieurs, qu'à la rigueur le clergé serait excusable si un intérêt religieux était en jeu. Mais j'ai démontré que cet intérêt religieux n'existe pas. Ce qui dirige le clergé, c'est un intérêt

politique, purement politique ; il veut le pouvoir, il le veut, non pas pour y vivre, comme l'honorable M. Malou, mais pour en user, pour réaliser le programme qu'il a depuis longtemps dévoilé. Sous ce rapport, nos Evoques sont réellement adorables ; ils disent dans leurs mandements, en parlant de leur prétendu dédain des honneurs politiques : Munera tua tecum sint, o Rex.

Ils ne veulent être ni ministres ni députés; leur seule ambition est de rester en paix, confinés dans leurs palais, et de ne s'occuper que de choses religieuses. Oh! ils ne tromperont personne; nous savons bien qu'ils ne veulent pas le pouvoir directement pour eux-mêmes, avec toutes les responsabilités qu'il entraîne : ils veulent être députés et ministres, mais par personnes interposées Irires); il leur iiaut des ministres, des députés, un roi même selon leur cœur; alors seulement ils seront satisfaits : ils peuvent dire, dans ce sens, qu'ils dédaignent les honneurs politiques.

Ce qu'ils veulent, c'est une théocratie laïque, et ils la veulent laïque parce que, ainsi travestie, elle peut déguiser ses tendances, cacher ses aspirations, tandis que, portant son vrai costume, le pays ne la supporterait pas. {Approbation à gauche.)

Voyons maintenant les exceptions apportées par les Ëvêques à leurs excommunications : ceci n'est pas moins intéressant.

Vous connaissez la règle générale : c'est l'anathème frappant les instituteurs, les institutrices, les parents des élèves et les élèves des écoles normales ; mais pour se donner les dehors de la modération, pour paraître apporter certains tempéraments à la rigueur des principes, les Evêques ont établi des exceptions, dont il a été souvent question dans la presse cléricale. 11 y a d'abord une exception en £aveur de l'instituteur exempté du service militaire à raison de ses fonctions, mais qui doit encore professer quelque temps avant d'être exempté déflnitivement de la conscription; celui-là n'est pas excommunié.

n y a une seconde exception en faveur de l'instituteur qui est sur le point d*étre pensionné par l'Etat. Il y en a une troisième pour rinsti tuteur qui, par suite de sa démission, serait réduit à la misère.

Ainsi, messieurs, l'instituteur qui a intérêt à rester dans l'enseignement pour s'exempter du service militaire, celui qui y a intérêt pour avoir droit à une pension ou pour ne pas être réduit à la misère, ces instituteurs-là ne sont pas frappés d'excommunication; ne pouvant pas ou ne voulant pas les priver des avantages dont ils jouissent, le clergé leur £ait grâce. Mais à quelles conditions? A condition qu'ils s'engagent à ne pas enseigner le catéchisme dans récole, à condition qu'ils se mettent d'accord avec le conseil communal pour faire en sorte que la loi reÀe lettre morte.

C'est donc l'Episcopat qui provoque directement à la révolte contre les lois du pays, et nous ne devons plus nous étonner de voir, dès lors, le Moniteur devenir, comme on l'a dit, le grand annulateur officiel; c'est le clergé qui systématiquement lui fournit la matière première.

Les Evéques disaient aux autorités communales ; « N'exécutez pas la loi ; » et si on ne l'exécute pas, le Gouvernement, pour déjouer ces manœuvres, annule leur^ décisions et c'est lui qui est le grand coupable. {Rires à gauche.) Les coupables sont assurément ceux qui publiquement, par leurs mandements séditieux, invitent les conseils communaux à s*insurger contre la loi. Ceci montre ce qu il faut penser de ce respect hypocrite de la légalité dont la droite ne cesse de faire étalage. {Très bien! à gauche.)

On dit ; C*est la résistance légale. Non! C'est une résistance illégale, systématiquement illégale, que celle qui est organisée par le clergé !

Quant aux exceptions dont je viens de parler, quel enseignement éloquent ne pouvons-nous pas y puisçr? Eh quoi \ La foi

religieuse est en péril» il y va du salut de Tàme de Tinstiluteur, mais il est trois cas oii toutes ces considérations majeures s'évanouissent. Ce sont précisément ceux où la caisse de TEglise est en péril ! Faut-il une preuve plus éclatante, plus décisive de cette vérité, que la conduite de l'Eglise est, avant tout, dictée et inspirée par ce misérable et mesquin intérêt d'argent? Le salut à% la caisse épiscopale d*abord; celui de Tâme de l'instituteur ne vient qu'après et en seconde ligne. On peut toujours racheter son âme à prix d'argent ! Il y a longtemps que nous le savions, mais nous n'en avions pas encore vu cette application, assurément bien édifiante.

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